‹ Lecons sur les maladies vénériennesChapitre 30 sur 441 · SYPHILIS PRIMITIVE OU LOCALISÉE · texte numérisé non relu

SYPHILIS PRIMITIVE OU LOCALISÉE

Syphilis primitive ou localisée : Chancre syphilUiqutf induré^ infectant ou Kclêrose ûuliale. —7»k\" syphilis, après la naissance, débute par ce chancre. Hauf celle qui f.st communiquée; à la mère {ar l-^ fictus. — Il manque dans la syphilis héréditaire. Il est toujours précède d'une incubation «t «^ développe sur le point même de la contamination. — Multiplicité fréquent4> des chancres infectant^ , simultanéité de leur apparition. — La lésion initiale de la syphilis est une néoplasie qui sVr'tl" et non une ulcération. — Induration scléreuse circonscrite. — Polymorphisme du chaorsyphilitique.

Hyperplasie det ganglions lymphatiques du district cutané ou muqueux sur lequel s'est devKlopp" '<■ chancre. — Ce n'est pas. un phénomène fortuit, mais un symptôme constant. — I^s Umy: adénopathies sclereuscs régionales font partie intégrante du processus dans la syphilis prinul.\''. — Leur indolence et leur aphlegraasic.

ÉtudioDSy pour nous en rendre compte, les diverses phases de son évolution.

Les débuts de la syphilis sont bien modestes. On ne s'imaginerait jamais que sa lésion initiale va devenir le point de départ de désordre^ aussi grands, de déterminations morbides aussi multiples. Et ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'elle est obligée de commencer par là; d» telle sorte, qu'on voit souvent les véroles les plus redoutables, cell* ^ qui envahissent les viscères de premier ordre, comme le cerveau, I»' foie, les reins, etc., qui entraînent des infirmités incurables ou la mort, nattre d'une papule, d'un mince disque induré, indolent, qui s'érod<.'. suinte, puis se cicatrise et disparaît quelquefois inaperçu des malades ignoré des médecins et sans laisser aucune trace de son existence'. Quelquefois, il est vrai, cette lésion initiale est beaucoup plus sérieuse, mais, en général, sa gravité est un fait exceptionnel.

C'est elle qu'on désigne sous le nom de chancre syphilitique, infectant, induré, accident primitif. Vous m'entendrez souvent l'appehT néoplasie primitive, sclérose initiale et vous verrez tout à l'heure pourquoi.

S'il est une maladie dans laquelle on ait abusé du mot loi» c'est certainement la syphilis. Combien de ces lois prétendues immuables dont on n'a même pas gardé le souvenir? Mais il en existe quelques-unes qu'on peut renforcer de toutes les épithètes les plus énergiques, sans craindre d'en exagérer la portée et la signification. De ce nombre esi le fait suivant qui se reproduit d'une façon invariable et qu'on doii regarder comme absolu. Le voici.

Toute syphilis contractée après la naissance débute par un chancre A cette loi il n'y a qu'une seule exception et encore est-elle contestt*e

CARACTÈRES ET PROCEtôUS DU OHaN'CUK SVPHlLlTlQUiii. 47

une femme saine avant la conception, mais qui porte dans son sein un tufant syphilitique, peut être intoxiquée par l'échange continuel du s.iQg qui se fait entre elle et lui. En pareil cas la syphilis se passe de ><'Ueiorde obligé, le chancre; elle envahit d'emblée l'organisme.

Outre la syphilis contractée après la naissance, il y a la syphilis qui i.dit pendant la vie intra-utérine. Ëh bien, celle-là non plus n'a pas h^soinde l'accident primitif. On n*a jamais trouvé de chancre sur les enrauts atteints de syphilis héréditaire.

Aiuâi les sj-philis qui ont pour berceau la cavité utérine et pour mode <le contagion l'incessante infusion d'un organisme dans un autre, du ^aog souillé par le virus syphilitique, ces syphilis-là sont les seules qui ne procèdent pas du chancre.

Vous vous rappelez que dans la blennorrhagie et le chancre mou, rap[tlicatioo du virus sur les tissus est presque immédiatement suivie >. travail morbide spécial qui aboutit vite à la formation d'un catarrhe ♦•l à celle d'une chancrelle.

Il n'en est pas ainsi pour le chancre syphiUtique. Entre le moment '1*. la contamination et celui où apparaît la lésion qui en est la conséquence, il s'écoule toujours un interralle de temps considérable, de trt^ale jours en moyenne, pendant lequell'investigation la plus minuti' u^e ne peut découvrir aucune trace de lésion sur le point contapi )(iné. C'est ce qu'on appelle l'incubation.

Elle manque, ou à peu près, dans les deux premières maladies vénén^'ones. Elle existe, au contraire, constamment dans la troisième. Voilà *Q<*ore un fait si invariable, qu'on peut aussi lui donner le nom de '•i.

Enfin, pour en finir avec les circonstances qui président à Tapparilion du chancre, sachez qu'il ne se montre jamais que sur le point même 0 : i été déposé le virus. Si étrange que soit le siège de certains chancres, s Acz bien convaincus, que s'ils se sont implantés là, c^est que, d'une fi-uu ou d'une autre, le virus syphilitique y a pénétré.

Le chancre syphilitique n'est point toujours solitaire comme on l'a dit: il vous arrivera fréquemment d'en constater plusieurs sur le même udividu et dans des régions différentes. J'en ai vu jusqu'à quatorze . r^éminés chez le même malade, les uns sur les lèvres, d'autres sur le ij^n.on, un sur le ventre et d'autres sur les organes génitaux. Eh bien, >- liVtaient point le fait d'une éruption généralisée. Non, ils s'étaient r iuits sur tous ces points parce que du virus y avait été déposé et s'y ^■u'.inoculé.

48 SCLEROSE ET NEOPLASIE PRIMITIVES.

J'ajoute qu'ils avaient tous fait leur apparition, à peu de chose près, en môme temps. C'est encore là un des caractères de laccidentprimitif. Comme il confère rapidement à l'organisme l'immunité syphilitique H qu*il est, par conséquent, irréinoculable au malade lui-même, il en résulte qu'un individu, s'exposàt-il tous les jours àla contagion, n'aura que des chancres qui apparaîtront en même temps, à supposer qu'il en ait plusieurs. Opposez ce caractère aux contagions, aux inoculatioDs successives, infinies, à tous les moments, partout et à tous les intervalles de temps, du chancre mou, et voyez quelle différence, encore, entre ces deux espèces morbides qu'on a si longtemps confondues !

Mais il y en a bien d'autres. Et, par exemple, messieurs, vous vous feriez la plus fausse idée du chancre syphilitique, si vous le considériez exclusivement comme une ulcération. 11 est tout l'opposé. Dès son début, et, plus tard, pendant tout son décours, il est, au contraire, constitué par une tumeur. Sur le point de la peau et de la muqueuse où il évolue, loin qu'il y ait perte de substance, il se produit une accumulation de nouveaux éléments. Ils infiltrent les tissus, et, au total, la quantité de matière organique y est plus considérable qu'auparavant. Donc, on a raison de dire que le chancre syphilitique est une Déoplasi* primitive, et en le quaUfiant ainsi on se sert d'une dénomination plus correcte et plus anatomiquement exacte que le mot chancre, puisque ce dernier implique l'idée d'une destruction qui n'existe ici qu'à ud faible degré et qui est toujours postérieure et subordonnée au travail hyperplasique.

Est-ce à dire qu^il faille reléguer le processus érosif ou ulcéralif au nombre des phénomènes accessoires et contingents? Non, assurément. Mais à quoi se réduit dans la majorité des chancres, dans ceux qui soi\\ les plus typiques, le dommage fait aux tissus sains? A une simple abrasion des couches les plus superficielles de Tépiderme ou de répillu- Hum. Le corps muqueux de Malpighi n'est pas toujours détruit en Iota lité ; s'il disparait complètement, ce n'est qu'au centre de la tumeur. Là voustrouverez quelquefois les papilles aplaties, atrophiées, délruili*> tandis qu'elles sont hypertrophiées au pourtour de la lésion.

Est-ce tout? Dans certaines variétés graves du chancre syphilitique, l'ulcération devient quelquefois le fait dominant, du moins en appa rence. Mais, chose remarquable, quand la guérison a eu lieu, on o>i tout surpris de voir que l'énormo perte de substance a été comblée pai une petite cicatrice et que l'organe n'a été que très superficiellemeni entamé. A quoi tient un pareil résultat? Il tient à ce que rulcératioi

indubation; son polymorphisme. 49

se fait surtout aux dépens de la néoplasie. Vous voyez donc que non seulement elle constitue la partie fondamentale du chancre, mais qu'elle fournit encore la pâture à sa voracité, lorsqu'il lui prend la fantaisie d être phagédénique. Les chancres syphilitiques, ulcéreux d'emblée, sont relativement rares. La plupart constituent alors des chancres mixtes dans lesquels l'élément chancrelleux conmience par accomplir son œuvre destructive. Plus tard Tbyperplasie primitive se développe et indure la lésion.

Car c'est par le fait de cette hyperplasie que se produit l'induration dont vous avez sans doute entendu parler et qui occupe une si grande place dans l'histoire du chancre syphilitique. Le néoplasme qui la constitue est d'une consistance cartilagineuse, chondroide, ligneuse, et il ressemble à un corps étranger, à contours nettement taillés, qui aurait été inséré dans l'épaisseur ou à la surface des membranes tégumentaires. Ses formes varient beaucoup : il est en lamelles, en disques ou pisiforme, globuleux, hémisphérique, quelquefois diffus autour d'un point central plus dur, etc.

Les détails ne seraient pas à leur place dans ces généraUtés. Qu'il me suffise de vous dire que le chancre infectant qui diffère à tant d égards du chancre simple, s'en distingue aussi par son polymorphisme. Rien de plus divers que les aspects sous lesquels il se présente, tout en conservant ses propriétés fondamentales, lesquelles s'associent à une régularité et.àune symétrie de courbes et de surfaces, qui fait toujours défaut dans les chancrelles d'une certaine durée.

Il est curieux de voir que la néoplasie primitive nous donne dans toutes ses variétés, conmie une image réduite des lésions que la syphilis produira ultérieurement sur la peau, sur les muqueuses ou dans le tissu cellulaire sous-cutané. Ainsi, il y a des chancres très superficiels, érythémateux et comme rubéoliques. D'autres sont papuleux et c'est le plus grand nombre ; on dirait des plaques cutanées ou muqueuses et des papules plates, etc. D'autres, à induration diffuse, présentent une grande analogie avec certaines nappes de suffusion tuberculo-gommease dans le derme et le tissu cellulaire sous-cutané. Enfin, vous en trouverez fréquenmient qui sont surtout constitués par une tumeur ramassée sur elle-même, par une nodosité, par une sphère ou une demi-sphère, et qui sont presque identiques à des tubercules ou à des sommes. Ce ne sont pas seulement des ressemblances de formes, ce ioat aussi des ressemblances de processus que vous constaterez.

Gardez-vous bien d'en conclure qu'il doit exister un rapport pareil

MAUaUC. — HALAOIKS VBNËB. 4

50 ADBNOPATHIES PkiMITIVES.

entre telle forme de raccident primitif et telles ou telles lésions consécutives; vous vous exposeriez à de nombreuses déceptions dans le pronostic.

Je me borne à vous faire remarquer, sans rien préjuger du processus, que le virus syphilitique, bien qu'il soit toujours identique à lui-même dans son inaltérable unité, n'en produit pas moins localement les etTets les plus variés. J'ajoute que cette diversité de formes et même d'évolutions n'empêche pas l'accident primitif de présenter, dans sa marche et dans sa durée, qui est de quatre ou cinq semaines, une régularité beaucoup plus grande que la chancrelle.

A la surface des érosions ou dans les anfractuosités ulcéreuses, le virus est sécrété tantôt à l'état de pureté et sous forme d'un liquide transparent, 4m peu visqueux et légèrement ambré ; tantôt à l'état de mélang»» avec du pus, des matières ichoreuses, du sang, des débris organiques, etc. Ces mélanges, qui se font aussi avec beaucoup d'autres liquides de l'économie, n'altèrent point ses propriétés et ne lui enlèvent rien de son énergie.

Quelques complications, dont les deux principales sont le phagédénisme et la gangrène, modifient parfois la physionomie du néoplasme primitif. La première est loin d'avoir la gravité du phagédénisme chancrelleux. Elle se limite d'elle-même et guérit en général assez vite, surtout si on la combat par le mercure et l'iodure de potassium. Quant à la seconde, si elle détruit plus ou moins le foyer du mal, elle n'empêche pas l'intoxication.

Telles sont, messieurs, les particularités intrinsèques les plus caractéristiques du chancre syphilitique. Mais vous n'auriez qu'une id/* incomplète de cette lésion, si je ne vous parlais d'un fait pathologique qui se produit à peu de distance d'elle, cinq ou six jours après son début. Ce fait consiste dans l'hyperplasie des ganglions et quelquefois aussi des vaisseaux lymphatiques, appartenant au district cutan«* ou muqueux sur lequel le chancre s'est implanté.

Il ne s'agit pas ici comme dans la chancrelle, d'une complication f(irtuite, soumise aux hasards de la pénétration mécanique du pus virii^ lent dans les voies lymphatiques. Les lympho-adénopathies dont il est question résultent d'un processus nécessaire ^ pour ainsi dire fatal. Elles font partie intégrante de la sclérose initiale ; elles en sont la conséquence immanquable. Elles marquent une étape qui ne fa.ii jamais défaut.

Leurs caractères cliniques sont d'être presque indolentes* aphlegma:>i<

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