PROCESSUS AKATOMIQUE DE LÀ BLENNORRHAGIE
M. Van Roosbroeck a été conduit par ses recherches à considérer le crypte des muqueuses oculaire et uréthrale comme le petit foyer dans lequel s'élabore toujours et exclusivement le pus contagieux. Aussi en est-il arrivé à nier la spécificité de la cause productrice des blennorrhagies et des blennophthalmies. Pour lui, toutes les fois que la conjonctive, par exemple, sécrète du pus, ce pus est contagieux, et possède le pouvoir de provoquer toujours une maladie identique à celle dont il est le produit; et il le possède, remarquez-le bien, quelle que soit la cause de cette sécrétion purulente. Qu'elle soit le résultat d'une ophthalmie purulente produite par inoculation, d'une ophthalmie miliaire aiguo ou chronique ou d'une ophthalmie purulente spontanée, peu importe : le résultat est invariablement le même.
Un savant médecin belge, M. Thiry, rattache, lui aussi, le principe contagieux à Torgane où s'effectue la sécrétion purulente. Mais, au lieu que ce soit un organe normal, comme le crypte muqueux, ce sérail un organe pathologique, la granulation. Selon lui, le principe contagieux du pus blennorrhagique procède si bien de cette cause organique qu*il l'appelle le virus granuleux. Une pareille doctrine ne peut pas être admise, car il est prouvé que les granulations qui sont ordinairement le produit d'un processus inflammatoire de longue durée ne se forment pas dans les premières périodes de la blennorrhagie, et pourtant le mucô-pus sécrété pendant cette phase de l'affecton est én)inemment contagieux.
D'après M. Rollet, dont je tiens en très haute estime toutes les opi- .nions sur les maladies vénériennes, le principe contagieux blennorrhagique dériverait peut-être d'un germe étranger à l'organisme qui viendrait se greffer et se développer sur le crypte muqueux ou sur la granulation, au lieu de s'y former do toutes pièces comme produit de sécrétion.
Ce qui me paraît le mieux prouvé, ce qui est même hors de doute, c'est que le principe contagieux, s'il n'est pas le produit exclusif de la pyogenèse épithéliale, ne fait du moins son apparition qu'en même temps qu'elle, et que son activité est en rapport direct avec celle de la prolifération purulente.
Mais quittons ces questions ardues et encore fort obscures pour nous occuper de la symptomatologie, du processus, des compliciitions et du traitement des affections blennorrhagiqucs.
PROCESSUS BYMPTOMATIQUE DE LA BLEKNOBRHAGIE. 29
Le catarrhe spécifique deTurëthre contracté avec une femme atteinte elle-même de blennorrhagie, ou même quelquefois, mais plus rarement, de flueurs blanches simples, débute à peu près toujours de la même ûi:oD. Le temps qui s'écoule entre l'action de la cause et l'apparition des •^vTDptômes initiaux, c'est-à-dire l'incubation, est ordinairement très oourt, de deux à trois jours. Les malades commencent à éprouver au méat et dans la fosse naviculaire un léger prurit qui s'accroît d'heure en heure et s'accompagne bientôt de rougeur et de tuméfaction des lèvres du méat. En même temps se montre un suintement muqueux et tilant. Bientôt la douleur se propage à tout le canal et revêt, surtout du moment de l'émission des urines, une extrême intensité. Les malades la comparent à celle que produirait le passage d'un fer rouge ou At lames tranchantes.
Au suintement du début succède alors l'écoulement d'un liquide mucof urulent, verdàtre, opaque, épais, de plus en plus abondant, qui t^che et empèse le linge. Les érections deviennent fréquentes et dou- I jureuses, surtout la nuit.
Quelquefois la verge se recourbe en formant un arc à concavité iDft^rieure, parce que l'inflammation s'est propagée au tissu cellulaire Kri-uréthral et que le canal de l'urèthre est devenu inextensible. C'est .d \ariété qu'on a désignée sous le nom de cbaudepisse cordée. Il peut même arriver que la miction ne soit plus seulement douloureuse, mais trë§ difBcile ou impossible, par le fait de l'épaississement inflammatoire des parois del'urèthre.
Cette période aiguë dure en moyenne trois ou quatre semaines ""t quelquefois beaucoup plus. Ensuite, les phénomènes douloureux «'amendent ; mais il reste pendant un temps variable, quelquefois fort I Qg, surtout chez les sujets faibles et lymphatiques, un écoulement jiuoàtre plus ou moins épais qui finit par devenir, comme au début, Muac, filant et séreux.
La blennorrhagie qui débute toujours par le méat urinaire et la f< >àe naviculaire a une tendance constante, dans son processus, à envahir le canal de l'urèthre et à s'étendre au moins sur toute sa porû 'D pénjenne jusqu'au collet du bulbe. Mais très souvent elle envahit l'^^fiarlies profondes, et c'est alors qu'elle acquiert un degré de gravité
f 1 elle n'avait pas jusqu'alors.
Vous n'en serez pas surpris si vous remarquez que la structure de
1 uréthre devient plus complexe à mesure qu'on approche de son exlré-
nuié vésicale. Derrière le bulbe se trouvent les glandes de Méry ; plus
;J0 PROCESrtL'â 3YMPT03CATI<^r:E DE LA BLE^TrORRHAGIB.
loin c'est la proîitate qui en^^Iobe Turètfare à son origine ; ce sont U-^ canaux déférenU qui viennent s'ouvrir sur les côtés du Térumôntanum et rattarh^*nt dirertement Tépididyine et le testicule à rnrèthre, par la continuité de leur enveloppe interne avec celle de la muqueuse urêihrale; enfin c'est le col de la ve^^sie, la poche vésicale, et par leur intemiérliaire, les uretères et les reins.
Tou8 i:es organes sont exposés à subir le contre-coup de ractionblen* norrhagique, du moment qu'elle a gagné les parties profondes du canal de Tiirethre et s'y est établie. De là proviennent les complication> locales de la blennorrhagie. qui ont pour siège les glandes annexe>. les testicules et la vessie, quelquefois, mais très rarement, les u^etè^e^ et les reins.
Il n'est pas douteux que la topographie et la connexité des tissu-i f>ccupent une large place dans l'étiologie de ces complications. Mai^ je crois qu'on serait dans Terreur si on réduisait cette étiologie à un»' simple propagation matérielle. Sans faire intervenir le transport méta^itasiqued'un principe insaisissable, que personne n'admet aujourd'hui, il est rationnel et surtout physiologique de mettre en ligne de compta. dan.4 les causes des complications, la solidarité fonctionnelle de> organes et des lissus simultanément ou successivement envahis.
N'oubliez pas non plus que les complications locales de la blennorrhagie ne sont point toujours accidentelles. Chez un assez grand nombre de malades vous verrez telle ou telle d'entre elles se reproduire >i invariablement à chaque attaque de l'afTection uréthrale, que vous sen/ obligés d'admettre l'influence mystérieuse d'une sorte de prédispo>i' tion originelle ou acquise. L'orchi-épididymite, par exemple, vous en offrira de fréquents exemples.
Parmi les déterminations de la blennorrhagie sur les glandes de Tappareil génital, l'orchi-épididymite est incomparablement la plus coiii^ mune. Nous en voyons chaque semaine à la consultation un nombre considérable, et il arrive des moments où nous sommes obligé d'm remplir une de nos salles. La théorie de la métastase avait beau jeu pour expliquer le transport de l'afTection uréthrale sur le testicule. Il existe, en effet, entre les deux affections une sorte de balancement qui fait que le catarrhe uréthral diminue dès que la glande testiculaire est prise, et puis, qu'il revient quand la fluxion se résout.
OOMPLICATIOKS BLENK0BRHAGIQUE8 DE VOISINAGE. 31
De plus, rintermédiaire organique entre le testicule et la glande, c ^.'ét-à-dire le canal déférent, reste souvent intact, quoiqu*il ait été parcouru par la matière morbigëne. Les choses, il est vrai, ne se passent pas toujours ainsi : le conduit excréteur du sperme peut être envahi iljiis une étendue plus ou moins considérable, soit avant, soit après la production de Torchi-épididymite, et constituer ce qu'on a désigné par \r nom de funiculite. J'ai observé des funiculites sans orchi-épididyniite, mais le fait est rare. J'ai vu aussi quelquefois le travail inflammatoire marcher du testicule par les vésicules séminales, au lieu de seffectuer dans le sens inverse, ce qui a lieu le plus communément. L'inflammation de la tunique vaginale, avec un peu d'épanchement, accom- [>aime très souvent Tinflanmiation blennorrhagique du testicule. Enfin le . ti.^su cellulaire des bourses est œdématié, le scrotum rouge et distendu, tt le processus inflammatoire des plus vifs dans toutes les parties oQstituantes de l'appareil sécréteur et excréteur du sperme. Toutefois Il'S vésicules séminales sont rarement malades. Si violente que soit li pblegmasie, elle n'aboutit presque jamais à la suppuration. Mais elle <<iuse souvent par action réflexe, d'atroces douleurs dont quelques-unes simulent la péritonite quand elles se réfléchissent sur les nerfs splanchui*jues.
Pendant le cours de la blennorrhagie il peut se développer sur toute la longueur du canal de l'urèthre, depuis le méat jusqu'au col de la vessie, des tumeurs inflammatoires qui ont toutes une grande tendance a se convertir en abcès. Les unes sont petites et circonscrites ; les lutres sont volumineuses et diffuses. Quels que soient leurs dimen- Mi»ns et leur siège primitif, elles obéissent toutes au même mode patho- ^>'ûique qui s'effectue constamment de la façon suivante :
1* Inflammation catarrbale ou purulente propagée du canal aux jiandules ou aux glandes du canal, depuis lesacini simples jusqu'aux .'landes conglomérées de Méry et jusqu'à la prostate;
2"" Compression et oblitération du canal excréteur de ces glandules jii de ces glandes, distension de l'organe sécréteur par l'abondance •1"^ produits morbides qui ne peuvent plus sortir, et propagation du travail inflammatoire jusqu'au stroma;
^r Processus de l'inflammation en dehors du strorna, phlegmon péri- ..iiidulaire; abcès consécutif s'ouvrant sur la peau. Tout se passe il Ifs. comme vous le voyez, en dehors de l'urèthre ;
i' Quelquefois altération de l'orifice glandulaire et ouverture de I iibcfci dans le canal de l'urèthre. Là, au contraire, le travail morbide