‹ Leçons sur les maladies nerveusesChapitre 85 sur 159 · A LA PARALYSIE INFANTILE · texte numérisé non relu

A LA PARALYSIE INFANTILE

lopalhie. En d'autres termes, l'atrophie scapulo-humérale que nous avons sous les yeux est le reliquat d'une poliomyélite antérieure aiguë depuis longtemps éteinte.

One signifie l'atrophie musculaire symétrique survenue il y a quelques semaines? Quelle influence tardive peut avoir exercé sur son apparition l'ancienne poliomyélite? — C'est là ce qu'il nous faut maintenant considérer. La chose est, dans le cas présent, d'autant plus intéressante que les muscles en voie d'atrophie ont été, eux aussi, déjà paralysés cl peut-être même atrophiés, dans une certaine mesure, à la suite de l'intoxication saturnine.

Sans plus larder, je vous dirai que le seul l'ail de l'atrophie musculaire secondaire est beaucoup plus en harmonie avec le diagnostic de poliomyélite infantile qu'avec celui de névrite toxique : et cela, pour la simple raison que les atrophies musculaires consécutives aux paralysies spinales, même à longue échéance, sont une complication relativement fréquente de la paralysie infantile.

Par là même j'arrive au cœur de noire sujet. C'est, vous disais-je, une question presque entièrement française, relativement nouvelle, très intéressante au point de vue théorique, obscure à certains égards, mais complètement éclaircie, dans ses moindres détails cliniques, surtout depuis le mémoire de MU. Ballet et Dutil1.

Y. — La première observation dans laquelle ait été signalée la réapparition tardive de troubles atrophiques et paralytiques, chez les sujets atteints de poliomyélite infantile, date seulement de 1875. Elle fut présentée à la Société de Biologie par le professeur Raymond2. C'est une des plus démonstratives et c'est, en tous cas, la plus importante, puisque c'est elle qui a donné l'éveil et mis le sujet à l'ordre du jour. Jusqu'alors, chose curieuse, l'influence prédisposante de la paralysie spinale avait été méconnue, el je me rappelle la surprise de Duchenne (de Boulogne), lorsque lui fut présenté par Charcot, dont j'étais alors l'externe, le malade dont M. Raymond publia L'histoire quelques jours plus lard.

11 s'agissait d'un garçon de dix-neuf ans, qui avait eu à l'âge de sept mois une paralysie infantile du côté gauche. Il en avait guéri

I. Ballet et Dltil. De quelques accidents spéciaux déterminés par la présence dans la moelle d'un ancien foyer de myélite infantile. Hevue de médecine, 1 881.

■1. l:\TWo\ii. Paralysie infantile. Atrophie musculaire. Comptes rendus de la Société de bîologtC, t't avril IHTo.

BKIS9.UD, LL'/ISS. — II. jg

tant bien que mal, et, vers l'âge de sept ans, avait récupéré l'usage de ses membres paralysés, assez complètement pour apprendre le métier de tanneur. A dix-sept ans, c'est-à-dire bien longtemps après que la maladie était enrayée, le côté droit lut pris à son tour el l'évolution de celle nouvelle atrophie, beaucoup plus lente que la première, frappa Duchenne d'autanl plus vivement qu'elle affectait celle lois, non plus l'allure de la paralysie spinale aiguë de l'adulte — c'est-à-dire d'une poliomyélite aiguë — mais celle

de l'atrophie musculaire progressive — c'est-à-dire d' polio-

myélite chronique.

L'observation de M. Raymond l ui b bref délai suivie de beaucoup d'autres, calquées en quelque sorte sur le modèle de la première. Une d'elles servit de thème à la thèse inaugurale de M. Car-rien '. Vinrent ensuite celles de Hayem, Quinquaud, Coudoiir, qui, en 1879, présenta, lui aussi, une thèse, sur ce sujet, (le premier travail d'ensemble était encore maigrement documenté; mais, après un mémoire de Seeligmùller5 relatif au même sujet, MM. Ouimont cl Ncumann4 pouvaient déjà dans une petite monographie préciser les termes du problème. La thèse de Sauze5 et l'importanl travail de Landouzy et Dejerine11 augmentaient bientôt le nombre des matériaux utilisables. Enfin, en 1884, MM. ballet et Dutil. envisageant la question sous toutes ses faces, créaient véritablement ce nouveau chapitre de pathologie, tel qu'il ligure aujourd'hui dans les ouvrages classiques.

Depuis lors, les cas ne se comptent plus, tous confirmatifs des premiers, et vous en trouverez d'au 1res encore dans les publications ultérieures de Thomas (de Genève) en 1886, de Satller7, de Grandou8, de Bernheim9.

1. Carrieu. Des amyptrophies secondaires. Thèse, Montpellier, 1875.

2. Coudoi.n. Étude clinique de la paralysie spinale aiguë et de l'atrophie musculaire progressive chez le même individu. Thèse, Paris, 1879.

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