DEUX GRANDES VARIÉTÉS
STPHILIDES MALIGNES PHÉCOCES BCTHYMATEUSES
Ce n'est pas Tecthyma seul qui est l'élément générateur de ces syphiloses cutanées ; mais c'est lui qu'on y observe le plus fréquemment. Et puis» selon moiy il tient le milieu entre Timpétigo dont il est undegréen plus et le rupia dont il est un degré en moins. Il est placé entre les deai extrêmes du processus ulcéreux d'emblée et doit en être considéré comme l'expression la plus ordinaire. Du reste, ces trois affections génériques sont si voisines et si foncièrement de même nature, qu'elles se mêlent, se confondent, se métamorphosent l'une dans l'autre et sont presque toujours réunies chez le même individu dans la variété de sypbilo>'' maligne qui nous occupe.
La syphilide maligne ecthymateuse est beaucoup plus fréquente a en général plus précoce que la syphilide maligne tuberculeuse. Elle envahit la peau d'une façon peut-être plus brutale, et accuse mieni. dès le début, ses tendances à devenir rapidement ulcéreuse, meu^e lorsque au lieu de se montrer d'emblée sur les différentes région^ du corps, elle ne fait son apparition que par poussées successives et subintrantes, ce qui a lieu le plus ordinairement.
Comme les lésions ne diffèrent point de celles que je vous ai décrit'^ à propos de la syphilose cutanée pustulo-ulcéreuse, je n'y reviendrii pas. Qu'il me suffise de vous dire qu'elles sont plus vastes, plusaigu^?. plus confluentes et plus rapides dans leur processus. Les phénonièc^^ avant-coureurs font rarement défaut. Aussi, lorsque vous verrez survenir 30 ou 40 jours après le début d'un chancre, surtout d*uo chancre ulcéreux, de la céphalalgie nocturne, de la fièvre le soir, une abondante diaphorèse la nuit, un état général de faiblesse et de pn*^tration des forces, attendez-vous à des événements graves du côt*^ <i' la peau. Ce ne sont pas là sans doute des indices certains et immanquables de maUgnité ; ils causent quelquefois des déceptions heureu puisque, comme je vous le disais au sujet des troubles constitutiono prodromiques, on voit fréquemment chez les personnes nerveuses d'une délicate impressionnabilité organique, la généralisation de I empoisonnement syphilitique susciter un tumulte de symptômes généra n qui s'apaisent vite, ne laissent aucune trace et ne sont suivis que d*érjf> tions bénignes. Les femmes nous offrent souvent l'exemple de i^*' crise relativement heureuse. Mais chez les hommes entachés de qu! que vice constitutionnel antérieur, ou placés dans de mauvaises coD<i tions hygiéniques, une pareille atteinte aux forces vives de l'écoD.^
SYPHILIDBS PRÉCOCKS ECTHYMATEUSES. 777
mie est presque toujours le signe précurseur de déterminations redoutables, et, chose à remarquer, ce n'est pas pour les muqueuses ou pour les viscères qu'il faut craindre, mais pour le tégument externe. Je serais même tenté d'avancer, quoiqu'il soit téméraire de trop préciser en fait de pronostic, que c'est par la forme ecthymateuse qu'en pareil cas s'effectue la détermination.
La sypbilide maligne précoce ecthymateuse {puro-crustacée ulcéreuse) est donc précédée habituellement de troubles constitutionnels graves et constituée soit par de Timpétigo confluent, soit par de l'ecthyma profond, soit par du rupia, affections génériques qui se trouvent souvent réunies sur le même individu et qui consistent en aoe destruction directe et rapide des tissus, sans l'intermédiaire préalable d'une néoplasie diffuse ou circonscrite.
Dans la symptomatologie de cette syphilide, les prodromes occupent une grande place. Ils se formulent d'après différents modes suivant les iiMlividus : les uns éprouveront surtout de la céphalalgie gravative diurne f t nocturne qui pourra devenir atroce ; d'autres souffriront de douleurs musculaires ou articulaires, d'oppressions sterno-costales ou diaphragmatiques ; d'autres subiront tous les soirs de violents accès de fièvre iatermittente et transpireront abondamment pendant la nuit; tous ressentiront une faiblesse et une courbature excessives et deviendront incapables de se livrer à leurs travaux manuels ou intellectuels ordinaires. Presque toujours les malades sont obligés de garder le lit comme s*ils étaient atteints d'une maladie aiguë. Cet appareil symptomatique éclate quelquefois brusquement et de toutes pièces ou se complète et s'aggrave peu à peu. Il se déclare d'habitude plusieurs jours et même deax ou trois septénaires avant la sortie de l'éruption et persiste plus ou moins longtemps après celle-ci. Lorsqu'au lieu de diminuer il s'accentue et tourne à la fièvre hectique en dépit de la médication spécifique , la terminaison fatale est à redouter dans un délai assez rapproché, surtout s'il survient des complications viscérales et le délabrement colliquatif des fonctions intestinales.
Toutes les régions du tégument externe sont susceptibles d'être attaquées d^emblée et simultanément par l'éruption ulcéreuse ; d'ordinaire elles le sont peu à peu, successivement, mais toujours dans un bref délai. Les points où le processus s'étabUt avec le plus de prédilection et donne, dès les premiers jours, les signes les plus caractéristiques de sa malignité, sont : la figure, le cuir chevelu et les membres inférieurs, puis le tronc et les membres supérieurs. La rapidité avec laquelle se forme la lésion puro-ulcéro-crustacée est vraiment extraordinaire. Il
778 DESCRIPTION DE LA VABIÉTÉ ECTHYMATEUSK.
est rare qu'on en puisse suivre les étapes tant elles sont rapprochiM >. En vingt-quatre heures et même en moins, j'ai vu de grosses puslu»d'impétigo d'ecthyma et de rupia se former avec leurs croûtes, leur^ ulcérations, leurs aréoles, leurs séccétions abondantes, surdespomu de la peau qui la veille étaient intacts. Pour vous faire une idéedf > que sont ces dermatopatbies, réunissez sur le même individu, du sonuD^t 4e la tète à la plante des pieds, toutes les lésions que je vous ai dcrntr? à propos de l'impétigo, de l'ecthyma et du rupia. A quoi vous serviraient maintenant des descriptions minutieuses qui ne seraient que des ui titions? Est-il nécessaire d'établir deux variétés dans la forme purocrustacée : la variété simple et la variété proéminente ^ comme l'afiit Bazin, la première répondant à l'impétigo confluent dont les croùte> sont peu saillantes, la seconde constituée par l'ecthyma profond Kir rupia dont les croûtes au contraire sont épaisses, bombées, former* de couches superposées et offrent dans toute sa plénitude le type eni^ tacé? Non. Qu'ils soient étalés ou profonds, tous ces modes ulcéreji aboutissent au même résultat: une vaste destruction de lapeaa pl> ou moins inégalement répartie, mais généralisée, rapide, progr^sH' et presque toujours sans aucun mode régulier de groupement.
Pendant la période d'état, l'abondance de la sécrétion puro-sao^.'Uh nolente devient quelquefois très considérable. On en voit les produis sourdre sous les bords des croûtes ou suinter sans cesse à la surfic^ des ulcérations mises à découvert. Ils répandent une odeur i'agréable sui generis. La cuisson et même la douleur autour desuK':'tions sont souvent très vives et assez intenses pour priver les pati^it* de tout repos pendant la nuit. — Dans cette variété, les hémorrfaafiV^ sont loin d'être rares; elles résultent de la destruction des x'aiss^i^v qui sont envahis par le phagédénisme comme les autres parties Cl•L^• tituantes de la peau. Elles se rattachent aussi assez fréqueouneDt . l'altération du sang et à la disposition scorbutique qui s'établit |^u i peu dans les cas les plus graves, à mesure que la cachexie fait Jprogrès.
Les cicatrices dans cette variété n'ont rien de particulier : gaub * et réticulées quand l'ulcération a été superficielle, elles sont dépriiB' * et formées d'une peUicule cicatricielle blanche et mince quand toJ* l'épaisseur de la peau a été détruite. Quelquefois, elles sont travery-^ en tout sens par des brides inodulaires comme celles de brûlure^ <>' troisième et du quatrième degré.
Le diamètre des ulcérations est très variable. De 3 ou 4 ceoliiutrtrr? en moyenne, il double ou triple quand le phagédénisme s^accentue uo
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que les lésions se réunissent. Mais c'est surtout par fusion des éléments éruptifs qu'a lieu l'agrandissement des pertes de substance. Le processus serpigineux, en effet, s'observe bien quelquefois dans la syphilodermie ecthymateuse maligne; toutefois, il est beaucoup plus commun dans les formes tuberculeuses que dans les formes ulcéreases d'emblée. En outre, vous ne le verrez jamais s'établir dès la première poussée ; il ne se développe que pendant les phases ultimes de l'affection.
Envisagée dans son ensemble, la marche de la syphilide maligne ecthymateuse est tout à la fois aiguë et chronique, continue et rémittente. Elle est aiguô par la rapidité du processus ulcéreux, chronique à cause de sa longue durée qui se compte par mois. Elle est continue en ce sens qu'il n'y a jamais cessation complète de l'action morbide; mais elle est en même temps rémittente, car elle procède toujours par poussées successives. Avant que l'une soit terminée, une autre recommence ici ou là, sans compter qu'il se présente sur chaque poussée des recrudescences qui ajournent indéfiniment la guérison. Cette guérison finit cependant par arriver la plupart du temps ; mais ses chances sont bien faibles dans les organismes compromis ou ruinés. Et puis, outre l'éruption, il faut tenir compte des épiphénomènes qui peuvent survenir et des complications viscérales accidentelles ou spécifiques dont rinvasion est toujours à craindre à une période plus ou moins avancée de la syphilodermie maligne. — La mort est donc une terminaison dont la possibilité est plus ou moins probable dans quelques cas et presque certaine dans d'autres qui fort heureusement sont très exceptionnels.
SYPHILIOS MALIGNE PRÉCOCE TCfiERCaLO-ULCéREUSE ET TUBRHCULO-