‹ Leçons sur les maladies nerveuses (volume 3)Chapitre 2 sur 163 · PREMIÈRE LEÇON · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LEÇON

Messieurs,

Je vous demanderai d'abord toute votre indulgence.

J'ai, en effet, une tache trop lourde et, aujourd'hui surtout, trop pénible à remplir. Je suis désigné pour remplacer provisoirement, dans la première chaire de clinique du monde, le maître éminentet illustre, le professeur incomparable qui, depuis plus de vingt ans, était l'orgueil de notre Faculté, et dont le nom figurera dans la postérité parmi les plus grands de la médecine française.

11 ne m'appartient pas, à. moi qui ne fus que son élève et qui m'en fais gloire, de prononcer son éloge. 11 avait désiré qu'on gardât le silence autour de sa tombe. Lorsque aucun de ses collègues n'a encore parlé de lui, je ne réclamerai pas l'honneur de célébrer le premier sa mémoire. Je ne vous dirai donc rien de son œuvre.

Sou œuvre, d'ailleurs, est au-dessus de tous les panégyriques. N'est-elle pas en soi assez éloquente? N'est-elle pas gravée sur l'airain? Les temps s'écouleront et ne l'effaceront pas.

Avant lui, toute une science était à naître. A peine Duchenne de Boulogne venait-il de la dégager du chaos.

La neuropathologie n'existait pas même de nom. Le Professeur Charcot l'a faite ce qu'elle est.

Sa collaboration Légendaire avec Yulpian marque la date de sa véritable origine. C'était l'époque où les deux jeunes médecins du Bureau central, amis d'enfance, faisaient leurs premières armes à la Salpêtrière.

Mais tandis que Vnlpian quittait cette maison pour se consacrer

PRISSAUD, LEÇONS. 1

ï LEÇO.NS SLR LES MALADIES NERVEUSES.

aux travaux de physiologie qui Tout rendu si justement célèbre, M. Charcot y restait, agrandissait peu à peu son service, élargissait chaque année le domaine de ses investigations cliniques, inaugurait enfin cet enseignement que vous connaissez, cet enseignement d'une fécondité prodigieuse, auquel il a voué toute sa vie, auquel la mort seule est venue mettre un terme.

• est par cet enseignement qu'il a fondé la science nouvelle; et vous savez de quelle lumière il l'a éclairée dès le premier jour.

Tout est devenu accessible à tous. Rien de œ qu'il a dit ou écrit n'a été contesté, parce que rien n'était contestable.il ne s'en tenait qu'aux faits, seulement aux faits, laissant toujours de côté les hypothèses, les théories et les généralisations téméraires.

Et comme il savait voir les faits avec cette perspicacité et cette pénétration qui sont le don des vrais observateurs, il savait aussi les présenter selon leur ordre naturel, cet ordre qui, dans les sciences d'observation, est la logique même.

Voilà simplement pourquoi l'œuvre de M. Charcot durera. Elle est toute de clairvoyance, de bon sens et de probité.

L'édifice scientifique qu'il a élevé défie tous les assauts, à plus forte raison les méchants coups d'épingle. De tous côtés il a provoqué l'admiration unanime et spontanée des vrais savants, de ceux qui, sans jalousie d'école ou de nationalité, acclament la lumière au sortir des ténèbres.

Si je n'ai pas l'autorité qu'il faudrait pour louer les travaux de M. Charcot, j'ai du moins le droit et même le devoir de vous dire ce que j'ai, au fond du cœur, de reconnaissance et de gratitude pour le maître parlait qu'il a été.

Je ne peux vous traduire l'émotion, la surprise et plus encore Le sentiment de révolte que j'éprouve en me voyant aujourd'hui à la place qu'il occupait, il y a trois mois à peine.

Depuis tantôt vingt ans, il n'a cessé de me donner des témoignages de sympathie. Lorsque je vins ici, en 1874, ne l'ayant encore jamais vu, lui demander une place d'externe, il me reçut avec une froideur, une indifférence qui, par bonheur, ne me rebutèrent pas. A partir du jour où j'entrai en fonctions, je ne peux plus compter les preuves d'affection dont il m'a comblé.

Il m'a en quelque sorte pris par la main pour me guider dans la carrière. Il m'a prodigué les bons conseils, les encouragements, les bonnes paroles dans les épreuves. Jamais sa sollicitude ne s'est

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