C'est doue du zona que je vous parlerai tout d'abord
Le hasard, du reste, nous a bien servis. Vous allez voir deux malades récemment entrés dans nos salles, l'un pour un zona du thorax à gauche, l'autre pour un zona de l'abdomen à droite. Chez tous les deux, vous ne constaterez rien de plus que la névralgie en demi-ceinture avec les points d'hyperesthësie classiques et les groupes de vésicules d'herpès disséminés sur la région endolorie.
Avant de vous raconter leur très courte histoire, je dois vous faire remarquer que ces deux hommes ont été admis dans le service à quelques jours seulement d'intervalle. Ce n'est pas une coïncidence purement fortuite. Jadis, on aurait dit : « Il a soufflé un mauvais vent. » Le mauvais vent, c'était le génie épidémiquè d'Hippocrate. De nos jours, c'est l'infection à caractère épidémiquè. Il n'y a pas bien longtemps que l'épidémieité du zona est soupçonnée. La formule souvent répétée du professeur Hardy : « Un cas de zona n'est jamais isolé' dans un hôpital », renferme un sous-entendu parfaitement explicite.
Les exemples de cette singulière « coïncidence » sont devenus par trop nombreux pour qu'il soit aujourd'hui permis de contester le caractère épidémiquè du zona. Personne, du reste, ne le conteste plus. Il est avéré qu'à de certaines époques, nous voyons se succéder parmi les consultants d'un môme quartier, 5, 6, jusqu'à JC 10 malades atteints de zona; et puis, des mois et quelquefois un an ou deux ans s'écoulent sans que nous retrouvions l'occasion d'en examiner un seul. Enfin, depuis les publications de Landouzy et de Erb, presque simultanées et très affirmatives quant à la nature épidémiquè de l'herpès zoster, personne ne conserve plus le moindre doute. Au reste, comme l'a fait surtout observer le professeur Landouzy, dans ces leçons si pleines d'entrain et de conviction que vous avez tous lues, il serait difficile de dénier au zona un caractère sinon épidémiquè, du moins infectieux,
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lorsqu'on voit cette petite affection débuter, comme tant d'autres pyrexies bénignes, par des frissons, un grand mal de tête, de la lièvre et un embarras gastro-intestinal.
La nature infectieuse cl môme épidémique une lois admise, les palhologïstes se sont naturellement évertués à rechercher tous 1rs points de ressemblance qui permettaient d'incorporer définitivement le zona dans le groupe réputé naturel des fièvres éruptives. Ces dernières ne sont-elles pas toutes épidémiques et contagieuses? A la vérité, s'il existe entre elles et le zoslcr certaines analogies, je me risquerai à prétendre qu'on en a trouvé beaucoup trop. Le proverbe dit : « Qui veut prouver trop ne prouve rien. » A force de vouloir prouver la spécificité infectieuse du zona, on en est venu à lui retirer toute sa spécificité nosograpbique. Je vous le prouverai tout à l'heure par des arguments irrésistibles : les chiffres. Mais dès maintenant, je vous rappellerai qu'on a voulu renouer entre le zona et la pneumonie, par exemple, des liens de parenté que l'inconstance des herpès pneumoniques avait fait oublier.
La coïncidence des épidémies de zoster avec l'époque de plus grande fréquence des pneumonies pouvait donner quelque crédit à cette manière de voir. Kaposi prétend avoir remarqué une corrélation entre les pneumonies hivernales et la fièvre zoster. Par contre, Besnier, tout partisan qu'il soit de la nature épidémique et infectieuse du zona, objecte que la pneumonie est surtout prinlanière, du moins à Paris. Qui des deux faub-il croire? — Tous deux ont raison peut-être, si l'on veut bien considérer que les complications nerveuses des infections en général cl de la pneumonie en particulier, varient du tout au tout suivant les épidémies. Quelle qualité, je ne dis pas quel degré, de virulence multiplie, au cours de certaines épidémies, le nombre des cas de méningite à pneumocoques? — Nul ne le sait, et cependant la chose en soi n'est pas discutable. N'en peut-il pas être de môme du zona? — Je me borne à poser la question.
Laissons la pneumonie. Mais ne savez-vous pas que le zona, qu'on prétend épidémique, et que certain auteur prudent qualifie de « demi-épidémique », survient parfois aux mêmes époques que les petites épidémies saisonnières, la grippe bénigne, les angines herpétiques, la fièvre aphteuse, etc.? Même en tant que fait isolé et en dehors de ces pyrexies légères, il s'annonce ou se déclare
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par les symptômes généraux que je viens de vous rappeler en quelques mots, et il ne conserve de pathognomonique que son siège, l'éruption et la douleur intercostale.
D'autre part, un zona quelconque peut apparaître et évoluer sans le moindre accident fébrile, sans trouble gastro-intestinal, même dans les périodes épidémiques. Cela ne vous semblc-t-il pas déjà suffire pour faire douter, je ne dis pas de la nature infectieuse du zona, mais de la spécificité du zoster essentiel"! c'est-à-dire d'une spécificité propre au zoster lui-même et indépendante de celle qui appartient à la pneumonie épidémique, aux angines épidémiques, aux stomatites épidémiques, etc.? Dans un mémoire inédit, couronné au concours des' prix de l'internat, mon élève M. Boix n'hésitait pas à se prononcer dans ce sens : pour les mêmes raisons que je viens de vous énumérer, il concluait à la nature infectieuse mais non spécifique du zoster fébrile.
Infectieux, le processus l'est très souvent de la façon la plus évidente. J'ai observé, par
exemple, il y a quelques années, un cas fort remarquable àepemphigus zoster.
L'origine infectieuse du pemphigus ne peut être mise en doute1. Les « syphilides zoster » sont encore plus sévèrement infectieuses et certainement beaucoup plus fréquentes. GaucberetBarbe en ont publié de beaux spécimens, un entre autres dont l'histoire clinique a été recueillie, par mon interne M. Sicard (Fig. 9). La similitude d'aspect de ces érup-
tions et du zona « semble prouver qu'elles sont produites par l'agent palbogènc de la syphilis ou de sa toxine sur l'axe spinal »*.
1. Éruption de pemphigus localisée à la moitié gauche du tronc chez une fenimt' altfinfe d'hémiplégie gaurlie [Pemphigus znslcr). Société clinique, '2ô octobre 187!). i. I)es «yphilides zonifonnns, par liaiiclit-r et Barbe. Preete méâîcale, 12 août 1807.
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Depuis que MM. Gaucher et Barbe ont appelé l'attention sur cette variété de syphilides, plusieurs publications sur le même sujet ont vu le jour : preuves assez nombreuses pour démontrer qu'il ne s'agit pas de (ails exceptionnels. Je vous citerai simplement, en passant, une communication de mon collègue M. Jullien au Congrès de Moscou1 et une note clinique de MM. Spillmann et Élienne*.
III. — Mais voici où la question se complique encore davantage. Le zona peut apparaître, à litre épisodique, au cours d'un grand nombre, de maladies nerveuses, organiques ou non. Vous savez parfaitement ce qu'il faut entendre par là : il figure parmi les complications éventuelles du tabès, de la syringomyélie, de l'hémiplégie, de la névrite périphérique primitive, traumatique ou spontanée, de la pachyméningite, voire môme de l'hystérie. Dans toutes ces affections, le zona intercurrent ne présente aucune particularité qui le distingue des zonas infectieux ou de la lièvre zoster. C'est, comme on dit actuellement, un zona symptomatique. Un seul caractère lui manquerait; il ne conférerait pas Y immunité comme le zoslcr véritable.
Sans m'atlarder davantage, pour le moment, sur ee point litigieux qui intéresse si directement la ncuropalhologie, je vous dirai que la distinction qu'on a cherché à établir entre le zoster vrai et le zona symptomatique est peut-être un peu spécieuse. Examinons donc d'abord les faits cliniques, tels qu'ils si' présentent à nous, et cherchons à en tirer les conséquences.
De quelque façon qu'on envisage le zona, c'est, d'un commun accord, et dans tous les cas, à une lésion cutanée d'origine exclusivement nerveuse que l'on a affaire. C'est un symptôme dystrophique et rien de plus.
IV. — Notre premier malade est un homme de 59 ans, non syphilitique, mais alcoolique avéré, ancien paludéen d'Afrique et sujet à des bronchites subaiguës se répétant à chaque retour de la mauvaise saison. Nous n'avons pu découvrir chez lui aucune preuve stéthoscopique ou bactériologique de tuberculose. La chose vaut la peine d'cli-e notée car la tuberculose est au nombre des maladies infectieuses dont le zona passe pour être une conséquence.