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LA PARALYSIE INFANTILE

malaise avec courbature générale et une grande faiblesse de tout le membre supérieur droit. L'épaule, autant qu'il s'en souvient, était légèrement et vaguement endolorie. Les jours suivants, le malaise — d'ailleurs apyrétique — de ce pénible réveil disparut sans laisser de trace; les fonctions digestives, qui n'avaient pas été troublées un instant, s'effectuaient aussi régulièrement que par le passé; mais l'épaule restait invariablement faible, impotente, et, en moins d'une semaine, l'atrophie musculaire y était déjà évidente. Depuis lors, ce n'esl pas desimpie faiblesse qu'il s'agit; la paralysie est presque complète et la diminution de volume des masses charnues progresse avec une étonnante rapidité.

IV. — Maintenant la question du diagnostic se pose. Connue il faut procéder avec ordre, nous nous demanderons lout d'abord quelle maladie a pu donner lieu à la paralysie atrophique de l'épaule gauche après l'intoxication saturnine.

A première vue, il semble que l'hésitation ne soit pas possible. La cause est tellement nette et le résultat s'accorde si bien avec elle, qu'on est tenté de ne pas chercher plus loin. Les accidents nerveux du saturnisme apparaissent souvent dans le décours des accidents gastro-intestinaux. Us consistent en paralysies presque subites, compliquées d'atrophie secondaire et progressive.

Ces paralysies sont fréquemment symétriques : elles peuvenl guérir d'un côté et s'installer en permanence du côté opposé. Elles sont parfois accompagnées d'anesthésie. Si leur groupe musculaire de prédilection est celui des extenseurs radiaux, elles sont tout aussi bien capables de localisations différentes. Tout cela n'cst-il pas conforme aux habitudes du saturnisme nerveux? Et si c'est h une névrite saturnine bilatérale qu'il faut faire remonter l'atrophie du moignon de l'épaule gauche, n'esl-il pas admissible qu'une névrite radiculaire du groupe Erb-Duchenne ait pu donner lieu à l'infirmité incurable que nous constatons aujourd'hui? 11 n'y a rien qui choque la logique clinique dans le diagnostic rétrospectif que je me borne à vous soumettre, sans vouloir vous l'imposer. Je vous ferai seulement remarquer que la localisation seapolo-humérale «les névrites saturnines est exceptionnelle. Hemak. Duchenne (de Boulogne), Duchenne fils L'ont observée sans doute. Mais leurs cas, souvent cités, sont des curiosités pathologiques. Il faut s étonner aussi qu'une paralysie saturnine limitée aux deux

groupes. musculaires scapulo-huméraux, ait entraîné nue atrophie complète et irrémédiable tic ces muscles, car il n'est pas dans les habitudes du saturnisme de produire une dégénérescence à la fois si limitée el si absolue.

En outre, lorsqu'une paralysie saturnine est bilatérale et d'égale intensité des deux côtés, il est bien rare qu'elle disparaisse d'un côté sans laisser de traces, tandis qu'elle réduit les muscles du côté opposé à une impuissance fonctionnelle et à une déchéance nutritive, dès le premier jour irrémédiables.

Il ne nous serait pas difficile de multiplier les arguments qui plaident contre la vraisemblance de la névrite saturnine. Mais, je m'en tiens à ceux-là, et, si je les ai choisis de préférence, c'esl parce qu'ils feront mieux ressortir provisoirement une influence écologique toute différente de l'intoxication par le plomb. Ku dépit de la coïncidence qui a si fortement pesé sur notre première détermination diagnostique, rien n'empêche d'admettre que notre malade ait été atteint de paralysie infantile. Dans un instant, je vous exposerai les raisons qui permettent de concilier le rôle du saturnisme avec l'apparition toute fortuite d' une poliomyélite antérieure aiguë. et ces raisons, vous les entrevoyez déjà.

La localisa/ion scapulo-humérale de la paralysie infantile esl fréquente. Elle esl même souvent bilatérale el symétrique. La perle de la fonction est immédiate, presque instantanée, contrairement aux habitudes de la paralysie saturnine qui est, en général, précédée d'une période d'affaiblissement progressif. L'atrophie musculaire de la paralysie infantile est, parmi toutes les atrophies musculaires, celle qui réalise au maximum l'amoindrissement des masses charnues et, pour être encore plus exact, leur disparition totale. Enfin la paralysie infantile peut, comme le cas actuel vous en fournirait une Ibis de plus la preuve, frapper d'abord plusieurs groupes ou régions musculaires et ne se cantonner, par la suite, que dans un de ces groupes ou une de ces régions. Bref, la pénurie des commémoratifs, qui entretient notre hésitation, ne s'oppose pas au diagnostic de paralysie infantile, dès l'instant que les troubles fonctionnels et trophiques, à tout jamais acquis, s'accordent avec le peu que nous savons de l'évolution de la maladie. Mais le saturnisme étant, dans cette seconde hypothèse, relégué au second plan, ce n'est plus d'une névrite qu'il s'agit, niais bien d'une m\é-

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