‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 95 sur 207 · SEIZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SEIZIÈME LEÇON

DES BR ONCHO- PNEUMONIES INFECTIEUSES, MALADIES MICROBIENNES DU SYSTÈME NERVEUX TÉTANOS. MÉNINGITE CÉBÉBRO-SPINALE ÉPIDÉMIQUE.

Messieurs,

Avec l’étude de la broncho-pneumonie, nous terminerons la liste des maladies qui sont caractérisées par une lésion siégeantsur un seul organe, cette lésion pouvant être déterminée par l’implantation de diverses especes de microbes, qui n’ont entre elles d’autre lien commun que de déterminer, sur le même organe, des lésions semblables ou à peu près semblables. Comme les endocardites, comme les néphrites, les broncho-pneumanies méritent le nom d’infectieuses. Elles sont sous la dépendance des bactéries diverses, variables par leur affinité élective plus ou moins prononcée pour le milieu que constitue le lobule pulmonaire. Malheureusement, et c’est là un desideratum qui sera promptement comblé, les micro-organismes, qui déterminent le plus communément la broncho-pneumonie, sont les moins bien connus ; chaque année apporte de nouvelles études sur leurs propriétés vitales et pathogéniques, mais il reste encore bien des choses à apprendre sur leur compte. Bien plus, l’un d’eux, celui dont la fréquence pour la

DES BRONCHO-PNEUMONIES INFECTIEUSES

production de la maladie qui nous occupe s’inscrit au deuxième rang, a, comme nous le verrons, les plus grandes peines à conquérir son droit de cité dans les traités de bactériologie. Si nous avons la quasi-certitude faite de lamarche, de l’aspect, de la contagion morbide, que la coqueluche est une maladie microbienne, il n’en est pas moins vrai, qu’à l'heure actuelle, il esL impossible de donner du microbe pathogène une description morphologique absolument certaine. Comme toujours, je vous exposerai, en traitant de cette singulière maladie, cause fréquente de broncho-pneumonie, quel est l’état actuel de nos connaissances sur sa nature et sur son agent producteur.

Si nos connaissances sont un peu plus précises et un peu moins sujettes à discussions au sujet du microbe de la rougeole, cause aussi très fréquente de broncho-pneumonies, il n’en est pas moins vrai que, malgré les travaux de Babès, son évidence comme cause unique de cette fièvre éruptive n’a pas encore fourni toutes ses preuves et ne peut être acceptée comme une vérité scientifique indéniable. L’impossibilité où nous sommes de pouvoir provoquer chez les animaux une maladie absolument semblable à la rougeole, entre pour beaucoup dans ce défaut de démonstration absolue. 11 faut y suppléer en prouvant, par de très nombreuses autopsies, qu’on le rencontre toujours le même comme cause productrice, et cette preuve, qui demande de longues années d’observations, n’est pas encore faite, mais nous y marchons incontestablement . Les mêmes doutes ne sauraient heureusement être de mise en ce qui touche la diphtérie, cause la plus fréquente de la maladie qui nous occupe.

Déjà, et c’est là un grand point, tous les auteurs s’accordent à reconnaître que la broncho-pneumonie n’est jamais une maladie primitive, qu’elle ne s’observe

ACTION DES MICROBES

jamais d’emblée, sans un état morbide prémonitoire. Si à côté de cette assertion, dont la justesse est universellement reconnue, nous plaçons celle-ci, que les maladies à la suite desquelles se montre la broncho-pneumonie sont dues à une évolution bactérienne, iJ faut convenir que nous aurons des présomptions bien grandes, presque suffisantes pour nous faire classer le processus bronchopneumonique parmi ceux qui, ajuste titre, sont partout décrits comme étant infectieux. De plus, comme nous le verrons dans cette étude, la lésion caractéristique est toujours en quelque sorte calquée sur le même modèle, ce qui nous est une raison de croire qu’elle est toujours le fait d’une cause, sinon identique, du moins procédant par des modes analogues.

A des degrés de fréquence divers, tous les micro-organismes qui déterminent des états morbides peuvent, à un moment donné, devenir la cause efficiente d’une broncho-pneumonie. Je vous ai déjà cité la rougeole, la diphtérie, la coqueluche, comme étant lestrois causes les plus fréquentes de cette maladie. Je pourrais joindre à cette liste la grippe, la variole, la scarlatine, la lièvre typhoïde, etc. Les microbes pathogènes, qui sont les facteurs constants de ces diverses maladies, ne peuvent pas à eux seuls donner naissance à de véritables bronchopnenmonies. Nous verrons que leur implantation sur le poumon sert toujours de prélude et prépare le terrain à deux autres espèces, qui nous environnent de toutes parts et nous guettent sans cesse, attendant qu’une partie de nous-mêmes soit constituée à Tétât de terrain suffisant, leur permettant de vivre et de se développer; je veux parler des microbes pyogènes et du pneumocoque, agent de la pneumonie, comme vous le savez. Les espèces microbiennes diverses, qui sont le primummovens de la broncho-pneumonie, procèdent incontestablement par des moyens analogues, cependant la diversité de leurs

DES BRONCHO-PNEUMONIES INFECTIEUSES

propriétés fait qu’elles agissent sur l'élément pulmonaire suivant un mode variable. Aussi observe-l-on des différences de formes de la broncho-pneumonie, suivant qu’elle reconnaît pour cause telle ou telle de ces espèces. C’est ainsi que les broncbo-pneumonies, occasionnées par les micro-organismes de la coqueluche, évoluent avec plus de lenteur, plus sournoisement en quelque sorte, que celles qui procèdent des bactéries diphtériques ou morbilleuses. Nous savons bien que ces différences sont surtout produites par la promptitude et la facilité plus ou moins grandes avec lesquelles se montrent et s’établissent les microbes pyogènes. Il n'en est pas moins vrai que ce fait seul constitue une différence essentielle, car il indique l'aptitude variable que possèdent ces diverses espèces à préparer un milieu suffisant pour que les microbes de la suppuration puissent proliférer.

Vous savez que les lésions de la broncho-pneumonie consistent d’abord en un état inflammatoire d'une bronche lobulaire, qui ne tarde pas à entraîner autour d'elle un travail néoformatif, ayant reçu de M. le professeur Charcot le nom de nodule péribronchique. Tout ce processus anatomique est environné et comme englobé dans une sorte d'enveloppe à coloration rougeâtre, à texture friable, qui a reçu du même professeur le nom de splénisation. Enfin, pour peu que ces nodules péri-bronchiques arrivent au contact les uns des autres, si les lobules frappés sont voisins, ils ne tardent pas à fusionner dans un travail commun de régression, au terme duquel ils sont évacués au dehors, laissent à leur place une cavité qui a reçu le nom de vacuole.

Nous avons déjà plusieurs fois étudié comment se manifeste dès l’abord l’action d’un microbe implanté sur une surface tapissée d’épithélium. Mouvement de pro-

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