LEUR FRÉQUENCE DANS LES GL0SS0PATHIE8 SYPHILITIQUES
Au DÎTeau de ces tonsures, le tissu dermo-papillaire ne parait pas altéré, mais il n'en est pas moins le siège d*une tuméfaction inflammatoire, d'un véritable épaississement du chorion, produit là comme dans toutes les plaques que nous avons étudiées précédemment par une infiltration embryonnaire et des papilles et de leur couche sous-jacente. C'est sans doute aux troubles de la circulation papillaire qui résultent d'un pareil état, qu'il faut attribuer Tinsuffisance de nutrition du chevelu épithélial et sa caducité. Au-dessous des points desquames, il y a donc un mince disqfie d'hyperplasie. Il peut être très petit ou large ; on en voit de deux centimètres de diamètre et plus. Quand ils sont confluents et se pénètrent, ils sont limités par des contours polyrycliques. Leur couleur est d'un rouge foncé, mais quelquefois aussi pâle et blanchâtre. Ils ne sont jamais érosifs. Les couches du corps muqueux qui les recouvrent et ne font jamais défaut à leur surface, peuvent s'amincir ou s'épaissir, c'est ce qui explique leur différence décoloration '.
{.-tite lâche opaline. De conflguration régulièrement ovalaire, ils avaient leur grand diamètre dirigé d'avant en arrière. — Quelquefois les larges disques de desquamation o>uvrent, en se réunissant, toute la surface de l'organe et ne laissent çà et là que quelques petits Uots de touffes épithéliales. — La langue est alors aussi complètement desqaamée que dans la scarlatine.
I. La syphilis desquamative de la langue existe aussi chez les enfants. Signalée dès 1854, par un médecin allemand Santler de Hadamar, elle a été décrite pour la première fois, en l^ri, par M. Bridou dans sa thèse inaugurale sur une affection innomée de la maqueuse Imguale, Guhler et M. Barthez la regardaient comme parasitaire. M. Parrot a rattaché i la syphilis héréditaire cette glossopathie dont la nature avait été complètement méc »nnue. — Voici la description qu'il en a donnée :
" A la pointe de la langue ou sur les bords, on voit apparaître une tache d'un demimillimètre à un millimètre de diamètre; blanche, arrondie, au niveau de laquelle l'épith^^lium est plus épais et plus blanc qu'à l'état normal. Puis, très rapidement, en 24 ou ^ heures, à la place de ce disque laiteux, se montre *un anneau blanc circonscrivant ane surface rouge, qui est le centre de la tache dont l'épithélium est tombé et où Ton \oit les papilles. A partir de ce moment, l'affection s'étend avec une rapidité surprenante, soit vers la région postérieure, soit vers le centre de la langue. Les cercles se u-anforment bientôt en croissants ou en lignes courbes irrégulières, dont l'ouverture ou la concavité est presque invariablement antérieure. Cette modiAcation dans la forme du mal est due tantôt à son développement au voisinage des bords qui arrêtent sa marche excentrique et rompent les zones épithéliales, car la face inférieure n'est que très rarement envahie ; tantôt à la rencontre de plusieurs cercles et à leur inoscufation. Dans ce dernier cas, les surfaces récemment desquamées sont limitées par de véritables festons.
« Chaque circonscription malade présente quelques particularités qui méritent d'être >i^alées. Tout à fait à la périphérie et la bordant, au moins dans une partie de son étendue, on voit une zone d'un blanc mat, qui tranche nettement, par sa couleur et sa ^llie, sur la portion de l'organe qui n'a pas encore été envahie; mais bien plus encore !^ar celle qui vient de l'être. Cette zone peut avoir de un à deux millimètres de large et an relief d'un demi-millimètre au moins, quand on l'examine du côté de la surface
636 NATURE ET CABAOTèBES DES DISQUES DE DESQUA1IAT105.
Cette lésion si caractéristique se reproduit et dure quelquefois ï^ longtemps. Je Tai vue persister jusqu'au delà de la troisième <iiii et survivre à toutes les autres manifestations de la période secondi^ Quand il en est ainsi, il est à craindre qu'une autre affectioû o spécifique envahisse l'organe. C'est ainsi, en effet, que débuts <a vent le psoriasis lingual non spécifique. Sur ces plaques d^ de^n mation qui se prolongent indéfiniment et deviennent irrégulière) ii leur contour, il se fait à la longue une sécrétion épidermique i^ blanc d'argent, sous forme de taches, de stries, de bandes, de f^ tumeurs cornées, etc. En même temps le mamelonnemeot de ii gane s'accuse: son derme se durcit, ses bords se festooneL*. s'ulcère, devient papillomateux, etc. ; le psoriasis est constitut II cette période intermédiaire de la transformation il est bien «iifE
desquamée. Celle-ci ifest pas identique dans tous ses points. Tout près de U : théliale, c*est-à-dire là où elle est la plus récente, elle est très lisse et d'un r .. Plus en dehors et en avant, cette apparence, bien qu'elle soit encore tr^^ i 1 s*atténue, et les parties primitivement atteintes reprennent peu à peu leur phv^ il primitive. I
tt Quelles que soient la rapidité et l'activité de raffection, il est bien rare o; 4 face tout entière de la langue soit desquamée par une de ces atteintes partit»! i'^ *| toujours il reste, en arrière et au centre, quelques points qui ne sont pas tvj r souvent aussi, avant que Tune d'elles ait terminé sa marche, une autre ?« hit prend la même direction qu'elle, et de la sorte il m'est arrivé, comme à M. B* < voir en même temps trois séries de zones desquamatives s'étendre pro^e<^ '«-' ^ la pointe vers la région postérieure de l'organe, comparables à ces ooduU' ■ •! sives qui rident concentriquement une surface liquide, quand des chocs n^pt-t^^ i ' | l'un de ses points.
« La durée de l'affection, considérée dans son ensemble ou dans chi .. - i atteintes, est difficile à déterminer; ces dernières dépassent rarement cin i - > Elle peut sommeiller durant quelques mois, peut-être même plusieurs an. - ^ montrer de nouveau pendant une nouvelle période d'activité et sous des iriî!<i jusqu'ici, il m'a été impossible de découvrir. » [Progrès médirai, 1881, p. 1^^
L'étude histologique de la glossopathie desquamative chez les enfant» • ' i syphilis héréditaire, a été faite sur des coupes par MM. Parrot et H. Martin, h • \ les résultats suivants :
Au niveau des points malades, tuméfaction et épaississement de IVpitb»>i r -^ mentation de volume des cellules de la couche cornée, ainsi que de ceUt*^ ■:- i Malpighi qui sont en outre le siège d'une prolifération plus active. — Danf i' « ; I dans les portions sous-jacentes du derme, autour des vaisseaux, p-and d >r. t •^ puscules lymphoïdes, disséminés ou en groupes plus ou moins compact^, c^ ; . i bien que le derme est le siège principal et primitif de l'afTection.
Il sera toujours facile de distinguer cette affection de celles, égaUMiient •I-'-^^l-tJ qui produisent sur la langue la scarlatine, le muguet et les aphtes. — E > '^' t quente de 6 mois à 3 ans que de 3 ans à 6 ans, parce que la syphi'** ' I est surtout active durant les trois premières années de la vie. — M. Parr : -j pas qu'elle soit contagieuse parce qu'elle ne s'accompagne ni d'êro?ii>D ni o-* - '| et que la plupart des sujets qui en sont atteints ont passé l'âge où la nu i ' H municable.
GLOSSOPATHIES PS0BIA8IF0RMES. 637
et même impossible d'établir la part qui revient à la syphilis ou aux causes morbigèoes qui lui sont étrangères et qu'elle n'a fait que mettre en jeu. En général, dans la syphilis, le mamelonnement, l'état capitonné de la langue , l'épaississement et la résistance du derme liogual ne sont pas aussi prononcés que dans le psoriasis. Mais, comme je vous le disais plus haut, les attaques répétées de glossopathie secondaire finissent par entraîner une sclérose diffuse du dos et des bords de la langue, qui ne diffère point sensiblement de celle du psoriasis, ni des lésions de la phase tertiaire. Ce sont toutes ces circonstances qui rendent parfois si difficile le diagnostic des glossopathies vers la 3', la 4® ou la 5* année de la syphilis et plus lard.
Il y a une remarque générale à faire au sujet du psoriasis lingual non syphilitique. Les lésions qui le caractérisent ne franchissent pas en arrière la base de la langue ; elles ne se répandent point sur la muqueuse des piliers, des amygdales, du voile du palais. Dans les glossopathies spécifiques au contraire, surtout pendant la période secondaire, on trouve presque constamment sur l'isthme la même éruption papuleuse que sur la langue. Cette coïncidence, sans compter les autres, est décisive dans la question du diagnostic. Si on n interrogeait pas les antécédents, si on ne tenait pas compte de la dorée du psoriasis non syphilitique qui est toujours très longue et presque indéfinie, de son innocuité au point de vue de la contagion, etc., en un mot de toutes les circonstances actuelles ou antérieures, principales ou accessoires de l'affection bucco-linguale, dans bien des cas il ne serait pas possible, d'après la seule inspection des parties atteintes, de diagnostiquer sa nature.
Les squames du psoriasis bucco - lingual non spécifique sont disposées sous forme de nappes, de bandelettes, de stries, de plaques, etc. Contrairement à ce qui arrive quelquefois dans les plaques opalines syphilitiques, elles n'affectent aucune configuration spéciale. Ces squames peuvent devenir véritablement cornées et se détacher sous forme de folioles blanchâtres, à contours minces, unis ou dentelés. La nappe qu'elles forment arrive parfois à recouvrir les parties sous-jacentes d'une carapace inégale, blanche, nacrée, dont la surface supérieure est rugueuse et parsemée de mamelons plus ou moins \olumineux. Ce fait ne se produit point dans la syphilis. Même condensation squameuse sur la commissure des lèvres, sur les lèvres et les joues, mais moins fréquemment que sur la langue. — La teinte que présente l'épithélium induré n'est pas opaline , mais plutôt d'un
638 DIAGNOSTIC DES GL0S80PATHIES SB(X)NDAIBE8
blanc cru, éclatant, comme celui du lait ou du chlorure d'argent. L^t blancheur lactée de Tépithélium est tellement remarquable qu elle parait constituer Tun des caractères les plus frappants, les \ pathognomoniques de certains psoriasis herpétiques, artbritiqQe^ pathogénétiques.
Les érosions plus ou moins arrondies qu'on observe assez >/?€ dans le psoriasis bucco-lingual pourraient en imposer facilemeni>t des plaques muqueuses; mais, outre qu'elles coexistent a^ squames lactées, leur surface ne se recouvre pas habitue!! ::• de productions couenneuses diphthéritiques si communes da; sypbiiides muqueuses de la bouche et de la langue. ^ Les tr spécifiques affectent une forme circulaire plus régulière; ell*^^ quelquefois irisées et à zones concentriques de nuances r variées, plus sombres en général à leur centre, où elles paraiiyi: sont parfois ecchymotiques. On sent qu'il y a là une lésion qui f< un tout à elle seule ; c'est un véritable foyer morbide auquel ri.: manque, pas même la virulence. Il ne s'agit plus, en effet, c dans le psoriasis commun de la mise à nu fortuite, accideotrv pour ainsi dire traumatique du derme, par suite de la chute tanée ou de l'arrachement d'un épithélium malade. Notez au.v! dans le psoriasis commun l'état congestif de la muqueuse ï linguale est plus prononcé que dans les sypbiiides, que les vem capillaires veineux deviennent variqueux, que les glandes inui^s'hypertrophient, que la végétation des papilles s'élève quel jusqu'à la formation de papillomes, que l'état capitonné, maii>^ est plus accusé et surtout plus permanent, que la sclérose ^ parcheminée, etc., etc. Je reviendrai sur ces questions de diait. différentiel au sujet des glossopathies tertiaires. Je les ai huci traitées dans mon ouvrage sur le Psorietsis de la langue et 4 muqueuse buccale\ Je terminerai en vous faisant remarquer ;i retentissement ganglionnaire étant nul dans les deux affei'i 'S peut nous venir en aide que dans les cas graves où le y^^ commun se transforme en épithélioma.
Dans toutes les glossopathies, même dans les plus supertio^ faut explorer la langue avec la palpation sur tous ses {>0!n' juger de sa souplesse ou de sa dureté, de son homogénéité v. présence de tumeurs dans ses parties profondes et au^ess u^-' muqueuse ) etc« Vous y sentireE quelquefois de petites m**!*^
\, Adrien Delahaye, libraire-éditeur. Paris, 1875.
BT DU PSORIASIS UNOUAL NOK SYPHILITIQUE. 639
même pendant la période secondaire ; ce ne sont pas toujours des gommes. Cependant j'ai vu ces dernières lésions survenir dans la langue à une époque très rapprochée de l'accident primitif, se ramollir, suppurer et se convertir en ulcérations profondes et anfractueuses, etc.
Les glossopatbies secondaires présentent de nombreux degrés. 11 y en a beaucoup qui sont insignifiantes ; mais il faut se défier de celles qui se répètent fréquemment, qui deviennent envahissantes en surface et en profondeur, qui dépassent le terme habituel de la période virulente, qui se reproduisent sans cause occasionnelle évidente au bout de 3 ou 4 ans, en dehors de toute autre manifestation constitutionnelle. Od doit craindre alors ou bien un psoriasis chronique et interminable oabien une glossopathie tuberculo-gommeuse.
Ed recherchant dans les syphilides pharyngo -buccales qui surviennent pendant les 2 ou 3 premières années de la syphilis, les caractères qui leur sont communs, nous en trouvons sur lesquels il est important d'insister : l"" toutes donnent lieu à des lésions éminemment contagieuses; aussi sont-elles, quoique bénignes pour le porteur, pleines de dangers pour ceux qui l'entourent ; 2"* elles présentent Que aptitude à récidiver qui ne s'épuise que très tard et qui survit à beaucoup d'autres manifestations; c'est ce qui fait qu'elles semblent un peu en dehors du mouvement diàthésique général et que le traitement spécifique interne a peu de prise sur elles ; 3* elles forment de petits foyers d'opalinité, d'érosions, d'ulcérations, d'hypertrophie, etc., arrondis ou annulaires et qui, dans leur juxtaposition quand ils ne restent pas isolés, affectent toujours la forme circinée; 4"" leurs symptômes et leur processus sont chroniques. Indolentes la plupart du temps, elles ne provoquent de la gène, de la douleur, des souffrances >iYes, des troubles fonctionnels sérieux que lorsqu'elles se compliquent de phénomènes inflammatoires, soit spontanés, soit le plus ordinairement provoqués pas des causes accessoires d'irritation.
Stphilidxs muqueuses des narines. -— Le peu d'affinité des syphilides muqueuses pour certaines régions se montre ici avec la dernière évidence. Ainsi la muqueuse des fosses nasales n'est Jamais envahie par elles, tandis qu'elle est un foyer des plus actifs pour les lésions tertiaires. Les plaques muqueuses, quand elles attaquent le nez, restent confinées dans une zone très étroite aux deux orifices antérieurs des narines. Elles sont plutôt cutanées que muqueuses. Quoiqu'elles ne remontent jamais bien haut, elles sont difficiles à découvrir parce
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qu'elles sont recouvertes de croûtes et de mucus nasal dessKU Mais le malade s'aperçoit bien de leur présence, attendu queUe^^i souvent fort douloureuses, soit spontanément, soit par la pre ou le contact. Allongées d'avant en arrière, sur la cloisoa et i face interne des ailes du nez, elles s'érodent, s'ulcèrent et ie^m fissuraires de très bonne heure. Leur durée est longue. Ell'^^c rissent très bien par un traitement local et ne causent aucune ;i de substance.
SyPHILIDBS muqueuses OCULO-PALPéBRALES BT AUBICUUIH
Sous quelque forme que ce soit, elles sont extrêmement rares. P^î^ les éruptions érytbémateuses qui respectent habituellement la faiv.il se produit point de conjonctivite ayant un caractère roséolique.Pi'^t on trouve quelquefois des plaques muqueuses sur le bord librpaupières, ad niveau des commissures palpébrales et même «a; caroncule. Elles sont presque toujours érosives et s'accomp&ci de la chute des cils. Quelquefois même elles deviennent uli trri et j'en ai vu sur lesquelles j'avais porté d'abord un pronostic 1»^ ronger insensiblement le bord libre, l'échancrer et produire ud de substance définitive. Au niveau du grand angle de Itvil peuvent, quand il en est ainsi, rétrécir, obstruer et dévier K- p lacrymaux. Les plaques muqueuses palpébrales envahissent q. fois toute la face interne des paupières et provoquent autour : par leur confluence, une inflammation conjonctivale plus ou a intense avec sécrétion purulente et gonflement. Comme to:i productions semblables, elles sont sujettes à devenir lard diphthéroïdes. L'appareil symptomatique qui les accompagri pourrait faire craindre une ophthalmie blennorrhagique si découvrait aisément la cause en inspectant les voiles palpébn*: Les déterminations syphilitiques les plus intéressantes s^l: qui s'effectuent sur la conjonctive oculaire. Elles ont été tr ^ décrites dans un excellent travail de M. Savy (Claude) '. Il en r< j un cas remarquable. La malade avait une syphilide lenUculaire r^l les paupières étaient rouges , l'espace intersourcilier couvert 6 éléments cuivrés. Des papules s'avançaient jusque sous le^ pau; Sur la conjonctive de l'œil droit, en haut, à 3 millimètres au-d»^ limbe cornéen, se voyait un bouton plat, d'un rouge caractt^ri>i absolument circulaire et de 1 centimètre et demi de diamètre. Il
1. Contribution à C étude des éruptions de la cor^onctîve, 1876. Thèse c ur Ist Faculté de médecine.
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