‹ Leçons sur les maladies nerveusesChapitre 126 sur 159 · III. — Plusieurs observations comparables à celle-là ont été · texte numérisé non relu

III. — Plusieurs observations comparables à celle-là ont été

l'ATIIOGÉME DU PROCESSUS SCLÉft ODERMIQUE. 407

récemment publiées, et ont l'ait l'objet de dissertations fort ingénieuses, visant la théorie pathogénique de la sclérodermie progressive chronique.

Le plus important de ces travaux, celui de Méry, s'attache à démontrer que la sclérose totale des muscles et des viscères résulte d'une endo-péri-arlérite généralisée. Tout au moins, cet auteur admet-il que malgré les apparences trophonévrotiques de la sclérodermie, une lésion uniforme et systématique de tout l'appareil artériel est seule capable de produire des cirrhoses viscérales entraînant la mort.

Il n'est pas douteux que ces cirrhoses existent. Elles ont dans le foie, dans le cœur, dans les reins, partout, les mêmes caractères histologiques. Il n'est pas invraisemblable qu'on les retrouve quelque jour clans les centres nerveux (quoique Méry ait négligé l'examen des centres nerveux dans son étude). La cause de l'altération vasculaire. au dire de cet auteur, est Y infection. Cela est possible, après tout, mais la question n'est pas là; car l'infection peut aussi bien agir sur les centres trophiques des artères, et le problème consiste précisément à déterminer la libation des phénomènes morbides.

Retenons seulement le fait capital qui se dégage des recherches de Méry : c'est que les scléroses — dermiques et viscérales — dans les formes graves de la sclérodermie, sont associées à une endo-péri-arlérile l.

Je vous ai dit que l'autonomie clinique de la sclérodermie chronique généralisée n'était pas absolue, et qu'on pouvait la voir quelquefois se compliquer de sclérodermie e?i -plaques et de sclérodermie en bandes. Chose curieuse, Méry, partisan de l'origine vasculaire de la sclérodermie primitive, admet que les sclérodermies en plaques et en bandes, en un mot les sclérodermies localisées, relèvent d'une influence trophonévrolique. Si cette disjonction pathogénique est fondée, il faudrait donc supposer que, dans les formes complexes auxquelles je fais allusion, deux maladies toutes différentes coexistent chez le même individu : étrange rencontre, qui réunit et finit par confondre, en une seule, doux affections essentiellement distinctes par nature : l'une nerveuse, l'autre vasculaire.

i. JIlrt. Auatomie pathologique et nature de la sclérodermie. Thèse, Taris, 1889.

108 PATHOGÉNIfi DU PROCESSUS SCLERCVDEftMtQUE.

Un fait matériel ayant toujours plus de force qu'un raisonnement, la constatation des lésions vasculaires ne pouvait manquer d'être hautement invoquée; cl cola, d'autant plus que les lésions nerveuses restaienl encore problématiques.

Dinkler, plus catégorique que Méry, considère que la maladie anatomiquement caractérisée par ['hypertrophie du lissa conjonctif et par Vartérite généralisée, débute dans les parties profondes bien avant que la peau ne laisse, voir ses principales altérations macroscopiques. Il croit donc que le processus (Vartérite est le premier en date1. Bien certainement, la rétraction interstitielle des tissus acquiert une grande valeur lorsqu'il s'agit d'expliquer certains accidents de la sclérodermic, entre autres,pour n'en citer qu'un : la mort.

Cependant rien n'est encore changé à la question, car l'endopéri-artérite est une lésion, d'origine infectieuse si l'on veut, mais en tout cas banale, et ne donnant pas lieu, dans les innombrables formes cliniques où elle a été étudiée, au processus sclérodermique. Si la sclérose artérielle généralisée est une conséquence de l'altération vasculaire, on se demande comment Y arterio-capiïlaryfibrosis de Gull et Sutton n'entraîne pas toujours forcément la sclérodermic. Aucune affection vasculaire, en effet, n'est ni plus systématisée, ni plus généralisée que celle-là.

Cette objection ne semble pas suffisante, paraît-il, et il n'est cependant personne qui ne se la soit faite, môme parmi les partisans de la tbéorie vasculaire.

Le dernier ouvrage classique publié en France nous laisse1 indécis : M. Gaucber2 hésite entre les deux opinions. Quoiqu'il ne se prononce pas, nous devinons bien qu'il se rallie aux conclusions de Dinkler" : les sclérodermics en bandes et en plaques seraient d'origine nerveuse, parce qu'elles correspondent approximativement à des trajets ou à des districts nerveux; mais la sclérodermic généralisée serait d'origine artérielle, parce qu'elle est « plutôt en connexion avec les districts vasculaires, qui concordent, d ailleurs, pour la plus grande partie , avec les sphères nerveuses ».

Je m'inscris résolument en faux contre cette dernière proposition.

1. Dinkler. Deulches Archiv f. Min. Med. Vol., 48. 4, 5. G, 1892.

2. Gaucher. Sclérodermic Traite de médecine cl de thérapeutique, de Brouardel. Gilbert et Girode, t. III, p. 858.

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