‹ Leçons sur les maladies nerveuses (volume 3)Chapitre 65 sur 163 · HISTOLOGIE · texte numérisé non relu

HISTOLOGIE

évidemment à la formation de ce fouillis névroglique, dont l'origine est dans les cellules delà névroglie elle-même.

11 est impossible que vous ne soyez pas frappés par l'analogie d'ensemble qui existe entre les cellules profondes de la névroglie {cellules araignées) et les éléments épithéliaux de la cavité épendymaire. La seule différence consiste dans la forme cylindrique de la couche épithéliale proprement dite, dans la coloration plus vive de ses noyaux et de ses prolongements. La préparation représentée sur la ligure 68 est empruntée à une coupe de la région bulbaire passant par le noyau de l'hypoglosse.

Ii. 69. — Cellules de l'épithélium de la cavité épendymaire. — Passage insensible de l'étal cylindro-conique ;i l'étal cubique.

IV. — L'épithélium de la cavité épendymaire est, vous ai-je dit, constitué souvent par un amoncellement de cellules polymorphes

dépourvues de toute ressemblance avec les cellules cylindro-coniques de l'épendyme normal.

En l'ait, ces cellules sont cubiques ou prismatiques et ne se déforment que par pression réciproque. Le passage de l'état cylindro-conique à l'état cubique esl parfois très rapide et, par là, je veux dire que, sur une même coupe, le revêtement cylindro-conique se continue presque brusquement avec le revêtement cubique. La ligure (i!) vous en est un exemple. Vous y reconnaissez à gauche le même épithélium que sur la ligure 66, et, à droite. I épithélium cubique ou polyédrique, dont les dimensions et la coloration sont presque de tout point semblables à celles des cellules névrogliques situées dans la profondeur. La seule différence appréciable esl que ces éléments cubiques paraissent privés de prolongements radiés, tandis que les cellules profondes en sont pourvues.

Le chevelu de l'épithélium épendymaire est loin d'être toujours aussi apparent que vous le voyez sur la figure 68. Quelquefois même. les cellules superficielles sont séparées du stroma névroglique par une zone claire qui peut passer pour une membrane hasilaire. La figure 70 vous rend compte de cet aspect, mais vous y remarquerez

que la prétendue membrane basilaire a une striation parallèle à la surface libre de la cavité, et que celte strialion est produite par de

Kg. 70. — Epithélium du canal épendymaire, séparé du stroma névroglique sous-jacent par une zone claire, où Ton voit de petits filaments mal colorés reliant les cellules épithéliales aux cellules névrogliques profondes. Coupe faite à la région bulbaire, au voisinage du noyau des nerfs mixtes.)

petits filaments, évidemment mal colorés, dont quelques-uns paraissent faire suite aux filaments des cellules névrogliques profondes.

La préparation dont il s'agit, traitée par le picro-carmin fort, est empruntée à la région bulbaire, tout au voisinage du noyau des nerfs mixtes.

Il est possible que les prolongements profonds de I'épithélium épendymaire se condensent, à un moment donné, en subissant une transformation histo-chimique qui rend la coloration impossible.

Enlin. il n'est pas rare d'observer, immédiatement au-dessous tin revêtemenl épithélial, même lorsque celui-ci a conservé sa forme typique, une disposition canaliculaire des [éléments profonds de la névroglie. Je vous présente (Fig. 71)

Fig. 71.élémenl

Disposition canaliculaire des ; profonds de la névroglie.

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une préparation qui est très démonstrative à cet égard. Il semble (pie les cellules névrogliques proprement dites, groupées en boyaux, comme les cellules d'un épithélioma tubulé, se canaliculisent par la formation d'une cavité régulièrement cylindrique à leur centre.

La question. Messieurs, est de savoir si cette cavité est autochtone, ou si elle n'est qu'un diverticulum du canal épendymaîre. Vous concevez l'importance qui résulterait de la solution de ce problème pour l'interprétation anatomo-pathogénique des productions syringomyéliques.

Aucun des faits qui précèdent n'est en désaccord avec les constatations histologiques des auteursqui se sont occupés delà névroglie jusqu'à ce joui'. Ils me semblent, au contraire, cadrer avec les observations les plus récentes de Mis, de Renan t, de Ramon, de Y. Lenbossek, de Kolliker.

Vépithélium superficiel n'est donc qu'une variante morphologique de la cellule névroglique proprement dite. Celle-ci est, à quelque profondeur qu'on l'envisage, une cellule de remplacement

de l'épithélium superficiel. Les cellules de remplacement, immédiatement sous-jacentes à l'épithélium, sont les cellules du neurosponge de His, que la lecture des récents traités d'histologie vous a fait connaître. Mais vous constaterez, au simple examen des figures 69 el 72. combien il est difficile de les distinguer des cellules névrogliques profondes.

Ce sont, toujours et partout, des éléments identiques par essence.

Tous dérivent du feuillet externe; Ions, sans exception, poussent leurs prolongements jusqu'au feuillet moyen, qui est représenté par les ramifications capillaires dans la masse même de la névroglie. La figure 1"2 vous paraîtra, je l'espère, liés explicite sous ce rapport; elle montre une disposition générale du tissu névroglique absolument conforme aux préparations de Y. Lenhossek; les cellules

I-'ig. 'ri. — Disposition générale du tissu névroglique. — La cellule de l'épithélium superficiel n'est qu'une transformation de la cellule névroglique proprement dite. Son chevelu se prolonge jusqu'à la couche vasculaire (feuillet mésodermique .

ectodermiques de l'épendyme vont s'insérer, par leurs prolongements profonds, sur le feuillet moyen ou vasculaire.

Les ramifications des capillaires sanguins, dans la substance gélatineuse péri-épendymaire, n'apportent aucune modification essentielle à la constitution du tissu névroglique lui-même; tous les capillaires (feuillet moyen) repoussent devant eux. au fur et à mesure qu'ils se développent, le tissu névroglique (feuillet externe i.

Y. — Je vous répéterai. Messieurs, que si je me suis si longuement étendu sur la structure normale et pathologique de la névroglie, c'est seulement afin de mieux faire ressortir la part considérable qui revient au processus irritatif dans la Syringomyélie. Cela étant, vous devrez vous attendre à voir survenir, éventuellement au cours de toutes les formes de poliomyélite, sans exception, le syndrome qualilié de syringomyélique.

Quel est ce syndrome?

Je vous en ai déjà parlé suffisamment dans une de mes dernières conférences pour n'avoir point à y revenir encore aujourd'hui. La dissociation des phénomènes de sensibilité en est la caractéristique à peu près constante; mais il ne faudrait pas croire que ce phénomène, — au premier abord si étrange. — dont nous devons la connaissance à Schultze et à Kahler, n'appartienne qu'à la Syringomyélie, ni qu'il soit le seul trouble de sensibilité constaté dans cette maladie. Sans doute, le l'ait le plus ordinaire est la perle de la sensibilité pour les impressions thermiques et douloureuses, avec conservation de la sensibilité tactile. Mais il n'en est pas moins vrai que Vanesthésie totale, mentionnée pour la première fois, je crois, par Roth, est encore assez fréquente.

Le qu'il y a déplus curieux peut-être que la dissociation de la sensibilité, c'est le mode de répartition de la thermo-analgésie par zones.

Vous avez vu déjà trois exemples de cette particularité cbez les malades atteints de Pachyméningite cervicale hypertrophique (pie je vous montrais l'autre jour. Vous vous l'appelez (pie ces zones d'anesthésie n'étaient pas disposées en plaques, sur des territoires nerveux connus d'avance, mais sur des régions à nous inconnues

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en tant que régions analomiques, sur des tronçons de membre, sur des tranches du thorax, de l'abdomen, etc.

Tantôt bilatérale, tantôt unilatérale, la thermo-analgésie, dite syringomyélique,es\ — sinon toujours, du moins presque toujours — symptomatique d'une lésion delà substance grise. La bilatéralité, qui est infiniment plus commune, s'explique naturellement par le fait que la gliose (cavitaire ou non) s'étend, en règle générale, depuis la commissure grise jusqu'à un point plus ou moins reculé des cornes postérieures. C'est en effet aux cornes postérieures grises qu'aboutissent la presque totalité — peut-être même la totalité — des conducteurs de sensibilité.

L'unilatéralité du syndrome est, corollairemenUe fait des glioses

unilatérales (Fig. 73). Je n'insiste pas sur ce point.

Ce qui a frappé dès les premiers temps les observateurs, lorsqu'ils se sont trouvés en présence de cette étrange topographie, c'est sa concordance avec celle dont Y Hystérie seule semblait s'être réservé le monopole.

En effet, s'il est une constatation universellement vérifiée depuis qu'on s'enquiert avec soin des troubles de la sensibilité chez les hystériques, c'est la disposition de l'anesthésie par tranches. Les lignes qui séparent les zones d'anesthésie des zones de sensibilité normale correspondent, selon la comparaison de Charcot, h des traits d'amputation circulaire. 11 n'y a donc, dans cette topographie de l'anesthésie, rien qui rappelle les territoires connus de l'innervation périphérique.

En présence de ce fait, les médecins n'ont pas songé à contredire ce que les anatoinistes leur enseignent. Ils ont simplement conclu que, si la distribution de Vanesthésie eu tranches ne s'explique pas par l'anatomie aormale, il est logique d'admettre qu'elle est subordonnée à un concept morbide purement subjectif, dont l'état psychique du patient est le seul auteur responsable.

Fig. 75. — Coupe de moelle dans nu cas de Syringomyélie unilatérale. ^Observation de Charcot et Joflroy, Arch. de Phys., tome II. 1869.

MÉTAMÉRISME DES CENTRES DE LA SENSIRILITÉ. 219

L'anatomie topographique de l'anesthésie hystérique est donc en quelque sorte un produit de l'imagination, et c'est, en réalité, la fantaisie spéciale à un état mental névropathique déterminé qui la crée de tentes pièces.

L'histoire des paralysies hystéro-traumatiques nous fournit des exemples frappants de ces troubles de la sensibilité, combinés à des incapacités fonctionnelles. Dans les cas auxquels je fais allusion, l'impuissance musculaire, vous le savez du reste, est certainement, elle aussi, la conséquence d'une perturbation mentale : après tout, le sujet hystérique n'est pas tenu de connaître les ramifications, les rapports et le rôle physiologique des plexus nerveux et de leurs branches.

Ce n'est donc pas sans un vif étonnement qu'on a vu les anesthésies en tranches figurer parmi les symptômes de la Syringomyélie.

Une lésion matérielle de la moelle est ici seule en cause, et si, comme Charcot l'a encore l'ait voir, l'Hystérie peut se combiner fréquemment avec la Syringomyélie, ce n'est pas. — il s'en faut de beaucoup, — à l'Hystérie seule qu'on doit rapporter la topographie spé-

I !.. 74 el 75. — Anesthésie syringomyélique unilatérale en manche. — Cas de Souques. (Xouv. Icon. de la Salpétrière, 1891, p. 261.]

ciale de l'anesthésie : c'est bien à la gliose médullaire elle-même. Le problème devient donc plus difficile à résoudre, dès l'instanl que la « folle du logis > est absente. Bref, nous nous trouvons en lace d'une variété' de localisation symptomatique dont l'anatomie descriptive est impuissante à nous expliquer le mécanisme.

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C'est cette explication. Messieurs, que je voudrais tenter devant vous, en faisant aussi petite que possible la part de l'hypothèse.

Fig. 7G et 77. — Anesthésie thermique en gmi/s et hyperesthésie en caleçons dans La Syringomyélie. ■ — Cas de Gilles de la Tourette el Zaguelmann. [Nouv. bon. de la Salpêtrière, 188'.), p. ."lfi.

Fig. "8 el 79. — Thermo-anesthésie en bas el en gants, dans la Syringomyélie. Cas de Parmentier. Nouv. Icon. de In Salpétrière, 1890, p. 2l9.)

Les traités classiques signalent le l'ail brutal, mais il n'y en

a pas — à ma connaissance du moins — qui en proposent une patbogénie rationnelle. Le plus récent de tous, celui d'Oppenheim,

paru il v a un mois à peine, est muet à cet égard. Si quelque autre a comblé à mon insu la lacune en question, j'en adresse d'avance mes excuses à son auteur.

Fip'. 80 et ,81. — Perle de la sensibilité à La douleur en gants et en caleçons dans la Syringomyélie. — Cas de Gilles de la Tourelle et de Zaguelmann. Nouv. Icon. de la Salpétrière, 1889, p. 513.]

Fig. 8-2 et 87». — Thermo-analgésie en bas el en manches dans la Syringomyélie. Cas de Deboye (Charcot, Leçons du Mardi, tome II. p. 506.)

La Syringomyélie a pour symptôme fondamental— on peut bien 10 aire — la dissocia/ion de la sensibilité : le trouble de sensibilité qui, dans l'immense majorité des cas, est le plus propre à dit-

SYRINGOMYELIE.

IllSTOLOCIE.

férencier cette maladie spinale est la thermo-analgésie avec conservation de la sensibilité tactile.

Nous savons aujourd'hui <]iie colle dissociation n'a rien depathognomonique; nous savons même que la plupart des troubles de la sensibilité par défaut s'accusent d'abord par une thermo-analgésie. .Nous savons enfin (surtout depuis le travail de Critzman)1, que la

Fig. si el 85. — Perte de la sensibilité pour le froid dans la Syringomyélie. Cas de Charcot. [Leçons du Mardi, tome II. p. .Mo.)

diminution de la sensibilité tactile coïncide presque toujours, dans la Syringomyélie, avec la thermo-analgésie.

Or, qu'il s'agisse d'une Syringomyélie avec thermo-analgésie simple ou d'une Syringomyélie avec anesthésie totale, il est de règle que les troubles de la sensibilité sont répartis selon des zones dont la limite supérieure est perpendiculaire à taxe du corps au à Vaxe des membres. Les observations sont riches de comparaisons, grâce auxquelles le lecteur est immédiatement informé de la forme des surfaces d'anesthésie. Elles nous parlent d'anesthésies en jambières, en chaussettes, en gants, en manchettes, en vestons, etc.... (Fig. 7 \ à <S5).

.le prendrai pour exemple le cas d'une anesthésie bilatérale el symétrique, occupant les doigts et la main jusqu'au poignet. Si vous comparez la disposition de cette anesthésie en l'orme de gant avec

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