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pas entamé sur toute sa surface de section. La lésion gliomateuse avait au contraire endommagé bien plus gravement le côté gauche des cordons postérieurs. Ce fait prouve que les libres de la sensibilité tactile renfermées dans les cordons blancs postérieurs aboutissent, elles aussi, à un deutoneurone centripète, qui subit la décussation à Ira vers la commissure grise ou dans son voisinage et remonte dans le cordon postérieur du côté opposé.
VI. — 11 faut remarquer que, lorsqu'il s'agit de la décussation des fibres radiculaires postérieures, le problème posé depuis si longtemps esl en grande partie simplifié par l'acquisition d'un fuit nouveau : l'existence des fibres collatérales. On n'admettait pas autrefois que le cylindraxe se divisât à sa terminaison. Aujourd'hui nous savons qu'il se ramifie et qu'une partie de ses rameaux peut se décusser tandis qu'une autre partie ne se déçusse pas. Brown-Sôquard avait conclu à la décussation totale de toutes les fibres radiculaires postérieures. Ses adversaires le combattaient surtout à l'aide d'un argument anatomique : Si les fibres radiculaires postérieures subissent une décussation totale, pourquoi, à la suite d'une bémisection gauche, par exemple, ne voit-on pas de dégénération ascendante dans la moitié droite de la moelle? — Cette objection, à l'heure actuelle, ne peut plus être soulevée. Une fibre radiculaire postérieure fournit à plusieurs deutoneuroucs el chaque deutoneurone reçoit sa stimulation nutritive de plusieurs protoneurones. Le deutoneurone — dans la moitié de la moelle opposée à la section — reste donc en rapport avec des sources d'énergie assez nombreuses pour ne pas subir la dégénérescence ascendante qu'on s'attendait d'abord à voir.
Mais la clinique nous éclaire-t-elle sur le trajet de ce deutoneurone? En aucune façon; et c'est précisément dans le but de combler celte lacune qu'on a malencontreusement emprunté des arguments à la physiologie expérimentale.
Vous savez que les expériences les plus variées, les plus ingénieuses, j'ajouterai même les plus sures et les mieux réglées au point de vue opératoire ne nous fournissent à cet égard que des résultats inconstants et incertains. Il n'est guère de pbysiologistes qui ne les aient exécutées à plusieurs reprises. Parmi les dernières publiées, je vous citerai celle de Golzingcr : « Lorsqu ou sectionne chez le chien, entre les 5e et 4e vertèbres dorsales, foute
la substance grise, les cordons postérieurs, la partie interne des cordons latéraux et les cordons antérieurs, la conductibilité esthésique persiste; L'anesthésie ne s'obtient qu'en sectionnant tout le cordon latéral ou son tiers moyen. Les libres conductrices de la sensibilité douloureuse seraient donc localisées dans le tiers moyen des cordons latéraux, immédiatement en avant des faisceaux pyramidaux. Après La section d'une seule moitié de la moelle, la sensibilité à la douleur se trouve tantôt normale, tantôt diminuée dans les extrémités postérieures pendant deux jours. Ceci incliquerait un entre-croisement incomplet des fibres conductrices de la sensibilité douloureuse1 ».
Est-il donc permis de conclure de ces expériences, que les fibres de la sensibilité thermique el de la sensibilité douloureuse, chez l'homme, sont également réparties « dans le tiers moyen des cordons latéraux, immédiatement en avant des faisceaux pyramidaux? » — Assurément non. Les expériences pratiquées sur les animaux, ainsi que l'a fait remarquer à ce propos Merjewski, ne conviennent pas pour la recherche de la sensibilité, car les animaux ne peuvent traduire les perturbations sensitives qu'ils perçoivent. D'ailleurs Brown-Séquard lui-même l'avait déjà soutenu. Ne sait-on pas, en outre, que les voies de la sensibilité sont très variables d'une espèce à l'autre? Et enfin, les fonctions sensitives étant chez les animaux beaucoup moins spécialisées que chez l'homme, n'est-il pas évident que les suppléances fonctionnelles I mi- t-opératoires s'y observent dans beaucoup de circonstances où elles ne sauraient s'établir chez l'homme?
C'est cependant au nom de la physiologie expérimentale que Brown-Séquard, dans les toutes dernières années de sa vie, faisait table rase des vérités que la clinique démontre et dont nous lui étions redevables à lui-même : « J'estime, disait-il, avoir fait faire un progrès à la physiologie en montrant que je m'étais trompé en considérant que les hémisections de la moelle produisent leurs effets par suite de la perle de fonction des conducteurs coupés, et que la véritable explication de ces phénomènes est : qu'une irritalion partant des éléments nerveux sectionnés détermine à distance, snr les éléments servant à la sensibilité de la moelle, au-dessous de la lésion, des changements purement dynamiques et consé-
I. Société de psychiatrie de Saint-Pétersbourg, 18 novembre 1895. An. in Revue neurologique, 1896. p. j 80.
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quemraenl pouvanl disparaître soudainemenl et être remplacés par d'autres effets dynamiques1 ».
Voilà qui est bien obscur. Et Brown-Séquard ne dit pas comment se fonl ces changements purement dynamiques, ni en quoi ils consistent, ni enfin pourquoi Vhémianesthésie esl croisée. Que les phénomènes dynamiques et l'inhibition en particulier soient des faits authentiquement démontrés, nul n'en disconvient. Mais les explications qu'on en donne sont par trop confuses; et l'application qu'on en a voulu faire à certains cas cliniques déterminés n'eslelle pas vraiment prématurée? N'est-ce pas sous prétexte d'inhibi lion, que Brown-Séquard a si vivement combattu les localisations cérébrales?
Nous sommes bien plus en sûreté sur le terrain clinique cl nous devons nous en tenir à la vraie physiologie pathologique donl je vous parlais tout à l'heure, celle qui ne relève que d'elle-même. Une nous a-t-elle appris, cette physiologie fondée sur les observations et les statistiques de Brown-Séquard? — Que les hémisections spinales, chez l'homme, donnent lieu toujours à l'hémianesthésie croisée : d'où il découle fatalement, que les voies de la sensibilité subissent une dëcussation inlra-médullaire. Il n'y a pas d'expérience qui infirme ce résultat. Je dis les voies de la sensibilité comme on disait autrefois les libres de la sensibilité. Les fibres, cela signifie les prolongements cylindraxiles des neurones, mais il s'agit de prolongements de neurones différents : ce ne sont pas les fibres râdiculaires postérieures gauches qui cheminent dans le cordon latéral droit ; ce sont les cylindraxes du deutoneurone en rapport avec les dernières ramifications du protoneurone centripète. Le deutoneurone a son prolongement cylindraxile dans le cordon latéral, sans préciser davantage: le protoneurone a son prolongement cylindraxile dans la racine postérieure.
\ lf. — ici Une question se pose. — Le protoneurone centripète du côté droit (Pn) dont le centre est dans la cellule ganglionnaire postérieure (G) subit-il la décussalion avant de se mettre en contael avec le deutoneurone (Dn) qui remonte dans le cordon latéral gauche? Ou bien est-ce le deutoneurone Dn' qui subit la décus-
1. Brown-Séquard. Remarques ù propos des recherches du I)r F.-W. Mott sur les effets de la section d'une moitié latérale de la moelle épinière. Arch. de Physiol., 1895, l, p. 195.
sation, tandis que le proloneurone Pn' s'est arrêté dans la substance grise du même coté? 11 semble que la première de ces dispositions soit la plus probable quoique la démonstration n'en soit pas encore laite.
Ce qui est certain, c'est que le deuloneurone conducteur des vibrations thermiques et douloureuses remonte dans le cordon antéro-latéial à proximité de la surface de la moelle. Schlesinger
Fig. LOI. — Rapports du protoneurone centripète Pn avec le deuloneurone centripète Du. Dispositions de ces neurones suivant les deux hypothèses : 1° Entre-croisement du proloneurone; 2° Entre-croisement du deuloneurone.
croit que les fibres des sensibilités thermique et douloureuse gagnent le faisceau de Gowers. Edinger admet qu'une partie d'entre elles sont renfermées dans le cordon antéro-latéral.
Du reste, rien ne dit que celle question ne sera pas tranchée par l'analomie pure, et il semble que la solution ne puisse tarder longtemps. Ce qui complique le problème de l'entre-croisement des libres radiculaircs postérieures, c'est le fait que les voies sensitives, au-dessus des noyaux de Goll et de Burdach, subissent une autre décussation en bloc; de telle sorte que ces voies, avant de conduire les vibrations eslhésiqucs à l'hémisphère, s'entre-croiseraient deux l'ois. Il n'en est rien. Selon Edinger et plusieurs autres anatomistes, (es libres spinales qui se sont décussées d'étage en étage sur toute la bailleur de l'axe, ne s'enlre-croisent plus au niveau du bulbe. Elles continuent leur trajet vers l'hémisphère du côté opposé à leur entrée dans la moelle; dans ce trajet direct, elles sont rejointes par les fibres issues des noyaux de Goll cl de Burdach,
qui, celles-là, subissenl La dëcussation bulbaire (il cônstituenl ee qu'on appelle les fibres arciformes, réseau originel du ruban sen sitif de Rcil.
Mais ce sont là des hypothèses puisque l'opinion n'est pas encore unanime sur ce point. Le l'ait capital — et celui-là nous esl enseigné par la clinique et l'analomic pathologique — c'est que l'hémianesthésic croisée peut être le résultat de lésions spinales très superficielles, de méningo-myélites, de pachyméningites, de tumeurs 1res légèrement compressives. Toutes ces lésions appartiennent à la syphilis, et elles sont susceptibles de régression, soit spontanément, soit sous l'influence trop rarement efficace du traitement spécifique.
Voilà comme quoi l'hémiancslhésie croisée et plus fréquemment encore la paraplégie motrice avec double hémianesthésie croisée sont des manifestations très communes et très aisément explicables de la syphilis médullaire.