‹ Lecons sur les maladies vénériennesChapitre 315 sur 441 · SIGNIFICATION DU MOT TUBEBCULE SYPHILITIQUE · texte numérisé non relu

SIGNIFICATION DU MOT TUBEBCULE SYPHILITIQUE

fréquence, par la variété et la profondeur des lésions, par leur tendance au phagédénisme et par leur aptitude à se développer partout, non seulement sur la peau, mais aussi sur les muqueuses. Dans les géotralités sur les syphilodermies, je vous ai dit ce qu'il fallait entendre par le mot tubercule en pathologie syphilitique. Vous savez déjà quel t?t son siège et comment il évolue. Avant de vous décrire les désordres qu'il produit sur les surfaces tégumentaires externe et interne, il m^ semble nécessaire de pénétrer plus avant que nous ne l'avons fait jusqu'ici, dans l'étude intime de sa constitution bistologique. Vou> m'entendrez employer indistinctement les mots tubercule et gomsM. C'est que ces deux mots représentent une lésion absolument identique. Le tubercule, en effet, n'est autre chose qu'une petite gomme développée dans l'épaisseur du derme. Sa signification en dermatolode syphilitique est très précise. Je tiens à ce qu'il ne reste à son sujti aucune équivoque. Les tubercules de la phthisie pulmonaire et d<? la scrofulose ne doivent point être confondus avec lui ; ils entralnt^ l du reste, l'idée d'une toute autre localisation, beaucoup plus large -^i moins exclusive que celle du tubercule syphilitique. Remarquez qurj je ne justifie pas l'expression tubercule syphilitique; elle existe, \t l'accepte et je l'explique. Si vous disiez tubercule syphilitique du p- nmon, du foie, des reins, du cerveau, vous commettriez une héiv>i^ de langage et vous ne seriez pas coupable d'une erreur de fait, car 1* • petites gommes semées dans ces organes sont absolument identiqut'é comme volume, comme forme, comme structure, aux tubercules de la peau. Mais il est dans l'usage de dire gommes du poumon, du c^rveau, etc., tubercules de la peau et des muqueuses. Les mois ont quelquefois des tyrannies de vieille date qu'il est presque inutile d** secouer et pour lesquelles il est de bon goût d'avoir un peu d mdu!gence.

La gomme est la lésion par excellence de la syphilis tertiaire. Eli^ est susceptible de se développer dans tous les points de rorganism^ En elle, la maladie tertiaire, arrivée à sa phase constitutiounell' . trouve l'agent dont elle se sert pour produire tolis les désordres si nom • breux, et je serais tenté de dire si nouveaux, dont s'enrichit chaq'j» jour sa pathologie. La matière dont elle est formée montre une élastici> morphologique qui lui permet tantôt de s'étaler, de s'infiltrer un [•- ^ partout, tantôt de se condenser en tumeurs. On se ferait une idt^ fausse de la gomme si on ne voyait en elle qu'un amas circonscrit >> produits morbides. Ces produits morbides qui restent toujours \*'^ mêmes, qui sont condamnés au même processus, aux mêmes Màn^

HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE DBS TUMEURS TUBBEOULO-GOMMEUSES. 73S

formations et subissent souvent la même fatalité nécrobiotique, se réunissent sous forme de masses plus ou moins volumineuses ou s'épandent en nappes plus ou moins épaisses au sein des organes, dans la trame cellulaire sous-cutanée, dans l'épaisseur de la peau et des muqueuses, etc. Pourquoi la matière gommeuse de la syphilis tertiaire envahit-elle les tissus tantôt sous le mode diffus d'infiltration, tantôt sous le mode condensé de tumeur? Nous ne le savons pas ; mais le fait existe et vous en verrez de nombreux exemples. L'étude histologique de la matière gommeuse vous donnera la clef des métamorphoses par lesquelles elle passe pour se substituer aux éléments sains qu'elle envahit et pour arriver à les détruire. Elle a pour théâtre exclusif la trame du tissu conjonctif. C'est là seulement que vous la trouverez sous forme de tumeurs ou d'infiltrations en nappe.

Je pense que, pour Tintelligence des nombreuses lésions que je vais avoir à vous décrire, il est bon de commencer par l'anatomie pathologique de la gomme, qui est aussi celle du tubercule et celle des infiltrations spécifiques. Le tissu de ces productions morbides a été étudié depuis vingt ou trente ans, avec beaucoup de soin, par tous lesanatomo- [lathologistes. MM. LebertyVerneuilet Robin constatèrent, dès le début des applications du microscope à l'étude des tumeurs, qu'il n'y avait pas dans la matière gommeuse d'éléments cellulaires spéciaux. Les examens qu'en a faits M. Gh. Robin ont été consignés dans une excellente thèse de M. Van Oordt [des Tumeurs gommeuses, thèse de Paris, 18o9) . Depuis, la question a été reprise et approfondie par MM. Virchow, Lancereaux, Cornil et Ranvier. Dans le livre de M. Gornil, que je vous ai cité fréquemment, vous trouverez une description fort bonne et très claire des tumeurs gommeuses, comme du reste de toutes les lésions de la syphilis.

Amatomie pathologique des tumeurs tubbrculo-gommeuses. — Ce sont des tumeurs inflammatoires qui se développent dans Tépaisseur du derme, dans rhypoderme, le tissu conjonctif sous-cutané et celui de tous les organes. Quel que soit leur siège, elles sont fondamentalement les mêmes et ne difiTèrent que par quelques détails accessoires. Prenons pour type la gomme du tissu conjonctif sous*cutané et tenons-nous en à son histologie. Nous ferons plus tard son histoire clinique* 11 y a trois phases dans l'évolution de la tumeur gommeuse: une phase de crudité, une phase de ramollissement et une phase de réparation. On pourrait en ajouter deux autres : phases d'évacuation et d'ulcération qui se placeraient naturellement entre la phase de ramollissement et celle de réparation. C'est inutile pour la description histologique; A. Phase de crudité. En étudiant la tumeur gommeuse de sa périphérie à son centre, on trouve les faisceaux du tissu conjonctif séparés par des rangées de cellules

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rondes embryonnaires. Plus profondément, dans toute retendue du tissu gommeux, ces faisceaux de fibres sont isolés par des masses de cellules qui 1»^ entourent avec une certaine régularité. Les fîbres élastiques ne sool i^a^ modifiées. Quant aux vaisseaux, il existe autour d'eux une infiltration abondante de cellules lymphatiques, qui les isole. Vous voyez par là que tout I' tissu cellulo-vasculaire, au milieu duquel se développe la tumeur gommeuse, e< bourré de cellules. Qu'en résulte-t-il ? C'est que leur énorme quantité doit tin:' par étouiïer les éléments propres du tissu et par entraver sa circulation, i: c'est en effet ce qui arrive. — Bientôt il se produit dans les parois et dans! irtérieur des vaisseaux des modifications qui aboutissent à Tischémie compote <> incomplète. Les parois vasculaires s'infiltrent, elles aussi, de cellules, et «nb>v sent, sans qu'on sache trop comment, des altérations qui rendent )né\itil la coagulation du sang. Aussi ne tarde-t-on pas à voir se produire dans i'ict rieur des vaisseaux capillaires et des veinules, des accumulations de rel'.u rondes et de cellules endothélialcs, gonflées et détachées de la paroi int^ra-^ Autour de ces accumulations il se fait des coagulations fibrillaires ou frrï'.< • leuses de fibrine et le calibre se trouve obstrué ou bouché complètemeoi. - Là, comme dans toutes les inflammations intenses et destructives, lescoa£.. tiens sont amenées par les modifications de la paroi vasculaire. Les par*altérées laissent passer les globules blancs ; leurs cellules endothéliales se ^ :• fient, la circulation se fait mal, les cellules lymphatiques s'arrêtent et ii > a engorgement du tuyau d'abord, puis coagulation de la fibrine. Ces coagulati' '* sont rarement visibles dans la gomme si ce n'est au moment où se fait la mortification du néoplasme qui précède son élémination* — B. Phase de ramoUi^" ment. Dans la deuxième période de la tumeur gommeuse, ses éléments embn inaires deviennent souvent granulo-graisseux. Les faisceaux de fibres du tJ^•i conjonctif se dissocient et laissent en liberté les cellules morbides quilser^rraient d'abord dans leurs réseaux. C'est alors que celles-ci devienoent niolilse déplacent plus facilement les unes par rapport aux autres et que !a lumtjr passe de l'état solide à l'état liquide. —Quand la gomme est située au-dei- ** de la peau ou d'une muqueuse, le tégument s'enflamme^ se laisse péDétrtr \ > les éléments cellulaires et se perfore. L'évacuation de la maUcre gomtnec>« ^ fait très lentement et peut durer un mois et même deux mois après la piTi^n* tion de la tumeur. Ce qui la rend si longue, c'est la présence d'un bourt analogue à celui du furoncle, et qui est formé de faisceaux du tissu cooj.n. plus ou moins dissociés et étouffés par Tinfiltration cellulaire. Il s'en m i^r^ < peu par débris filamenteux et se désagrège lentement sous l'action des iiqu:<> * provenant des parois de la caverne gommeuse. —Dans les petites tumeurs ii :-' culo-gommeuses, il n'y pas formation de bourbillon soit parce que le? :. ccaux de tissu conjonctif sont trop fragmentés et trop dissociés; soit parc ;• le volume minime de la néoplasie les laisse trop courts et ne leur peroK' s'éliminer qu'insensiblement ou de se résorber. — C. Phase de réparatun. l consiste dans un simple bourgeonnement du tissu conjonctif embr}orLi ' partant de toute la surface de la caverne et qui la comble eo général r:' dément.

Je viens de vous tracer révolution complète d'une gomme qui f^rcourt toutes ses périodes et aboutit à l'expulsion de son contenu, co-

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