‹ Lecons sur les maladies vénériennesChapitre 21 sur 441 · VIRUS DU CHANCRE SIMPLE · texte numérisé non relu

VIRUS DU CHANCRE SIMPLE

aussi qu'il en a été de même avecles éléments solides. Ces expériences ne prouvaient donc absolument rien et il ne m'a pas été possible de les continuer à cette époque, à cause de l'extrême rareté du chancre mou.

D'autres expériences ont démontré que le pus chancreux délayé dans l'eau, lorsqu'on arrivait à un certain degré de dilution, n'était plus inoculable.

Mais si l'inoculation est faite dételle façon qu'elle puisse ètrepositive, quels en sont les effets ?

Après une période d'incubation très courte, à peu près nulle, on voit d'abord se produire, au point piqué, une petite papule inflanmiatoire. Dès le troisième jour, l'auréole rougeàlre s'élant élargie, il se forme au sommet de la papule un soulèvement de l'épiderrae par un liquide séreux d'abord, puis blanchâtre, enfin franchement purulent. La papule s'est ainsi transformée en pustule. Mais celle-ci ne tarde pas à s'ouvrir. Son contenu est évacué et on aperçoit alors une perte de substance de la peau, qui présente en petit l'ensemble des caractères du chancre.

Le chancre d'inoculation s'implante aussi bien sur le malade lui-mênio que sur un individu sain, et il est inoculable et réinoculable à volonté, partout et indéfiniment.

Si le pus du chancre simple disparaissait pendant plusieurs années, on ne pourrait pas le créer comme celui de la blennorrhagie, mais il renaîtrait sans doute sous l'action des causes inconnues qui ont présidé à sa formation. Il est aussi vieux que l'humanité et il est à craindre qu'il dure autant qu'elle, quoique nous ayons beaucoup plus d'action sur lui que sur les autres virus.

Outre la présence, en plus ou moins grande quantité, du globule purulent, qui est une condition essentielle du virus blennorrhagiqu^' et chancrelleux, il existe quelques autres particularités qui leur sont communes. Ainsi, on peut les inoculer aux animaux. Mais un de leurs caractères les plus importants, c'est l'action morbigène qu'ils exercent sur les tissus. Elle reste toujours circonscrite, localisée dans une région ou dans un organe et elle ne crée dans l'organisme aucune affection générale, transitoire ou permanente, superficielle ou profonde.

Il en est tout autrement du virus syphilitique. Virus de la syphilis. — Ce virt4S est constitué surtout par de la sérosité dans laquelle on ne trouve qu'une proportion fort minime d'élénienls figurés : globules de pus, cellules épithéliales, granulations. Son aspect n'est plus, comme celui du chancre mou, l'aspect d'un pus épis et jaunâtre. C'est un liquide transparent, de couleur ambrée, >emblable à une faible solution de gomme, et qui s'étale à la façon d'un vernis sur la surface des érosions, d'où on le voit sourdre lentement sous forme de gouttelettes limpides.

L'étude expérimentale des effets de son inoculation, en raison de leur extrême gravité, n'a pu être répétée, on le conçoit, comme pour le ihancremou.

Ce virus, en effet, n'est pas inoculable au porteur, et la morale la [»lus élémentaire interdit absolument de recourir, même dans l'intérêt de la science, à des expériences de cette nature sur des sujets vierges <le syphilis. Elles ont été faites néanmoins, soit sous l'empire de théorit's erronées dont il ne reste plus aujourd'hui que le souvenir, soit jKir des médecins courageux qui n'ont pas hésité à se prendre euxluèraes pour sujets de ces terribles iuoculations. C'est ainsi qu'on a pu surprendre dès leur première apparition les effets du virus syphilitique.

Lorsqu'on introduit sous la peau une gouttelette de la sérosité sécrétée i».ir le chancre, on voit d'abord les traces de la piqûre disparaître |»romptement. Si l'on n'était prévenu, on pourrait croire que l'expérience »*4 négative. Mais au bout d'un temps variable, vingt-cinq jours en III >yenne et souvent beaucoup plus, il se montre une petite élevure de de la peau, une papule, d'abord sèche et recouverte de sonépiderme ou de son épithélium. Bientôt il se forme à sa surface de petites écailles jui ne tardent pas elles-mêmes à tomber en laissant à nu une érosion ir^'S superficielle. Puis, cette érosion s'élargit et sa base devient le ïjpgff d^une induration caractéristique. Dès lors le chancre est constitué.

An bout de quelques jours, on peut en outre constater du côté des cinglions voisins un retentissement des plus remarquables. Ils se iuméfient peu à peu, en prenant une consistance dure, élastique, car- 'ila^neuse, sans toutefois devenir le siège d'une notable douleur et Miis adhérer aux parties voisines. Ils restent indépendants de la peau, via laquelle ils glissent Ubrement, dans l'atmosphère de tissu cellu-

îir** qui les entoure.

lACaUC. — MALADIBS VÉNÉR. 2

Plus tard se développera la série des nombreux accidents qui constituent la syphilis, mais qui restent les mêmes, que la maladie soit née de Tinoculation ou de la contagion naturelle. Nous allons avoir bientôt, du reste, l'occasion d'y revenir en étudiant l'histoire de chacune des trois maladies vénériennes abandonnées à leur marche naturelle.

Sans doute, vous désireriez savoir ici, comme pour la blennorrbagie et le chancre simple, quelles sont les parties solides et figurées du liquide contagieux dans lesquelles réside le principe virulent de la syphilis. Ces éléments sont rares. On ne trouve dans le liquide sécrété sous sa forme la plus pure à la surface d'une érosion chancreuse, par exemple, que des granulations moléculaires. Ce sont sans doute elles, plutôt que le liquide, qui sont les agents actifs et uniques de la contagion.

Nous arrivons à cette hypothèse par analogie. Dans les belles expériences qu'il a instituées sur le virus vaccin, M. Chauveau, en effet, a constaté que la partie liquide n'est pas susceptible d'être inoculée. Seules, les particules solides, les très fines granulations moléculaires possèdent cette propriété.

Mais la science des virus a singulièrement progressé depuis les recherches de M. Chauveau. Vous savez, sans doute, qu'elle fit un pas décisif le jour où M. Pasteur montra le rôle capital que jouent dans Tétiologie des maladies infectieuses et virulentes les ferments et les vibrions. Grâce aux magnifiques expériences de cet illustre savant, les vieilles conceptions du parasitisme sont ressuscilées. Les Voilà maintenant qui vivent, non plus d'une vie chimérique, mais d'une vie puissante, active, en pleine réalité, qui anime tout un vaste déparlement de la pathologie virulente.

S'il est expérimentalement démontré aujourd'hui que des maladies infectieuses et virulentes, telles que le charbon et l'infection septique, sont produites par l'introduction dans l'organisme de parasites microscopiques, il est rationnel de se demander pourquoi il n'en serait pas ainsi pour la syphilis. Ne peut-on pas supposer, en se basant sur l'analogie, que cette maladie virulente et constitutionnelle procède du même mode pathogénique que celles dont la microbiogenèse ne fait plus aucun doute pour personne? Ne serait-il pas naturel d'admettre à priori qu'elle est engendrée par l'introduction, la reproduction et la multiplication dans l'organisme, de parasites appartenant au même ordre que la bactéridie du charbon, par exemple, ou le microbe de rinfeclioa purulente ?

Cette théorie qui n'est pas neuve, mais que les découvertes récentes de M. Pasteur sur la genèse des maladies virulentes et infectieuses, rendent de plus en plus probable, n'en reste pas moins, jusqu'à présent, dans le domaine de l'hypothèse. Aucun fait n'est venu lui donner la consécration positive et matérielle sans laquelle les vues de l'esprit même les plus justes en apparence et les plus séduisantes, doivent être regardées, dans notre science, comme non avenues. On a eu beau chercher des microbes dans le virus syphilitique, on n'est pas encore parvenu à les découvrir.

Et encore, messieurs, ne suffirait-il pas de découvrir un parasite sptfcial de la vérole; il faudrait, comme l'a fait M. Pasteur pour d'autres parasites virulents, le soumettre à une culture compliquée, en s'entourantdes précautions les plus minutieuses. Voyez comment procède rexpérimentateur pour le sang d'un animal atteint de charbon. Il en place une goutte dans le milieu le plus apte à la culture delabactéridie. Cette bactéridie se reproduit au sein du liquide de culture. On la cultive de nouveau, si l'on veut, de manière à obtenir plusieurs générations du parasite, et c'est avec ces parasites isolés, soustraits à l'action immédiate de l'organisme, procréés artificiellement, dégagés de toute attache directe avec la maladie qu'ils ont faite et d'où ils procèdent, qu'on pratique l'inoculation sur des animaux sains et qu'on parvient ainsi à leur transmettre le charbon. Ici, nous n'avons plus un liquide morbide virulent, nous n'avons plus le milieu organique au sein duquel vivait la bactéridie pendant l'évolution de la maladie virulente, nous possédons l'agent direct, actif et indiscutable du virus, le parasite, et c'est bien lui qui était la cause et non l'effet de Tintoxication, puisque introduit seul dans un autre animal il la reproduit de toutes pièces.

D est fort possible qu'on arrive à découvrir qu'un parasite est le principe générateur du virus syphilitique; mais il sera toujours difficile d'en donner la preuve expérimentale. Il faudrait pour cela que la âyphiUs Mt inoculable aux animaux. Malheureusement toutes les tentatives qu'on a faites jusqu'à présent pour arriver à ce résultat ont été infructueuses. Cette maladie constitutionnelle n'a pas pu leur être transmise. Quelques-unes de celles qui leur sont propres, telles, par exemple, que la dourine du cheval, les ulcères vénériens et les écoulements uréthraux du chien, n'ont que des analogies vagues et éloiîDées avec la syphilis. 11 faudrait donc expérimenter sur l'homme. Mils qui oserait conseiller une pareille pratique? Les recherches sem- Uibles à celles que je viens de vous exposer pour le charbon ne nous

-2U TIBUïi DE LA SYPHILIS.

sont elleâ pas interdites à tout jamais, du moment qu'elles ne peuvent avoir pour théâtre expérimental que l'organisme humain? Aussi me semble-t-il peu probable que le problème du parasitisme syphilitique soit résolu de longtemps'.

Parmi les particularités qui distinguent le virus de la vérole, du

1. Les tenta tivesqu't m avait faites Jusqu'à présent pour inoculer la sy phi iU aux animaux étaient reste'^es infructueuses. 3iais. dans ces dernières années, leprofess«furkieli> parait avoir été plus heureux. Ses intéressantes expériences trouvent naturellenient leur place ici. puisque)!. KJebs les a faites avec des liquides ou des solides dans lesquels il avait dérouvert un parasite qu'il croit être le parasite de la syphilis. Ce parasite, il l'a expérimenté après l'avoir soumis à desprocédés de culture qui lui sont propres et qui ont duiiné des résultats satisfaisants.

I. -- Dans un premier travail intitulé: De /"i/iom/zï^iow ihlasifphUisnuxanimnusrt d»' ta nature du contage syphilitique .'Prap. med. Wochenschr., lU, 41. 18^H , M. Kleb^ établit que le virus syphilitique est constitué par des champignons spéciaux qu'il a de<ignés provis^jirement sous le nom d^Héiiœmonades. Il aurait constamment truuvé (vs champignons dans les indurations initiales de la maladie. D'après lui, du reste. tout«*> les affections spécifiques sont provoquées par des organismes spécifiques. — En pren.uit une portion de chancre induré excisé, l'auteur a trouvé dans le liquide qui imbibait a* tissu morbide, des cellules arrondies en grand nombre et de» bâtonnets doués de mouvements très lents. Il a cultivé ce liquide sur de la gélatine et il a obtenu au bout <tt> quelques jours des tapis de champignons. Voici le résultat d'un de ces essais de culturf. à l'aide du san^ d'une guenon inoculée : deux jours après qu'une gouttelette de ce >ani; eut été déposée sur de la gélatine, dans une petite cornue d'Erlenmeyer, fermée à r<ii(]c de ouate, on vit des masses brunes s'étendre uniformément sur la substance de la gt-latine et se disposer sous forme d'anneaux finissant par se réunir les uns aux autres, en s'enrhevétrant. Le cinquième jour, chaque anneau avait un diamètre de 1 c. 1,'2 environ. Sa surface était composée de bâtonnets serrés les uns contre les autres et ne présentant de mouvements que lorsqu'ils étaient dissociés dans un liquide approprié. Outre n-^ bâtonnets, fauteur a aussi trouvé des éléments particuliers en forme de spirale, .^itut*^ dans les couches supérieures de la gélatine. Il suppose que ces éléments particuliers m> dévHopp<*nt par la division des bâtonnets.

II. — Ceci établi, voyons comment les expériences ont été faites et quels en ont et»les résultats. La première fut pratiquée le 8 juillet 1875; un singe fut inoculé sur deux points difTérents avec du liquide provenant de culture. Environ sept semaines apK'S. \*r^ le milieu du mois d'août, cet animal présenta à la langue, dans la cavité buccale, .lUx gencives, une série d'ulcérations circonscrites, en tous points analogues aux ulcératioi « syphiliti(|ues. Le professeur Pick, très au fait des lésions syphilitiques, constata la form^ caractéristique de ces ulcérations. A l'autopsie du singe pratiquée le 1" septembre cir> quante-deuxième jour de l'inoculation;, on trouva des dépôts caséeux étendus entre la dure-mère et la voûte crânienne, ressemblant comme nature et comme siège à des syphilomes. Ils contenaient des cellules fusiformes fort nombreuses, des bâtonnets et <)o fîlaments analogues â ceux qui avaient été obtenus par la culture. Des foyers caséeux ♦ t des infiltrations conjonctives existaient en outre dans le poumon, sur les plèvres, dan* l- * reins, etc.

Des portions de chancre infectant, qui venait d'être excisé, furent inoculées, le i9 <)•:• cembre 18'î7, à un autre singe parfaitement bien portant. Cicatrisation parfaite de la plai« . mais tuinéf;irtion des ganglions les plus voisins. .Vu bout de six semaines, fièvre et aj-,»»* rit ion «^ur la face, sur la tète, sur le cou, dune série de papules colorées en nuige bnin, vésiculo-squameuses à leur sommet. Disparition de la fièvre et des nodosités. (>?t.uiini.tl

vinisde la blennorrhagie et duTÎruschancrelleuXjil en est une qu'il importe de vous signaler. Elle résulte de la facilité avec laquelle ce virus se répand dans tout l'organisme et se mêle à presque tous ses liquides. Sachez qu'il arrive un moment où les tissus en sont imbibés. Et quoi d'étonnant qu'il en soit ainsi, puisque le principe actif de ce virus se trouve dans le sang et y rrste autant que dure la phase viru-

in.»urut cinq mois après, en mai 1878, sans avoir présenté de nouveaux phénomènes fi^brileset on trouva : sur le crâne des lésions osseuses, semblables à celles que produit Il syphilis; dans les poumons, des noyaux caséeux et des tractus Obreux étoiles, conslitut^ par du tissu conjonctif chargé de cellules fusiformes ; dans les reins, des noyaux de consistance gélatinifoi*me, composés de tissu interstitiel et de nombreuses cellules fusif'/nmes, rappelant en tous points la structure des syphilomes et n'offrant aucune ana- \ùpe avec le tubercule. Le sang de l'animal fut cultivé, et, au bout de quelques jours, des champignons analogues à ceux qui avaient servi à inoculer le premier singe se développèrent sur la gélatine. Les Ilélicomonades seraient donc les agents de la transmission de la syphilis.

Il est à remarquer que les deux animaux inoculés n'ont présenté aucune lésion initiale ressemblant à un chancre. Aussi peut-on se demander s'ils avaient réellement la syphiii>. N'était-ce pas plutôt la tuberculose à laquelle ils sont très sujets? N*a-t-on pas prouvé que la prétendue syphilis du lièvre n'est autre chose que la tuberculose (Virchows Archiv, vol. 51)? Et puis ce n'est pas cinquante-deux jours après l'inoculation qu'apparaissent, dans le processus ordinaire de la syphilis, des gommes parenchymateuses.

II!. —Quoi qu'il en soit deces objections, M. Klebs a poursuivi ses premières recherches, et, dans un travail récent (Arch. fûrexperim. Path. und Pharmakol., vol. III, n" 4, p. 161, lôK. '218, 1879), il a repris quelques-uns des points qu'il avait étudiés dans son premier mémoire. Il s'est convaincu que les lésions osseuses ou viscérales des singes étaient bien :»Yphilitiques. H ne faut pas, d'après lui, se hâter de considérer comme des tubercules toutes les granulations ou les nodosités jaunâtres ou grisâtres que l'on peut rencontrer chez les animaux. L'examen histologique seul permet de distinguer la nature du produit expérimental qui s'est développé. Peut-être M. Klebs accorde-t-il trop d'importance à cet examen. Le miscroscope à lui seul, dans bien des cas, serait insuffisant pour faire rtrconnallre un noyau tuberculeux d'un noyau syphilitique. La forme de la lésion et son pnxressns clinique sont beaucoup plus pathognomoniques que sa structure.

Depuis son premier travail l'auteur a fait toutes sortes d'inoculations, tantôt à l'aide <le noyaux syphilitiques récemment extirpés et qui contenaient des micrococus en grand D'imbre ; tantôt à l'aide de produits cultivés sur ces mêmes nodosités à l'aide de son prot*-^. Il a inoculé des lapins, des cochons d'Inde, des chiens et des chèvres. Voici sesconelasions :

1* On peut inoculer la syphilis humaine aux animaux à l'aide de portions de tissus qui >ont le siège de néoformations syphilitiques. La syphilis varie chez les animaux suivant i espèce. La syphilis inoculée au singe présente des caractères tout à fait identiques à celle 4e l'homme. Les résultats obtenus chez d'autres animaux ne sont pas caractéristiques. Chez Le lapin cependant l'inoculation donne lieu à des accidents qui concordent tout à fait ivec ceux du singe ;

i* Les néoformations syphilitiques développées chez l'homme renferment des organismes végétaux inférieurs, spéciaux, qui peuvent être cultivés et se présentent alors Ka^ forme d'bélicomonades ;

•^ En inoculant ces champignons à des animaux appropriés, on produit des altérations so^oçrnes à celles que provoque la syphilis chez l'homme ou quand elle est inoculée dox animaux.

il CABACTÊKEP ET PECCE>frr5 DE Ll BLESTOERHJLGIE.

lenUir de la maladie constilulioniif I> ? Toutes les l*^-ions qui énianeul dir»^clernenl de raction syphiiiûi^tr eo s<>nt ^ç-ii*fmenl salurées.

n y a donc, dans ce virus, on caractère d'ubiquité, une puissance de pénétration, une facilité de diffusion, qui font complètement défaut au virus de la blennorrfaagie et à celui du chancre simple.

Dans ces deux derniers, le princifie actif a p*jur véhicule un élémenl relativement grossier, le globule de pus. Dins U virus syphilitique, au contraire, il est charrié par de fines CTanulalions moléculaires, ou bi^n il s'incarne dans les organismes inîî[iim»*nt petits de la vie parasitaire.

Telles sont, messieurs, les considérations sur les virus vénériens qu'il était nécessaire de vous présenter avant de vous décrire à grands traits, comme il me reste à le faire, les maladies qui sont la conséquence de leur contagion.

PATHOLOGIE GÉXÉRALE DES MALADIES VÉXÉRIENNES

CAR-VCTÈRES KT PROCESSUS I>K LA BLENNORRHAGIK.

L La hUnmorrhagie ettla mtoims sp^i^u* d^t tnm m-i'.ii>et vft^ifn-^ : KI> appartient À la «la^v àen catJiiTh^« virnlentit. — État mllammat'>.re de la muqn^u*e : — */>n mucivjm*. — 1^ lUMqu'-us"- 4n 'anal de liiivlbre et la conjonctive sont >« plus apt^* a f r'^iu.p* le muco-pus cout^iri^-ux. - Aff.Ti.l^ «»ntr*» l*»» inflammations de ces deux m'iq'jeu've*.

II. EtvAoqvi drt afffcttoHt blenHorrhaçiyues : rr**l^nte* *in.j >* et arelhntes virulentes. — Sources «Ir La rnniMginn : la blennorrhagie virulente jieot provenir de* causes communes d irritation. -- Bl^o- B/>rrtia^ieft •pontanée». — Blennorrha^ies art.nc.elles. — D-jrre de \iruleuce du muco-piis bl*'n- 0«>nT(airiqQe. — Eiastinté Bpecirique de l'aift^t.on.

III. Pror^tMM.% anatomique : Oripne epithelule du pa» M 'iinorrha^.a-ie. — Proliftration purui- r.t» de« celluleji èpithelialeH. — Rareté de la purulence axant sta >ourt.e dans l«» tissu c<»nji^nft : dermique ou soutt-demnque. -- 1^» pus bl«»nnorrhajrique d <»r.ir;ne connective n'est {«as vinil*'nl oj l ^•X moins que le muco-pu« d'orij^ine epithrliale. — I>u cr\ple xiiuque-ix comme fo\er hih-c.'. I'.'da Tiru». — De la {granulation comme organe {talholo|;:qn«* de la bN'nnurrhajrie.

IV. i^roeetnu tjfmptomatiqtiê : Incubation. — reno«le* d aupnent. detat et de declm. — Cbroou jI»- — ProgreKKÏoo d'avant en arrier*. — Mécanisme des complications. — Ce sont des lesuoii'» c* ▼oiftinaire et par propagation plus ou moins continue. ~ The,»rie des métastases. •

V. CompUcationt de voinmage : Orchi-epididymite. — Funicuht*. — Vapmalile. — Phlegmon et ab» <»» M^nnorrhagiques : Mécanisme de leur foriiution. -- Leur « ompîexite dans le* parties |irofi->no«-» do canal. — Prostatites. — Cystites. — Néphrites. — Vjc*uite». — Blennorrhagie du col et 'l'i corpH de la matrice. — Complications à distance jwir inoculation sur la conjonctive : Ophthalmî**" bl^nnorrhagiques.

VI. CfimjAtcntiom eonstitahonnellri ou rhumatismales : Leur pin Monomie particulière. — Arthropath..»» h^drophl*'gma8iques et goutteuses. — Rhumatisme tibreux et musculaire. — Ne vra.*: !»•««. — perio«t:t«»H. — Irido-conjoncttvttes. <— Le mucos-pus blennorrhagique ne contient i»as en liii-m«':i." 1^ prîncijie d»»s déterminations rhumatismales. — L'alffction spécifique de l'urethre ne crff jsà'» •• rbumatiHme: elle met en «puvre la disposition preexi'»tante ou constitutionnelle. — Fausse h^i-" lh«'i»e de la sympathie. — Bl«*nnorrhagies rhumatismales et goutteuses. — Traitement de h bl»*Dii<irrha(rie.

Occupons-nous d'abord de la blennorrhagie. C'est la plus commune, la moins spéciQque de ces trois maladies. C'est celle qui se

CARACTÈRES BT PROCESSUS DE LA BLENKORRHAGIE. 23

rapproche le pius d'états morbides analogues qui siègent sur les muqueuses et se développent sous l'influence de causes ordinaires.

Cette affection appartient à la classe des catarrhes. Comme eux, elle a pour principal symptôme une sécrétion anormale de la membrane muqueuse, sur laquelle elle s'est fixée. Son lieu d'élection, chez l'homme, est le canal de l'urèthre et, chez la femme, la vulve, les glandes vulvo- vaginales, le vagin, l'urèthre et le col de l'utérus. La différence de conformation des organes génitaux dans les deux sexes ne change pas le fond de sa nature, quoiqu'elle imprime à sa physionomie et à l'ensemble de son processus quelques particularités intéressantes que j'aurai soin de faire ressortir dans les leçons que je lui consacrerai. Pour le moment, nous pouvons en faire abstraction dans cette description générale.

La blennorrhagie est donc un catarrhe, mais c'est un catarrhe essentiellement contagieux. Son muco-pus, dont la sécrétion est toujours accompagnée d'un état inflammatoire plus ou moins aigu, possède la propriété de susciter, par son application sur les muqueuses saines, une affection semblable à celle qui l'a produit et également contagieuse.

Toutes les muqueusesTne sont pas douées au même degré de l'aptitude à concevoir et à développer l'action morbide spéciale qui constitue la blennorrhagie. Celles de Fœii et du canal de l'urèthre sont incomparablement les plus privilégiées à cet égard. Il ne faut jamais perdre d»* vue l'étrange affinité qui existe entre les affections de ces deux muqueuses; elle est surabondamment démontrée par l'observation dinique et par l'expérimentation. Avec le muco-pus ou le pus d'une t^onjoncliviie purulente, vous pourrez produire, quand vous le voudrez, et à coup sur, une blennorrhagie aiguë, si vous l'introduisez dans le canal de l'urèthre ; et réciproquement, vous n'aurez que trop souvent l'occasion de voir les ophthalmies purulentes les plus graves >e développer, par la contagion du muco-pus uréthral, dans le cours 'l'-s affections blennorrhagiques du canal.

Comment se fait-il que les processus inflammatoires de ces deux moqueuses. Iorsqu*ils atteignent une certaine intensité, donnent nais-

24 ÉnOLOOIK DES AFFECTIONS BLEKXORRHAGIQUES.

sance à dvs produits inoculables et contagieux ? Diffèrent-ils des processus qui se développent sur les autres muqueuses de l'économie? Existe-t-il, dans la structure intime de la conjonctive et du canal de Turèthre, des conditions particulières, des éléments spéciaux qu'on ne retrouve pas dans les autres?...

Messieurs, je voudrais pouvoir répondre à toutes ces questions et à beaucoup d'autres que fait naître l'étude approfondie de la maladie qui nous occupe. On s'imagine généralement qu'elle est très connue, que son histoire est fort simple et qu'on en a élucidé tous les points obscurs. Eh bien, vous verrez plus tard combien elle soulève de problèmes du plus haut intérêt, dont les recherches les plus persévérantes n'ont pu découvrir encore la solution.

Croyez-vous, par exemple, que tout le monde soit d'accord sur les conditions de son étiologie? Certes, ici, le champ est vaste pour l'observation. Il n'existe pas de maladie, sauf les maladies épid»*miques, qui se contracte par contagion sur une plus grande échelle. — Comment se fait-il qu'on ne soit pas encore fixé d'une façon précise sur les causes de la blennorrhagie ?

Lorsqu'un malade vient vous montrer un chancre simple ou un chancre syphilitique, vous avez la certitude absolue, d'abord que ces deux lésions ne sont pas nées spontanément, et puis qu'elles procèdent l'une et l'autre d'une affection semblable à elles-mêmes, c'est-à-dire d'un chancre simple et d'un chancre sy|)hilitique ou d'une des nombreuses lésions contagieuses de la vérole.

Mais, quand il s'agit de la blennorrhagie pourriez-vous affirmera coup sùr„ et avec la ferme conviction de ne vous tromper dans aucun cas, qu'elle procède fatalement d'une autre blennorrhagie? Pour quelques pathologistes, absolus dans leur manière de voir et partisans quand même de la spécificité blennorrhagique, la réponse n'est \m> douteuse et il la feront toujours affirmative.

Si on leur prouve que la fenune n'était pas malade, que ses organes génitaux n'étaient le siège d'aucune sécrétion morbide et qu'elle a été la cause fort innocente de l'affection urélhrale contractée avec elle, ils vous répondront qu'il ne s'agit point là d'une blennorrhagie vraie, d'une blennorrhagie virulente et contagieuse, mais d'une simple inflammation mécanique de la muqueuse du canal.

ÂTIOLOGIR DES AFFECTIONS BLENKORRHAGIQUES. 25

Vous voyez déjà combien Tétiologie se complique. Il y aurait donc >\iT la même muqueuse deux ordres d'inflammation : d'une part, des inflammations communes et non virulentes, et, d'autre part, des inflammations spécifiques virulentes et contagieuses. Et pourtant toutes les deux présenteraient souvent les mêmes symptômes, la même durée, la même terminaison et exigeraient le même traitement.

Sans doute il y a un grand fond de vérité dans cette manière d'interpréter les faits. Oui, dans la grande majorité des cas une blennorrbagie aiiruP et bien franche procède d'un catarrhe blennorrhagique contapeux, qui lui-même est venu d*une semblable source et ainsi de suite. Mais ce que je vous disais tout à l'heure au sujet de ces blennorrhagies contractées avec des femmes parfaitement saines n'en est pas moins eiact. J'en ai observé, pour ma part, quelques exemples parfaitement authentiques. J'ai mi aussi très fréquemment des écoulements aigus de Turêthre, ayant tous les caractères de la blennorrbagie la plus virulente, • ontractés avec des femmes qui n'avaient que des pertes blanches, et des irritations catarrhales au col dans lesquelles il était impossible de 'l'Vouvrir la moindre trace de spécificité blennorrhagique. Les sécrétion^^ qui précèdent et qui suivent le flux menstruel, le sang des règles lui aussi, lorsqu'ils sont mis en contact avec certaines muqueuses uréthrales douées d'une grande susceptibilité catarrhale, manquent rarement d'y faire naître un écoulement.

Je reconnais qu'il y a une différence très grande à beaucoup d'égards entre ces sortes de blennorrhagies et les vraies blennorrhagies inflammatoires, à sécrétion purulente d'une grande abondance. Mais il n'en ^^t pas moins vrai qu'en fait d'uréthrites , de catarrhes vaginaux, vuWaires, ou utérins, nous nous trouvons fréquemment dans l'impossibilité de pouvoir dire où conunence la virulence et où elle finit.

Les blennorrhagies spontanées sont rares, mais enfin il y en existe. Une, entre autres, observée par un médecin sur lui-même, et survenue a la suite d'une excitation génésique vive et prolongée, et en dehors de \'j\ii congrès sexuel, n'en fut pas moins des plus violentes et dura quarante jours.

Au moyen d'une injection irritante faite sur lui-même avec un mélange à parties égales d*eau et d'ammoniaque, Swdiaur réussit à se d'^oer une urétbrite des plus aiguës, qui présenta plusieurs recru- <i«:scences, gagna les parties profondes du canal et dura six semaines. Voilà bien certainement deux uréthrites dans la genèse desquelles il ti entrait pas un atome de pus blennorrhagique. Elles ressemblaient

26 ÉTIOLOGIE DES AFFECTIONS BLEKKORRHAOIQUES.

cependant, trait pour trait, dans leurs symptômes, dans leur processus, dans leur durée, à la blennorrhagie la plus légitime. Mais on vous dira : c'étaient des blennorrbagies bâtardes. Et savez-vous si elles n'étaient pas contagieuses et si on n'aurait pas pu les inoculer? Je n'aurais conseillé à personne de tenter l'aventure, et je serais curieux de savoir si les plus chauds partisans delà spécificité auraient eu assez de confiance dans leur prétendue conviction sur l'innocuité de pareilles uréthrites pour en laisser déposer le muco-pus sur leur muqueuse uréthrale ou sur leur conjonctive.

Ce n'est pas ici le lieu d'épuiser toutes les questions qui se rattachent à l'étiologie de la blennorrhagie. Je voudrais seulement vous en faire comprendre le sens général. Or un des points les plus controYersé>. c'est celui desavoir s'il y a continuité dans les transmissions, mais continuité ininterrompue, sans aucune intermittence, sans aucune défaillance du principe virulent, comme cela a lieu pour le chancre simple et pour la syphilis. Je ne le crois pas; et , tout en admettant que l'immense majorité des blennorrbagies procèdent d'un catarrhe suspect et contagieux, il me semble impossible aussi de ne pas reconnaître qu'il y en a d'autres qui se produisent sous l'infiuence des causes irrilaott^f^ communes, qu'on trouve à l'origine de toutes les inflammations vulgaires.

Et ce qui prouve bien que le principe virulent blennorrhagique peut ôlre le résultat d'une genèse spontanée, c'est quele pouvoir contagieux d'une même blennorrhagie est susceptible de subir des fluctuations qui le font varier dans de larges limites. Ainsi, dans le cours de certains écoulements interminables, vous verrez le flux catarrhal devenir à la longue inofl'ensif. Mais qu'une irritation accidentelle le ranime et le fasse sortir de sa torpeur momentanée, et il s'élèvera vite au degré voulu pour être plus ou moins contagieux.

Ainsi, d*unepart, possibihté d'uue génération spontanée de la virulence ; d'autre part, variabilité du coefficient de la contagion, tels nit^ paraissent être les deux faits les plus saillants et les plus curieux dans l'étiologie des affections blennorrhagiques.

Pour donner à cette doctrine plus de force et d'autorité je pourrais vous montrer que les choses ne se passent pas autrement dans les ophthalmies purulentes qui ont une parenté si grande avec la blenni^rrhagie. Mais qu'il me suffise aujourd'hui de vous faire sentir en (]uoi consiste ce que j'appelle Y élasticité spécifique de la blennorrhatrie, afin que vous puissiez la comparer à ce que présente de toujours al>solu

PROCESSUS ANiTOXIQTTE DE LÀ BLENNORKHAGIE. 27

^i de toujours identique à elle-même la spécificité si concentrée et si puissante des deux autres maladies vénériennes.

On a cru pendant longtemps que le muco-pus de la blennorrhagie |'r>^venait d'une lésion qui entamait, érodait ou ulcérait les tissus. Mais les autopsies d'individus morts en pleine blennorrhagie ont fait jusiice de celte erreur, en montrant que la muqueuse urélhrale, loin d «ire ulcérée était à peu près intacte, et ne présentait qu'une vasculari^ation hyperémique. C'est qu'en effet, tout le travail morbide, s'act emplit à la superficie de la membrane, dans son revêtement épithéliai. La formation des globules de pus a lieu par segmentation du noyau des cellules épithéliales. Or, comme les cellules épithéliales se reproduisent avec une grande rapidité, il en résulte que si active que soit la prolifération purulente, elle n'apporte que des modifications très >uperficie]les et presque imperceptibles à l'aspect général de la muqueuse.

il est important que vous connaissiez ce mécanisme de la pyogenèse î'ieanorrbagique. C'est en lui sans doute que nous trouverions le s'^orel de la virulence, si nous parvenions à l'approfondir et à l'étudier •comparativement dans tous ses modes. M. Van Roosbroeck, dont je vous exposerai plus tard. les belles recherches sur le muco-pus de blfnnophtbalmies, a constaté que le pus d'un abcès sous-conjonctival Qétait pas contagieux, alors que celui qui est sécrété à la surface de la muqueuse l'est au contraire au plus haut degré. Aussi a-t-il supposé quf la différence du pus contagieux et de celui qui ne Tétait pas tenait •simplement à la nature des éléments anatomiques aux dépens desquels il se formait.

Il en doit être ainsi dans la blennorrhagie. Tout son muco-pus est de

provenance épitbéliale. Il est rare que le processus morbide envahisse

1^ derme muqueux et y suscite une inflammation interstitielle dans

laquelle le pus résulterait d'une prolifération des éléments du tissu con-

j')Qclif. Mais une pareille complication survient quelquefois; et l'action

morbide, franchissant la muqueuse elle-même, se développe dans le tissu

'*:llulaire péri-uréthral et donne lieu à des abcès phlegmoneux. Le pus

dr ri^.s abcès n'est pas contagieux. La virulence s'éteint du moment

qoe la cellule du pus ne procède plus des cellules épithéliales.

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