VINGT-DEUXIEME LEÇON
I. Etiologte. — Influences psychiques morbides, traumatiques.
II. Syjiptomatologie. — Attitude, l'igidité, masque jyarkinsonien ; propulsion et rétropulsion. — Festination.
Tremblement et rigidité : la raideur et les attitudes parkinsoniennes peuvent exister sans tremblement ; niais on ne voit guère le tremblement sans la raideur.
Tremblement et faiblesse. — Localisation du tremblement : membres supérieurs et inférieurs, muscles des mâchoires, muscles de l'œil, intégrité des muscles du cou. — Antagonisme des fléchisseurs et des extenseurs.
III. Synchronisme des mouvements dans toutes les parties qui tremblent. — Fixité du regard.
Troubles exclusivement subjectifs de la sensibilité. — Thermopliohie. — Impatiences mîisculaires.
IV. Exemples cliniques. — Un « cas type » de Paralysie agitante. — Cas exceptionnels où le tremblement s'exagère à l'occasion des mouvements volontaires. — Forme hémiplégique de la Maladie de Parkinson. — Hémiplégie progressive et tremblement progressif.
V. Hémiplégie jiiirkinsonienne simple et double hémiplégie parkinsonienne. — Grandes analogies du faciès parkinsonien avec celui des paralysies pseudo-bulbaires. — La localisation d'une lésion (encore hypothétique) des centres nerveux chez les sujets atteints de Paralysie agitante paraît être soiis-thalamique ou pédoiicidaire^ .
Messieurs,
La Maladie de Parkinson est une de ces affections qui renferment encore tant d'inconnues, elle reste pour nous un problème si absolument inexplicable, que nous y sommes sans cesse ramenés par l'attrait du mystérieux. Tous les faits qui peuvent contribuer à nous éclairer sur son essence même méritent donc d'être encore enregistrés avec soin. Sans prétendre apporter des conclusions irrévocables, j'espère faire valoir aujourd'hui devant vous quelques considérations qui nous permettront, tout au moins, d'édifier une hypothèse sur la nature et la pathogénie de la Paralysie agitante.
Mais avant d'attaquer le vif de la question, permettez-moi devons
1. Leçon du 16 février 1894, résumée par M. Henry Jleige, in Journal de Médecine et de Chirurgie pratiques, 25 août 1894.
rappeler en quelques mots les principaux symptômes et l'évolution générale de cette singulière névropathie, — je ne dis pas névrose, — et de vous faire voir plusieurs sujets, dont les uns peuvent être considérés comme schématisant le tableau morbide le plus complet de la maladie, tandis que les autres en représentent les variétés frustes ou anormales. Je me propose d'insister particulièrement sur l'existence de certains troubles psychiques, qu'on néglige trop souvent, j'en ai la conviction ; eux seuls, peut-être^^ nous mettront en mesure de tenter, pour des cas déterminés, une localisation anatomique ou fonctionnelle.
Je vous montrerai en eflet que les résultats fournis jusqu'à présent par les constatations nécroscopiques ne nous apportent que des renseignements impropres à une interprétation pathogénique plausible.
l. — D'abord, passons rapidement en revue les principaux facteurs Etiologiques.
L'hérédité directe n'y ligure pas, non plus que l'hérédité indirecte, bien que Gowers l'ait admise dans 15 pour 100 des faits. Quant à V hérédité nerveuse en général, elle pourrait être retrouvée, selon Charcot, presque toujours.
En revanche, les causes déterminantes sont extrêmement nombreuses, je dirai même beaucoup trop nombreuses. Les émotions de toute sorte, la frayeur surtout et les chagrins occupent le premier rang; vous concevez qu'il soit impossible d'en dresser une liste, même incomplète, puisqu'elles sont variables à l'infini.
La maladie se déclare tantôt immédiatement, tantôt un certain temps après Vimpulsus psychique. Les grandes calamités publiques en font parfois un mal local et comme épidémique.
A une date qui n'est pas bien loin de nous, dans un pays qui venait d'éprouver les malheurs les plus immérités et de traverser les plus cruelles angoisses, les cas de Maladie de Parkinson se multiplièrent dans des proportions surprenantes. A Strasbourg, en particulier, les médecins n'hésitèrent pas à les attribuer aux souffrances et aux terribles péripéties du siège. Dans l'espace de 31 jours, la ville avait reçu 193 719 obus, soit 6 249 par jour! Deux maisons seulement avaient été épargnées. On imagine l'affolement que peut produire un pareil désastre. S'étonnera-t-on que, malgré leur courage héroïque, nos compatriotes aient ressenti pendant
plus d'un mois la plus poignante et la plus légitime frayeur, le bombardement s'exerçant systématiquement sur une ville où restaient enfermés les femmes et les enfants? — M. Beschet a insisté avec raison, dans sa thèse, sur ce côté étiologique, intéressant à plus d'un titre.
Si les traiimatismes ont une influence sur l'apparition de la Maladie de Parkinson, c'est sans doute en raison de la peur qui en est l'accompagnement inévitable, mais il est possible qu'il agisse sur les centres nerveux par une répercussion matérielle dont je vous reparlerai.
On a également signalé parmi les causes pathologiques le tvphus et la dysenterie ; je ne crois guère à l'action directe ni de l'un ni de l'autre.