‹ Leçons sur les maladies nerveuses (volume 2)Chapitre 39 sur 153 · HEMATOMYELIE ET PARAPLEGIES SUBITES · texte numérisé non relu

HEMATOMYELIE ET PARAPLEGIES SUBITES

dissociation dite sijringomyélique un phénomène plus grave que la paresthésie pure et simple, cela môme ne devrait pas modifier le pronostic. Les convalescents ont leurs bons et leurs mauvais jours, et les oscillations de ce genre ne tirent pas à conséquence. Du reste, il est de règle, que la sensibilité tactile réapparaît avant la sensibilité thermique et douloureuse dans le processus de guérison des anesthésies de cause organique. Qu'il s'agisse d'une lésion centrale ou d'une lésion des nerfs périphériques, c'est là un fait que vous observerez toujours — ou à très peu d'exceptions près.

Mais, penserez-vous, puisque nous sommes en présence d'une dissociation de la sensibilité à laquelle on a donné le nom de syndrome syringomyéliqiie, ne s'agirait-il pas ici, par hasard, d'une Syringoniyélie à début brusque? — A cela je vous répondrai que le syndrome syringomyélique n'est pas défini seulement par la dissociation de la sensibilité. 11 y a là à trancher d'abord une question préjudicielle concernant le mot lui-même, et vous allez juger qu'elle a, au point de vue pratique, une réelle importance.

On dit, par exemple, que la dissociation « syringomyélique » de la sensibilité s'observe parfois dans le Tabès, dans certaines névrites périphériques traumatiques ou spontanées, dans l'Hystérie, etc. Cela n'est pas rigoureusement exact. On peut bien constater, en effet, dans l'une quelconque de ces maladies, une dissociation des sensibilités à la douleur, au tact, à la température; mais le.'à zones de dysesthésie ou à'anesthésie n'affectent pas la forme caractéristique des dissociations syringomyéliques : elles ne sont pas limitées par des lignes régulières : c'est une répartition étroitement dépendante de la distribution topographique de certains territoires nerveux, que l'anatomie descriptive nous permet de comprendre et même de prévoir. Ces anesthésies dissociées n'ont donc, dans leur répartition à la périphérie, aucune analogie avec les zones syringomyéliques. De celles-ci, vous ne trouverez dans vos livres d'anatomie, ni dans vos dissections, aucune explication satisfaisante; la distribution des branches terminales d'un plexus nerveux n'y est pour rien.

Aussi bien, le jour où l'on découvrit la même topographie paradoxale chez les hystériques, la première idée qui vint à l'esprit fut qu'elle était une création de V esprit.

L'existence d'un syndrome identique dans la Syringomyélie doit faire écarter cette hypothèse. Une lésion médullaire seule

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intervient ici. Je me propose d'analyser, dans une de mes prochaines leçons, le mécanisme du phénomène'. Qu'il vous suffise donc aujourd'hui d'enregistrer le fait en lui-même, comme étant de nature à nous faire admettre provisoirement et discuter la possibilité d'une gliomatose spinale.

D'ailleurs, avant de se prononcer sur la nature de la lésion, nous pouvons tenter encore de préciser son siège; pour cela, il faut d'abord, vous le savez, déterminer aussi exactement que possible la limite supérieure de la zone d'anesthésie ou de thermo-analgésie. Cette ligne de repère indique que la lésion spinale siège sur une partie du trajet de la neuvième paire dorsale, soit au niveau de son émergence, soit sur un point quelconque de son étendue dans le canal rachidien. Vous pouvez concevoir, dès à présent, que, si cette lésion est radiculaire, et non pas médullaire, elle intéresse non seulement la neuvième paire dorsale, mais encore toutes les racines sous-jacentes, puisque la vessie et le rectum sont paralysés. Cette première supposition rend très invraisemblable, a priori, la lésion radiculaire, et omme nous savons, d'autre part, que la paralysie motrice est spasniodique, tout nous invite à croire que la moelle est directement, et plus ou moins profondément, touchée.

Avant d'en finir avec l'histoire de notre malade, je tiens. Messieurs, à vous dire encore quelques mots des phénomènes oculaires que je vous ai déjà indiqués au passage.

Il y a eu, vous ne l'avez pas oublié, à l'époque môme des premiers accidents, une diplopie transitoire, qui depuis lors, s'est reproduite encore à diverses reprises, reparaissant plusieurs fois par jour et durant de deux à trois minutes. L'examen des yeux, pratiqué par M. Kœnig, n'a révélé qu'une légère inégalité des pupilles (qui d'ailleurs réagissaient bien à la lumière), sans altération du fond de l'œil. Cette diplopie intermittente, qui semble renier tout rapport avec la paraplégie, n'est cependant pas inexplicable. 11 est parfaitement possible qu'elle soit sous la dépendance de certains phénomènes circulatoires, dont la région du plancher de l'aqueduc est le siège, et qui sont survenus à la suite d'un trouble plus grave, localisé dans la région dorso-lombaire.

Je me sens, pour ma part, d'autant plus porté à accorder crédit à cette hypothèse, que le malade présente d'autres désordres vascu-

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