VI. — Voilà notre examen terminé
Maintenant je dois vous mettre au courant du peu que nous -avons sur l'évolution de cette hémiplégie spasmodique infantile; car, d'après la mère, reniant ne serait malade que depuis l'âge de trois ans et demi. Il n'y a pas à faire grand cas de ce renseignement, je m'empresse de vous le dire, et voici pourquoi : c'est seulement vers l'âge de trois ans que notre petit malade a commencé a marcher. Pourquoi ce retard? Assurément le développement incomplet de l'un des deux membres inférieurs suffît à l'expliquer. Dans les premiers temps — toujours selon le témoignage de la mère — la rnarelie ne présentait rien d'incorrect Or un enfant qui
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fait ses premiers pas, marche toujours assez mal, et il est fort diflicile de dire, en l'absence d'un vice de conformation tirs apparent, si c'est par le fait d'une cause morbide ou d'une maladresse naturelle que la marche est défectueuse. La mère veut absolument que son fils ait bien marché jusque vers l'âge de huit à neuf ans. Je n'ai pas le droit de la démentir; mais comme, d'autre pari, elle déclare qu'il n'a jamais su courir comme ses camarades, je suis bien forcé d'admettre que, depuis le jour où il s'est tenu debout, cet enfant n'a jamais eu l'usage parfaitement libre et normal de ses jambes. L'apparition tardive de la claudication n'est pas, au surplus, contradictoire d'une encéphalopalhie congénitale. Je vous dirai pourquoi dans un instant.
VII. — Mais avant d'aborder cette question, parlons un peu du frère jumeau, dont le seul aspect contraste étrangement avec celui de notre petit malade. Autant le « malade » est vaillant et vigoureux, autant le frère « hien portant » est chélif cl malingre. Celuici, depuis sa naissance, n'a cessé de donner des inquiétudes à ses parents. D'abord vous savez qu'il a fallu, pour l'extraire, avoir recours au forceps. Puis, mal venu, il a mal « profité ». 11 a marché encore plus tard que son aîné, à trois ans et demi seulement. Il a uriné au lit jusqu'à 4 ans. Il a montré une intelligence hien moins précoce, il n'a appris à lire qu'à grand'pcine, et aujourd'hui, il est loin d'avoir regagné le temps perdu; il reste un arriéré, non seulement par rapport à son frère, mais par rapport a tous ceux de sa génération. Au point de vue physique, la différence est peut-être plus marquée encore : on ne pourrait imaginer deux jumeaux plus dissemblables. A part la couleur rousse des cheveux, ils n'ont réellement rien de commun. Nous voilà bien loin des Ménechmes 1 L'infirme a, comme on dit, la tête de plus que son frère. Celui-ci, maigre, pâle, maladif, ne rappelle en rien le fameux héros de fantaisie, que sa mère
« Avait fait plus petit pour le faire avec soin. »
En somme, petit corps, petite intelligence, petite santé. L'examen des muscles et la mensuration des membres ne révèle aucune anomalie comparable à celle que vous venez de constater chez le frère jumeau. Les réflexes roluliens n'ont même pas celle légère exagération d'amplitude et de brusquerie qu'on remarque fréquemment
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chez les onfants qui ont marche tard. Le tait — quoique négatif — mérite toujours d'être signalé, surtout lorsque l'incontinence d'urine a persisté, comme dans le cas actuel, jusqu'à l'âge de quatre ans.
Au total, nos deux jumeaux ont chacun leur lare, mais une lare différente, et c'est la grossesse gémellaire qui est, suivant toute prohabilité, la cause de l'une et de l'autre.
A coup sûr la « gémellité » n'est pas un fait têratologique. Depuis Castor et Pollux, l'origine des jumeaux a cessé d'être monstrueuse. D'ailleurs, au dire de Speyr1, pour 80 accouchements simples, il y en a au moins une gémellaire, et le chiffre global des monstruosités vraies est infiniment moins élevé. Mais si la fécondation de deux ovules n'a rien de comparable avec la diplogénèsc têratologique, il n'est pas moins certain que le développement de deux embryons ne s'effectue pas avec la même régularité que le développement d'un seul. Sur 150 grossesses gémellaires, le professeur Pinard n'en a vu que 42 arriver à terme; 24 se sont terminées à 8 mois et demi, 55 à 8 mois, 10 à 7 mois et demi, 14 à 7 mois, le reste au-dessus de 4 mois. La vitalité des jumeaux une fois venus au monde est tout aussi précaire. D'après la statistique de Gmhlert, un peu plus d'un tiers seulement (56,9 pour 100) atteindraient la vingtième année.
A ne considérer que ces chiffres, est-il invraisemblable que les deux sujets dont vous savez maintenant l'histoire, doivent à la gémellité toute seule, l'un sa débilité constitutionnelle, l'autre son infirmité incurable? — Je n'en doute pas un instant pour ma part. La dyslocie est du reste, par elle-même, une cause suffisante d'hémiplégie infantile, et l'on sait depuis Hippocrate — c'est Arnbroise Paré qui nous le dit — que V « enfantement sera difficile lorsqu'il y aura deux enfants gémeaulx ».
Mais quelque autre circonstance morbide, survenue depuis la naissance, n'aurait-elle pas pu à la rigueur déterminer l'encéphalopathio?
Si nous passons cri revue les conditions éliologiques de l'hémiplégie spasmodique acquise, nous ne parvenons pas à découvrir ici celle qu'il faut mettre en cause. La coqueluche, la scarlatine,