NÉCESSITÉ DB LA SIMPLIFIER
pendant longtemps une exubérance si encombrante, que nous devons nous efforcer d'élaguer et de simplifier. C'est ce que j'ai déjà tenté de faire dans mes premières leçons sur la pathologie générale des maladies vénériennes '. Je vous disais que la description des syphilides, tant de fois faite depuis le seizième siècle, laissait maintenant peu à désirer, qu'elle était même trop surchargée parce que, sans motifs cliniques sérieux, on avait multiplié les divisions et les subdivisions. Je vous ai proposé la classification suivante queje reproduis ici, sans vous exposer de nouveau les raisons qui la justifient.
la peau que Bazin regardait comme un véritable vitiligo spécifique. Plus tard, M. Hardy changea les bases de sa classiflcation des syphilides. Quittant le point de vue anatomtque et s*appuyant sur ce fait que la syphilis a une marche régulière et que ses manifestations varient selon ses périodes, il adopta pour classer les syphilides l'époque de ienr apparition et les rangea diaprés Tâge de la maladie en trois groupes qui sont : les syphilides précoces, les syphilides intermédiaires et les syphilides tardives. Bazin avait déjà insisté sur la nécessité de prendre en considération le processus général de la «yphilis et Tépoque d*apparition de ses accidents cutanés, pour en donner une classification plus compréhensive et plus médicale que la classiflcation exclusivement anatomiqne. Il refusa d'admettre, comme affections génériques, les formes squameuses et maculeuses, et en cela il eut raison. Mais il eut certainement tort de créer une catégorie spéciale pour les plaques syphilitiques ou éruptions discoïdes. Ces lésions, en effet, malgré leur grande spécificité morphologique, procèdent de la papule et ne sont qu*une de ses nombreuses métamorphoses. Il est vrai que c'est la plus importante et qu'on ne lobserve que dans la syphilis. Bazin nota aussi avec grand soin le caractère résolutif et alcéreux des syphilides, leur généralisation et leur circonscription, etc.
Voici dans son ensemble et dans ses détails cette classification : A. Plaques syphili- TiQDEs on ÉHUPTiONS DISCOÏDES (affectious propres) : a, Plaques nées de la transformation dr« chancres ; h, plaques génito-anales ; c, bucco-pharyngiennes ; d, faciales; e, de tom- Ulic, des aisselles, etc.; f, génito-anales, buccales, palmaires et plantaires; g, généralisées. - B. Syphilides a éruptions communes ou génériques : l** Forme commune de la iyphilis. l"* section, syphilides exanthématiques ou généralisées : a, exanthèmes purs; ^^hilide érythémateuse {roséole)^ papulo-tuberculeuse (lichen), pustuleuse^ vésictdeuse, b, exanthèmes modifiés par le mercure : annulaires, en groupes, en grappes, en corymbes, qalls soient érythémateux, papulo-tuberculeux, pustuleux ou vésiculeux. 2* section. fyykilides circonscrites résolutives : syphilides pustulo-crustacée, tuberculeuse, populorénculeuse. 3* section, syphilides circonscrites ulcéreuses : syphilides pustulo-ulcéreuse, tuiterculo-ulcéreuse, gommeuse (hydrosadénite syphilitique). 2" Forme maligne de la syphilis : syphilides puro-vésiculeuse, tuberculO'Ulcéreuse, tuberculo-ulcérante, gangre^ neusf. — C. Syphilides polymorphes : plaques et syphilide, plaques et syphilides multiples, plaques entremêlées de syphilides, plaques avec satellites {forme irisée de M. Ric(»€). — D. Affections développées sous la double influence de la syphilis et D'CME CAUSE EXTÉRIEURE : végétations, vitiligo, éphélides syphilitiques. — Cette classification, malgré les progrès qu'elle consacre en dermatologie syphilitique, est trop compliquée. En la simplifiant, on la rendrait tout à la fois plus claire et plus exacte. On attache aujourd'hui beaucoup moins d'importance qu'autrefois à toutes ces subtilités dermatologiques qui dégénéraient trop souvent en puérilités. La science, à cet égard, estdeTenue moins doctrinaire, j'allais dire moins byzantine; en revanche, elle est plus simple, plus pratique et plus vraie.
488 TYPES FONDAKENTAUX DES 8TPHILIDE8.
Toutes)les éruptions syphilitiques cutanées et muqueuses peavea être ramenées aux quatre types fondamentaux suivants :
1® Le type érythémateux ;
2"" Le type papuleux ;
3® Le type pustulo-ulcéreux ou ulcéro-crustacé ;
4® Le type tuberculo-gommeux.
Ces quatre types forment deux grands groupes. Le premier cm prend les types érythémateux et papuleux, le deuxième, les types («i tulo-ulcéreux et tuberculo-gommeux. Les syphilidesdu premier grotf qui sont les plus communes ont pour caractères principaux d'être \4 coces, superficielles, généralisées, diffuses et résolutives. Elles o^ pent une place chronologique fixe, c'est-à-dire qu'elles surviei après la lésion initiale, se reproduisent par poussées successives. \i disparaissent pour toujoursauboutdetrois ou quatre ans.Quelqu< de leurs variétés, les papuleuses érosives ou ulcéreuses, sont les tardives; elles possèdent certaines propriétés du second groupe et i vent comme de transition entre lui et le premier, entre les acck secondaires et les tertiaires. — Les syphilides du deuxième groupai pour caractères principaux d'être tardives, c'est-à-dire de ne se trer en général que trois ou quatre ans après le chancre ou beau: plus tard; d*être profondes, c'est-à-dire d'intéresser une partie consié rable ou la totalité du derme cutané et muqueux; de ne point disparti sans laisser de cicatrice, par conséquent d'être destructives; enéct ne se montrer, sauf dans les formes précoces et malignes, que fi cessivement, sur des points circonscrits du tégument. C'est dav • dermatopathies qu'on observe toutes les variétés et tous les degr^^t phagédénisme syphilitique et qu'on trouve cet état d'immineno* ai bide insidieuse, illimitée, indéfinie, qui appartient à toutes lesl^ de l'ordre tertiaire.
Entre ces deux groupes de syphilides, il faut placer les formes ^ culeuses et huileuses. Je n'en fais point un type distinct parce quïf fort rare de les trouver à l'état de pureté. La vésicule et la bal> t sont en effet, la plupart du temps, qu'un élément surajouté à la k«i génératrice, papule ou pustule, par conséquent accessoire et touj4 éphémère. D'ailleurs, ces formes sont exceptionnelles et il y j » avantage à annexer les vésiculeuses au groupe érythémato-pap^ les huileuses au groupe ulcéro-gommeux.
Tout en restant le même dans ce qu'il a de fondamental, IVi^r^ générateur de chaque type présente fréquemment des varie»-' t formes, de groupement, de processus et de terminaison qui penu'^^
CAUSES DES VARIÉTÉS QUE PBÉSENTElTr LES SYPHILIDBS. 489
de créer des subdivisions. Là aussi on les a multipliées sans nécessité. 11 faut en être sobre et n'admettre que celles qui reposent sur des différences tranchées et durables. Le type papuleux qui embrasse une si grande étendue de la dermatopathie syphilitique se prête mieux que les autres à ces subdivisions et vous verrez que là elles sont indispensables. Pour ne vous en donner qu'une preuve, remarquez quelles modifications subit la papule sur les muqueuses et sur les parties fines et humides de la peau, pour devenir la plaque muqueuse qui est après le chancre la lésion la plus spécifique de la syphilis, et qui caractérise toute sa phase Tirulente. Outre cette cause intrinsèque de diversité pour les syphilides , il y en a d'autres qui expliquent pourquoi la physionomie de ces éruptions est si multiple malgré la permanence des mêmes éléments générateurs. Parmi ces causes, une des plus communes c'est la combinaison de deux types différents, tels que le papuleux, par exemple, et Térythémateux ; une autre, c'est leur juxtaposition, leur simultanéité; une troisième, c'est leur fusion. Ai-je besoin d'entrer à ce sujet dans de grands développements? Le nom même que je donne à ces causes n'explique-t-il pas leur mode d'action et les conséquences qui en peuvent résulter? Il ne faut pas, du reste, enfermer toutes ces Tariétés dans le cadre étroit d'une classification systématique. Les nuances si nombreuses, les transitions d'une forme à une autre, les particularités infinies de la morphologie dermatopathique perdent plus qu'elles ne gagnent à être exprimées par les traits rigides d'une nomenclature invariable. J^ii toujours trouvé dans ces vieux procédés dogmatiques une telle sécheresse et une si ennuyeuse monotonie que je veux vous en éviter les inconvénients. Je m'en tiens donc à ce que je viens de vous dire sur les divisions et subdivisions des syphilides, me réservant d'y revenir et do le compléter dans les descriptions particulières.
Co!isi»iiATiO!«s «ÉJciiàLis 8U1 LIS 8TPBILIDIS. — Etioioçiê : U spontanéité de l'action diathésiqae niffit pour produire les syphilides dans un ordre et sous une forme déterminés par l'Age de ta maladie constitutionneUe. L'influence des causes occasionnelles est très restreinte. — Causes inhérentes à l'organisme : Age, sexe, constitution et tempérament , évolution physiologique, etc. • Ganses étrangères à l'organisme : substances exerçant une action toxique et irritante sur les
-tegtaments: crustacés, balsamiques, alcool, sulAireux, etc. —Climats. — Ganses provenant de maladies aigufis ou chroniques autres que la syphilis. — Incompatibilité de l'action syphilitique avec les pyrexies et les inflammations accompagnées de fièvre générale. — Causes irritantes et traoïnatiques locales : leur influence incontestable.
Sfmptomatohgie. — En quoi consiste la spécificité des syphilides. — Caractères généraux des «Jphilides : lo dimorphie; 2o polymorphie; 3o coloration et pigmentation; 4o configuration;
490 CAUSES nmÉRENTES À L*OSaAKISlCS.
5o symétrie ; 60 topographie ; 7» caractères des squames et des croûtes STpbilxtiqQef : M - ««i
tion ; 90 absence de doaleur, de démangeaison et de fièvre. Processus. — Chronicité, aphlegroasie, longue durée des syphilodermies. Processas propre 4 .u <
élément générateur : tache érythémateuse, papule* ulcération d*emblee, tubercule et prn^jir» Anatomie pathologique, — Absence de spécificité dans la constitution histologique ëe« iei>.»:ii -y^
litiques. Hyperhémie et infiltration de cellules embryonnaires. Coïneidenee» patholoffiçuêt : accidentelles, constitulionoelles. Diagnottie, promoêtie et traitement,
Vous venez de voir quelles sont les principales déterminatioDs dd syphilis sur la peau et sur les muqueuses, comment elles se grou}^ et à quelle date de l'évolution diathésique elles se produisent. dions maintenant, dans ce qu'elles ont de plus général, les questiC qui se rapportent à Tétiologie, aux symptômes, au processus, à W tomie pathologique, au diagnostic, au pronostic et autraitemeLti ces manifestations.
Étiologie. — A proprement parler, la cause des syphilides 4 unique, et cette cause consiste dans l'envahissement de réconomi*rf| le virus syphilitique. On a fait depuis longtemps justice de Terreorf les rattachait aussi soit au chancre simple, soit à la blennorrfaid Toute éruption de cette nature a pour antécédent obligé la Dropl4 primitive chancreuse ou l'infection héréditaire. Mais, au-dessocsl cette condition étiologique primordiale et essentielle, il eiiste I causes de second ordre inhérentes à l'organisme ou indépend&Dte»4 lui, et un grand nombre de circonstances accidentelles, locaW< générales, qui favorisent l'apparition des dermatopalbies sp^M ih^ qui les aggravent, les multiplient, les font dévier de leur êvdM normale et troublent, en l'éveillant ou en l'excitant, la spontaii' l'action diathésique dans ses rapports avec la peau et les muqo^i
— Vâge des malades n'a pas d'influence décisive sur le déve't| ment des syphilides. Cependant vous verrez que certaines f éruptives, telles que les plaques muqueuses, sont plus commuDr>( les enfants, tandis que les éruptions pustuleuses et surtout pba^ niques s'observent plus fréquemment dans l'Age mûr et chez le lards. — Le sexe ne possède aussi qu'une influence très n^stn-i peut-être les femmes sont-elles, comme les enfants, plus sujec^ plaques muqueuses que les hommes; elles ne sont pas épargn^^r plus par les formes profondes et graves des dermatopathies spêcif «;(
— La constitution et le tempérament jouent un rôle plus imp'r' il ne faudrait cependant pas l'exagérer. Le lymphatisme, U (i* organique, la faiblesse de la résistance vitale, l'inertie de U p cité, etc., sont sans doute des causes puissantes d'aggravat