‹ Leçons sur les maladies nerveusesChapitre 49 sur 159 · LA MYÉLITE TU AN S VERSE · texte numérisé non relu

LA MYÉLITE TU AN S VERSE

dissement que la paraplégie s'élail déclarée chez la malade don I il parlait si volontiers, si souvent. Voici d'ailleurs en deux mois ce dont il s'agissait : celle femme avait d'abord éprouvé dans les jambes une lourdeur el un engourdissement qui s'étaient rapidement transformés en une paraplégie complète. Elle eut ensuite des douleurs h caractère fulgurant dans les cuisses el les pieds: puis elle commença à perdre ses urines et ses matières fécales. Bref, à la suite d'un simple refroidissement, elle présenta tous les symptômes que Ton observe dans le mal de Poil, par exemple.... Charcot avait-il donc le droit de dire qu'il s'agissait d'un cas de myélite transverse vulgaire*!

Il faut l'avouer, messieurs, ce cas de myélite transverse '/ fri gore reste à peu près unique en son genre. J'ajouterai que partout ailleurs que dans les leçons de Charcot, l'étiologie est singulièrement écourtée, cl vous devinez bien pourquoi. Lorsqu'on lit les ouvrages qui oui traité — toujours incidemment — de la myélite Iransverse, on ne peut s'empêcher de remarquer que le chapitre de l'étiologie brille par son laconisme, voire même par son absence. Dans les livres classiques de Dcbove et Achard, do (.rasset, de Strûmpell, de Hirt, de Leydcn et Goldscheider, etc., les causes sont à peu près passées sous silence. On cite parmi celles qui paraissent les plus probables le froid et la syphilis, on relaie les cas curieux: que Jaccoud a empruntés à Graves. Enfui, dans le Traité de médecine de Charcot et Bouchard, vous lisez dès la première page de l'article myélite que nous devons à Pierre Marie : « Toute nue catégorie de fails cliniques reste à décrire : ce sont ceux que Ton désigne sous le nom de myélites transverses. Un grand nombre de celles-ci rentrent dans les cadres de la syphilis médullaire, d'autres seront étudiées à propos de la sclérose en plaques; parmi celles qui ne peuvent être rattachées à ces affections, la plupart sont également le résultat d'une maladie infectieuse. »

Vous le vôyez, il est bien vraiment difficile pour qui veul étudier l'étiologie de la myélite transverse « vulgaire » de trouver dans la littérature médicale une source de renseignements utile-. Cependant vous venez de constater que la syphilis ligure au premier rang des causes incriminées. La syphilis agirait-elle directement, c'est-à-dire en tant que processus infectieux? Exerce-t-clle une inlluer.ee par ses toxines? Tout est possible, je n'ose pas en

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dire davantage: mais ce qui est certain, c'est que les phlébites el les artérites syphilitiques sont l'occasion de ramollissements circonscrits qui réalisent au complet l'ensemble symptomatique de la mvélitc transverse.

Dès à présent, je dois vous signaler que mon élève, M. Laniy, à qui nous devons de si excellents travaux sur la syphilis des centres nerveux, ne décrit pas la myélite Iransvcrsc syphilitique comme une variété spéciale. Du moins elle n'a pas de caractères cliniques particuliers. Les oscillations de l'affection, les variations dans l'intensité des phénomènes paralytiques, et même les modifications apportées par le traitement spécifique ne permettent pas de se prononcer d'emblée sur la cause de la myélite. Notamment, pour tout ce <|ui concerne l'influence de la thérapeutique, on ne saurait èlre trop réservé. Vous pouvez voir en ce moment même dans nos salles un malade, syphilitique avéré, dont la myélite a commencé à s'améliorer avant qu'on n'ait inauguré le traitement mixte. Ce malade est aujourd'hui presque absolument guéri sans avoir pris aucun médicament.

Mais M. Lamy nous fournil un élément de diagnostic différentiel, et celui-là a vraiment son importance : « La coexistence d'accidents cérébraux, si légers soient-ils : céphalées, paralysies oculaires, etc.1 ». Voilà qui est précis. La syphilis ayant pour habitude de disséminer ses lésions, il est certain que la donnée nouvelle introduite par M. Lamy dans l'histoire de la myélite transversc possède une valeur réelle. De fait, certaines observations récentes l'ont déjà confirmée. Ainsi, la syphilis devient, comme M. Marie nous l'avait fait pressentir, un des principaux agents étiologiques de la myélite transverse.

Nous voilà donc en mesure de diagnostiquer la myélite transverse syphilitique, et c'est déjà quelque chose. Mais les autres myélites transverses? Car toutes ne sont pas syphilitiques; ou, en tout cas, en l'absence de renseignements étiologiques formels, il n'est pas juste de mettre d'office la syphilis en cause. Je me garderai de contester l'influence du froid invoquée par Charcot. D'autre part, vous verrez signalée celle de certains traumatismes : des efforts de traction brusques, des torsions violentes du tronc, des

1. Trai/é ilr médecine de Charroi et Boucliard, t. VI, p. <iir>

MHMMtt, LBÇOM. — II.

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contusions vertébrales comme celles du * railway spine ». Et puis, après celle courte énumération, nous nous trouvons en présence d'un nombre de cas encore 1res considérable donl les causes restent absolumenl mystérieuses. Peut-être plusieurs de ceux que Charcol considérait comme dus à l'action malfaisante du refroîdissemenl reconnaissent-ils une autre origine? Faute de mieux, on les aurait qualifiés jadis de spontanés. Mais leur importance numérique nous interdit de les négliger. Aussi la myélite transverse vulgaire ne doit-elle pas disparaître sous prétexte que la myélite transverse syphilitique est fréquente.

II. — Quelle est la constitution anatomo-palhologiquc de la myélite transverse? Peut-on répondre à cctle question si l'on l'ait abstraction de la cause? — Oui, certainement, car la lésion n'a de valeur que par sa localisation, je vous l'ai déjà dil. Kl celle localisation, dans le type commun, est la partie moyenne de la moelle dorsale. La maladie, d'ailleurs, avait été appelée nolœomije/itis par Ilildebrandt1. Dès lors la cause imporlc peu : syphilis, refroidissement, intoxication, efforts musculaires, excès vénériens, toutes les conditions étiologiques étant censées capables de produire le même résultat, c'est ce résultat qu'il faut envisager. Or. la myélite transverse spontanée — c'est-à-dire celle qui ne relève pas d'un mal dePott, d'une compression, de l'envahissement d'une tumeur — est toujours une myélite diffuse chronique. Cela signifie qu'elle n'est pas systématique cl qu'elle consiste en une altération pins ou inoins profonde, plus ou moins étendue de la substance blanche. et de la substance grise. Elle est donc tantôt unilatérale, tantôt bilatérale, tantôt complète, tantôt partielle. Le pins souvent elle interrompt la continuité de l'axe à la façon d'une virole de tissu scléreux. A l'œil nu, ce tissu se reconnaît non seulemenl à sa coloration rosée mais encore à sa consistance et surtout à ce l'ail qu'il rétracte et amincit le cylindre spinal ou, au contraire, le gonfle et le boursoufle. Il n'est pas toujours régulièrement transversal; il empiète en haut ou en bas sur des régions appartenant à des étages différents et, en général, la transition est insensible cidre le tissu sain et le tissu malade. La substance grise est pins vasculaire, partant plus colorée, avec de petits foyers lacunaires et un aspect poreux.

1. Institut, pratico-med., I. III, p. 08. M-jî).ô; vmtoiîov, moelle dorsale.

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Tels sont les caractères principaux de la lésion, lorsqu'il s'agit d'une myélite diffuse spontanée à localisation unique et transversale.

Mais ee qui ajoute à celle myélite quelqucchose de spécial, c'esl le fait que l'altération médullaire proprement dite est presque invariablement accompagnée et peut être précédée d'un épaissi ssement de la pie-mcre. Qui sait même si la méningite n'est pas le plus souvent la première en date? 11 est parfois bien difficile de décider si une méningite relativement légère n'a pas déterminé une myélite plus grave ou inversement.

A ce propos, messieurs, permettez-moi de vous citer le passage suivant de Scblesinger où la participation de la méningite à la myélite est très nettement exposée1 :

<r D'après les résultats des études de Erb\ Schultze3, Hayem*, Strûmpell*, etc., sur la participation de la moelle épinière aux affections méningitiques, on peut énoncer comme une proposition légitime que dans la méningite spinale grave, la moelle ne reste guère complètement intacte, que l'affection soit franchement purulente, tuberculeuse, voire même séreuse. Les faits rapportés par Hayem sont d'une grande valeur, car ils démontrent que dans la méningite spéciale il existe le plus souvent des foyers myélîtiques dans les cordons latéraux. Fr. Schultze a confirmé cette constatation et L'a complétée de telle façon que ses recherches sur ce sujet doivent être considérées comme fondamentales.

« Schultze, à l'examen microscopique de la moelle, chez trois sujets qui avaient succombé à une méningite tuberculeuse non purulente, a trouvé deux sortes d'altérations myélitiques. Dans l'une, la myélite est de nature interstitielle et les filets nerveux ne semblent pas y participer nettement. L'autre est représentée par des lésions de myélite parenchymateuse, laquelle est disposée sous La forme de petits foyers disposés en coins. Ces foyers occupent Le

1 Arbeilen ans dem Institut frit- Anatomie und Physiologie des CenirabtêrvenxyulcniH an der Wiener Universitâl, herausgegcben von Prof* II. Obersleiner. I81U lift II. />. 1-27.

1. Kri) RBtfeamarfetfkranklieiten, chapitres ATesikoitis und Mykutis. Zietnssen's Hattdbucli.

~i. Il.m.w. Arc/tire* de physiologie, 1874, t. VI, p. fl'2.".

\. F. Saui.TZK. l),-is Verbalten des Rûckenmarks und der RûckeûmarkswOrzeln bei acater Basitarmeningitis. Berlin. Min. Woch., IK70, no I.

.*>. STJii wcf.i.i Zur Pathologie und pni holo^ischeii Anatomie doï epidemischen Cerebros[>iualr/iciiiii^itis. Deutsc/t Àrch. f. Min Med. Bd 30

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plus souvent les cordons latéraux, leur base correspond à la périphérie et leur pointe est dirigée vers le centre. Outre ces altéralions locales très nettes, Schultze a trouvé encore sur toute la surface de section transversale de la moelle des altérations inflammatoires diffuses des filets nerveux, caractérisées principalement par un gonflement de l'enveloppe myélinique et du cylindre-axe....

Fig. "6. — Disposition schématique des artères de la moelle épinière.

Système de la spinale antérieure. — SA, artère spinale antérieure et artère du sillon médian (se distribuant aux cornes antérieures et à la colonne de Clarke). — IIA, artères radiculaires antérieures.

Système des radiculaires postérieures — (IIP) : SP. spinales postérieures situées en dehors des racines postérieures avec les spinales postérieures (de plus petit calibre) situées en dedans des racines postérieures, et se ramifiant dans la corne postérieure. — BI, artère du faisceau de Burdach, se ramifiant dans les cornes postérieures. — GI, artère du faisceau de Goll (ou artère interfuniculaire). Cette artère est en général aussi importante que l'artère du sillon médian postérieur (SP). — L'artère du sillon médian postérieur ne va pas toujours jusqu'à la zone cornu-commissurale qui est irriguée surtout par l'intei funiculaire (GI).

« ...Peu de lésions vasculaires, sauf une réplôtion de l'adventice par des cellules lymplioïdes nombreuses. — Les racines sont altérées; certains de leurs filets sont dégénérés en partie, d'autres ont disparu, d'autres sont infiltrés.... »

Strûmpell a signalé la même disposition des foyers cunéiformes dans la méningite cérébro-spinale épidémique. 11 s'agit donc d'une myélite marginale (Randmyelitis). Quelle que soit, d'ailleurs, l'infection don! la localisation sur le névraxe provoque la réaction nnatomo-palhologique de la pie-mère, toujours c'est sous la même

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forme générale que se manifeste l'envahissement de la moelle. Parti de la périphérie, le processus de sclérose gagne la profondeur, en se rapprochant de plus en plus de Taxe et en conformant sa marche au trajet des voies artérielles cl aux territoires qu'elles irriguent. De là résulte donc ce fait capital : que la substance grise esl relativement épargnée. La dégénérescence des tubes nerveux est localisée à la périphérie du cylindre spinal; elle esl marginale et ne compromet pas gravement les fonctions des colonnes grises. Kn revanche, les racines antérieures et postérieures sonl presque toujours endommagées; tantôt elles sont simplement englobées dans l'infiltrat méningitique sans perdre leur aptitude h conduire les ondes nerveuses ; tantôt elles sont profondément altérées par l'inflammation devenue parenchymateuse, et alors elles sont vouées à la dégénération wallérienne. Ces deux éventualités permettent d'expliquer les différences symptomatiques relevées par tous les cliniciens. Je me hâte d'ajouter dès à présent que c'est faute d'avoir tenu compte des altérations radiculaires qu'on a donné des descriptions de la myélite transverse non seulement disparates mais même absolument contraires. La myélite transverse étant en réalité presque toujours une méningo-myélite, les troubles de la sensibilité et de la motilité varieront forcément selon la partici pation des racines aux réactions inflammatoires locales.

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