TOPOGRAPHIE DU ZONA
transversale, large de deux travers de main environ. Les groupes d'herpès sont disséminés sur la zone de névralgie, depuis les apophyses épineuses dorso-lombaircs jusqu'au milieu de l'espace qui sépare l'ombilic de l'appendice xyphoïde. Représentez-vous les terminaisons nerveuses des derniers nerfs intercostaux à ce niveau, et dites si, oui ou non, le trajet du zoster se superpose à un trajet nerveux. — Assurément, non. 11 doit y avoir longtemps déjà que ce défaut de parallélisme intrigue les cliniciens. Pour vous faire de votre côté une opinion bien nette à cet égard, prenez la peine, ainsi que mes élèves en ont l'habitude, de pointer très exactement, sur une bonne figure schématique, les groupes éruptifs. Vous acquerrez bien vite la conviction que le zona croise — je ne dis pas toujours, mais très souvent — la direction des nerfs intercostaux. Et si je ne dis pas toujours, c'est parce que le zona thoracique supérieur, pour des raisons spéciales dont je vous parlerai plus tard, ne peut pas ne pas être parallèle à ces espaces.
Jugez donc jusqu'où la théorie poussée à l'extrême peut conduire : le fait est tellement net, le défaut de concordance est si évident, qu'il fallait fermer les yeux pour ne pas le voir. Balmanno Squire, qui l'avait parfaitement constaté, n'a pas hésité à le dire : l'éruption croise obliquement plusieurs nerfs intercostaux. Et quelle conclusion pensez-vous qu'il en tire? — C'est que le zona n'est pas une infection d'origine nerveuse.
Que peuvent répondre maintenant les partisans de la théorie nerveuse? Ceux-là sont bien plus que la majorité. Je rends la parole à l'auteur de l'article du Dictionnaire encyclopédique que je viens de citer : « Le fait est exact : l'éruption peut être horizontale ou légèrement inclinée en bas et en avant ; mais ceci s'explique par la direction même des nerfs cutanés, qui croisent les côtes situées audessus d'eux et ont une direction sensiblement horizontale ». Voilà encore une inexactitude. Les nerfs cutanés du thorax ne sont sensiblement horizontaux que dans la région sous-claviculaire. Déjà, à cette hauteur, ils sont obliques en bas et en avant, et ils le deviennent de plus en plus vers la région thoracique inférieure. Nous reviendrons sur cette direction générale de plus en plus accentuée.
Pour le moment, retenez simplement ceci : étant donné un cas de zoster thoracique inférieur ou thoraco-abdominal, si l'on réunit par •une ligne demi-circulaire les groupes d'herpès le plus haut situés
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et, par une autre ligne demi-circulaire, les groupes le plus bas situés, on s'aperçoit que l'intervalle de ces deux lignes représente une demi-ceinture horizontale ou presque horizontale, c'est-à-dire oblique par rapport à la direction générale des espaces intercostaux. On constate ('gaiement que l'éruption s'étend sur une aire de distribution nerveuse cutanée qui, la plupart du temps, répond à un minimum de cinq ou six paires rachidiennes. Bien entendu, il ne s'agit que du zona vulgaire, et je ne fais ici aucune allusion à ces éruptions zosteroïdes qui font suite à une pleurésie localisée, à un traumatisme, à une opération chirurgicale telle que la thoracentèse.
Je conclus :
Si le zona relève d'une irritation des cellules ganglionnaires postérieures, force est d'admettre que la lésion d'où procède le trouble trophique, affecte systématiquement et simultanément une série de ganglions superposés, et cela seulement d'un côté. Il y a là, vous l'avouerez, quelque chose de tellement invraisemblable qu'on se demande si une lésion spinale unique, limitée à l'élage de la moelle qui régit cette fraction de la chaîne ganglionnaire, n'expliquerait pas beaucoup mieux les choses. Nous savons, du reste, que des myélites très circonscrites produisent des zonas rigoureusement identiques à celui qui semble résulter le plus logiquement d'une irritation ganglionnaire. S'il en est ainsi, c'est que les rentres spinaux où aboutissent les nerfs de la sensibilité sont répartis, sur la hauteur de l'axe, suivant un ordre spécial et relativement indépendant de la suppression des nerfs périphériques. Nous avons eu déjà l'occasion d'étudier cette question. Les anesthésies de la syringomyélie ne correspondent pas, elles non plus, à des territoires périphériques connus. Pour en comprendre le mécanisme, nous avons dû invoquer la persistance problématique de la disposition métarnérique embryonnaire sur toute la hauteur du névraxe de l'adulte.
Cette hypothèse, je suis obligé d'y avoir recours encore, et c'est à la développer devant vous que je consacrerai ma prochaine leçon.
M.I--T h. LIÇOXf,