‹ Leçons sur les maladies nerveuses (volume 2)Chapitre 147 sur 153 · Voir les quinzième et seizième leçons · texte numérisé non relu

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MYXŒDEME, CRKTIMSME ET INFANTILISME. 007

I. — PoLii' que réquilibre trophique reste constamment parfait, il Tant que les stimulations périphériques et les réactions fonctionnelles ne soient ni excessives, ni insuffisantes. La fonction entraîne la nutrition et la nutrition ne peut se concevoir sans la fonction elle-même. Yoilà autant d'axiomes qui ne se discutent plus.

H y a lieu cependant de faire une réserve au s'ujet de ce qu'on peut appeler la fonction de dévdoppement.

Chez Tembryon, pour qui tout n'est quavenir, le développement est à peu près la seule et unique fonction. L'embryon, le foetus même, nutilisent ni les os, ni les muscles, ni les poumons, ni le cerveau, ni lintestin dont les fonctions n'entreront en jeu qu'à la naissance. Le cœur seul fonctionne déjà; mais à part cette exception, on ne peut pas dire que la fonction, pendant la vie embryonnaire, soit la condition sine qiia non de la nutrition. Pour chaque individu, il existe donc une période de nutrition sur laquelle la fonction n'exerce encore aucune influence. Le développement en effet consiste dans la nutrition exubérante et exclusive qui prépare le nouvel être à l'existence fonctionnelle.

Cette période du développement embryonnaire a ses vicissitudes dystrophiques. La fonction trophogénique, si je puis m'exprimer ainsi, subit parfois des troubles graves. Il en résulte des anomalies morphologiques multiples, des monstruosités qui n'ont rien à voir avec les troubles trophiques proprement dits.

Les lésions qui font suite aux dystrophies de la période embryonnaire ne sont pas comparables aux altérations hyperplasiques ou hypoplasiques que nous avons étudiées jusqu'ici. Ce ne sont guère (|ue des arrêts de développement, mais ce ne sont pas des dégénérations : l'exemple de la Maladie de Little est, je suppose, encore présent à votre souvenir. La paralysie des quatre membres, qui résulte d'un arrêt de développement des c\eu\faisceaiU\])\ramu\au\, n a rien de commun avec la dégénération de ces mêmes faisceaux.

Quelle force inconnue commande et dirige le développement embryonnaire? C'est le grand mystère, entre tous ceux qu'on n'élucidera peut-être jamais. — Or, la clinique nous montre aujourd'hui toute une catégorie de troubles trophiques sur lesquels plane encore une obscurité presque aussi profonde. Je veux parler de ces dijstrophies totales parmi lesquelles le Myxœdème occupe le premier rang et dont l'étude ne semble pas tout d'abord devoir faire retour à la neuropathologie.

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Le système nerveux est évidemment le régulateur de tous les phénomènes trophiques, nous en avons mille preuves. C'est lui qui est investi du pouvoir suprême dans la fédération des éléments anatomiques ; c'est lui qui distribue la tâche à tous les appareils, à tous les viscères, à toutes les cellules, qui commande le rôle et la destinée de chaque organite, qui arrête les empiétements des uns et secoue Tapathie des autres, en un mot, qui met un frein à rindividualisme cellulaire d'où résulterait infailliblement Fanarchie. Si donc le Myxœdème iigure dans le cadre convenu de la neuropathologie, ce ne peut être qu'à titre de trouble trophique.

II. — Trouble trophique général auquel le système nerveux ne participe pas visiblement, le Myxœdème ou cachexie paclujdermiqne consiste en une intiltration muqueuse ou mucoïde du tégument, plus prononcée à la face que partout ailleurs. 11 ne s'agit pas, à proprement parler, de l'infiltration d'un tissu muqueux analogue à celui qui sert de base aux membranes profondes ou internes. C'est plutôt une sorte de transformation du derme, du tissu sous-cutané et du système coujouctif interstitiel où la substance colloïde finit par l'emporter sur la substance albuminoïde. Dans un certain nombre de cas, peut-être même dans la majorité des cas, l'élément adipeux prolifère, si l'on peut ainsi dire, et, de ce fait, la dégénération mériterait plutôt d'être qualifiée de muco-adipeuse ou gélatino-adipeuse. La peau perd sa souplesse; elle est comme boursouflée, on ne la plisse que difficilement entre les doigts, elle est souvent tremblotante, surtout au cou, aux joues et aux paupières. Si bien que le visage, élargi, arrondi, épaissi, a comme un aspect de pleine lune. La face dorsale des mains est gonflée uniformément, distendue par un faux œdème où la pression digitale ne persiste pas.L'épiderme lui-même, mal nourri par des >^isseaux étoufles dans le tissu muco-adipeux, s'assèche et s'écaille.

Le Myxœdème n'est pas un état transitoire, un de ces accidents que la nature répare d'elle-même, spontanément. C'est un mal général, à évolution progressive, qui parcourt une sorte de cycle à trois périodes et qui aboutit à une cachexie d'une gravité inévitable.

L'envahissement insensible du tégument et des tissus souscutanés par la matière mucoïde marque la première phase du cycle- C'est aflaire de quelques semaines, rarement de quelques mois. Puis, la période d'étal se caractérise, non seulement par les modifî-

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calions de consistance et de structure de la peau, mais par un lioul)le total des fonctions organiques, une asthénie, une apathie physique toujours croissantes, une fatigue musculaire insurmontable, avec une tristesse a laquelle fait suite l'indifférence la plus absolue. Alors, la torpeur, l'engourdissement de rintelligencé atteignent le degré suprême : c'est l'inertie végétative. D'ailleurs, le pouls se ralentit et s'affaiblit, la température centrale s'abaisse, la filtration urinaire diminue, la sécrétion sudorale se tarit. Bref, la vie semble réduire au minimum ses manifestations extérieures, et il n'est pas jusqu'aux besoins eux-mêmes qui paraissent ne plus se faire sentir : lemyxœdémateux n'a plus faim, n'a plus soif: tout son être est en sommeil. '

Progressivement, la peau se rétracte, desquame, se momifie en quelque.sorte et prend une consistance nouvelle. Elle devient coriace et durcit. C'est le prélude de la véritable cachexie pachydennique, dont la terminaison naturelle est la mort : telle est la troisième phase.

Ce tableau vous est connu, je suppose? Peut-être même le trouvez-vous par trop schématique. — Assurément les variantes ne sont pas rares, soit dans la forme et la localisation des lésions mucoïdes ou pachydermiques, soit dans l'évolution et la succession des trois périodes. Mais mon intention n'est pas d'y insister. On peut dire, d'une manière générale, qu'elles sont subordonnées aux causes mêmes du Myxœdème. En fait, il n'existe qu'une cause à ce singulier trouble trophique; toutefois, cette cause obligée, nécessaire, fatrojjhie du corps thyroïde, est plus ou moins rapide, plus ou moins complète, et cela explique suffisamment les dilïél'ences cliniques.

111. — La maladie survient, de préférence, chez les femmes entre vingt-cinq et trente-cinq ans. D'abord, on a cru qu'elle était l'apanage à peu près exclusif du sexe féminin. Charcot a rectifié cette opinion : les cas n'en sont pas beaucoup plus rares chez les hommes que chez les femmes. Les inflammations aiguës de la glande thyroïde peuvent en être le point de départ, lorsque la poussée phlegmasique, suivie ou non de suppuration, se transforme en processus scléreux à tendance cicatricielle. Mais l'atrophie simple primitive est relativement beaucoup plus commune.

C'est William Gull qui, en 1875, décrivit le Myxœdème poui- la

BRISSAUD. LEÇONS. TiU

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première l'ois. Ûrd, en 1877, montra la subordination constante de la maladie à l'atrophie du corps thyroïde. Quelques années plus tard, en 188'2, les chirurgiens, et en particulier Reverdin, découvraient le Mijxœdèine opératoire, c'est-à-dire celui qui fait suite à l'extirpation du goitre. Kocher l'appela cachexie str2imiprive. Enfin, les physiologistes vinrent à leur tour confirmer la loi de corrélation établie par Ord. — Schiff, Wolfler, Falkeen, Weiss, Ilorsley firent cent fois la preuve expérimentale : l'ablation du corps thyroïde chez les animaux, chez le singe en particulier, entraine invariablement la cachexie struniiprivc.

Je reviendrai dans un instant sur la pathogénie des accidents. Mais permettez-moi. Messieurs, de vous signaler d'abord quelques faits relatifs à une variété très spéciale du Myxœdème, décrite par Bourneville sous le nom à'Idiotie mijxœdémateuse.

L'Idiotie myxœdémateuse est une maladie de l'enfance. On peut la reconnaître dès l'âge de deux ans, quelquefois même plus tôt encore, dès les premiers mois de la vie. Les signes extérieurs sont les mômes que ceux du Myxœdème des adultes, mais les troubles intellectuels sont d'autant plus graves que le début est plus précoce; cela va de soi, puisque le développement des facultés psychiques est arrêté dans son premier essor. Mais ce qui est vraiment propre à l'Idiotie myxœdémateuse, c'est la lenteur de son évolution : il serait plus juste de dire qu'elle n'a pas d'évolution, attendu qu'elle ne comporte pas de périodes successives et qu'elle n'aboutit pas à la cachexie. Elle est ce qu'elle est, du premier au dernier jour : l'existence n'est pas compromise. La nutrition générale, considérablement ralentie au moment où elle devrait avoir son maximum d'intensité, suffit à l'entretien d'un être fruste, épais, indolent, passif, sans initiative, sans besoins, presque sans instincts. Le cœur bat, le poumon respire, mais le cerveau reste plongé dans son engourdissement fœtal, et rien ne l'en éveillera.

Le cerveau, je vous l'ai déjà dit, n'est pas seulement l'organe de la pensée. C'est le grand centre trophique qui préside aux phénomènes de croissance. Il dirige le développement de la moelle ellemême, car il est l'ainé de la moelle. La torpeur du cerveau, chez le nouveau-né ou chez l'enfant myxœdémateux, c'est l'arrêt même de la croissance : arrêt fatal — sans jouer sur les mots — cai' la vie va se prolonger comme par simple vitesse acquise, sans mil

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pi'ogivs nouveau, sans luille force nouvelle..., l'a destinée de l'être est remplie dès le premier jour. Condamné à l'enfance à perpétuité, €et avorton garde jusqu'à un âge avancé les attributs repoussants d\nie enfance monstrueuse que les années llétrissent(fig. '250). Le

-Jt'ig. 250. — Idiotie inyxœdéiaaleusc (Le « Pacha » de Bicètre).

hideux portrait du « Pacha » de Bicétre vous montre ce. que peut être, à vingt-quatre ans, un idiot nujxœdémateux . Sommes-nous assez loin du beau rêve du poète :

... Des parents toujours jeunes Et des enfants toujours petits....

Les parents sont vieux et Lenfant « toujours petit », nounissoii majeur selon la loi, est encore emmailloté de langes lorsque le recrutement militaire vient l'immatriculer.

Je dois vous dire. Messieurs, que, par un cùté, la nosographie de ridiotie mvxœdémateuse est indécise. Le nom dldiotie cvélinoïde

(iJ2 MYXŒDEME, CRETIMSM!] KT LNFANÏILI SM!-.

que cei'tains auteurs ont préconisé, vous indique le point faible auquel je fais allusion. Peu importerait le qualificatif si l'on ne lui altii huait pas une valeur stricte de détînition. Mais voici: le norn (VIdiolie crétinoïde, dans l'esprit, de ceux qui ont voulu le substituer à celui (Vldiotie mijxœdémateuse, implique que la maladie a non seulement des analogies extérieures, mais encore une certaine pareidé — peut-être même assez étroite — avec le Crcliuisinc.

La question esi trop actuelle pour (|ue je me dispense de vous en dire quelques mots.

lY. — 11 serait impossible aujourd'bui de donner une bonne détinition du Crctinimne. Peu de sujets ont été aussi laborieusement et aussi consciencieusement étudiés. Si nous invoquons l'autorité des auteurs les mieux informés, nous apprenons que le Crétinisme est « une forme particulière de dégénérescence organique et intellectuelle liée aux conditions extérieures de certaines contrées dans lesquelles elle constitue une maladie endémique' ».

Ses rapports avec le goitre sont tels que l'endémicité du Ciétinisme et celle du goitre sont une seule et môme chose.

Les troubles variés des fonctions physiques et psychiques qui caractérisent le Crétinisme rentrent évidemment dans la catégorie des troubles trophiques. îl s'agit toujours d'un arrêt de développement.

I^a maladie — si l'on peut l'appeler ainsi — appartient en propre à l'enfance comme l'Idiotie myxœdémateuse. Elle est presque toujours accompagnée de goitre; dans les cas où le goitre n'existe pas on est toujours sûr de retrouver l'hérédité goitreuse chez les ascendants directs du crétin. Les statistiques si complètement et si scrupuleusement établies par les commissions du Piémont et de France, à la suite d'une enquête qui n'a pas duré moins de quarante ans, proclament d'une façon irréfutable cette loi de concordance.

Or le (joUreux crétin est, la plupart du temps, myxœdématevx, et son Myxœdème ne ditïère en rien, au fond, de celui de Vldiotie dite ))u/xœd(hnateusc ou crétinoïdc.

Par son aspect généi^al \& cnHin valaisan, savoisien, auvergnat, rappelle parfois,, à s'y méprendre Y idiot mijxa^dématciix. Mais tous les crétins ne sont pas, comme les idiots myxcodémateux, des

1. BAiLf.AnGii!', i:t Iûusiiaber, DicL encycl. des Sr. iinkl.

.\ivxœi)1-:me, crétlmsme et infantilisme. »'.ir>

{ît'^géiu'i'és (le la première heure; le mal les Trappe plus tardivetueut et raltéralion nutritive générale qui rabougrit leur corps et ahétit leur esprit, survient assez souvent à une époque de la vie où déjà le développement physique et intellectuel approche de sou terme. Ils sont arrêtés dans leur évolution et restent indéfiniment tels qu'au moment où la maladie les a frappés. Le travail de dégénérescence s'aflirme même, s'accuse et s'exagère avec l'âge. Les degrés de la déchéance psychique dans le Crétinisme s'échelonnent donc depuis la simple niaiserie jusqu'à l'abrutissement le plus abject.

On renconti'e sur les grand'routes, dans les vallées des Alpes suisses, françaises on italiennes, des monts d'Auvergne, des Vosges, nombre de ces malheureux êtres au cou volumineux, aux membres tortueux, à la physionomie bestiale qu'une lointaine tradition a placés sous la protection du Christ : ou les appelait jadis clir(.'^fia)iei,.\ûus tard chrétiens, aujourd'hui crétins. Singulière adultération de mots!

Ils ont assez d'intelligence pour savoir apitoyer leur monde; vivant de mendicité, ils distinguent la pièce blanche de la pièce l)rune. (}uelques-uns, dénués de tout instinct, gisent au bord du chemin comme des brutes inertes.

Je vous dis que le Myxccdème est fréquent parmi eux, mais il n'est pas constant. Je vous en ai déjà dit autant du goitre luimême. Par conséquent, le goitre n'est pas un caractère distinctif absolu du Crétinisme; et il s'ensuit que la limite du Crétinisme myxœdémateux et de l'Idiotie myxœdémateuse devient insaisissable.

L'étiologie, si elle pouvait servir jamais à une différenciation clinique — ce qui ne doit pas être — permettrait à la rigueur d'établir une démarcation bien tranchée entre les deux maladies.

Taudis que les idiots myxœdémateux sont issus de dégénérés (la [)lupart du temps alcooliques), les crétins, myxœdémateux et non goitreux, descendent toujours de goitreux.

A cet égard, la règle est tellement générale qu'on a pu l'ériger en loi : un père et une mère goiti'eux engendrent nécessairement un crétin. C'est une fatalité implacable. L'interdiction légale des mariages entre goiti'cux, dans certains pays, n'est donc que trop justitiée.

On pourrait em[)runter à l'étiologie d'autres éléments de diagnostic dillV'rentiel.

(>U MYXŒDÈME. CRÉTLMSME ET INFANTILISME.

Le Cicliiiisinc avec ou sans goitre est une endémie dispersée à de grandes distances sur la totalité du globe. Peut-ètie nen a-t-il pas toujours été ainsi. 11 semble qu'issu des vallées moyennes des pavs à eaux claires, de la France, de la Suisse, de l'Italie, des Carpathes, de la Suède, il se soit lentement répandu dans toutes les contrées du monde, s'arrètant. repartant, s'arrètant encore, et en somme s'atténuant de jour en jour. Cette migration est étrange et ses causes sont mystérieuses. Quelle substance intoxique des familles entièies assez profondément pour ([ne les tîls de goitreux portent en eux dès la naissance le germe de Crélinisme? (jucl poison subtil, impondérable, invisible, im})alpal)le. est cbarrié par les eaux limpides des torrents gi'anitiques on s'abreuvent ces races robustes condamnées à la déchéance?

Nulle chimie ne nous Ta encore dévoilé. Ce qui est certain, c'est que le Crétinisme goitreux naît le plus souvent h l'époque du sevrage, c'est-à-dire lorsque Tenfant commence à boire l'eau malfaisante. Tous les enfants d'un même pays ne sont pas frappés: ceux-là seulement chez lesquels le goitre des ascendants a préparé le terrain de réceptivité subissent le maléfice . (Juaid au goitre luimême, il reconnaît la même origine: mais il est tout à fait rare que le Crétinisme Faccompagne d'emblée, sans une préparation héréditaire.

\. — Si j'ai. Messieurs, effleuré la question si problématique du Crétinisme, c'est que les travaux remarquables de Bourncville sur ïldiotie m)jxo>fh'niatc'iise font prévoir aujourd'hui que les deux maladies ont des rapports, non seulement d'analogie, mais de nature.

Chez l'idiot myxœdémateux le corps thyroïde est atrophié dès la naissance; chez le crétin myxœdémateux, il est tantùt atrophié, tantôt hypertrophié. Or, l'hypertrophie — lorsqu'elle existe, et c'est le cas le plus fréquent — équivaut à une atrophie, puisque la glande envahie en totalité par une dégénération kystique a perdu tous ses attributs fonctionnels. Ainsi envisagé, le Myxœdème nous apparaît comme un syndrome dystrophique dont les causes lointaines sont variables, mais dont la cause prochaine est constante. Cette cause, c'est toujoiu's Vatroplue partielle ou totale du rorj):< fliyroïde.

Si les variétés du Myxœdème commencent à se multiplier, si

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mémo on ne doit plus voir dans le Myxœdème qu'un syiulroinr comimni à foutes les altérations dn corps llup'oïde, capable d"anéantir la fonction de cette « glande vasculaire sanguine », il est compréhensible que les auteurs se soient d'abord mépris sur la valeur réelle qu'il convient de lui attribuer en clinique. Ce n'est pas le premier exemple d'une maladie que Texpérience nous permet de ramener à la signification d'un simple syndrome. Aussi, ne devez-vous pas être surpris que l'immense majorité des cas de Myxœdème observés depuis nombre d'années aient été — quelles que fussent leurs formes — rapportés auCrétinisme.

Il est, dans l'historique de cette question, un petit point bien imprévu que je ne saurais passer sous silence.

En 1871. quatre ans avant qu'on ne fît la première allusion au syndrome que nous appelons aujourd'hui Myxœdème, un médecin anglais, Hilton Fagge, dans une communication sur le Crétinisme, faite à la Société médico-chirurgicale de Londres tenait ce langage :

« Il est intéressant de rechercher les caractères que prendrait la maladie si elle se présentait plus tard, dans le cours de la vie d'un adulte. Les particularités dans la forme des os du crâne, de la face et du corps feraient alors probablement défaut, le squelette ne pouvant se modifier une fois arrivé à son complet développement. A mon avis il faut considérer que dans un cas pareil, le caractère principal serait un épaississement des parties molles de la face, des lèvres surtout, et peut-être du derme des mains et des pieds: en outre, on constaterait la présence d'une tumeur adipeuse sous claviculaire et probablement une atrophie du corps thyroïde, s'il était prouvé que ce signe était un phénomène constant de cette maladie. »

Ne vous semble-t-il pas. Messieurs, qu'il y a dans ces paroles (juelque chose de prophétique? — Hilton Fagge prévoyait et construisait pour ainsi dire de toutes pièces une maladie dont on ne devait avoir réellement connaissance que plusieurs années après et (lu'il taxait déjà de Créfinisme sporadique. Il faut admirer cette |)rédiction, mais il est bien permis de supposer que l'auteur anglais avait déjà, sans doute à son insu, une très grande expérience du Myxœdème. Comment aurait-il annoncé la tumeur sus-claviculaire (>t l'aspect lunaire de la face? — Quant aux altérations du squelette, ((u'il supposait ne pouvoir exister chez l'adulte, il faisait erreur — péché véniel. Assurément les altérations du squelette sont rares.

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mais on les observe quelquefois, plus ou moins analogues à celles de rAcromégalie et de la Maladie de Paget.

Laissons de côté pour le moment les rapports réciproques du Myxœdème, maladie acquise, de l'Idiotie myxœdémateuse, et du Crétinisme; et retenons simplement le fait du trouble trophique général, en tant que phénomène secondaire à rinsiiffisance fonctionnelle du corps thyroïde.

Les conclusions théoriques de Schitï étaient les suivantes : ou bien le corps thyroïde détruit une substance toxique qui, après la thyroïdectomie ou l'atrophie spontanée du corps thyroïde, s'accumule dans l'organisme et exerce une action nocive sur les centres réflexes de la nutrition, ou bien il élabore une substance utile, indispensable au fonctionnement régulier des mêmes centres trophiques — substance entraînée par le sang veineux, en aval du parenchyme glandulaire.

Le dilemme est précis et il semble bien qu"il ne puisse y avoii' d'autre alternative. On observe en etïet, à la suite de l'ablation du corps thyroïde, des accidents brusques et toujours assez graves, tels que les convulsions, la dyspnée, la tétanie. Ne s'agit-il pas là de phénomèiies nerveux au premier chef? Et n'est-il pas logique de conclure que la suppression du corps thyroïde ou son annihilation, du fait d'une lésion quelconque, entraîne une tropJwnévrose, c'est-à-dire une affection qui doit prendre place parmi les maladies du système nerveux?

La majorité des auteurs, guidés par certains résultats expérimentaux dont la valeur ne saurait être méconnue, admettent que le corps thyroïde a pour mission de neutraliser quelque substance toxique, dont on retrouve des traces dans les urines.

Ainsi Laulanier et Gley ont remarqué que la thyroïdectomie produit, parmi ses nombreuses conséquences, une augmentation de la toxicité urinaire.

Godart et Stosse ont obtenu des résultats moins constants. Paul Masoin, tout en acceptant les conclusions de Laulanier et d(» Gley, ajoute que la variabilité des résultats tient à la variabiliU^ du genre d'alimentation des animaux éthyroïdés : les uns ne mangent pas du tout, d'autres mangent mal, quelques-uns mangent encore. L'inanition aurait donc une influence notable.

On ne saurait méconnaître l'importance de l'expérimentation [)hysiologique en pareille matière. Cependant il faut ])ien recon-

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saaitrc que la clinique a voix au chapitre; et c'est à la clinique que nous devons, jusqu'à preuve du contraire, l'élucidation la plus satisfaisante du problème.

Si Ton suppose a priori que le rôle du corps thyroïde est, non pas de détruire des substances nuisibles, mais de «sécréter une substance utile, il est iiuliqué de suppléer à l'insuffisance de cette sécrétion par tous les moyens que la thérapeutique peut mettre en œuvre. Dans cet ordre d'idées les espérances ont été dépassées. Et l'on peut dire que le traitement rationnel du myxœdème est une des conquêtes les plus inattendues et les plus brillantes de la médecine contemporaine. Conquête inattendue, quoique logique. Ces deux mots ne vous paraissent-ils pas contradictoires?

Il faut, Messieurs, que nous en fassions humblement l'aveu : la thérapeutique rationnelle n'est pas le beau côté de la médecine. C'est au seul empirisme que nous devions jusqu'à hier nos ressources les plus précieuses. Tant mieux pour nous si nous savons les utiliser et en faire une application plus ou moins scientitîque. Mais dans le traitement du Myxœdème, tel qu'on l'applique aujourd'hui, l'idée directrice a été vraiment scientifiqne : fournir à l'organisme la substance utile qui n'est plus sécrétée, et dont l'absence, après une thyroïdectomie ou une atrophie progressive de la glande, entraînera forcément la cachexie strumiprive.

Ce traitement qu'on peut qualifier de thyroïdien, a passé, eu quelques années, par trois phases successives ^

On essaya d'abord la gretïe avec des corps thyroïdes d'animaux. Ce procédé chirurgical ne donna, entre les mains de MM. Lannelongue, Bircher, Bettencourt, et Serrano, Walther el Merklen, que des améliorations partielles.

Bientjt, — après les expériences de Pisenti, Vassale et Gley, qui pratiquèrent avec succès des injections intra-veincuses de suc thyl'oïdien à des chiens chez lesquels l'ablation du corps thyroïde venait de produire des manifestations convulsives graves, — on tenta chez des inyxœdémateux les injections hi/poderinlques d'extrait thyroïdien. Les cas de guérison rapportés par Murray Femvick, Beaty, ne tardèrent pas à provoquer de tons les entés des tentatives analogues-.

1. Les trois pai'agrnphes qui vont suivre fout partie d'une couiaïunication que j'ai ■faite ou couuuuu avec M. le D'' A.- Souques à la-Société médicale des hôpitaux lo Ij avril ISOi. E. B.)

2. To//. I)i:iiiur,x. Etude historique et criliciue sur le îraiteincut du niyxœdouie par les iircMiions d(Hi(iuide tlivroïdion. 111. Paris, 181)"».

<;is }JYXŒ])KME. CRLTLMSME ET I>FAMILISME.

Lannée dernière, R. Vuchmaiiii, Mendel, P. Henry, Dée Shapland. etc., publièrent une série d'améliorations et de guérisons obtenues par cette métbode. Mais quelques accidents d"origine septique, imputables aux injections hypodermiques, devaient faire naître ridée d'un nouveau mode d'administration.

Au mois de mars [H9'-2. Ibnvitz traita et guérit une myxœdémateuse par Y ingestion de pâtes préparées avec des glandes thyroïdes. Sa malade était déjà en traitement depuis un mois lorsque Fox, Mackensie, Baber et Lundie, en Angleterre, commencèrent des essais analogues, sans connaître la tentative de ïïowitz. En toute justice, la priorité revient au professeur de Copenhague. Cette méthode donna à Brandes, Grunfeld, L. JNielseer, Yermehren, Roth, Laaelis, Buys, Tikhonofl' de nouvelles guérisons, Raven et West' en ont tiguré récemment deux cas très probants. ïl y a quelques jours entin, MM. Pierre Marie et Guerlain en communiquaient à la Société des hôpitaux un nouvel exemple des plus démonstratifs.

Tous voyez. Messieurs, que les expériences ont été nombreuses et j'ajouterai que la plupart d'entre elles sont plus qu'encourageantes. La substitution d'un suc thyroïdien de mouton au suc thyroïdien humain ne paraît entraîner aucun inconvénient sérieux. Deux myxœdémateuses admises à la Salpètrière depuis nombre fl'années déjà nous ont permis de vérifier une fois de plus la prodigieuse efiicacilé de la nouvelle méthode. Je vous demande la permission de vous en dire quelques mots.

YI. — La première est une femme de soixante-quatre ans. bien connue de la plupart d'entre nous. C'est une malade célèbre : Charcot la présentait chaque année à ses leçons comme le prototype du Myxœdème acquis. C'est elle qui lui a servi de modèle dans la description qu'il a donnée de la cachexie pachyderniique, reproduite actuellement par tous les ouvrages classiques. Les traits caractéristiques du tableau morbide étaient chez elle réunis au grand complet.

Le tégument, distendu sur toute la surface du corps, présentait une coloration blafarde, une consistance pâteuse et lardacée. surtout aux pieds, aux mains, aux épaules. Les creux sus-claviculaires étaient comblés par une masse gélatino-adipeuse dont le volume

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