GRAVITÉ DE L*ÉTAT GÉNÉRAL DANS LES STPHILIDES KALI6NBS
Dans la syphilose cutanée, nous n'avons point eu à nous préoccuper beaucoup jusqu'à présent de l'état général des malades, puisque la plupart des syphilodermies ordinaires sont loin d'être incompatibles avec une bonne santé. Il n'en est pas ainsi pour les syphilides malignes. Les symptômes prodromiques quelquefois si graves et si alarmants, même avant que l'éruption soit devenue maligne, persistent et s'aggravent pendant sa durée. Les malades maigrissent, pâlissent de plus en plus, prennent une apparence cachectique et finissent par tomber dans le marasme. La fièvre hectique ne fait presque jamais défaut; mais quelquefois la circulation reste calme et ne s'émeut que le soir et pendant la nuit.
Les fonctions digestives s'exécutent assez régulièrement, et c'est à cela que quelques malades doivent leur salut. Aussi faut-il éviter de pousser trop loin les médications spécifiques jqui pourraient susciter des troubles gastriques et intestinaux, provoquer par exemple des vomissements et de la diarrhée. C'est un bon signe quand Tappélil se conserve et surtout quand il devient vorace. J'ai observé souvent que la boulimie précédait et accompagnait, dans beaucoup de manifestations syphilitiques graves, la période de réparation et de guérison.
Les désordres du système nerveux occupent une grande place dans la séméiologie des syphilides malignes. Les céphalalgies sont quelquefois atroces et présentent des recrudescences nocturnes qui empêchent tout sommeil. La prostration, la faiblesse du système musculaire peuvent aller jusqu'à une sorte de demi-paralysie, d'engourdissement général ou partiel des membres. M. Dubuc rapporte le cas d'un malade qui eut vingt-deux attaques épileptiformes dans l'espace de vingtquatre heures et qui resta toute la journée du lendemain dans an coma imparfait, si bien qu'on craignit pour sa vie. « Les phénomènes de ce genre, dit l'auteur, peuvent être raisonnablement expliqués par le développement prématuré d'exostoses intracraniennes et intrarachidienaes. On n'accusera pas le mercure d'avoir produit ces acch dents, puisque mes malades n'en avaient pas encore pris au moment d» l'apparition de la complication nerveuse. » — Je reviendrai sur <>? manifestations quand je traiterai la question si vaste et si importantr des syphiloses du névraxe. Dans les syphilides malignes on troov^ quelquefois, comme dans les fièvres graves, des phénomènes d'ad}namie et même d'ataxie portés très loin. Chez quelques malade? i' existe un état de mélancolie noire qui leur donne des idées de suicide. Les fonctions génitales sont à peu près abolies momentanément, mal gré l'intégrité apparente des glandes séminales.
VAElièTÉS DES.SYPHILIDES MALIGNES. 775
Variéiés. — Fidèle à mon système de simplification en fait de dermatologie syphilitique, je n'admets que deux variétés dans les syphilides malignes précoces, et ces deux variétés correspondent aux deux tjpes éniptifs de la sypbilose cutanée, c'est-à-dire du groupe ulcérotuberculeux.
La première variété se compose des syphilides précoces dans lesquelles i'ecthyma, le rupia et l'impétigo constituent, dès le début, la lésion essentielle, celle qui se multipliera sans cesse sous toutes ses formes, s'agrandira constamment et persistera jusqu'à la fin. L'bistoire de mon malade est un type parfait de cette variété. Je n'ai jamais • oDstaté chez lui aucune trace de tubercules isolés ou confluents, ni de nappes néoplasiques intra et hypodermiques. Comme l'ecthyma est le type de l'ulcération d'emblée, on pourrait appeler cette variété syphilide maligne précoce ecthymateuse. Elle correspond à la syphilide maligne précoce puro-crustacée ulcéreuse de M. Dubuc puro-vésiculeuse de Bazin. Le mot ecthyma n'implique-t-il pas tout à la fois : ulcération, .sécrétion purulente, croûte, etc.?
La seconde variété que M. le docteur Dubuc a eu le mérite de décrire ie premier et que Bazin lui-même n'avait pas signalée, est constituée, lors de son apparition, par des boutons croùteux qui ne sont autre chose que des tubercules. Ces tubercules s'ulcèrent rapidement; lorsque le processus phadégénique s'en est emparé, l'affection cutanée maligne ne diffère pas beaucoup, comme aspect et comme marche, de la variété eclhymateuse. On peut appeler cette seconde variété de syphilide maligne précoce tuberculo-ulcéreuse {tuberculo^crustacée ulcéreuse de M. Dubuc).
Dans les syphilides tuberculeuses malignes, il arrive quelquefois, mais très rarement, que l'élément générateur, le tubercule, est frappé d^ gangrène presque aussitôt après sa formation. Au lieu de devenir ui*:éreux suivant son processus ordinaire, il se nécrose en masse et se ' >uvertit en une escharpe noirâtre. Cette forme, désignée par Bazin sous le nom de iuberculo-ulcéreuse gangreneuse^ est infiniment rare. Ce alèbre dermatologiste, à l'époque où il la décrivit, n'en avait rencontré que cinq ou six cas dans sa pratique. Elle ne se trouvait mentionnée dans aucun auteur ancien ou moderne. Il me paratt inutile d'en faire une variété. Est-elle autre chose, 'après tout, qu'une syphilodermie tuberculeuse maligne? La gangrène qui s'en empare ne change pas sa Dature: c'est une complication qui augmente sa maHgni té, voilà tout.
Cela posé, étudions séparément les variétés ecthymateuses et tuber* ^ al«'use» des syphilides malignes précoces.