PÉNÉTRATION DES MICROBES
passage au travers du rein si leur nombre est important. C’est que, greffé ou non sur un élément, le microbe vit toujours et sa vie a pour conséquence l’élimination de certaines substances, qui altèrent la nutrition normale de l’épithélium rénal, par conséquent provoquent sa chute et déterminent l'apparition de l’albumine. Indépendamment de ces cas, ceux dans lesquels des micro-organismes s’établissent dans le rein, et y prolifèrent, constituent des cas de néphrite infectieuse beaucoup plus intenses et à symptômes plus accentués, comme aussi des cas dont l’amélioration est beaucoup plus lente à obtenir, parfois même impossible, tellement sont considérables, voire même irréparables, les désordres provoqués.
Il faudrait reprendre l’énumération de toutes les maladies d’origine bactérienne et montrer, comme nous l’avons fait pour les endocardites, que chacune d’elles peut, dès le moment que les microbes pathogènes passent dans la circulation, produire des néphrites infectieuses si ces micro-organismes se fixent dans la substance rénale. Nous ne referons pas cependant ceLte longue énumération, qui ne présenterait qu’un intérêt secondaire, attendu que toutes les néphrites sont constituées par une action identique du microbe, action qui consiste en ce qu’il pénètre dans l’intérieur des tubulis, ou bien, pénétrant dans les glomérules au travers de la capsule de Bowman, il se multiplie dans cette cavité virtuelle, gênant et déformant, par sa multiplication, le bouquet vasculaire qui s’y trouve renfermé. Dans ces deux cas, il pénètre dans l’intérieur des cavités tubulaires ou glomulaires à la manière des hématies qui se montrent parfois dans leur intérieur, c’est-à-dire par un procédé analogue à celui des leucocytes en voie de diapédèse.
11 nous est cependant impossible de ne pas vous indiquer, en quelques mots, les principaux traits de l’im-
NEPHRITES INFECTIEUSES
plantation bactérienne sur le rein. Certains microbes déposés au contact des éléments du rein n’y manifestent aucune action spéciale, il agissent comme ils ont coutume de le faire partout où on les observe, les microbes pyogènes déterminant la formation du pus, le vibrion septique, décomposant promptement l’organe pour les besoins de son anaérobisme, le bacille tuberculeux déterminant de véritables tubercules. A côté de ces actions qui n’ont rien de particulier, on en voit d’autres, qui nées de la présence des micro-organismes, révèlent chez ceux-ci des besoins et des propriétés spéciales.
Le bacille d’Eberth, qui envahit parfois tous les éléments du rein, frappant tout l’épithélium, détermine toujours des exsudats extrêmement abondants. Sous son influence, il se produit dans le glomérule, entre le bouquet vasculaire et la capsule de Bowmann, un petit croissant translucide, albumineux, qui se poursuit et s'accentue dans les tubulis voisins, les gonfle, aplatit leur épithélium et les fait dilater par place, constituant ainsi de petits kystes que le professeur Renaut désigne sous le nom de points myxoïdes.
Le pneumocoque semble surtout élire domicile dans le glomérule ; on le retrouve aussi dans les cylindres épithéliaux.
Le bacille diphtéritique de Lôffler occasionne sur les épithéliums tubulaires et glomérulaires des altérations notables. Toutes les cellules, d’abord très granuleuses, tombent bientôt par larges plaques et finalement se liquéfient. En outre, on voit toujours, sous son influence, se former des exsudais abondants, des boules colloïdes, et dans l’immense majorité des cas il détermine un épanchement sanguin relativement abondant qui révèle sa présence par de nombreux globules rouges. De plus, le rein fournit à ce microbe un milieu qui lui permet de se multiplier, par conséquent d’accentuer de plus en
NÉPHRITES SCARLATINEUSES
plus ses lésions et de pénétrer finalement tout l'organe.
Bien que le micro-organisme de la scarlatine ne soit pas absolument démontré à l'heure actuelle, on ne saurait révoquer en doute l’évolution microbienne de celle maladie et par conséquent des néphrites qu’elle occasionne trop souvent. C’est donc à un microbe encore inconnu qu’il faut rapporter les lésions rénales de la scarlatine. Elles sont intenses et deviennent facilement chroniques ou incurables. La glomérulite est toujours très prononcéeet s’accompagne d’un épanchement intracapsulaire très abondant el prompt à se solidifier; par conséquent, le bouquet vasculaire est aplati, contourné, déformé. De plus, tout l’épithélium rénal est atteint, et parfois on constate une desquamation totale qui n’a plus permis à la vie de se continuer.
C/est que, en effet, indépendamment de l’albuminurie, qui est le symptôme commun à toutes les altérations rénales et leur aboutissant fatal, la rupture de l’intégrité du filtre rénal constitue toujours un triple danger. D’abord, parce que les ptomaïnes et les leueomaïnes normales qui proviennent de la dénutrition des éléments anatomiques ne sontplus ou sont incomplètement éliminées. En second lieu, parce que, du fait de la maladie et de l’état fébrile, les substances de déchet augmentent dans des proportions considérables. Le professeur Bouchard a démontré la constance de ce fait, en pratiquant sous la peau des injections avec l’urine émise pendant lafièvre,eten constatantquelatoxicitéduliquide urinaire augmente en raison directe de l’intensité du mouvement fébrile. Enfin, et c’est là le troisième péril, pendant l’évolution d’une maladie bactérienne, le malade doit éliminer, non seulement ses propres ptomaïnes, mais encore celles qui proviennent de la vie des micro-organismes. C’est à l’accumulation dans l’organisme de tous les résidus vitaux que sont dus les symptômes graves
NEPHRITES INFECTIEISES
avant-coureurs de la mort, et finalement l'empoisonnement par ces substances, dont vous connaissez la terrible puissance toxique.
A côté de ces néphrites infectieuses produites par le passage des microbes dans le sang d'abord, dans le rein ensuite, il existe deux autres processus tout à fait différents, par lesquels peut se produire une néphrite très fugace dans un cas, très grave dans l'autre : le premier mode n'ayant qu’un rapport éloigné avec la présence dans l’organisme des bactéries, le second provoquant des néphrites par la continuité de leur action. Dans certains cas en effet, la violence du mouvement fébrile est telle, qu’il en résulte une nutrition vicieuse des éléments du rein, conséquemment une desquamation qui occasionne l’albuminurie. Dans ces cas-là, comme vous le voyez, c’est par une influence médiate de l’évolution bactérienne que se produit la néphrite, qui ne mérite pas le nom d’infectieuse. Tout autre est le second mode, il correspond à ces faits de bactéries siégeant dans la vessie et gagnant le rein en cheminant de proche en proche le long des uretères. On peut donner à ce processus le nom de processus par invasion directe, par opposition à ce qui a lieu lorsque les bactéries sont apportées par la circulation générale.
Dans la majorité des cas, l’examen des urines convenablement recueillies et conservées permet de constater la présence des microbes; on y rencontre aussi des cylindres d’ordinaire remplis de cellules épithéliales granuleuses qui, le plus souvent, encombrent leur lumière et qui sont mélangées de microbes en quantité plus ou moins considérable. Dans quelques cas, tous les tubes du rein, voire même les tubes collecteurs, sont absolument remplis de ce mélange de cellules épithéliales et de microbes, tout comme il en existe dans les glomérules et même dans les vaisseaux.
ACTION DES MICROBES
Toutes les maladies de nature parasitaire peuvent donc, à un moment donné, occasionner une néphrite infectieuse. Les seules différences qu’on observe entre ces divers états patholog iques proviennent seulement, soit de la fréquence plus ou moins grande avec laquelle le rein est envahi, soit de l’intensité du mouvement destructif communiqué par les bactéries à l’organe sur lequel elles s’implantent. Ainsi la rougeole, la blennorrhagie, la tuberculose déterminent rarement l’invasion microbienne du rein. Que si les bactéries causes de ces diversétats morbides pénètrent fortuitement dans le rein, elles ne donnent lieu, en général, qu’à des phénomènes peu importants. Il est au contraire d’autres espèces de microbes qui semblent manifester pour cet organe une véritable prédilection et, quand elles s’y implantent, elles ne tardent pas à provoquer de graves désordres dans la structure et par conséquent à déterminer des phénomènes urémiques qui bientôt dominent la scène. C’est ainsi qu’agissent les microbes de la scarlatine, de la variole, de la fièvre typhoïde, de la diphtérie, de la pyohémie. Dans ces cas-là, l’action des micro-organismes est très difficile à apprécier, car si les lésions qu’ils déterminent sont intenses, l’apparition des phénomènes urémiques vient jeter une perturbation fonctionnelle tellement considérable, qu’il n’est plus possible de reconnaître la part afférente à chaque facteur morbide. Aussi est-on livré à des conjectures plus ou moins probables pour dire si les microbes agissent uniquement par l’effet des troubles que leur présence et leur nutrition déterminent dans les cellules de revêtement des canaux, qui en sont du reste influencées comme le sont toutes les cellules épithéliales et endothéliales, ou bien pour affirmer que dans quelques cas la présence des microorganismes détermine la chute des cellules par les poisons ptomaïques qu'il déversent. Ce contact toxique
.NÉPHRITES INFECTIEUSES
aurait pour conséquence une desquamation analogue à celle qui s’accomplit sous l'influence de certains autres poisons, la cantharidine, par exemple. Il est fort probable que le mode d'action est double, que ces deux modes doivent, l’un et l'autre, entrer en ligne de compte, sans qu'il soit possible de déterminer encore avec précision lequel des deux a une action prépondérante, dans la production des phénomènes.
Dans tous les cas, il est bien certain que tous les microbes qui traversent le rein manifestent là comme ailleurs les propriétés don t ils sont doués. Le fait est d'autant plus certain que, pour ceux d’entre eux dont nous pouvons constater l’évolution, nous voyons qu’elle est de même nature dans le rein que partout ailleurs. C’est ainsique nous voyons le bacille de la tuberculose donner naissance, à l’aide des éléments cellulaires auxquels sa présence imprime des propriétés nouvelles, à des nodules ou granulations tuberculeuses, dont la structure est identique, non seulement au point de vue des divers éléments constitutifs, mais encore au point de vue de leur agencement. Il en est de même du microbe de la pyogenèse qui, lorsque les hasards de la circulation l’amènent dans le rein et qu’il s’y implante, ne tarde pas à déterminer la formation d’un abcès métastatique par le même procédé qu’il met d’habitude en usage dans les divers organes. De telle sorte que dans tous ces cas on peut résumer l’action de ces diverses espèces de bactéries en disant : cause toujours la même, procédés toujours identiques et résultat pareil.