BACILLE TÉTANIQUE
éclaté. La culture de ce microbe est très difficile à réussir. Jusqu’ici, on n’a pu en obtenir des cultures parfaitement pures, indemnes de la présence d’autres microorganismes; tantôt des bactéries de putréfaction, tantôt des bactéries de septicémie l’accompagnent. Le développement des bacilles tétaniques ne se fait ni sur gélatine, ni sur gélose; on est cependant parvenu à en obtenir quelques cultures dans les conditions de promiscuité que je viens d’indiquer, en procédant par stries sur du sérum sanguin coagulé, maintenu pendant trois jours à la température de 37 degrés. Ces cultures ont toujours montré une puissance tétanigène considérable; une goutte et même une demi-goutte déterminaient toujours des accidents mortels à brève échéance sur les animaux. La maladie peut-elle se développer sous l’inlluence des spores grosses et brillantes que les bacilles portent à leur extrémilé dans un grand nombre de cas? La chose est probable, mais non encore démontrée. Quoi qu'il en soit, le microbe existe bien réellement et on est parvenu à le faire se reproduire toujours identique jusqu’à la septième génération, sans que sa morphologie ait subi quelque changement appréciable, sans que surtout son pouvoir nocif paraisse s’être atténué le moins du monde; loin de là, il paraît acquérir une puissance plus grande par un passage successif de lapin à lapin.
11 est incontestable qu’il existe là un ensemble de faits dont aucun, pris isolément, n’est de nature à entraîner la conviction, mais qui, réunis en faisceau, constituent par leur concordance la preuve décisive de la nature et du pouvoir tétanigène du bacille de Nieolaicr. Nous pouvons donc proclamer le tétanos, une maladie d’ordre bactérien. Les recherches futures ne feront qu’apporter de nouvelles preuves à cette manière de
voir.
Quand on considère un individu en proie au tétanos, il est difficile de ne pas être frappé de l’analogie qu'il présente avec les animaux empoisonnés par la strychnine. Maintes fois, dans les laboratoires, on a pu constater la parfaite identité des deux états : même raideur, mêmes contractions revenant par crises et provoquées par des impressions quelquefois très légères de l'un des sens. L'idée d'un empoisonnement avait déjà été mise en avant par Vulpian. Depuis que la démonstration de la nature microbienne de la maladie est faite, on s'est demandé comment agissait le microbe et par quel mécanisme il déterminait la mort. 11 paraît incontestable que ce n'est pas par sa seule présence et par sa nutrition qu’il agit, mais bien par les ptomaïnes qu'il sécrète, de telle sorte que nous sommes obligés de revenir à la théorie de Vulpian. Oui, le tétanos est un empoisonnement, seulement nous savons aujourd’hui d'où provient le poison. Brieger a, en effet, pu extraire, des cultures faites au laboratoire de Gottingue par Rosenbach, des ptomaïnes diverses qu'il affirme différer par leur composition chimique et par leurs effets toxiques. L'une d’elles cristallise en longues aiguilles, donne lieu au tétanos le plus caractéristique quand on la place dans le tissu cellulaire des animaux; il la nomme la tétanine. Un autre corps, produit de la vie microbienne, qu'il a isolé et auquel il a donné le nom de tétanoloxine, produit selon lui des contractions toniques et cloniques. Enfin la spasmotoxinc, troisième ptomaïne extraite par Brieger, détermine aussi des convulsions, qui s'accompagnent d'un ptyalisme abondant. D’après Brieger, ce serait à l’action combinée de ces trois ordres de poisons qu’il faudrait rapporter tout l’ensemble morbide qui caractérise le tétanos, et il est du reste très probable qu’il en est ainsi et que le tétanos est le fait d'un véritable empoisonnement.