ROLE DES MICROBES
dans tout le corps par la voie sanguine, les microbes iront se fixer dans les divers organes et y déterminer les lésions qu’ils ont coutume de produire. En résumé, les choses se passent dans l’endocardite comme elles se passent dans une veine, lorsqu’une colonie bactérienne se fixe sur la membrane interne. Du reste, il ne saurait en être autrement, vu l’analogie qui existe entre l’endocarde et la tunique interne du système veineux d’une part, et l’identité d’action et de propriété d’une même espèce microbienne. Cette similitude est tellement étroite qu’il n’est pas rare d’observer sur l’endocarde des lésions absolument identiques à celles que certaines bactéries déterminent, soit sur le trajet des veines, soit sur d’autres éléments. C’est ainsi que le bacille de la tuberculose y constitue des nodules tuberculeux dont la texture histologique est la même que celle que nous avons indiquée, c’est-à-dire au centre une cellule géante environnée de cellules épithélioïdes et d’éléments lymphoïdes; ces endocardites constituent les endocardites tuberculeuses.
Le processus nécrosique qui, à un moment donné, envahit les néoformations d’origine bactérienne, ne laisse pas que d’occasionner, dans certaines circonstances, des désordres macroscopiques considérables. C’est ainsi que lorsque des végétations se sont installées à la base des valvules, celles-ci peuvent être complètement détachées de leurs insertions, par suite des progrès de l’ulcération, et mises ainsi en liberté. La valvule peut alors devenir une embolie. Ou bien ces soupapes peuvent être déchiquetées, perforées, ou singulièrement diminuées dans leur superficie, de telle sorte que l’obturation des orifices devienne très imparfaite. C’est là une nouvelle source de troubles apportée à un ensemble pathologique déjà riche en perturbations de toute sorte.
ENDOCA 1 5IHTES I N FECT1 FUSES
Existe-t-il des conditions spéciales nécessaires pour que l’endocarde permette ainsi à des bactéries de s’implanter sur lui, d’y faire souche et d'y proliférer? Suffitil qu’une maladie parasitaire existe pour que les microbes puissent, à un moment donné, se fixer ainsi sur l'endocarde? Celte membrane ne doit-elle pas présenter des conditions spéciales qui permettent cette invasion ? Les avis sont partagés sur ces divers points. Les uns, avec Kôster, prétendent que toujours les bactéries peuvent pénétrer jusqu'à l’endocarde et s’y établir, sans être influencées par le mouvement du sang, frottant à chaque contraction contre la face interne du cœur. Pour cet auteur, en effet, les bactéries pénétreraient par l’artère coronaire, où elles chemineraient à la manière de petites embolies, et, atteignant par cette voie la profondeur du muscle cardiaque, elles deviendraient ainsi sous-ondoeardiques en traversant les mailles du tissus conjonctif. Dès lors, parvenues ainsi au-dessous de la couche épithéliale, elles pourraient à loisir manifester leur action sur les cellules de revêtement. Pour d’autres auteurs, l'implantation ne saurait avoir lieu si l’endocarde n’est pas déjà disposé par une lésion inflammatoire ordinaire; dans cet état-là seulement, il fournit un terrain favorable.
Pour démontrer la vérité de cette dernière assertion, Wissokowitch injecte à des lapins des cultures de bactéries, et il constate qu'aucun d’eux ne présente de phénomènes d’endocardite; mais si, après celte injection, il détermine une violence sur une valvule avec un instrument parfaitement purifié, les symptômes de l’endocardite se montrent promptement. De même, quelle que soit la lésion produite sur la valvule, il n’v a pas d'endocardite infectieuse s’il n’y a pas eu avant, ou s’il n’y a pas après la lésion injection des bactéries. Mais, d’un autre côté, MM. Perret et Rodet ont injecté à des chiens des cultures provenant d’endocardite ulcéreuse et ont déter-
IMPLANTATION BACTÉRIENNE
miné chez eux des endocardites promptement mortelles. Enfin, pour d’autres auteurs, et notamment pour le professeur Bouchard, les bactéries pourraient à tous les moments proliférer sur l’endocarde; seulement il faut pour cela que le frottement sanguin y soit moindre, que le mouvement y soit ralenti. Bès lors s’expliquerait la prédilection morbide pour les replis valvulaires, où il existe toujours une sorte de stase sanguine. Comme vous le voyez, la question est encore à l’étude et une solution irréprochable n'est pas donnée.
Cette conception du mode de pénétration des bactéries est en quelque sorte le nœud de la question. Pour certains auteurs, en effet, et Klebs est un des promoteurs les plus ardents de cette manière devoir, toute endocardite serait de nature infectieuse, seulement à des degrés divers; cet auteur prétend, en effet, que, dans toutes les endocardites, on peut retrouver des micro-organismes. Quelque simple que paraisse l’inflammation de l’endocarde et quelle que soit la maladie à laquelle succède son apparition, on trouve toujours, affirme Klebs, le microbe qu’il a appelé monadine , qui, par son implantation, constituerait un terrain de culture éminemment favorable à l'apparition des bactéries, qui peuvent constituer une endocardite ulcéreuse. Donc, pour Klebs, toutes les inflammations de l’endocarde seraient parasitaires; secondement, l’endocardite ulcéreuse ne saurait apparaître sans une adaptation spéciale, et enfin la pénétration de l’agent morbigène se ferait toujours de la superficie de la surface libre vers les profondeurs valvulaires. Cette opinion, je dois le dire, n’est pas partagée par la majorité des auteurs. MM. Corn il et Babès, entre autres, ne croient pas à l’origine bactérienne des endocardites simples.
Quels sont maintenant les microbes que l'on rencontre dans les ulcérations de l’endocardite infectieuse? Pour répondre à cette question, nous n’avons qu’à reprendre
EN DOC A KÜITES IN FECTI EUSES
la liste des maladies dont l'origine parasitaire ne saurait être révoquée en doute. Nous allons voir comment chacun de ces agents pathogènes se comporte quand il est amené au contact de l’endocarde.
De toutes les espèces de bactéries, ce sont celles do la suppuration qui se montrent le plus fréquemment sur l’endocarde, soit que, transportées dans le cœur après ou pendant dévastés suppurations, elles s’y fixent, soit que la partie suppurante ait depuis longtemps disparu. Dès le moment qu’il existe du pus dans l’économie, et à quelque titre que ce soit, la présence du microbe pyogène peut devenir la cause d ’une endocardite infectieuse. C’est ainsi ({u'on les a vues se produire après les plaies de toute nature, survenues sur un point quelconque de la surface cutanée, dans le cours de l’ostéomyélite, dans l’état puerpéral, sur lequel nous reviendrons bientôt, dans le rhumatisme suppuré, après un simple panaris. Enfin, dans tous les cas où un des microbes que nous avons étudiés comme étant toujours la cause occasionnelle du pus pénètre dans l’organisme, on peut voir l’état se compliquer des phénomènes de l’endocardite infectieuse.
Les exemples de faits de cette nature sont communs dans la littérature médicale ; les endocardites infectieuses dans lesquelles ont été retrouvés, à l’autopsie, les microbes de la suppuration sont fréquentes, alors même que la plaie suppurante serait fermée depuis quelque temps. Kundrat constata une endocardite infectieuse après une brûlure cicatrisée; on pouvait suivre à l’œil nu les vaisseaux lymphatiques du cœur, remplis d’un détritus grisâtre, que l’examen microscopique révéla comme étant composé de bactéries pyogènes. M. Brissaud a aussi signalé une endocardite parasitaire bien nette, à la suite d'une stomatite gangreneuse de peu d'importance. Le cancer peut apssi se propager à l’endocarde par un même mécanisme, soit que les néoformations endocar-