‹ Leçons sur les maladies nerveusesChapitre 144 sur 159 · Société médicale des hôpitaux, 4 février · texte numérisé non relu

Société médicale des hôpitaux, 4 février

!»7 centimètres. Sa trie était petite. La physionomie avait un caractère sérieux et triste. Mlle ne riait jamais, mais elle avait YinteUigçnce rire. 1 Lorsque vous aurez l'occasion d'étudier des sujets atteints d'infantilisme, ne manquez jamais d'examiner 1 état des artères : il se peut que vous y trouviez des difficultés, étant donné que vous aurez affaire à des sujets de petite taille. Du moins, vous sera-t-il permis de constater souvent l'existence d'un signe très caractéristique: la microsphygmie. Ce néologisme introduit par M. Variot dans notre vocabulaire a sa raison d'être. Il n'a besoin, je suppose, d'être ni traduit, ni commenté. Il ne préjuge rien sur la nature même de la maladie, M. Variot a pris la sage précaution de nous en avertir: 2 mais il a le grand avantage d'éveiller de bonne heure notre méfiance, car il est un des symptômes les plus précoces de l'aplasie artérielle. 11 nous autorise à prévoir le probabilité de l'infantilisme chez les sujets trop jeunes pour qu'il soit question d'infantilisme morbide, et cependant encore assez enfants — ils ont 10 ou 12 ans par exemple — pour qu'on ne puisse nier l'infantilisme, ni l'affirmer3.

Ne trouvez- vous pas, messieurs, que tous ces derniers cas d'infantilisme, rassemblés un peu artificiellement, j'en conviens, sous le litre commun (Y infantilisme du type Lorain, diffèrent à tous égards de l'infantilisme dyslbyroïdien? Car, en somme, un seul caractère appartient aux uns et aux autres : la petite taille. Mais faut-il considérer que l'heureuse influence du traitement thyroïdien, quelle que soit la forme de l'infantilisme, constitue un critérium en faveur de l'identité des deux types? C'est l'opinion de M. Ilertoghe. J'avoue ne pas la partager. Nous devons croire que le corps thyroïde chez les aplasiques souffre, au môme titre que tous les autres organes, de l'insuffisance de l'irrigation artérielle. La glande, étant mal nourrie, fonctionne mal. Or elle est à peu près exclusivement destinée à stimuler les actes nutritifs, et nous savons que les actes de la nutrition, depuis la période fœtale jusqu'à la période de l'âge adulte, consistent en des phénomènes de croissance. Ce n'est pas

I. LucEBEADX. La cirrhose chez les enfants. Journal tic médecine interne. 15 sepl. IX'.IX.

■i. Société médicale de» hôpitaux. 11 février 1898.

.">. («mot et Kmuiy. Deux cas u'iethyose pilaire familiale cl héréditaire -avec mirro- .-phy»mie chez des syphilitiques héréditaires. Journal de clinique et de thérapeutique infantile», l>l mars 1X98.

seulement chez les infantiles (aplasiques au dyslhyroïdiens) que le ferment thyroïdien exerce cette action stimulante; c'est chez tous

les sujets en voie de croissance. Il n'y a d'ailleurs dans ce problème, qu'une difficulté très relative :

l'activité thyroïdienne, n'étant pas la môme chez tous les individus, tel enfant est forcément plus thyroïdien ou moins thyroïdien que tel autre. On en peut dire autant du calibre des artères, qui n'a pas une valeur mathématique. Ce qu'il y ;> de plus clair dans la fonction du corps thyroïde, c'est que le produit de sécrétion de cette glande modifie à tout âge et chez tous les sujets les processus chimiques de la nu- Irition, et que, pendant tout le temps que dure la possibilité de grandir, les processus chimiques se traduisent par une augmentation de la taille. Dès l'instant que les cartilages d'ossification ont réuni par soudure la diaphyse à l'épiphyse, la croissance s'arrête forcément, et il n'y a pas au monde de puissance thyroïdienne qui soit capable de donner à la taille seulement un gain d'un millimètre. Le proverbe dit : « Où il n'y a rien, le roi perd ses droits. » Où il n'y a pas de cartilage de croissance la taille ne peut plus grandir. Il va sans dire qu'on doit exempter de cette loi les cas absolument exceptionnels où un reliquat decarlilage de croissance permet une reprise tardive des phénomènes de développement.

Ainsi, le l'ait que le traitement thyroïdien convient aux anangio-

Fig. 164. — Atrophie d'un membre par angustie artérielle.

plasiques autant qu'aux dysthyroïdiens ne prouve nullemenl que L'infantilisme anangioplasique ail pour origine l'insuffisance primitive de la sécrétion thyroïdienne. Le travail du développement, pendant la période normale de croissance a, sans doute, besoin d'être stimulé et dirigé par le ferment thyroïdien. Mais, s'il faut de la levure pour faire du pain, il faut aussi de la farine. Supprimez les aliments à l'adolescent qui grandit, rationnez-le simplement, et vous verrez s'il continuera de grandir. L'angustie généralisée des artères réalise cette triste expérience. Mieux encore que Paplasie totale systématique, une simple sténose accidentelle nous en donne la démonstration clinique.

Voici une jeune femme qui, vers l'âge de 10 ans, fut atteinte de périarthrite coxo-fémorale avec suppuration pelvienne prolongée. Le membre inférieur gauche tient en quelque sorte au bassin par des cicatrices profondes qui brident les paquets vasculo-nerveux et t'ont obstacle à la circulation artérielle. Voyez comme ce membre est réduit de volume : il est inerte et froid, sans muscles, sans graisse. Et l'atrophie dont il est frappé n'intéresse pas seulement les parties molles : elle a fixé le squelette dans les dimensions qu'il avait au moment de la péricoxalgie. Est-il permis de supposer que le traitement thyroïdien eût jamais changé quelque chose à cet infantilisme localisé et accidentel? Car il ne s'agit de rien moins. que d'un infantilisme par ângustie artérielle. 11 ne faut donc pas contester à la circulation l'importance de son rôle dans les phénomènes de croissance. Elle seule assure aux tissus l'apport régulier et ininterrompu des matériaux indispensables pour que l'édifice s'élève. La glande thyroïde ne leur donne que bien peu de sa substance. C'est le sang qui fait les frais de tout; et nier que la pauvreté du sang entraine un relard quelconque dans le, développement, c'est, à mes yeux, nier l'évidence même. L'augmentation de la taille me parait donc être subordonnée, dans une large mesure, à la libre circulation du sang, qu'on appelle couramment, non sans raison, le liquide nourricier.

Voilà, messieurs, comme quoi nous pouvons nous expliquer L'infantilisme du type Lorain dans les cas de malformations cardiaques et d'aplasie artérielle.

Il me semble dow; logique de conserver à celte variété d'infantilisme la signification nosologique sur laquelle j'ai si longuement iu>i-ité. Assurément toutes les aplasies artérielles n'ont pas pour

m CLASSIFICATION CLLNIQflE DES INFANTILES.

conséquence inévitable un arrêt de développement. Cela tient ù ce fait ([lui L'angustie vasculaire est parfois relativement tardive. A ce point de vue, la gravité de la dystrophie dépend de l'âge auquel la lésion se constitue. Le pronostic de l'infantilisme anangioplasique — si l'on pouvait porter un diagnostic précoce — serait donc soumis à la môme loi que le pronostic de l'infantilisme dysthyroïdien.

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