IV. — J'arrive à L'examen de nos malades
Voici un homme d'une trentaine d'années qui, depuis déjà bien des mois, n'a pas quitté son lit : il est paralysé des membres inférieurs, il ne peut pas même s'asseoir, il est étendu, presque absolument inerte, le tronc adossé à des oreillers.
Les mains, immobiles, sont ramenées en pronation sur le creux épigastrique : il ne leur commande plus. La supination et la demisupination même sont impossibles; tous les mouvements des doigts sont abolis.
La tête, tantôt se renverse en arrière, tantôt retombe en avant ou sur les côtés; il ne la porte plus, ne la tourne plus à droite ni à gauche... je pourrais dire en vérité qu'il ne sait plus qu'en faire. On la lui cale avec un petit coussin plusieurs fois par jour; quand elle glisse, on la redresse et elle reste en place, d'autant plus facilement que le cou présente parfois une certaine rigidité.
En général cet homme se trouve bien ; il ne soutire pas, il n'a jamais souffert, il dort à merveille; on le fait manger comme un enfant, il a l'appétit très ouvert et ses fonctions digestives sont irréprochables.
Considérez maintenant son visage, immobile comme un masque, cette physionomie où perce une nuance de surprise. C'est son faciès habituel : il lui sert pour exprimer indistinctement tous les sentiments qu'il éprouve. Ce n'est plus une physionomie, c'est plutôt une absence de physionomie, car les muscles de la face sont aussi annulés que ceux des membres. La vague expression de surprise que vous remarquez ne traduit pas un étonnement véritable; un froncement spasmodique des muscles frontaux suffit à la produire. Chez beaucoup de malades, les muscles du menton et la partie inférieure de l'orbiculaire des lèvres, en se contrariant, donnent un air boudeur et grognon; vous ne constatez pas cela ici. Le rire est encore possible, mais c'est plutôt une sorte de rictus convulsif accompagné d'un bruit laryngien qui se prolonge. La bouche est presque constamment ouverte et la salive s'écoule. L'occlusion îles lèvres n'est plus possible, les muscles masticateurs étant trop faibles pour maintenir les mâchoires fermées. Quant ;i la langue, petite, ratatinée, ridée, elle est par-