PHASES ÉVOLUTIVES
lifération des cellules, en premier lieu, puis ensuite abondance de ces éléments qui viennent obstruer le canalicule au dedans duquel s’accomplit le phénomène. C’est là en effet le premier stade de l’évolution pathologique du côté des bronches, puis bientôt apparaissent les leucocytes qui pénètrent dans la couche conjonctive de la bronchiole et amènent la formation d’un tissu embryonnaire, qui finit parfaire disparaître l’élément musculaire. Dès lors les lésions s’étendent en dehors du tuyau bronchique, la constitution du nodule péri-bronchique commence : les cellules épithéliales, dont le nombre est considérablement augmenté à la suite du processus karyokinétique, franchissent les parois du cylindre, l’environnent de toute part à la manière d’un anneau Elles sont accompagnées par des leucocytes d’abord peu abondants et dont le nombre s’accroît sans cesse, jusqu’à ce qu’un germe pyogène venu du dehors et transporté dans le milieu y détermine une véritable suppuration, c’est-à-dire une prédominance presque exclusive des cellules lymphoïdes, un ramollissement extrême de tous les autres éléments soit épithéloïdes, soit embryonnaires, constituant un sphéroïde liquide dont l’évacuation déterminera la cavité vacuolaire. Ainsi donc, toujours sous l'influence de la vie microbienne, s’observe le même mouvement et se retrouve l’identité du processus: segmentation et prolifération des cellules épithéliales, formation de tissu embryonnaire et apparition des leucocytes dont le nombre va sans cesse augmentant. Mais comme toujours un tel milieu constitue, soit du fait de sa composition moléculaire, soit du fait de sa pauvreté en résistance vitale, un excellent terrain où les germes des espèces pyogènes fréquemment introduits à son contact par l’air inspiré ne tarderont pas à se développer. Dès lors tout va changer de face, à la lenteur du processus initial, va succé-
DES BRONCHO-PNEUMONIES INFECTIEUSES
der la promptitude de désorganisation qui caractérise la suppuration. Les leucocytes envahissent tout, s'infiltrent partout, et leur ingérence el leur apparition est tellement prompte, tellement envahissante que la production des autres éléments en est suspendue et que la formation du pus devient la grande et la seule affaire. Aussi tout est détruit dans le lobule, aussi bien les parties constitutives normales, que les premiers produits morbides, éclos sous l’influence de la vie microbienne. Une nouvelle espèce de micro-organismes s’est révélée et la première colonie microbienne, cause initiale des phénomènes, a disparu, vaincue dans le combat pour l’existence.
Nous avons vu que tout ce travail n’était pas uniquement isolé dans un lobule, qu’autour de celui-ci on observait une sphère enveloppante plus ou moins spacieuse, de couleur sombre, constituant ce que le professeur Charcot dénommait la portion splénisée, à cause de l’analogie que présente la surface de section avec une coupe de la rate. Elle est constituée par une congestion violente des alvéoles avoisinant le théâtre de l’implantation microbienne. Cette hyperémie s’accompagne de l'issue des globules rouges, d'un certain degré d’infiltration de leucocytes, d’exsudats fibrineux et d’une masse plus ou moins considérable de corps granuleux et d'éléments jeunes. Telles sont les lésions primordiales fondamentales de la broncho-pneumonie, je n'ai pas à vous décrire les emphysèmes et les atélectasies qui n’en sont que la conséquence. Telle est aussi la marche des lésions et leur ordre d’apparition le plus fréquent, dont les légères variations ne sont dues qu’à la diversité des causes productrices. Celte succession de phénomènes a été bien étudiée et se démontre de la façon la plus saisissante par la production des broncho-pneumonies expérimentales, non de celles qu’on a voulu produire en
MALADIES PRODUCTKICES
sectionnant les nerfs pneumo-gastriques on récurrents, mais bien île celles qui sont la conséquence de l’introduction dans les alvéoles de corps pulvérulents doués de propriétés irritantes. Dans ce cas, on a à peu près la reproduction du tableau que je viens de vous esquisser, mais à peu près seulement, parce qu’un corpuscule irritant (poivre ou gingembre) ne saurait se comparer dans ses effets à Faction d’un organisme vivant. Implanté sur des cellules épithéliales, ses propriétés semieaustiques déterminent bien un mouvement prolifératif, uue sorte d’ébauche de segmentation qui n’est en rien comparable à celle que produit un micro-organisme dont la vie accentue perpétuellement l’action.
Toutes les maladies microbiennes dont je vous ai donné l’énumération en commençant peuvent donner lieu à des broncho-pneumonies, mais, comme nous l’avons vu, à des degrés de fréquence divers. Les bactéries qui leur donnent naissance s’implantent d’ordinaire à la partie la plus déclive du poumon, et vous savez que c’est à la partie postérieure de l’organe qu’il faut les rechercher. Un autre fait bien digne de remarque est celui-ci, parmi les maladies bactériennes, celles qui le plus souvent, presque constamment, produisent des broncho-pneumonies, sont celles dont les microbes habitent les voies respiratoires. Vous savez que le croup, détermination laryngée du microbe diphtéritique, lui donne naissance à l’exclusion presque absolue des autres manifestations de la diphtérie, la coqueluche, la grippe, la rougeole dont le microbe se retrouve abondant dans le mucus des fosses nasales. Enlin comme cause efficiente très commune, citons encore les conséquences de la trachéotomie. Dans ce dernier cas, nous tronvons réunis deux facteurs, le microbe diphtéritique d’une part el l’introduction des poussières de l’atmosphère. Quant aux autres maladies productrices, elles
DES BRONCHO-PNEUMONIES INFECTIEUSES
sont causes de broncho-pneumonies suivant le degré de fréquence plus ou moins grand de leurs manifestations dans les voies respiratoires, ou sur le trajet que parcourt la colonne d’air qui se rend au poumon à chaque inspiration. La variole et la fièvre typhoïde sont dans ce cas.
D'après ce que je viens de vous dire, vous pouvez parfaitement vous rendre compte du siège des microbes dans la broncho-pneumonie et du point anatomique spécial où vous devez les rechercher pour les retrouver. Dans les premiers jours de la maladie, vous les rencontrerez, au milieu de l’amas épithélial qui obstrue la bronchiole, et le microbe de la diphtérie ne manque jamais de se retrouver là parfaitement reconnaissable et pouvant avec succès ensemencer des cultures. Quant au micro-organisme de la rougeole, sa présence est moins évidente. On le retrouve cependant et très caractéristique, mais on dirait qu'il a une tendance à disparaître quand le travail de segmentation né sous son influence est en voie d’accomplissement. Plus lard, quand le nodule péri-bronchique est constitué, le microbe générateur de la broncho-pneumonie se rencontre encore dans celui-ci et au centre, dans les premiers temps de son existence. Mais il cède et disparaît promptement devant l'invasion et la multiplication des microbes pyogènes, aussi faut-il renoncer à en trouver d'autres quand ces derniers se sont décidément implantés an sein de la nouvelle production morbide.
Les microbes de la suppuration ne sont pas les seuls qui viennent se greffer en quelque sorte en parasites sur le milieu morbide constituant la broncho-pneumonie. A mesure que ce travail pathologique constitue un milieu favorable au développement d’une espèce, on la voit promptement apparaître si les germes y sont transplantés. Or nous avons vu en étudiant la formation de la zone dite de splénisation, que la production de celle-
ci débute toujours par une hyperémie très intense dont le siège existe dans les alvéoles périphériques. Nous verrons, en étudiant la pneumonie, que les alvéoles pulmonaires en cet état présentent le milieu optimum au développement du pneumocoque. Aussi, ce microorganisme se rencontre-t-il toujours dans les parties périphériques splénisées, et d'autant plus abondant que celles-ci sont plus épaisses et plus nombreuses, c’est-àdire que l’éclosion des lobules envahis est discrète ou confluente, suivant l’heureuse expression de M.Bouchut. C’est donc dans cette zone, et non ailleurs, que vous aurez à le rechercher et que vous le trouverez. La production de cette zone splénisée s’effectue d’après un mode absolument analogue avec celui qui se manifeste dans le poumon autour des productions tuberculeuses. Là aussi, autour de la néoformation bactérienne, on observe une zone violemment hyperémiée, qui est une sorte d’ébauche de travail de défense et de protection de l’organe. Dans ce£ cas, comme dans tous les cas où la substance pulmonaire est notablement congestionnée, on trouve toujours des pneumocoques, de telle sorte que le nom de broncho-pneumonie est aussi bien justifié d’après les investigations bactériologiques, que d’après les premières conceptions de la maladie.
Élude par systèmes des diverses maladies bactériennes.