Arch, f. fxtjrh., M XXVIII, ffefl
252 LE DOUBLE SYNDROME DE UROWN-SÉQUAUD
de la moitié droite de la moelle : donc les voies de la sensibilité s1 entre-croisent sur la ligne médiane.
(\. U hémianesthésie du côté droit est produite par une section de la moitié gauche de la moelle située au-dessus de la section droite : donc, les fibres sensitives du côté droit sont déjà décussées au-dessous de la première section.
Ces conclusions, vous le savez, semblent pouvoir s'appliquer a l'homme, autant qu'il est permis d'assimiler certains traumalismes vertébraux à une hémisection expérimentale. Un coup de couteau pénétrant entre deux vertèbres divise quelquefois la moelle sur une de ses moitiés, exactement et complètement jusqu'à la ligne médiane. La pointe et le tranchant de la lame ne sauraient gui re entamer la moitié opposée de l'axe spinal; c'est là une chose
h'y. !)0. — La lionne blessée du British Muséum. Double paraplégie par lésion spinale
double el bilatérale.
prouvée, sur laquelle Charcot revenait sans cesse. Une flèche produit le même effet chez les grands vertébrés, et deux flèches senfonçant dans le canal rachidien, l'une à droite, l'antre à gauche, peuvent déterminer une double hémiparaplégie de Brown-Séqùard. Il me semble que la Lionne blessée du Musée britannique nous offre un beau spécimen de ce syndrome. Ici le traumatisme cynégétique équivaut à une bonne hémisection double pratiquée dans un laboratoire par un opérateur habile. Vous voyez, sur l'image un peu grossière, mais fidèle que j'ai fait reproduire (Fig. 90), les deux traits enfoncés à gauche et à droite des apophyses épineuses, dans la région dorsale: el tout le train de derrière est paralysé. La bête rampe en se soulevant sur ses pâlies de devant.
DANS LA S VI' Il 11,1 S SPINALE. 233
La pathologie humaine nous fournit bon nombre de cas de paraplégie comparables à celui-là ; mais il faut remarquer que les plus démonstratifs sont toujours ceux dans lesquels la section de Taxe est dorsale.
Les blessures par armes à fou, surtout avec les projectiles de petit calibre, peuvent produire le syndrome de Brown-Séquard presque aiesi sûrement et exactement que là lame effilée d'un poignard. Giovanni Ninni a rapporté l'histoire d'un homme qui reçut, à Mocram près de Kassala, une balle dirigée d'avant en arrière et de dehors en dedans. L'orifice d'entrée était sur la ligne axillaire droite et l'orifice de sortie à gauche sur la verticale de l'angle de l'omoplate. Le syndrome de Brown-Séquard fut conforme au type classique, à part de légères anomalies, parmi lesquelles je relève, au lieu de l'hémianesthésic croisée une thermo-analgésie croisée : preuve que le coup de feu avait respecté les cordons postérieurs1. J'y reviendrai dans un instant.
Les lésions cervicales entraînent des désordres beaucoup plus complexes que les lésions dorsales. Et puis, il va de soi qu'un traumatisme criminel ou accidentel n'a pas souci des hémorrhagies inlra-rachidiennes. Le physiologiste s'évertue à respecter les artères radieulaircs, et il évite ainsi les épanchements sanguins dont l'aeliini irritante et compressive altéreraient la pureté du résultat expérimental. Le caillot ne s'arrête pas à la ligne médiane, il empiète sur le côté opposé à la section, et, avant qu'il ne se résorbe, les accidents de l'hémiscction ne se distinguent plus parmi tous ceux qui font suite à une myélite totale par thrombose. Si les liéiniseclions trauinatiques ne donnent pas lieu invariablement à des syndromes de Brown-Séquard conformes au type classique, cela lient aux complications immédiates du traumatisme môme, et je ne doute pas que I'héinorrhagie inlra-rachidienne soit la plus importante de ces complications.
Parmi les observations où l'on retrouve cette multiplicité de symptômes accessoires, il en est une que je tiens à vous signaler. Kilo est de Morgagni*, et vous la jugerez assez intéressante pour être reproduite intégralement.
« Un jeune houiine âgé de vingt-quatre ans, dune bonne habitude de corps, avait été blessé avec nu poignard quadrangulaire et
l. 1{iforma medicu, janvier isii?, vol. I. n" 24, p. 283. 'i. Lettre un, 25.
254 LK DOUBLK SYNDROME DE BROWN-SÉQU VIID
pointu, cl la blessure se dirigeait obliquement du côté gauche du cou, à trois travers de doigt au-dessous de l'oreille, vers l'origine de la moelle épinière. Quoiqu'il ne sortit presque point de sang de la blessure, cependant le jeune homme tomba sur-le-champ privé des facultés du sentiment et du mouvement dans toutes les parties qui sont au-dessous de la tête, de telle sorte qu'il fallut le porter chez lui. et le mettre dans son lit; et là comme il disait, entre autres paroles qu'il proférait en respirant avec peine, qu'il avait froid, on approcha imprudemment de ses cuisses, de ses jambes et de ses malléoles, un vase d'airain échauffé, et il m- sentit point les brûlures que ce vase lui lit, et qui dégénérèrent en ulcères sordides. D'abord il ne rendait point les excréments du ventre, ni ceux de la vessie; quelques jours après, il urinait non seulement malgré lui, mais même sans le savoir. Comme il était traité avec soin par un médecin et par un chirurgien, le côté gauche du corps commença pour la première fois à recouvrer un peu le sentiment api'ès le dix-septième jour; au vingtième, les doigts des deux membres du côté gauche remuèrent un peu, et entre ce jour et le trentième les deux facultés revinrent déplus en plus d'une manière insensible, mais dans le côté gauche. Au contraire, ce ne fut que le trente-deuxième jour que le sentiment commença à revenir dans le côté droit, c' est-à-dire le côté opposé à la blessure; le mouvement y revint aussi ensuite, et ces deux facultés firent des progrès insensibles de la même manière. Bien (pie tout le corps eut déjà recouvré assez bien le sentiment et le mouvement le quatrième jour (je dis assez bien, car le sujet ne pouvait pas encore se tenir debout, et bien moins encore marcher), et même que le jeune homme, qui avait reçu la blessure le ~>l janvier, fût à peine sorti de son lit le 26 mai, et qu'il m.irchât lentement ci pas à pas. comme un enfant qui apprendrait à marcher, attendu (pie ses deux jambes étaient exténuées cl comme desséchées, cependant le mouvement et le sentiment étaient encore alors plus faibles dans la partic droite que dans la partie gauche. Comme donc on me demandait la cause de cette différence, je dis qu'il semblait qu'il fallait la rapporter daim ces fibres médullaires, qui, passant entre les côtés droit cl gauche de Vorigine même de la moelle épinière, peuvent transporter les effets de la lésion produite ici dans ce dernier côte, sur le côté opposé du corps, quelquefois entièrement, et d'autres fois en grande partie. »
DANS LA S VI' Il 11,1 S SM.NAI.K. 235
Colle observation de Morgagni (>s| certainement une des plus furieuses de la littérature neuro-pathologique. Le traumatisme avait ('•té violent, il intéressait la région cervicale supérieure, et, par conséquent, il avait dû endommager quelque gros vaisseau : de là, les phénomènes de compression bilatérale, au nombre desquels figurent toujours les troubles fonctionnels des réservoirs. Mais l'intérêt qui se dégage du fait en lui-même n'est vraiment rien à côte de l'explication que l'auteur se risque hardiment à nous proposer. Car sous une forme dubitative, sa conclusion est très catégorique au fond. 11 admet l'entre-croisemenl des fibres médullaires au niveau du bulbe, aussi bien pour les fibres sensitives que pour les fibres motrices. A plus de cent ans d'intervalle, l'histologie devait lui donner raison.
Une autre observation de lioyer, reproduite et commentée par Ollivier (d'Angers), est encore plus topique; j'aurais un remords de l'abréger.
« Un tambour de la garde nationale de Paris était en rixe avec un de ses camarades ivre: celui-ci, ne pouvant l'atteindre, lui lança son sabre à une assez grande distance, et au moment où, voulant se retirer, il présentait le dos, la pointe de l'instrument atteignait la partie supérieure et postérieure du cou. Le blessé sentit aussitôt ses jambes se ployer sous lui et tomba ; il fut apporté le lendemain à l'hôpital de la Charité; la plaie, dont les bords étaient un peu contus, avait environ deux pouces; elle était placée à la partie postérieure supérieure et latérale droite du cou, immédiatement au-dessous de l'occipital. On ne put en mesurer la profondeur ni pénétrer jusqu'à la colonne vertébrale. Le membre supérieur droit avait perdu ses mouvements, mais il conservait sa sensibilité : le membre inférieur droit semblait un peu affaibli, mais il était tout aussi sensible qu'à l'ordinaire; une gêne légère se faisait sentir dans la respiration; le pouls était fréquent, fort et plein. On pratiqua une saignée du bras, on pansa la plaie avec de la charpie et un cataplasme émollienl (diète, délayants).
«Le quatrième jour, la faiblesse; du membre inférieur avait tout h fait disparu; le malade pouvait imprimer à l'avant-bras quelques mouvements d'extension, mais il lui était impossible «le le ramener ensuite spontanément dans la flexion. Le treizième jour, il avait recouvré ses forces et son appétit, se levait, marchait; mais la paralysie de l'extrémité supérieure était la même. En badinant
avec un infirmier qui le pinçait, il s'aperçut, que le côté gauche du corps était insensible.
« En observant le malade avec plus d'attention, on remarqua les phénomènes suivants : le membre inférieur gauche et la partie gnuchc du tronc avaienl leur volume, leurs mouvements, leur agilité ordinaires; mais on pouvait pincer, piquer, couper même la peau de toutes ces parties sans que le malade ressentit et témoignai la moindre douleur. Des épingles dirent enfoncées à la profondeur de trois on quatre lignes, à l'insu du malade; cependanl des attouchements étendus, comme l'application de la main posée à plat et promenée sur la peau, faisaient éprouver au malade une sorte de sensation, mais extrêmement obscure et légère. Cette insensibilité existait dans toute l'étendue de la jambe et de la cuisse gauches, sur tout le côté gauche de l'abdomen, mais elle cessait brusquement en avant et en arrière à la ligne médiane, avec cette particularité remarquable que, dans celle partie, si l'on pinçait le malade du côté gauche, il assurait en éprouver la sensation affaiblie au point correspondant du côté droit. Une semblable démarcation entre le côté droit et le côté gauche s'étendait à la peau de la verge et du scrotum. L'insensibilité était de même complète du côté gauebe de la base de la poitrine, mais un peu plus liant une sensation obtuse commençait à être perçue et devenait plus manifeste à mesure qu'on explorait en montant; de telle sorte qu'au niveau de la quatrième ente la peau avait une sensibilité égale à celle du reste du corps. Le membre gauebe était dans un étal parfaitement naturel.
« Vingt jours après son accident cet bomme sortit de l'hôpital, guéri de la plaie du cou; mais le bras, l'avant-bras, la main droite étaient presque complètement paralysés, et la partie gain lie du corps, moins le membre supérieur, offrait l'insensibilité que nous venons de décrire. Cet état du malade a persisté.
« La situation et la direction de la blessure, ainsi que les premiers accidents qui raccompagnèrent, portent à penser que l'instrument pénétra dans le faisceau antérieur de la moitié droite de la moelle, et qu'il en résulta la paralysie du mouvement seul, et spécialement dans les parties auxquelles se distribuaient les nerfs naissants de la portion du faisceau médullaire gris qui avait été lésé. Cette explication, qui rend parfaitement raison des symptômes qu'on observa d'abord, n'indique pas la cause de l'insensibilité qu'on
i t'inarqua plus tard dans le côté gauche du corps, et qui exisla sans doute dès Le principe. Si l'instrument eût été très étroit et l'url acéré, on eût pu penser que sa pointe, ayant pénétré obliquement en arriére jusqu'au faisceau médullaire gris postérieur de l'autre moitié de la moelle, avait déterminé la perle du sentiment de ce côté. Mais une lame de sabre ne peut l'aire une semblable blessure à la moelle sans intéresser les deux faisceaux du côté droit; ce qui n'eut pas lieu ici, puisqu'il ne se manifesta aucune altération de la sensibilité de ce cùté.
« Les circonstances de la blessure ne peuvent, comme on le voit, donner aucune explication satisfaisante des phénomènes qui se sont présentés, et il est difficile surtout de pouvoir expliquer comment une blessure, peu profonde sans doute du côté droit de la moelle, a pu produire l'abolition du sentiment dans toute la moitié (janche du corps, à l 'exception de la partie supérieure de la poitrine et du bras de ce côté.
. La fracture d'une ou de plusieurs vertèbres est, comme nous l'avons déjà dit, une des causes les plus fréquentes des blessures de la moelle. »
Y. — Si je m'attarde à ces anomalies du syndrome de Brown- Séquard, c'est pour mieux mettre en relief le rôle qu'il est permis d'attribuer aux hémorrhagïes dans les cas de traumatisme et aux pliénomènes circulatoires dans les cas de lésions spontanées. Au nombre de celles-ci, les productions scléreuses et goinmeuses de la Syphilis tiennent une place prépondérante sous tous les rapports. La thérapeutique même qui, la plupart du temps, reste inactive à
s ird des myélites syphilitiques à forme chronique, semble retrouver son énergie presque entière à l'égard des méningites spécifiques d'où procède l'hémiparaplégie spinale. Au demeurant, voici l'histoire d'un malade actuellement traité dans notre service, — histoire d'une rare simplicité, — qui résume et confirme tout ce que je viens de dire.
L'homme qui va vous être présenté est âgé de M ans, il n'a pas d'hérédité morbide, et il est de bonne constitution. 11 a contracté la syphilis en 1891, par conséquent il y a cinq ans; il s'est soigné convenablement et les accidents secondaires n'ont présenté aucune gravité. Le 16 juillet l.S!Jk2, un an après l'infection, il s'aperçut un malin, en se levant, que sa jambe gauche était inerte, llasque,
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impuissante à le soutenir; et cependant il ne souffrait pas. il entra immédiatement à l'hôpital, dans le service de M, Babinski, et là on lui fit remarquer <|ue sa jambe droite était complùlement insensible, chose dont il ne s'étail pas aperçu.
Permettez- moi, Messieurs, d'interrompre un instant mon récit pour vous faire observer que si le malade avail pu se Lenir sur sa jambe droite, c'esl probablement parce qu'il n'avail pas perdu le sens musculaire de ce côté. Telle est en effet la règle énefncée par Brown-Séquard. D'autre pari, il cs1 peu s raisemblable qu'il eût perdu la sensibilité tactile à droite, car; lorsque La notion du contact plantaire est abolie, la marche s'en ressent, et il est bien rare que le sujet l'ignore. Dans l'hystérie, la perception seule est en défaut, mais non la sensation proprement dite; et c'est ce qui fait que la station et la marche restent parfaitement correctes, alors que raneslhésie paraît absolue.
Admettons cependant que Vanesthésie fût complète dans le membre inférieur droit, puisque nous sommes obligés de nous eu rapporter au dire du malade. Ce n'est pas tout d'ailleurs; pendant son séjour dans le service de mon collègue M. Babinski, cet homme eut une paralysie du sphincter vésical. Il est donc à supposer que la moelle était endommagée sérieusement, profondément, jusqu'à Taxe gris central. Car c'est dans la substance grise péri-épendymaire que siègent les centres de la tonicité sphinctérienne. Un traitement énergique amena eu trois semaines une très notable amélioration de la paralysie motrice, et le malade put quitter l'hôpital, encore impotent de la jambe gauche, marchant mal mais marchant, et, en tout cas, absolument maître de ses sphincters — progrès considérable.
L'année suivante, en juin 1895, la situation, qui s'était jusqu'alors régulièrement amendée, empira de nouveau. Le membre inférieur gauche était devenu spasmodique et la paralysie Ûaccide avail gagné le membre inférieur droit. Aujourd'hui encore l'aggravation survenue deux ans après le chancre initial persiste et semble ne devoir pas rétrocéder, comme la première fois, après le traitement spécifique le plus énergique. En fait, nous sommes actuellement eu présence d'un cas de double hèmiparaplègie spinale arec double hémianesthésie croisée.
A gauche, hémiparaplégie spasmodique avec raideur en extension, exagération du réflexe rotulien, clonus inépuisable, secousses^
fibrillaires sans atrophie musculaire, cyanose el refroidissement îles pieds.
A droite, liûraiparésie, flaccide en apparence, mais avec exagération légère du réflexe rolutien el faible clonus. Tous les mouvemenls sont encore possibles, quoique très diminués d'amplitude et d'énergie. Voilà pour la motilité.
Quant à la sensibilité, nous constatons :
.1 gauche, une bvpoeslbésic notable de tout le membre inférieur
jusqu'à sa racine. Celte hypoesthésie est surtout appréciable pour les sensations thermiques. Elle exisle, quoique peu prononcée, pour les sensations de froid et pour les piqûres, les pincements, en un mot pour les excitations douloureuses.
A droite, analgésie, thermo-anestbésie, crianesthésie absolues. Les sensations de contact sont normalement perçues. La ligure schématique, qui donne une vue très exacte de cet ensemble de troubles, montre également que la limite supérieure de l'analgésie est plus haut située que la limite supérieure de la thermo-ancstbésie.
Ainsi la paraplégie sensitivo-motrice est bilatérale el im'gale. Au membre inférieur gauche, un maximum d'impuissance motrice se superpose à un minimum de thermoanalgésie. Au membre inférieur droit,
Pîg. 91. — Double hémianesthésie croisée; les stries indiquent l'analgésie; les points indiquent la thermo-anesthésie et la crianesthésie.
un maximum de thermo-analgésie
se superpose à un minimum d'impuissance motrice.
Comme la marche de la maladie le faisait prévoir, il est aujourd'hui bien évident que le maximum de thermo-analgésie droite et le maximum d'impuissance motrice gauche relèvent d'une même lésion unilatérale gauche ancienne, et, inversement, que le minimum de thermo-analgésie gauche el le minimum d'impuissance motrice droite relèvent d'une même lésion unilatérale droite récente.
Ainsi, dans ce cas de double syndrome de Ihown-Séquard, au
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Lien de la double liémi-anesthésie complète et lolale telle qu'on iscrve a la suite des doubles hémisections superposées, nous couslalons une dissociation « syringorayélique » bilatérale, ou. pour être plus exael, une double thermo-analgésie. Enfin une autre particularité encore mérite qu'on la mentionne : les bandes hypereslhésiques qui, à la suile des béraisections, surmontent les territoires anesthésiés, font ici défaut.
L'analyse pathogénique du syndrome est relalivomenl simple D'abord, ne perdant pas de vue le commémoralif étiologique qui s'impose, nous admettrons que la sypliilis est seule m cause ici. [Nous savons, d'autre pari, que sa lésion préférée esl la méningorflyélilc. Doue, supposons pour un instant une méningo-myélitc survenue en 1892, un an après le chancre, — hypothèse que rien ne peut infirmer. Limitée à la moitié gauche de la moelle, celle lésion aurait déterminé le premier syndrome de Brown-Séquard. Gagnant ensuite progressivement le côté droit, la même lésion aurait provoqué la seconde hémiparaplégie croisée, inverse de la précédente. D'ailleurs, les deux hémianeslhésies son/ à peu près de même niveau, ce qui fait croire que la lésion esl unique cl a franchi lu ligne médiane.
11 s'en faut que celte conclusion soit sans réserves. En effet, rappelez-vous que la première hémiparaplégic s'est compliquée d'une incontinence d'urine qui a duré trois mois. Or cela seul suffît pour que nous soyons obligés de croire que. dès le début, la lésion était bilatérale; et du même coup la présomption d'une lésion extra-spinale est fortement ébranlée. Un autre argument esl encore plus décisif : je veux parler de l'absence complète de tout phénomène douloureux. Une hémiparaplégie spinale d'origine périmédullaire se complique presque fatalement demélalgies, c'està-dire de pseudo-névralgies radiculaircs. Ici, rien de cela. Enfin, si la lésion était extra-spinale, elle aurait, au moins d'une façon passagère, provoqué quelque irritation des racines, là où ces racines sont englobées dans le tissu de sclérose méningilique. au contact de la moelle même ou à leur point de pénétration; et de là il serait résulté que les parties aneslbésiécs auraient été surmontées d'une zone d'bypcreslhésie. Vhyperesthésie en zone, dans le syndrome de Brown-Séquard, n'indique en effet rien autre chose que l' irritai ion radiculaire.
Si la lésion n'est pas extra-spinale, la supposition d'une lésion
syphilitique intra-spinale donnant liou à une dissociation syringomyélique do la sensibilité ne saurait être acceptée d'emblée. Car la syringomyélie môme est possible, chez un sujet syphilitique comme chez tout autre. Sans doute une double lésion gommeuse centrale est capable de simuler la syringomyélie la mieux caractérisée: quelques exemples en font foi, mais ils sont rares. La question doit donc être posée, puisque, après tout, on peut la résoudre. Dans le cas actuel on imaginerait aisément — et très logiquement — une gliomalose cavitaire, d'abord unilatérale et située à gauche (1892), puis empiétant sur la moitié droite de la moelle (1893\ respectant d'ailleurs les cornes antérieures et les cordons postérieurs, de manière à laisser libre la voie des sensations tactiles.
Les motifs qu'on peut invoquer contre la syringomyélie sont les suivants :
1" La maladie a débuté brusquement par une hémiplégie flaccide; 2° Le traitement spécifique a produit une atténuation rapide des premiers accidents;
5° 11 n'existe aucun trouble tropbique;
4° L'apparition précoce et subite de l'incontinence d'urine et sa disparition ne cadrent guère avec une lésion gliomateuse progressive et définitive. Toutes ces raisons n'ont isolément qu'une maigre valeur, mais dans leur ensemble elles sont suffisamment probantes ; -i bien que. d'invraisemblances en invraisemblances, nous sommes conduits à rejeter le diagnostic de syringomyélie. La syphilis redevenant ainsi le point de départ du syndrome, nous admettrons soit une gomme à deux foyers, soit une ischémie bilatérale par artérile oblitérante. ?votcz que celte dernière éventualité n'est pas exceptionnelle; elle s'explique amplement par le fait que les artères de la substance grise spinale sont des artères terminales.
En présence de cette nouvelle et dernière alternative il faut se prononcer. La syphilis ne donne lieu que très exceptionnellement a de véritables tumeurs gommeuscs de la moelle ou des méninges. Celles de la moelle en particulier sont tout à fait rares. Des trois ou quatre observations anciennes qu'on trouve dans les auteurs, — celles de Moxon, de Wills, de Wagner par exemple, — il n'y en a peut-être p;is une seule qui ne soit passible d'objections sérieuses, d'attirés, plus récentes, ont une authenticité incontestable, mais elles se comptent.
Blil-iAlli. I.U/INS. Il . |()
VI. — En résumé toutes les considérations que je inc suis efforcé de faire valoir militent en faveur de [sLlésion ischémique, du ramollissement.
Il ne me reste plus qu'à rechercher si celle conclusion s'accorde avec les faits décrits jusqu'à ce jour, cl si, connue je vous Le disais en commençant, la syphilis spinale produit une variété spéciale de syndrome de Brown-Séquard, dans laquelle l'hémianesthésie croisée revêt les apparences de la dissociation syringomyélique.
Quoique vous ne deviez pas vous attendre à rencontrer souvent le syndrome de Brown-Séquard classique dans la syphilis spinale, il ne faut pas oublier qu'il peut s'y présenter de temps à autre. Celle série de faits est la plus restreinte. La seconde série se compose des cas où le syndrome est incomplet quant à l'anesthésie.
Parmi les observations les plus remarquables de la première série je vous rappellerai en quelques mots celle de Charcof et Gombault1 : il s'agissait d'une syphilis 1res ancienne, puisque le chancre remontait à 20 ans. Les accidents médullaires étaient survenus dix ans après l'infection, et voici quelle élait la situation au bout de dix ans de « myélite ».
A gauche, existait une paralysie incomplète du membre inférieur avec une hyperesthésie de tout ce membre empiétant sur la partie inférieure de l'abdomen du même côté. Le sens musculaire était en partie aboli; la malade ne pouvait trouver son pied les yeux fermés.
À droite, le membre inférieur non paralysé était insensible à toutes les excitations, mais les contacts étaient perçus. Les mouvements volontaires et le sens musculaire étaient conservés. En on Ire, on remarquait comme une ceinture d'anesthésie douloureuse au niveau des troisième et quatrième espaces intercostaux avec plusieurs points névralgiques à la pression.
La mort ayant été hâtée par des accidents cérébraux également syphilitiques, on découvrit une lésion que je peux, d'après la description, figurer de la manière suivante : à la partie supérieure de la région dorsale, la moelle légèrement renflée et indurée était le siège d'une nodosité gommeuse (Fig. 92). L'arachnoïde épaissie englobait les racines nerveuses correspondantes qui étaient atrophiées. A la bailleur de cette tumeur, dans toute la moitié gauche