Voy. la dix-septième leçon
la colonne grise motrice, mise en jeu dans le rire et le pleurer moteur, ne commence qu'au noyau de la cinquième paire, jamais
Fig. 181. — Figure schématique représentant : en bas la région protubérantielle avec les noyaux moteurs vus par transparence; en haut et à gauche la région opto-striée sectionnée horizontalement.
NC. Noyau caudé (tète). — ThA Faisceau antérieur du Thalamus. — .\R Faisceau d'.\rnold.
— Put. Pulamen. — GLM Globus medialis. — GLP Globus pallidus. — Cl Capsule interne. — CL. Avant-mur. — Th. Thalamus. — JN'CC Noyau caudé (queue). — VL Ventricules latéraux.
— VCS Veine du corps strié. — F G Faisceau g^éniculé. — VJI Commissure grise. — PP Pédoncules de la glande pinéale. — GP Glande pinéale. — Hab. Ganglion de l'Habenula. — QA, Tubercules quadrijumeaux antérieurs. — QP. Tubercules quadrijumeaux postéiieurs. — VV Valvule de Vieussens. — PCS Pédoncules cérébelleux supérieurs. — PCM Pédoncules cérébelleux moyens. — PCI Pédoncules cérébelleux inférieurs. — B. Bulbe. — III p. JNoyaux du moteur oculaire commun. — IV p. .Noyaux du pathétique. — V. p. Noyau du trijumeau. — VI p. Noyaux du moteur oculaire externe. — VII p. Noyaux du facial. — X p. Noyaux du pneumogastrique. — IX p. Noyaux du glosso-pharyngien. — XI p. Noyaux du spinal. — Les noyaux moteurs de l'œil situés au-dessus de l'orifice inférieur de l'aqueduc de Sijlvius ne lyrennent part ni au Pleurer ni au Rire spasmudiques.
plus haut. Au-dessus, en effet, cette colonne motrice répond aux origines des muscles intrinsèques et extrinsèques de l'œil, et, hormis des cas exceptionnels, on ne voit pas participer les noyaux
gris de l'aqueduc à l'ébranlement des masses ganglionnaires, dans l'expression d'un sentiment.
Les noyaux du pathétique lui-même ne remplissent aucun rôle dans cette excitation. La quatrième paire a usurpé son nom : elle n'a jamais rien ajouté au pathétique d'une physionomie.
Avant de nous demander quelles sont les communications qui relient aux centres corticaux les noyaux bulbaires, tâchons de voir les rapports de ces noyaux avec l'expression elle-même.
On a cherché, depuis longtemps, à déterminer le lieu où s'entrecroisent les faisceaux pyramidaux des noyaux de l'expression. Et comme les mouvements de la face, dans l'expression, sont bilatéraux — au moins quand il s'agit du Rire et du Pleurer francs — il faut admettre que la décussation, complète ou incomplète, est parfaitement symétrique, de l'hémisphère d'un côté à la moitié opposée de la protubérance. Les notions anatomiques dont il s'agit, encore peu connues, sont encore à l'étude. Pourtant de récentes expériences de M. Muratoff ont montré que T entre-croisement du faisceau pyramidal de la face (facial supérieur et inférieur, abstraction faite de la musculature de l'œil) a lieu juste au-dessous des tubercules quadrijumeaux, c'est-à-dire au-dessous de la région qui n^ est jamais intéressée dans les phénomènes réflexes du Rire et du Pleurer.
Reste à savoir si le facial possède des filets et des noyaux différents pour le Pdre et le Pleurer 'i — Non, selon toute vraisemblance, les mêmes filets nerveux et les mômes noyaux servent à ces deux expressions contraires, mais, suivant les cas, ils suscitent des combinaisons motrices différentes. On peut dire, d'une façon générale, que le Rire est un acte musculaire plutôt dû à la contraction des releveurs, et le Pleurer à celle des abaisseurs.
Si nous considérons ces actes musculaires du Rire et du Pleurer dans leur ensemble, nous pourrons faire une remarque analogue pour les autres nerfs qui y prennent part. Les noyaux du pneumogastrique et du spinal, ceux de la colonne cervicale, innervent des muscles inspirateurs et des muscles expirateurs. Ce sont les premiers qui sont animés dans le sanglot et les seconds dans le Rire ; car, qu'il s'ayisse du Rire aux éclats ou des sanglots bruyants, ce sont des muscles respirateurs qui interviennent. Eh résumé, les noyaux de la colonne grise motrice animent toujours leurs muscles
tributaires; mais nos sentiments ne se traduisent pas par des excitations de tel ou tel noyau bulbaire y^r^s en masse : il semble qu'ils lassent un choix parmi les cellules de chaque noyau.
Si des sentiments moins simples que la joie ou la peine nous émeuvent, plusieurs de ces groupes de cellules peuvent vibrer ensemble; si un sentiment revêt une intensité extrême, les groupes prochains ne peuvent rester inertes, et les muscles du visage qui servent au rire franc, au pleurer sincère, combinent leur action de manière à produire des effets complexes. On rit aux larmes, on pleure de joie : c'est le « Bx/.pjésv vsAacracja » d'Andromaque.
Mme de Sévigné, sans rien nous apprendre, nous dit, dans un joli langage : « Ce n'est pas toujours de tristesse qu'on pleure; il entre bien des sentiments dans la composition des larmes ». — Traduisons platement en style anatomique : Il entre bien des associations de cellules nucléaires dans l'extériorisation motrice des sentiments. Ajoutons aussi que, tout comme les grandes secousses émotives, certains états morbides donnent à la physionomie une double expression de tristesse et de joie.
Ainsi le phénomène bulbaire n'est pas toujours simple; l'activité des noyaux n'est pas toujours uniformément localisée. La raison en est que la moelle allongée n'agit pas comme centre purement réflexe, — l'excitation bulbaire directe n'a pour eflet qu'une contraction réflexe, sans manifestation expressive connue, comme le montrent quelques expériences décisives, — mais qu'elle obéit à des commandements venus de plus haut, de la substance corticale. Ces ordres, qui vont produire des actions psycho-réflexes, sont transmis, cela n'est pas douteux, par la couche optique.
Les connexions de la couche optique avec les noyaux bulbaires sont telles, que, pour chaque expression (simple ou complexe), il existe un centre de commandement. De ce centre partent les incitations destinées aux noyaux bulbaires et elles relèvent ellesmêmes d'un ébranlement psychique.
Admettons pour un instant une lésion exclusivement irritative. localisée dans le bulbe seul et non plus haut. Yous ne constaterez qu'un spasme grimaçant, participant à la fois du Rire et du Pleurer. Tous les groupes cellulaires agissent à la fois, car la couche optique n'intervient pas pour faire son choix.
Retrouverait-on un phénomène analogue dans des cas patholo-
giques? — Sans nul doute, et je vous ai déjà fait entrevoir la chose dans une autre occasion, à propos de la Sclérose latérale amyotrophique.
Vous vous rappelez ce Rire niais et pleurard si caractéristique, qu'on observe dans la Maladie de Charcot. Il est dû à une excitation de tous les noyaux bulbaires de la physionomie.
Ce n'est ni le Rire ni le Pleurer francs, mais un mélange de l'un et de l'autre (Fig.i8t2).
Sur cette ligure, si exactement reproduite par Pierret, vous ne sauriez décider si le sujet rit ou pleure, d'autant que la malade en question, atteinte de Sclérose latérale amyotrophique, avait une sécrétion lacrymale incessante.
Fif,^ 182. — Mîihidf Kltciiilede Sclérose latérale amyotropliique. Elle a des larmes dans les yeux, et l'on ne sait si elle rit ou si elle pleure.
(Reproduction d'un croquis de M. lé professeur Pierret.)
De ce que les phénomènes complexes du Rire et du Pleurer sont la conséquence d'une intervention de l'écorce hémisphérique, il ne faut pas conclure qu'ils sont toujours et exclusivement d'origine corticale. En effet, le Rire et le Pleurer sont souvent de nature purement réflexes, c'est-à-dire qu'ils se produisent dans des circonstances où l'hémisphère cérébral est absolument neutre.
Le chatouillement, par exemple, provoque le Rire le plus franc, — un Rire, cependant, sur lequel le cerveau n'exerce aucune action inhibitoire.
Il y a encore bien d'autres modes d'activité systématique des noyaux bulbaires, qui sont, comme le Rire et le Pleurer, tantôt d'ordre psychique, tantôt d'ordre réflexe.
Le bâillement est un de ces actes à mécanisme préétabli, auquel participent les muscles innervés par la septième paire, la dixième, la onzième, la douzième et toute une série de paires cervicales. Tantôt il est réflexe, tantôt psychique : on bâille d'ennui, comme on bâille par besoin de sommeil.
Les bâillements s/jasmodiçwes s'observent aussi avec une certaine fréquence chez les hémiplégiques. Ce n'est pas seulement un symptôme surajouté aux éléments spasmodiques de l'Épilepsie (Féré)* ou
1. Notivelle Iconographie de la Salpêlrière, 1888, tome I, p. 165.
de l'Hystérie (Charcof, Gilles de la Tourette, Guinon etHuet)-; il semble bien relever lui-même de lésions organiques.
Mais je n'y insiste pas pour le présent : je me borne à vous le signaler comme un syndrome, comme une action systématique complexe, dont la fréquence et l'intensité sont exagérées (comme celles du Rire et du Pleurer, chez les hémiplégiques dont je vous parlais au commencement de cette leçon), et dont le mécanisme peut être soit purement réflexe, soit psycho-réflexe.