‹ Leçons sur les maladies nerveusesChapitre 127 sur 159 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

PATHOGÉNIE DO PROCESSUS SCL&RODERMIQUE. 409

Le trajet des troncs nerveux "principaux est assurément le. même que celui des troues vaseulaires principaux, — à peu de chose près du moins. Mais la distribution périphérique des nus cl des autres esl absolument différente. Qu'y a-l-il de commun entre les districts artériels et les districts nerveux de la face? Entre les districts artériels et les dislrincts nerveux des doigts? — Rien. Et c'est précisément par les doigts que la sclérodermie généralisée débute, puisqu'elle peut, pendant un temps Tort long, n'être qu'une sclérodactylie. Voilà donc un très mauvais argument, qui compromettrait déjà la cause de la théorie artérielle.

IV. — Mais nous ne pouvons pas nous en tenir là car il n'est pas indifférentde savoir si les lésions artérielles delà sclérodermie sont aptes à produire des troubles Irophiques, tels qu'on n'en voit jamais survenir de semblables dans aucune autre forme d'artéritc connue. La question étant litigieuse, chacun peut avoir son opinion: j'ai la mienne et je vais faire le procès de la théorie artérielle.

D'abord, je rappellerai que MM. Mathieu et Gley ont fait voir des lésions artérielles expérimentales consécutives à des troubles nerveux. Une anangiolrophie — passez-moi le mot, pour une fois — n'est-elle pas aussi explicable, aussi probable qu'une amyotrophie? Mathieu et Gley n'ont prouvé, en somme, qu'une chose dont la démonstration anatomo-clinique était déjà faite. Cette démonstration, nous l'emprunterons à Méry et à Dinkler qui, en présence des lésions artérielles de la sclérodermie en plaques ou de la sclérodermie en bandes, n'hésitent pas à considérer ces deux variétés de sclérodermie comme de nature nerveuse. L'idenLité anatomopathologiquc est absolue.

A cela on peut répondre que les dystrophies cutanées d'origine notoirement nerveuse ont un caractère d'authenticité universellement reconnu, tandis que les scléroses viscérales, les cirrhoses; n'ont pu être jusqu'à présent rattachées à aucun trouble primitif des centres nerveux. 11 n'y a là qu'une apparente difficulté d'interprétation. Les expériences répétées de Brown-Séquard en font foi : les lésions prolubéraritielles donnent lieu à des perturbations circulatoires localisées. Les hémorrhagies et les ramollissements de l'hémisphère cérébral créent de véritables hémiplégies vasculaires superposées aux hémiplégies motrices; la gliomatose médul-

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lairc a des complications trophiques multiples, parmi lesquelles

un certain nombre procèdent d'une artérite secondaire....

Bref, Yanangiotrophie n'est pas une hypothèse, c'est une réalité.

Mais voici des arguments d'un autre ordre :

Chez la malade dont je viens de vous raconter l'histoire, les phénomènes circulatoires ont ouvert la scène. Il s'en faut de beaucoup qu'il en soit toujours ainsi : car si telle sclérodermie débute à la façon d'une maladie de Raynaud, telle autre évolue du premier au dernier jour, comme une sorte de momification spontanée et progressive. Celte différence nous indique que la participation du système vasculaire est contingente, et, si le témoignage de la clinique paraissait insuffisant à cet égard, celui de l'anatomic pathologique serait péremptoire. Dans trois cas de sclérodermie, Marianelli1 n'a trouvé aucune lésion vasculaire notable. Ces trois observations suffiraient donc à ruiner encore la thèse de l'artéritc en ce qu'elle a d'exclusif.

V. — Par contre, cxisle-t-il des motifs formels d'admettre l'origine nerveuse de la sclérodermie, c'est-à-dire de revenir à la doctrine ancienne, celle qui avait été émise dès 1805 par Horleloup?

Sans aucun doute; et le motif qui peut passer pour le plus sérieux est que les lésions de névrite ont élé constatées maintes fois dans les plaques scléreuses : les observations histologiques d'Engelbrechl, de Meyer, sont absolument démonstratives. Mais l'argument est encore contestable. Lorsque Vandervelde, par exemple, signale une névrite du médian, il a soin de faire remarquer que cette névrite n'a pas les caractères d'une lésion primitive; au contraire, elle lui parait secondaire, car une adhérence profonde de la gaine du médian aux parties adjacentes préalablement sclérosées lui semble être le point de départ occasionnel de la névrite. S'il n'y avait que de telles observations pour plaider la cause de la théorie nerveuse, la partie serait perdue, car on peut, ni dernier ressort, déclarer que la sclérodermie est, d'emblée, une maladie du tissu conjonctif et que, si elle comporte des altérations nerveuses et artérielles, c'est parce qu'elle n'épargne aucun tissu : la formation cicatricielle étouffe avec la même brutale indifférence vaisseaux, nerfs, parenchymes viscéraux. Le fait matériel de la névrite est par conséquent négligeable, et c'est à des preuves

\. Maiuanklli. Itevue neurol., 1897, n° 1, p. 23.

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d'ordre, non pas hislologique, mais purement analomiquc, qu'il faut s'adresser. Ces preuves abondent.

La sclérodermie en plaques ne saurait servir à aucune démonstration. Inversement, La sclérodermie en bandes nous fournit toute une série d'arguments; les bandes sclérodermiques, en effet, correspondent à des trajets ou à des départements analomiques connus, et l'évidence de ce rapport entraine non seulement la notion de la nature névrilique du processus mais encore celle de son lieu d'origine.

Quelques exemples rendront ces conclusions inattaquables.

Brocq et Veillon ont relaté des cas de sclérodermie en bandes où la lésion suivait le trajet d'un nerf périphérique^ Certaines localisations sont absolument précises : Colcott Fox a vu une bande limitée au trajet du nerf saphène interne; llallopeau en a vu une autre exactement superposée au trajet du brachial cutané interne. Kaposi a signalé la sclérodermie des espaces intercostaux, et Besnier celle de tout le plexus brachial.... En voilà bien assez pour expliquer comme quoi la théorie nerveuse n'a rencontré que des partisans, lorsqu'il s'agissait d'interpréter la palhogénie de la sclérodermie en bandes. D'autre part, il est des bandes qui ne répondent nullement à un territoire de nerf périphérique, mais à un territoire de nerf radiculaire : West a décrit une sclérodermie en bandes, répartie sur le territoire du troisième segment lombaire de Ilead'. Ceci nous rapproche sensiblement de la moelle.

La sclérodermie pouvant être tantôt de provenance nerveuse périphérique, tantôt de provenance nerveuse radiculaire, ne pourrait-elle pas être quelquefois de provenance spinale? Les cas de sclérodactylie le démontrent, lorsque la lésion se cantonne systématiquement aux extrémités et s'arrête à ces lignes circulaires, dites « lignes d'amputation », qui nous révèlent l'autonomie des étages spinaux. La disposition mélamérique de la sclérose ne peut relever que d'une altération matérielle ou d'un trouble permanent limités à tel ou tel métamère de l'axe médullaire. Aucune autre interprétation n'est acceptable ; et, dans le cas particulier de la sclérodermie généralisée progressive, nous ne voyons d'autre solution au problème que celle qui met en cause un processus systématiquement mélamérique, c'est-à-dire un processus dont

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