‹ Leçons sur les maladies nerveuses (volume 3)Chapitre 70 sur 163 · S VI' III LIS SPINALE · texte numérisé non relu

S VI' III LIS SPINALE

très complexes et, il faut bien le dire, très rares, dont le diagnostic esl presque impossible à faire sur le vivant.

Une dernière fois, je vous rappelle révolution des symptômes et la durée éphémère de la période pendant laquelle on aurait I » v i diagnostiquer la Paralysie spinale syphilitique (type d'Erb). Veuillez retenir surtout eette alternance des aggravations et des améliorations, qui est incompatible avec l'existence dune lésion spinale profonde, à plus forte raison d'une lésion systématisée.

De tout rein. Messieurs, ne concluez pas que la Myélite syphilitique ne puisse exister; elle existe même certainement.

Aussi bien, ce qu'il faut dire, pour rester fidèle à l'observation clinique et aux renseignements que nous apporte chaque jour l'anatomie pathologique, c'est que le processus méningitique est presque toujours le premier en date: qu'il peut, dans un très grand nombre de cas. suffire à rendre compte des accidents; mais que, parfois aussi, il peut se compliquer de lésions médullaires plus ou moins diffuses, entraînant avec elles le cortège symptomatique habituel de la Myélite aiguë ou subaiguë.

Y. — Et, pour terminer, nous devons nous demander s'il est possible de trouver une explication de cette localisation du processus syphilitique, et de son évolution singulière? — Ici, .Messieurs, c'est à l'anatomie normale qu il nous faut recourir.

Connaissant la prédilection de la Syphilis pour les lésions artérielles, on a, jusqu'à ces dernières années, incriminé surtout les artères médullaires; naturellement, on a parlé à'artérites syphilitiques spinales : on a supposé (jue l'oblitération des deux longs vaisseaux qui se continuent du haut en bas delà moelle, de chaque côté du canal épendymaire, pouvait produire une lésion systématique dos deux colonnes grises antérieures.

S.iiis doute, une thrombose spinale dans la région lombaire pourrait, à la rigueur, rendre compte de la plupart des symptômes qui caractérisenl les paraplégies spécifiques. Mais quand les membres supérieurs sont atteints isolément les premiers, — et l'on ;i déjà signalé plusieurs cas de ce genre. — cette explication n'est plus admissible; car. lors même que l'oblitération n'existerait qu'à la partie supérieure des vaisseaux juxta-épendyinaires, il est certain ([ue la circulation serait follement entravée sur toute la hau-

teur de ta moelle. Les compensations fonctionnelles par les collatérales ne seraient pas à la hauteur de leur tache. Les lésions artérielles ne sont donc pas suffisantes pour donner,

(huis tous les cas, l'explication des accidents observés.

M. Lainy a eu le grand mérite de montrer le rôle important que

mm fe

Tins

Pin

l'ii;. 91. — Mèmngo-myélite syphilitique. Coupe transversale de la moelle à la région dorsale supérieure. — Une partie delà circonférence postérieure de la moelle avec la pie-mére et l'arachnoïde adjacentes. — Grossissement 60 diam., coloration par la méthode de Pal et le carmin d'alun.

Simp. Septtim médian postérieur élargi et infiltré de cellules rondes; vers sa l>;i-'' il présente la coupe d'un petit vaisseau autour duquel l'infiltration redouble d'intensité. — Tins. Tissu médullaire sain (cordon postérieur.) — Vp. Veinule de la pie mère oblitérée. — Pm. Pie-mère épaissie et infiltrée de cellules rondes. — Fg. Petit foyer gommeux intra-médullaire émané de la pie-mère ; le tissu nerveux est détruit à ce niveau. Infiltration gommeuse diffuse au pourtour <1<' ce foyer, i D'après la thèse de H. Lamy.)

jouent les oblitérations veineuseset, en particulier, celles des veines spinales postérieures, dans les lésions de La pachyméningite spécifique1 (Fig. 91 et 92). La phlébite syphilitique, d'ailleurs, avait été déjà signalée, mais sans qu'on lui eût attribué sa véritable valeur.

I. Thèse, Paris 1893. — Xouv. Iconogr. de la Salpêtrière, a ' 3 el i. In1-1"*.

S\ Nil LIS SPINALE.

Le système veineux l ion t en effet, dans les altérations médullaires, une place au moins aussi considérable que le système artériel: et j'ajouterai que la Syphilis n'est pas la seule maladie capable de faire des oblitérations veineuses graves. La tuberculose

■ Spm

I ig. 92. — Méningo-myélile syphilitique. Même région que la précédente. — Ici l'inliltration esl limitée au septum, Spm. Le tissu médullaire est respecté, sauf dans une région peu étendue sous la pie-mère à droite de la ligure. En Vp, une veine dont les parois sont épaissies et modérément infiltrées. (D'après la thèse de II. Lamy.

en produit également. De récentes observations de MM. Lamy, Tollemer, Londe, ne laissent subsister aucun doute à cet égard.

L'occasion serait favorable. Messieurs, pour vous dire, en passant, que tous les syndromes que la Syphilis réalise, la tuberculose peut les réaliser également. Sous tous les rapports, la clinique et l'anatomie pathologique sont d'accord. Mais ce parallèle m'entraînerait trop loin.

L'importance de la disposition des vaisseaux sanguins dans certains territoires médullaires mériterait aussi de nous arrêter plus longtemps, eu égard aux localisations pathologiques qu'elle commande.

S VI' Il IMS SPINALE. 245

Dans notre dernière leçon, je vous parlais de certaines formes cliniques des Tabès combinés. Vous y avez vu le rôle ctiologique capital qu'y joue la Syphilis; je vous ai montré à ce propos que la distribution sanguine spéciale de la moelle dorso-lombaire pouvait seule expliquer la localisation de la lésion initiale qui cause les paraplégies du Tabès combine d'origine méningitique.

VI. — Je terminerai ici. Messieurs, cet exposé sommaire des trois variétés cliniques qu"on a isolées un peu artificiellement dans l'histoire de la Syphilis spinale.

J'ai cherché à vous montrer des exemples de ces variétés; mais vous avez constaté qu'aucun de nos malades ne répondait exactement à Tune quelconque des formes prévues. Voilà bien la confirmation la plus éclatante de ce que je vous annonçais au début de cette leçon :

La Syphilis spinale n'étant, en définitive, qu'une évolution d'un processus morbide de méningo-myélite, on peut y reconnaître des périodes, mais non des formes séparées.

L'anatomie peut nous faire comprendre pourquoi le produit sclérogommeux, ou simplement scléreux. se développe de préférence dans certaines régions de la moelle, mais elle ne nous laisse rien prévoir de l'évolution symptomatique. Les localisations anatomiques n'étant pas systématisées; la maladie dite Syphilis spinale ne saurait avoir l'évolution d'une myélite systématique et, partant, régulièrement progressive.

Voilà pourquoi, Messieurs, les divisions qu'on s'est efforcé d'établir sont, je vous le répète une dernière fois, de pure convention.

Page 1