‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 89 sur 207 · ROLE DES MICROBES · texte numérisé non relu

ROLE DES MICROBES

Donc, tout microbe pathogène, implanté dans l'économie et y évoluant, peut à un moment donné élire son domicile sur la membrane interne du cœur et constituer une endocardite infectieuse. Si, dans la grande majorité des cas, l’entrée du micro-organisme dans l’économie se rapporte et se lie à l'évolution morbide, il faut bien savoir qu’il existe quelques cas dans lesquels la porte d’entrée du microbe est tout à fait difficile à démontrer. Du reste, il en est ainsi pour un grand nombre de maladies, incontestablement d’origine bactérienne, dans lesquelles on ne peut pas toujours dire d’une façon exacte par où le microbe a pénétré; l’érysipèle est dans ce cas. La plupart de ces maladies de l’endocarde dont le point de départ est inconnu, connue le mode de pénétration du micro-organisme, sont liées à la présence, sur les valvules du cœur, du streptococcus pyoç/enes, et vous savez que celui-ci est souvent absorbé avec l’eau potable et qu’il lui suffit de rencontrer des conditions de milieu favorables pour se développer. Ces conditions lui sont souvent fournies par le cœur de certains individus que la misère, les privations, l’alcoolisme ou le surmenage ont rendus favorables à la pullulation de cet agent infectieux.

Dans l’immense majorité des cas, c’est sur le ventricule gauche que s’implantent les microbes, et de préférence sur les valvules mitrales ou sur les sigmoïdes. Leur apparition dans les cavités du cœur droit est exceptionnelle et encore s’accompagne-t-elle de lésions semblables à celle que l'on observe à gauche. Au début, la colonie bactérienne qui s’est implantée sur un point de la membrane du cœur y constitue un petit soulèvement, une sorte d’excroissance ou de boursouflure, ou bien elle donne naissance à une plaque opaline plus ou moins étendue. Que ce soit à l’une ou à l’autre forme que corresponde le début, au bout de peu de temps

ENDOCARDITES INFECTIEUSES

un processus analogue va s’en emparer. Ce processus consiste en un travail de nécrose, de fonte, qui produira soit la destruction des intumescences, soit le creusement de la plaque, et, dans l’un et l'autre cas, la base cardiaque de la néoformation morbide sera encreusée et donnera lieu à un véritable ulcère à bords taillés à pic ou sinueux, comme ceux qu'on voit sur un morceau de drap mangé aux vers. C'est de cet aspect qu’est venu le nom d’endocardite ulcéreuse. Entre ces deux états, on observe des phases intermédiaires, dans lesquelles la matière constitutive de ces diverses néoformations est plus ou moins ramollie, plus ou moins diffluente.

Vous connaissez déjà le mode pathogénique d’après lequel s’effectue celte implantation; vous devez vous rappeler comment se constituent dans les vaisseaux les lésions microbiennes que nous avons déjà étudiées. Quand un certain nombre de microbes se greffent sur l’endothélium vasculaire, ils déterminent un mouvement prolifératif dans les cellules et les noyaux. Les phénomènes de segmentation s’effectuent tout autour des nouveaux venus, et en même temps on observe la formation d’éléments embryo-plastiques. C’est à ce mouvement prolifératif qu’est due incontestablement l’intumescence que je vous signalais tout à l’heure. Mais de même que, dans l’intérieur des vaisseaux, les mouvements de prolifération et la karyokinèse sont suivis d’un mouvement de chute, dans l’intérieur du canal vasculaire, des masses ainsi constituées par ce travail morbide, demême, dans l’endocardite, ces produits nouveaux subissent une sorte de nécrose qui en détermine la chute. A leur place restera une ulcération, et, de plus, la colonie bactérienne sera miseen liberté ; elle va constituer une mulLitude d’embolies, soit par elle-même, soit par son association avec les parties de ce détritus Chassés

Page 1