‹ Lecons sur les maladies vénériennesChapitre 333 sur 441 · RÔLE CAPITAL DE LA PEÉDISPOSITION DA»S LA MALIOÎTITÉ · texte numérisé non relu

RÔLE CAPITAL DE LA PEÉDISPOSITION DA»S LA MALIOÎTITÉ

excellente thèse'. D'après lui les syphilides malignes précoces ne se rencontrent que chez des gens dont l'organisme est débilité. Le lymphatisme, la scrofule, l'allaitement, la grossesse, la débauche, le chagrio. Tàge avancé, la misère au moment de la contamination on peu An temps après, V alcoolisme surtout^ sont les causes fréquentes de la précocité des accidents ulcéreux de la peau chez les syphilitiques et, cdi. quelle que soit l'origine du virus et quel qu'ait été le mode de la contamination. Quand les mêmes causes surviennent dans le cours de li syphilis, elles en aggravent le pronostic et font apparaître les manifestations ulcéreuses. L'auteur en conclut fort judicieusement qu'il fioi se préoccuper beaucoup de l'hygiène des malades atteints de s\])hil» et ce qui le prouve c'est qu'on a obtenu des succès incontestables avc le traitement tonique, à l'exclusion de tout traitement spécifique.

Je suis d'accord avec M. le docteur Ory sur tous ces points. Oui. Ie< mauvaises conditions hygiéniques, la misère, l'âge, les excès, joueo! un rôle considérable dans l'étiologie de la syphilis grave et malifrue. comme du reste dans l'étiologie de toutes les autres maladies coDslilutionnelles. Mais, au delà de ces conditions, il y a autre chose. Il y ac^ je ne sais quoi que nous ne pouvons pas définir, pas plus que nous d^ pouvons le deviner, une prédisposition particulière qui nous échapi^. une manière d'être qui n'est pas incompatible avec toutes les a[)p.i' rences de la vie saine et qui fait cependant qu'un virus introduit dan^ un organisme semblable à tous les autres par ses attributs extérieu^. va y développer, dans toute leur plénitude et jusqu'au bout, ses coonquences les plus redoutables. J'ai vu souvent des individus sounii> 3 toutes les misères du corps, de l'esprit et de la vie matérielle échapp r à la malignité et au phagédénisme syphilitique, tandis que d'autn^ bien nourris, vigoureux et sains en étaient attaqués, à rencontre dt toutes nos prévisions. Je crois qu'on ne pourrait pas créer lamaligiiit' à volonté si les sujets y étaient réfractaires, tandis qu'elle naît s{km.*> nément chez ceux qu'une fatalité mystérieuse, innée et indépendant' des circonstances extérieures, y prédispose.

Symptômes. — L'invasion des syphilides malignes précoces ne se faii pas sourdement et silencieusement, comme celle des syphilides ulcc reuses circonscrites et tardives. L'organisme ne reste pas neutre,impâ>* sible et indifférent à l'approche du grand acte morbide qui se préparc : qui s'accomplit. Presque toujours l'éruption est annoncée par des (•: -

1. Recherches cliniques sur titiologie des syphilides malignes précoces, par E-: Ory. Paris, J.-B. Baillière (1875).

SYMPTÔMES DES 8YPHI£«IDBS MALIGNES. 771

dromes dont rintensité est ordioairement plus grande que dans les formes exantbématiques vulgaires de la syphilis bénigne. Ce sont des céphalées intenses, atroces, névralgiformes, nocturnes, des douleurs crampoîdales dans les muscles des membres^ ou bien un malaise gén^ rai et une lassitude énervante, une fièvre plus ou moins véhémente qui se formule d'ordinaire sous le type intermittent quoditien, vespéral et qui se termine par des sueurs profuses nocturnes, etc. Les troubles constitutionnels vont souvent plus loin, ainsi que vous l'avez vu chez le malade dont je vous ai rapporté le cas. La vie plastique est attaquée; la nutrition devient languissante ; un amaigrissement pour ainsi dire aigu se produit, les téguments pâlissent, les forces s'affaissent. L'esprit et le corps tombent dans un état d'abattement et de collapsus général de plus en plus profond. Au milieu de cet appareil prodromique d'un mauvaise augure, qui est assez grave quelquefois pour forcer les malades à garder la chambre et le lit, l'éruption se montre. Dans les cas de syphilis bénigne, la plupart des troubles constitutionnels, avantrcoureurs des premières manifestations, s'atténuent et disparaissent même très vite, dès que l'exanthème spécifique conmience à poindre. Ici rien de semblable. Quelle que soit la forme des premiers éléments éruptifs, la cachexie s'accentue et se complète. Elle devance presque toujours et surpasse la gravité des déterminations locales. On dirait même qu'elle la prépare et se hâte de faire tourner à l'ulcération toute syphilide qui aurait quelque velléité de rester exanthématique ou papuleuse. Par contre il y a des cas où les phénomènes de l'invasion sont peu sérieux ; ils ne présentent même rien d'extraordinaire dans les premiers jours ; mais ils ne manquent guère de s'aggraver, lorsque l'éruption s'est faite ; iU augmentent avec elle et semblent, en pareil cas, la suivre et rester sous sa dépendance.

Vous verrez souvent les premières poussées de la syphilose maligne précoce présenter le polymorphisme propre à la phase virulente de la ▼êrole. On trouve disséminés sous toute l'étendue de la surface cutanée, en nombre et en proportion variables, la plupart des éléments éruptifs : Térythème, la papule, le tubercule et l'ecthyma. Mais les deux premiers, Térythème surtout, sont en minorité, et si la papule se montre fréquemment, elle devient très vite plaque squameuse, puis ulcéro-crustacée. C'est une règle invariable que, quelle que soit la lésion élémentaire par laquelle ait débuté l'éruption, papule, tubercule ou pustule, cette lésion élémentaire marche fatalement et très vite à l'ulcération.

Bien que toujours généralisée la syphilide maligne précoce ne recouvre pas d'emblée toute la surface du corps, et elle se compose habituel*

772 ULCERATION DE TOUS LES ÉLÉMENTS ÉHUPTIFS.

lement d'un nonibre assez restreiDt de boutons. Le visage et le cuir chevelu sont d*abord envahis, puis le tronc et les membres.

Contrairement à ce qui a lieu dans beaucoup de déterminations cutanées, surtout parmi les tardives et les circonscrites, les éléments éruptifs n'affectent aucun mode de groupement régulier.

Dans les syphilides malignes précoces les ulcérations ne diffèrent pas de ce qu'elles sont dans les syphilides circonscrites tardives ecthyinateuses ou tuberculeuses. Elles présentent les mêmes caractères : bords taillés à pic et relevés, fond pultacé, sécrétion plastique se concrétâDt en croûtes stratifiées, etc. Je n'ai pas besoin de vous en reproduire U description. Le phagédénisme se fait en surface surtout, plus rarement en profondeur, sous le mode serpigineui et sous le mode perforant, c*està-dire par l'agrandissement en tous les sens d'une même ulcération. D'autres fois il procède d'une ou de plusieurs poussées d'éléments éruptifs ulcéreux qui se réunissent sur une même région, au voisinage d'une ulcération ancienne en voie de cicatrisation et dont il ravive le fover presque éteint, etc. La réparation s'effectue comme dans les formes tardives et les cicatrices qui en résultent sont blanches, lisses, ré^lières, entourées d'un liséré pigmentaire brun ou noir. Habituellement déprimées, elles deviennent quelquefois saillantes, chéloîdiennes et avec brides inodulaires, quand elles succèdent à des pertes de substances très profondes.

Contrairement aux syphilides ordinaires, celles qui sont malignes, précoces et galopantes, causent souvent de vives souffrances. Vous vous rappelez que notre malade avait éprouvé des douleurs très vives, mais ce ne fut qu'au bout de cinq ou six mois et surtout dans la dernière période de sa maladie, quand les ulcérations devinrent très phagédéniques. — Au début, c'est un sentiment de cuisson et de chaleur mordicante plutôt qu'une vraie douleur. L'adhérence des croûtes aux linges et les tiraillements qui en résultent sont aussi pour beaucoup de malades une source continuelle de souffrances. Elles deviennent quelquefois atroces dans certains cas de phagédénisme très aigus.

Autant l'action morbide acquiert de malignité sur la peau, autant ell^ est et reste bénigne sur les muqueuses quand elle s'y produit, ce qui n'a pas toujours lieu. N'est-ce pas là une particularité bien étrange f Ne dirait-on pas qu'il existe en pareil cas une sorte de balancemect entre la détermination sur le tégument externe et celle sur le tégum^ct interne, qui active la première et atténue ou annule la seconde' Quelle qu'en soit rexplication, le fait est constant. C'est la peau qui

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