METAMERISME DES CE>TRES DE LA SENSIBILITE
({lie la prétendue membrane basilaire a une striation parallèle à la surface libre de la cavité, et que cette striation est produite par de
Vïg. 70. — Epithélium du canal épendymaire, séparé du stroma névroglique sous-jaceut par une zone claire, où l'on voit de petits filaments niai colorés reliant les cellules épithéliales aux cellules névrogliques profondes. (Coupe faite à la région bulbaire, au voisinage du uovau des nerfs mixtes.)
petits filaments, évidemment mal colorés, dont quelques-uns paraissent faire suite aux filaments des cellules névrogliques profondes.
La préparation dont il s'agit, traitée par le picro-carmin fort, est empruntée à la région bulbaire, tout au voisinage du noyau des nerfs mixtes.
Il est possible que les prolongements profonds de Tépithélium épendymaire se condensent, à un moment donné, en subissant une transformation histo-chimique qui rend la coloration impossible.
Enfin, il n'est pas rare d'observer, immédiatement au-dessous du revêtement épithélial, même lorsque celui-ci a conservé sa forme typique, une disposition canaliculaire des [éléments profonds de la névroglie. Je vous présente (Fig. 71)
Fig. 71. — DispositioH canaliculaire des cléments profonds de la névroglie.
216 SYRI^'GOMYELIE. — HISTOLOGIE.
une préparation qui est très démonstrative à cet égard. Il semble que les cellules névrogliques proprement dites, groupées en boyaux, comme les cellules d'un épithélioma tubulé. se cnnaliculisent par la formation d'une cavité régulièrement cylindrique à leur centre.
La question. Messieurs, est de savoir si cette cavité est autochtone, ou si elle n'est qu'un diverticulum du canal épendymaire . Vous concevez l'importance qui résulterait de la solution de ce problème pour l'interprétation anatomo-pathogénique des productions syringomyéliques.
Aucun des faits qui précèdent n'est en désaccord avec les constatations histologiques des auteurs qui se sont occupés de la névroglie jusqu'à ce jour. Ils me semblent, au contraire, cadrer avec les observations les plus récentes de His, de Renaut, de Ramon, de V. Lenhossek, de Kolliker.
V épithélium superficiel n'est donc qiiv.ne variante morpholofjique de la cellule névroglique proprement dite. Cçlle-ci est, à quelque profondeur qu'on l'envisage, une cellule de remplacement
de l'épithélium superficiel. Les cellules de remplacement, immédiatement sous-jacentes à l'épithélium, sont les cellules du neurosjwnge de His, que la lecture des récents traités d'histologie vous a fait connaître. Mais vous constaterez, au simple examen des figures 69 et 72, combien il est difficile de les distinguer des cellules névrogliques profondes.
Ce sont, toujours et partout, des éléments identiques par essence.
Tous dérivent du feuillet externe ; tous, sans exception, poussent leurs prolongements jusqu'au feuillet moyen, qui est représenté par les ramifications capillaires dans la masse môme de la névroglie. La figure 72 vous paraîtra, je l'espère, très explicite sous ce rapport; elle montre une disposition générale du tissu névroglique absolument conforme aux préparations de V. Lenhossek; les cellules
Fig. 72. — Disposition générale du tissu névroglique. — La cellule de l'épithélium superficiel n'est qu'une transformation de la cellule névroglique proprement dite. Son chevelu se prolonge jusqu'à la couche vasculaire (feuillet mésodermique).
MÉTAMÉRISME DES CENTRES DE LA SENSIRILITÉ. 217
cctodermiques de l'épendyme vont s'insérer, par leurs prolongements profonds, sur le feuillet moijen ou vasculaire.
Les ramifications des capillaires sanguins, dans la substance gélatineuse péri-épendymaire, n'apportent aucune modification essentielle à la constitution du tissu névroglique lui-môme; tous les capillaires (feuillet moyen) repoussent devant eux, au fur et à mesure qu'ils se développent, le tissu néyroglique (feuillet externe).
V. — Je vous répéterai. Messieurs, que si je me suis si longuement étendu sur la structure normale et pathologique de la névroglie, c'est seulement afin de mieux faire ressortir la part considérable qui revient au processus irritatif dans la Syringomyélie. Cela étant, vous devrez vous attendre à voir survenir, éventuellement au cours de toutes les formes de poliomyélite, sans exception, le syndrome qualifié de syringomyélique.
Quel est ce syndrome?
Je vous en ai déjà parlé suffisamment dans une de mes dernières conférences pour n'avoir point à y revenir encore aujourd'hui. La dissociation des phénomènes de sensibilité en est la caractéristique à peu près constante; mais il ne faudrait pas croire que ce phénomène, — au premier abord si étrange, — dont nous devons la connaissance à Schultze et à Kahler, n'appartienne qu'à la Syringomyélie, ni qu'il soit le seul trouble de sensibilité constaté dans cette maladie. Sans doute, le fait le plus ordinaire est la perte de la sensibilité pour les impressions thermiques et douloureuses, avec conservation de la sensibilité tactile. Mais il n'en est pas moins vrai que ïanesthésie totale, mentionnée pour la première fois, je crois, par Roth, est encore assez fréquente.
Ce qu'il y a de plus curieux peut-être que la dissociation de la sensibilité, c'est le mode de répartition de la thermo-analgésie par zones.
Vous avez vu déjà trois exemples de cette particularité chez les malades atteints de Pachyméningite cervicale hypertrophique que je vous montrais l'autre jour. Vous vous rappelez que ces zones d'anesthésic n'étaient pas disposées en plaques, sur des territoires nerveux connus d'avance, mais sur des régions à nous inconnues
SYRIXGOMYELIE.
HISTOLOGIE
en tant que régions anatomiques, sur des tronçons de membre, sur des tranches du thorax, de l'abdomen, etc.
Tantôt bilatérale, tantôt unilatérale, la thermo-analgésie, dite syringomyélique, est — sinon toujours, du moins presque toujours — symptomatique cVune lésion delà substance grise. La bilatéralité, qui est infiniment plus commune, s'explique naturellement par le fait que la gliose (cavitaire ou non) s'étend, en règle générale, depuis la commissure grise jusqu'à un point plus ou moins reculé des cornes postérieures. C'est en eflet aux cornes postérieures grises qu'aboutissent la presque totalité — peut-être même la totalité — des conducteurs de sensibilité.
L'unilatéralité du syndrome est, corollairement,]e fait des glioses
unilatérales (Fig. 73). Je n'insiste pas sur ce point.
Ce qui a frappé dès les premiers temps les observateurs, lorsqu'ils se sont trouvés en présence de cette étrange topographie, c'est sa concordance avec celle dont Y Hystérie seule semblait s'être réservé le monopole.
En effet, s'il est une constatation universellement vérifiée depuis qu'on s'enquiert avec soin des troubles de la sensibilité chez les hystériques, c'est la disposition de l'anesthésie par tranches. Les lignes qui séparent les zones d'anesthésie des zones de sensibilité normale correspondent, selon la comparaison de Charcot, à des traits cV amputation circnlaire. Il n'y a donc, dans cette topographie de l'anesthésie, rien qui rappelle les territoires connus de l'innervation périphérique.
En présence de ce fait, les médecins n'ont pas songé à contredire ce que les anatomistes leur enseignent. Ils ont simplement conclu que, si la distribution de V anesthésie en tranches ne s'explique pas par l'anatomie normale, il est logique d'admettre qu'elle est subordonnée à un concept morbide purement subjectif, dont l'état psychique du patient est le seul auteui' responsable.
Fig. 73. — Coupe de moelle dans un cas de Syringomyélie unilatérale. (Observation de Charcot et Joffroy, Arch. de P/iijs., tome II, 1869.)