‹ Lecons sur les maladies vénériennesChapitre 376 sur 441 · HYPEBPLASIE SOUS-CUTANÉE DE LA RÉGION PABOTIDIENNE · texte numérisé non relu

HYPEBPLASIE SOUS-CUTANÉE DE LA RÉGION PABOTIDIENNE

MilTiJsioD hyperplasique syphilitique. Elle a franchi le premier degré de son Solution, c*est-à-dire qu'elle s*est ramollie sur le point qui correspondait à sa plus grande épaisseur; mais le processus n'est pas allé au delà, t^uoique une jiartiede la néoplasic se fût liquéfiée, et que la peau fût devenue adhérente et un peu rouge, la résorption s'en effectua très vite. Évidemment on aurait commis une faute en ouvrant cette collection. Maintes fois j'en ai vu de semblables et de plus liquides encore, disparaître sous la seule influence du traitement spécifique interne, et cela non seulement au début, mais à toutes les l'hases de la maladie constitutionnelle, que le point de départ du processus fût UD ganglion, le tissu cellulaire ou même des organes sous-jacents, les muscles, par exemple, peu importe.

Ce qui prouve bien l'origine syphilitique de cette néoplasieet sa spontanéité, rVsl sa coïncidence avec Thyperostose et la périostose du maxillaire inférieur, et l'absence de toute lésion sur la peau ou sur la muqueuse buccale, capable de «usciter une pareille hyperplasie. Ce ne sont pas, en eflet, de simples plaques muqueuses des lèvres de la langue ou des joues qu'on peut en rendre responsables.

A cdté de ce fait, on peut placer le suivant qui présente avec lui de grandes analogies comme processus et qui est survenu au même moment delà diathèse.

'»B<. 1. Au quatrième mois (Tune syphilis légère et presque en même temps que l'explosion fi^i accidents cutanés et muqueux superficiels^ nodosité sous-cutanée de la région parotidienne droite; puis large suffusion hyperplasique^ qui devient fluctuante dans sa partie centrale et se résorbe sans s* ouvrir ^ au bout d'un mois.

P... < Edouard), garçon de salle, âgé de 20 ans, entré le 7 février 1879 dans mon service, «aile 6, lit 35, est p&lc, maigre, d'apparence chétive, quoique depuis son enfance il n'ait j'iinaifi eu aucune maladie. On ne découvre dans ses antécédents aucune trace de scrofule. 11 n'avait jamais eu d'affection vénérienne. Jusqu'au mois d'avril 1878. A cette i p<.que, quelques jours après le dernier coït, écoulement uréthral de médiocre intensité, •ni ne dura que deux semaines. Au commencement de décembre, cinq semaines après ce «i'-rni^r coTt, excroissances qu'on prit pour des végétations non syphilitiques, bientôt Mil vies de phimosis et de balano-posthite. Ces lésions existaient encore quand cet homme Mitra dans ma salle au commencement de février (4" mois de la contamination). On •^^litait des indurations sous-préputiales, et il existait une adénopathie spécifique dans Ir^ deux aines. L'intoxication syphilitique était évidente et se traduisait par une roséole rub^olique sur le tronc, des croûtes dans le cuir chevelu et des maculos cuivrées sur le front à la racine des cheveux. Enfin dans les mains, il y avait de larges plaques rouj'àtreft en partie desquamées.

Il était manifeste que ce qu'on avait pris pour des végétations, n'était autre chose que d^-s chancres infectants balano-préputiaux qui furent suivis au 45* ou 50* jour de leur durée, des accidents constitutionnels de la syphilis.

Jusqu'ici rien que de très ordinaire dans l'évolution de la diathèse. Mais voici que le 16 février^ une petite tumeur grosse comme une noisette, fit son apparition dans la région parotidienne droite. Indolente, aphlegmasiquc, non adhérente à la peau, elle ne tarda pas k perdre sa mobilité, à s*entourer d'une atmosphère demi-inflammatoire et à adhérer .1 la peau qui devint rosée à son niveau. Le malade fut soumis à un traitement mixte.

Le iâ février , la tumeur était manifestement fluctuante dans sa partie centrale et rpf*osait maintenant sur une large base d'hyperplasie diffuse qui recouvrait presque toute retendue de la région parotidienne.

Malgré le processus de ramollissement et l'inflammation de la peau, cette tumeur

870 SUFFUSIOKB KÉOPLASIQUBS PRiOOCSS

restait toi^ours indolente et on pouvait la palper dans tous les sens, sans pro\oqu< r aucune douleur.

Comme j*étais convaincu qu'elle se résoudrait en peu de temps, sous la seule înflueiKde la médication, je ne fis appliquer à sa surface aucun topique.

Le 5 mars, elle avait très notablement diminué ; mais il y avait encore de la fluciiidt!. i au centre , et tout autour une zone large et épaisse d'induration hyperplasique.

Le 19 mars , la tumeur avait perdu les quatre cinquièmes de son volume. ÏX\* i proéminait presque plus à la surface de la peau. L'induration du tissu cellulaire a^u* presque entièrement disparu; mais la fluctuation persistait encore. Plus tanl elle ^' ■ imperceptible et le malade sortit guéri.

Les réflexions que j'ai faites au sujet du cas précédent s'appliquent à celui-ci. La néoplasie du tissu cellulaire sous-cutané émanait directement de rarh«c syphilitique. Elle survint en même temps à peu près que les premières maci festations cutanées. On ne pouvait l'attribuer à aucune influence diathé>iqi' autre que la syphilis et elle naquit sous l'intervention d*une cause occaMODOc: locale. Enfin son processus présenta ce trait caractéristique d*0D ram^llir^ment central, suivi d'une résorption graduelle des parties liquides et solides qt constituaient la néoplasie. La résolution aurait-^lle eu lieu si le maJaden'au pas été traité? Impossible de le savoir; mais quelques cas dans lesquels t adiBi nistration dés spécifiques a manifestement arrêté un processus analogue «]o avait abouti à Tulcération sur les tumeurs voisines, avant leur emploi, pe"mettent de supposer que sans Tiodurede potassium, la tumeur se serait pet. être ouverte. — Nous reviendrons plus loin sur cette question.

Pour ne pas quitter la région céphalique, je vais décrire un autre ca> <ic sufi'usion néoplasique précoce du tissu cellulaire sous-cutané, qui s'eflectua^ur le front. Si on ne l'avait pas examinée attentivement, on aurait pu la prendre pour Tune de ces périostoses précoces qui s'observent assez fréquemment -l pareil lieu, à cette phase de la maladie.

Obs. ti. Syphilis ayant débuté^ au deuxième mois du chancre infectant^ par des douf de tête très fortes et une bosse sous-cutanée au fronts formée d'une su/fusion «^ . * sique du tissu cellulaire.

Louis M..., 26 ans, journalier, entré en janvier li$77, salle 8, n* 35, jouissait htbii • lement d'une bonne santé et n'avait eu aucune maladie antérieure, si ce n'est qur : . douleurs rhumatismales subaiguës, à l'âge de 16 ans. Après une incut>atioa inr<rrtajjr il lui survint, le 6 mars 1^6, un chancre sur chaque côté du filet pour lesqnek je i donnai des soins en janvier 1877. 11 présentait alors une induration diffuse «t • muqueuse préputiale au pourtour du filet et des érosions profondes irrégulièmiiefii : séminées sur la surface du gland. Adéuopathie bi-inguinale ; aucune manlfesutiùo i. stitutionnelle ; 9 centigrammes de protoiodure. Cinquante jours environ après le ^t : (le l'accident primitif, troubles légers de la santé générale et roséole.

Mais un fait anormal survint à ce moment. Des douleurs de tète très violentes ^ \ duisireiit ; elles étaient principalement nocturnes et occupaient le c6té droit du fr Peu de jours après leur apparition, je constatai que, sur le point où elles avaient • plus grande intensité, il s'était formé une bosse large comme une pièce d'un franc.

Cette bosse était constituée de la façon suivante : c'était une petite tumeur dnnr centre, un peu pâteuse à sa périphérie, épaisse d'un centimètra. adhérente à Ij qui, au-dessus d'elle, avait une teinte un peu rosée. En la palpant, on ne caa$u: . peu de douleurs, et on pouvait la faire mouvoir sur les tissus sous-jacents av^ec It-^j.elle n'avait aucune^ connexion fixe.

BT 60HKE PLUOTUANTB DE LA RÉGION FRONTALE. 871

Dans les premiers jours de février, elle augmenta quelque peu, tout eu restant dure, indolente et mobile. Le malade ne pouvait supporter Tiodure de potassium. Il sortit vers le milieu de février, avant d'être guéri.

Voilà uoe lésion biea insignifiante et je la donne comme le degré le plus faible des manifestations syphilitiques de cette nature. C'est une sorte de plaque «circonscrite dermique et sous-dermique, peu douloureuse, presque aphlegmasique, occupant par ses parties profondes le tissu cellulaire sous-cutané et évidemment résolutive. Gomme elle avait été précédée de douleurs violentes, dans le point même où elle s'était produite, peut-être y avait-il quelque rapport étiologique entre elle et ces troubles névralgiformes de la sensibilité. J*ai constaté récemment Texistence d'une plaque analogue, dermo-sous-cutanée, chez un malade qui, à Torigine des accidents constitutionnels, avait souffert d'irradiations douloureuses très vives occipito-pariétales.

Cette bosse n'était pas sans analogie avec les périostoses crâniennes, qu'on observe assez fréquemment à pareille époque sur le front ou sur d'autres points , de la boite osseuse. Deux sigues l'en distinguaient : sa consistance moins dure «?t surtout sa mobilité sur les tissus sous-jacents.

Comme contraste avec cette néoplasie dermo-cellulaire, à peine ébauchée, voici un cas de gomme typique de la même région, qui se produisit, à je ne sais quelle époque de la maladie constitutionnelle, puisqu'il me fut impossible de fixer son début. Il n'existait, en effet, que des antécédents très obscurs chez M. X..., qui vint me consulter en novembre IH70.

YeVs le mois de juillet de la même année, il s'était aperçu de l'existence d'une bosse sur la partie supérieure du front. Cette tumeur, d'abord très dure et petite, avait grossi peu à peu, était devenue un peu douloureuse et s'était ramollie vers la fin du mois de septembre. —Douleurs de tête très fortes, mais diurnes.

Quand je l'examinai pour la première fois, cette tumeur était ovoïde de haut en bas; elle occupait la partie supérieure du front, un peu à gauche de la ligne médiane. Sa saillie, très considérable, au-dessus des parties voisines, était de i centimèlres t/'2 à 3 centimètres ; sa base avait 4 à 5 centimètres de diamètre. Cétait donc une tumeur d'un gros volume. Sa structure était des plus remarquables: en effet, extérieurement et à son pourtour, elle était formée par un anneau saillant, d'une dureté osseuse, comme dans le céphalémalome, et qui >e terminait par un rebord brusque, taillé à pic, circonscrivant un cratère de 3 centimètres de longueur sur 2 1/2 de largeur. Dans cette partie centrale la tumeur était molle, fluctuante, dnpressible, mais on n'en louchait pas le fond. On y sentait comme des grumeaux flottant dans une partie liquide; on pouvait palper en tous sens sans provoquer de douleur. La peau, même au niveau de la partie centrale ramollie, ne présentait aucun changement d'épaisseur ni de coloration. — Quelques maux de tête, le soir; sommeil; santé générale excellente.

Convaincu, malgré l'absence d'antécédents syphilitiques, que celle tumeur •fiait une grosse gomme datant de quatre mois et arrivée à sa période de rs^mollissement, je fis prendre d'emblée h grammes d'iodure de potassium, qui furent très bien tolérés. L'effet de ce spécifique fut vraiment merveilleux. Au bout de quatre jours, la gomme avait diminué presque d'un tiers, et, au bout

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de dix, elle n'avait plus qu'un quart du volume primitif. Taî rarement to une pareille énergie et une aussi gratnde promptitude dans l'action curative. Ad bout de deux semaines, cette grosse tumeur en était réduite à une saiPi'' diffuse au centre de laquelle on percevait encore une partie liquide et floctuaDt'^ large comme une pièce de 50 centimes. Le rebord, si curieux avec sa coosistance osseuse, s'était affaissé, mais il conservait toujours sa forme annulaire, et restait nettement taillé à pic en dedans. En pressant la partie centrale, od O'touchait pas le fond. La peau était toujours intacte. La tumeur était mobilsur les parties sous-jacentes. Indolence complète. — Au boutd'uu mois, disparition presque totale de la gomme; il ne restait à son centre qu'une dépressi's encore un peu molle, de la largeur d'un pois, qui s'effaça entiëremeDl *± 8 jours. — J'avais porté jusque à 8 grammes la dose de Piodure de potas^ioa. Son efficacité si extraordinaire et si rapide n'aurait-elle pas suffi à elle sec» pour affirmer l'origine syphilitique de la lésion? C'était bien là une goiniD>^ vraiment tertiaire. Et ce qui me fait supposer que l'intoxication devait remoatf: à une époque éloignée, ce sont les dimensions de la tumeur et la lenteur dson développement. — La plupart des suffusions plastiques du tissu conjonc: : dans la première phase de la maladie, qu'elles soient diffuses ou sous la fon3> de nodosités gommeuses, se développent très rapidement et disparaissent 6^ même. Cette sorte d'acuité dans le processus constitue avec leur teodaoc'* toujours résolutive, le trait le plus original de leur physionomie. Malheureux ment ces suffusions deviennent quelquefois beaucoup plus sérieuses, coidid on le verra par la suite.

Les nodosités et les néoplasies diffuses sont beaucoup moins fréquentef m membres supérieurs qu'aux membres inférieurs, du moins sous la forme circonscrite dont je m'occupe maintenant. Je n'en ai rencontré qu'un seul ca« q'i" je vais rapporter, bien qu'il y ait quelque obscurité sur le début de la mala:constitutionnelle.

Obs. 9. Tumeurs hypet'plasiques sous-cutanées, survenues tune à ravant-hras, taytr^ : bras gauche, vers le 6* mois de la syphilis.

Léonard ..., ébéniste, 35 ans, entré salle 6, n" 40, le 8 février 1878, a eu des vé^<^t^:<* •-• au mois de juillet 1877 ; on a soupçonné qu'il existait au milieu d'elles an chancre ir '-^ tant, parce qu'il s*est produit dans les aines un gonflement spécifique des ganfr^i '^ Toutefois le malade ne croit pas avoir eu, depuis cette époque, de plaques maqoeu^'* ni d'éruptions sur la peau.

Vers le milieu d'août 1877 (6* mois de la maladie), cet homme fat pris, sans rijv appréciable, de douleurs dans le bras et Tavant-bras du côté gauche. Après quelj* jours de souffrances, il s'aperçut de l'existence d'une forte tumeur ronde, soa$-ruu: et mobile, située sur la partie externe de l'avant-bras, au voisinage du coude Qu». ^ jours après, il en survint une plus volumineuse sur le bras, à sa partie externe.

Au commencement de février (2« mois 1/2 des tumeurs), à l'époque où je dooRJti soins à ce malade, les tumeurs persistaient encore et présentaient rétatsuivaot :

Tumeur fusiforme à l'avant-bras, au lieu indiqué, non douloureuse a la po-<dure, mobile, sous-cutanée et sans adhérences. Tumeur large, aplatie, arroiMl> 9. centimètres de diamètre dans tous les sens, d'une consistance un pea pâteuse. -^ cutanée et non adhérente, indolente, située au niveau de l'insertion inférieore du : toïde. — Quelques douleurs crampoïdes parcourent de temps en temps tout lemeir* ' Il n'a été fait jusqu'ici aucun traitement interne.

Ce malade est-il réellement syphilitique? Telle fut la première que^tioa <^

KBOPLAfilES PÉBI-VASCULAIBBB DS8 CUISSES. 873

je me posai. Je cherchai vaiDemeot sur les muqueuses et sur ]a peau des traces positives, auciennes ou récentes de la maladie constitutionnelle. Il ne semblait avoir existé comme manifestation, que ces dieux tumeurs sous-cutanées du membre supérieur gauche. Étaient-elles suffisantes pour révéler la nature de l'Mir cause générale? J'en jugeai ainsi, parce que j'avais vu des tumeurs sousrutaoées parfaitement semblables à celles-là se produire pendant la première phase de la syphilis. Je fis donc prendre de Tiodure de potassium, et au bout (le quelques jours, ces tumeurs disparurent.

Parmi les lésions de la syphilis, il y en a qui sont tellement spécifiques, qu'une seule sufût pour dissiper toutes les obscurités que pourrait laisser dans 1 esprit le passé du malade, dans les cas où les commémoratifs et les autres 'inconstances propres à éclairer le diagnostic font défaut. Je crois qu'on peut mettre de ce nombre les productions néoplasiques sous-cutanées. Quand elles surviennent spontanément, sans l'intervention d'aucune cause occasionnelle, < n dehors de toute influence générale manifeste, à quelle autre cause que la \vphilis pourrait-on les rattacher? Mais hâtons-nous de dire que les manifestatioQs de la diathèse sous cette forme isolée et exclusive sont extrêmement rares, parce que, à cette période où l'activité morbide a pour caractère de se répandre uQ peu partout et de se multiplier, les lésions concomitantes font exceptionnellement défaut, et on découvre même souvent quelques restes de Taccident primitif.

• >Bs. 10. Nodosités allongées, dures et mobiles^ symétriquement situées sur la face interne det cuisses, au niveau de la gaine des vaisseaux, survenues sans aucune cause occasionn*>l h pendant les pretniers fours de F intoxication généralisée et presque en même temps que la roséole.

Un jeune homme de 26 ans vinl me consulter, le !•' mars 1871, pour des accident^^ ^vphiiitiqaes dont il souffrait depuis quinze jours et qui lui étaient survenus sans qu'il ^^ fût jamais aperçu de Texistence d*un chancre ou de quelque chose d'analogue sur uirune partie du corps.

Dhs le milieu du mois de janvier, ce malade, qui se portait habituellement bien, avait ■i^ pris d'un accès de fièvre quotidienne vespérale, avec frissons et sueurs abondantes .^ndant la nuit, de courbature, de céphalalgie, etc., et il lui était survenu une éruption Oaris la première semaine de février.

li^-puis le 15 février, il souffrait de nodosités douloureuses situées sur la face interne 'U'> ruisses. — Quand je l'examinai pour la première fois, il était pâle, amaigri et faible. U r>eau était couverte d'une roséole érythémateuse typique. A la face interne des deux i-u:><;es, il existait au-dessous de la peau un cordon dur, noueux. (;ros comme le petit doi^jt et long de 4 ou 5 centimètres, non adhérent, mobile, douloureux à la pression. On aurait dit que ces deux nodosités allongées et symétriques, situées sur le trajet de la vT.tine des vaisseaux cruraux, résultaient de l'oblitération et de l'hypertrophie d'une >t*ine ou d'un gros vaisseau lymphatique. Il n'y avait pas d'œdèmeaux extrémités inféri'iires ni une lésion quelconque. La peau ne présentait au niveau de ces tumeurs ni a'ihérence ni changement de coloration. Je ne parvins à découvrir aucun vestige de r.i vident primitif. Les ganglions inguinaux et cervicaux étaient spécifiquement indurés.

Le U mars (30* jour des tumeurs), le cordon noueux de la cuis^^e droite avait à peu près disparu. Sur la gauche, il persistait avec les mêmes caractères, c'est-à-dire qu'il était mobile et non adhérent à la peau ni à l'aponévrose crurale. — Il était devenu indolent à la pression. Aucun œdème des extrémité^ inférieures. — Eruption syphili-

874 SUFFUSIONS AU VOISINAOE DKS YAISBBAUX FÉMORAUX.

tique mixte composée de taches de roséole, de papales coniques et de plaqae> r^u.iineuses. A cette époque, je perdis ce malade de vue.

Ëtaient-ce bien des aéoplasles du tissu cellulaire sous-cutané que ces tumeur^ noueuses, allongées, symétriquement situées à la même hauteur sur la Uo interne de chaque cuisse, au niveau de la gaine des vaisseaux fémoraux? O fut la première question que je me posai ; il n'est pas facile d'y répondre. li s* produit en elTet, pendant la première phase de la maladie, des hyperirophi*spécifiques dans quelques vaisseaux lymphatiques, qui présentent la p!j^ grande analogie avec ces sortes de tumeurs. Quand le vaisseau est pris se* toute sa longueur et qu'on peut le suivre jusqu'au ganglion, le diagDo^^ n'offre aucune difficulté ; mais il n'en est plus ainsi dans les cas où une partilimitée de son trajet se transforme en une induration noueuse. — Quelquef" la tumeur forme une seule masse continue ; d'autres fois elle se fragmente vi petites nodosités qui sont reliées entre elles par un cordon dur, ou méoK restent entièrement libres les unes par rapport aux autres, mais sont touJou^ disposées suivant une piême ligne qui est celle du trajet des vaisseaux. Cet'r dernière circonstance est de nature à éclairer le diagnostic. U est rare aus^i qu'on ne découvre pas, soit au-dessus, soit au-dessous de la tumeur ou C*^ nodosités, quelques traces d'induration sur le tronc lymphatique. Dan» le ca> précédent je ne découvris rien de semblable, c'est pourquoi je regardai it« tumeurs comme des néoplasies du tissu cellulaire, indépendantes d*une afTectjoj des cordons lymphatiques fémoraux. Mais je fais des réserves, et, pour \^ justifier, je vais rapporter un deuxième fait où il n'est pas moins malaise 'i' prcciser rigoureusement le siège de la production morbide.

Obs. 11. Suff'usion plastique, circonsa^tCy allongée, douloureuse^ subaigué, situe*- <.voisinage des vaisseaux fémoraux et survenue dans la cuisse gauche au 1* moii (f^'v sgphilis légère,

M. X..., âgé de 23 ans, d une bonne santé habituelle et sans antécédents coDstitun " nels, contracta un chancre infectant qui fit son apparition vers la fin d'octobn» \t<^*^ après un mois d'incubation, et qui fut guéri en huit ou dix jours. — Blenoorrharv dans le même coït, survenue immédiatement après et guérie seulement à U tr ^'novembre. — Au mois de janvier 1877, maux de gorge sans éruption cutanée, ptni:ni autres accidents.

Quand le malade vint me consulter, vers le milieu du mois d'avril (G^mois révoia o la syphilis), je constatai l'existence d'une roséole érythémateuse et de plaques oiaqu^u^'^ dans la gorge. Aucun traitement interne n'avait été encore institué. Je prescrivis '-^it^ tigrammes de protoiodure d'hydrargyre.

L'éruption avait à peu près complètement disparu, lorsque M. X.. éprouva. Ie(^ir» (7« mois révolu de la syphilis), sans cause appréciable, une douleur à la partie ii)i«*'* de la cuisse gauche ; elle augmenta peu à peu jusqu'à causer de la claudicatioD. H'* même temps une tumeur se produisit dans cette région. U n'existait aucune ulcmtn aucune lésion sur la jambe ou la cuisse de ce côté.

Le 8 mai, je constatai l'état suivant: la roséole avait presque complètement dispin Sur la cuisse gauche, au-dessous de la peau, dans le tissu cellulaire sout-cutané, <uffcsion plastique, dure, sensible, homog^ène, mesurant 16 à 18 centimètres de Iltat4^^ 0,03 de largeur, située parallèlement à Taxe de la cuisse, sur sa face interne, oo ^u farrière du trajet des vaisseaux fémoraux, mobile, sans adhérence avec l'apoo^^rj^ crurale, nettement circonscrite dans se?» contours, surtout en haut et en bas. Ouowinon adhérente à cette tumeur, la peau présentait au-dessus d'elle une légère Duaft'

KÉ0PLABIE8 PRÉCOCES DU CBKUX POPLITÉ. 875

nxee. Il ne paraissait y avoir aucune lésion des vaisseaux lymphatiques ni des veines. Un ne sentait aucun cordon dur aboutir aux deux extrémités de la tumeur. Les gan- ^'twQs inguinaux étaient modérément indurés. Aucune cause traumatique.

Douleur assez vive à la pression. Pas de fièvre. Claudication et grande gène dans les mouvements de la Jambe sur la cuisse.

Six jours après son apparition qui avait été très rapide, cette tumeur diminuée de moitié était devenue presque indolente, et la claudication avait disparu. Au bout de wn^ jours, guérison complète.

Le diagnostic du siège me semble encore plus embarrassaat ici que dans i observation iO. Ne dirait-on pas une lymphite circonscrite? Le caractère ^ubinflammatoire de la lésion, la rapidité de sa Tormation et son processus, sa forme, la teinte rosée de la peau à sa surface, sa sensibilité, la gêne dans les mouvements, etc., sont autant de caractères propres à l'inflammation des emphatiques. Hais la tumeur était nettement circonscrite, surtout en haut et

• n bas, et ne se terminait à ses deux extrémités par aucun cordon induré; il u existait ni au-dessus ni au-dessous d'elle aucune trace de lymphopathie aiguë, i^ubaigué ou chronique... Quoi qu'il en soit, cette néoplasie occupait le tissu cellulaire sous*cutané; elle procédait incontestablement, et d'une manière directe, de la syphilis arrivée à son septième mois; par conséquent, il est tout oaturel de la placer ici, d'autant plus qu'elle nous montre sous un aspect '.oiiveau, les néoplasies de la phase initiale.

lue partie de l'observation suivante a été publiée dans mes leçons &ur les myoptithies S parce qu'il existait en même temps que la suffusion néoplasique (iu tissu cellulaire dans le creux poplité, une myosite du muscle jumeau interne correspondant.

Obs. l3?. Au quatrième mois d'une syphilis sévère^ et pendant la deuxième poussée des mvifients cutanés et muqueux^ tumeur sous-cutanée néoplasique, dans le creux poplité qauche. Myosite du jumeau interne correspondant. Guérison au bout d'un mois.

U> malade. Agé de 2.) ans, avait contracté un chancre infectant qui débuta le 5 octobre \<(>. Comme première poussée : maux de gorge et petites papules disséminées sur ' utes les parties du corps. A la fin de janvier et au commencement de février 18^7, •Iruxième poussée caractérisée par une éruption de taches de roséole et par des plaques muqueuses confluen tes sur Tisthme et les amygdales. Douleurs dans les deux jambes, pnnri paiement dans la gauche ; claudication.

Le 1» février 1877 (4« mois de la syphilis), tumeur sous-cutanée qu'on voyait et qu'on >''iitait dans le creux du jarret à gauche. Elle proéminait de 1 centimètre au-dessus des [arti»*s voisines, était arrondie, aplatie, de 3 centimètres carrés de superficie, sans adhérence avec la peau, mais adhérente profondément et plongée au miliea du tissu

* Tijonctif, sensible à la pression, un peu consistante, nullement inflammatoire, sans ii'Jf'me périphérique et sans vaisseaux lymphatiques enflammés ou hypertrophiés autour d'elle. Aucune blessure, aucun bouton sur le membre inférieur correspondant : laudicatton.

Il existait en même temps que cette tumeur d'autres accidents syphiUtiques qu*il est iuutile de décrire : une roséole maculeuse très confluente, de nombreuses plaques nauqueuses dans le gosier, des troubles constitutionnels sérieux, des douleurs thoraci- 4uet» avec accès de dyspnée nocturne, une myosite du jumeau interne gauche n'ayant tucun rapport avec la tameur du creux poplité.

I. Leçon» mut les myopathie» iyphiUtiqne», par Charles Maariae, p. 156. G. ^ilassoo, édit., 1k'8.

876 SUFFUSIONS RÉSOLUTIVES ET PÉBI0ST0BE8 DES JAMBES.

Au bout d'un mois, grâce au repos et au traitement mixte, lanéopUsie ducnui poplité avait à peu près disparu.

Quelquefois les tumeurs sous-cutanées se développent sous forme de larisr^ plaques diffuses, au voisinage des périostoses, et semblent appartenir an mém«processus. En voici un exemple :

Obs. 13. Au quatrième mois du chancre infectant ^ tumeurs périostiqurs sur la fart n*: - Heure des deux tibias. — Su/fusions dermo-sotis-cutanées sur ta jambe droite. — P". tardy impétigo et sarcocèle.

T... (Alfred), 25 ans, menuisier, entré dans mon service le 32 avril 1879, avait eu u chancre syphilitique de la rainure cinq mois auparavant. Quatre ou cinq semaines à; r-^ le début de Taccident primitif, roséole érythémateuse, plaques muqueuses bucf ^^r^. croûtes dans les cheveux, etc. (3 pilules de protoiodure de 0,03 c).

Le 1'^ mai (6" mois 1^2 de la syphilis), on constate, au niveau des points doulourr'.'. qui existent depuis quelques semaines, sur la partie antérieure des deux jamb^>. >'" petites périostoses. L une à peine visible, et perceptible seulement au toucher. •.-' u^la face interne du tibia, vers la partie moyenne ; Tautre. au même niveau, sur la fa interne du tibia droit, est beaucoup plus volumineuse et accompagnée d*un épaif>i>'yment prononcé de la crête. Au-dessous de ces lésions périostiques, on trouve à dr*. ^ deux larges plaques dermiques et sous-dermiques, non adhérentes aux parties S'^o^ jacentes, mobiles, dures, un peu œdémateuses à leur périphérie, sensibles à la pre>«" c faisant corps avec la peau qui est légèrement teintée de rose au-dessus d'elles. — G^ sulfu$>ions sont parfaitement distinctes des périostoses, quoiqu'elles n*en soient sé(»an^^ que par un faible intervalle. Elles sont survenues spontanément et en dehors de t u* cause occasionnelle. Traitement mixte : guérison au bout de quarante jours. Vai^ malgré la médication interne, et pendant que les périostoses et les ^uffusioDs ^q^ (.-utanées se résorbaient, impétigo superficiel sur diverses parties du corps, engor^ea^r" spécifique de l'épididyme qui envahit bientôt tout le testicule droit.

Le diagnostic des périostoses et des tumeurs sous-cutanées est en gtD«>ni très facile; mais on ne distingue pas toujours aussi aisément ces deroière< J^^ sufTusions musculaires. Le fait suivant en est une preuve :

Obs. 14. Chancre vifectant^ suivi , au bout d'un mois et demi^ cTune roséole Uffèrt ^t • deuœ petites tumeurs gommeuses sous-cutanées et sous-aponévrotiques sur le ^<»:droite. — Tuméfaction syphilitique dit jambier antérieur du même côté, — Gut^ rapide.

B... (Léon), frappeur, entré le 22 juin 1670, salle 8, n* 13. Bonne santé babito-» - Cicatrices strumeuses sur les côtés de la mâchoire inférieure, datant de Vif' -> 12 ans.

Double chancre infectant balanique survenu vers le milieu de mai 1870. Adéut^t*' bi-inguinale. Affaiblissement, perte d*appétit. Accès de fièvre vespérale irréguHèri? i^' frisson, chaleur et sueurs nocturnes abondantes.

Un mois et demi après l'apparition du chancre, douleur et petites tumeurs sur la f interne du mollet droit. Le 5 juillet {!' semaine de Taccident primitif), chancre en ^ de réparation ; roséole érythémateuse légère. Il existait sur la jambe droite deox f<t! . tumeurs sous-cutanées survenues sans cause traumatique, et qui étaient coDstita^^f?- :• une tuméfaction cellulaire. Aucun changement de couleur à la peau qui glisse aa-d^^ d'elles. L'une interne, située à l'extrémité inférieure du mollet, était formée yr empâtement diffus et mollasse ; l'autre externe, grosse comme un noyau de cen>i?. * ' plus circonscrite, dure, plutôt sous-aponévrotique que sous-cutanée, ei seni.'i>. enchâssée dans la masse musculaire du mollet. En dehors de la crête du tibia, il •'x tait aussi nne tuméfaction douloureuse et diffuse qui paraissait siéger dan* If jam.'' •■

SUFFUSIONS HYPODERMIQUES DU TBIAlfGLE DE SCABPA. 877

inirrjeur. Ces accidents diminuèrent rapidement par la seule influence d'un traitement hydrargyrique, et le malade sortit guéri le 5 juillet.

Dans les cinq observations qui précèdent, les sufTusions sous-cutanées, très résolutives et d*un processus rapide, affectaient des rapports très étroits soit a>ec des lymphatiques, soit avec des périostoses, soit avec les tufneurs musculaires. La coïncidence de ces lésions et l'analogie qui existe entre leur configuration, jettent parfois quelque incertitude sur le diagnostic topographique. Nous donnerons les signes distinctifs de chacune d'elles dans la description gèoéraJe des tumeurs syphilitiques précoces du tissu cellulaire sous-cutané.

Il importe aussi de ne pas les confondre avec les tumeura adénopathiques, quand elles occupent une région riche en ganglions lymphatiques. La coufusion aurait pu se faire dans le cas suivant, si on n'y avait prêté quelque aUention.

l^B». 15. Tumeur du tissu cellulaire sous-cutané résolutive^ située au sommet du triangle de ScarpOj à droite, survenue le 6H* jour des chancres infectants. — Syphilide papuleuse très légère et fugace, iiw 8* mois de la syphilis^ tumeur gommeuse diffuse du ^tfmo-<léido~ma^toîdien gauche.

Laccident primitif présenta des particularités de processus très intéressantes chez un jeune homme de 26 ans, qui vint me consulter le 5 décembre i8'î6. Il avait deux érosions iëo& la rainure, larges et profondes, et trois sur la muqueuse préputiale , supei ficlelles et irrégulières. Elles étaient survenues cinq jours auparavant, le lendemain d'un rapport «A ore et deaz mois ou deux mois et demi au moins après le dernier coït. Elles ressem* Uaient à de l'herpès et je les cautérisai superficiellement avec le crayon de nitrate li ar,:«>nt. Au bout de trois jours, les deux ulcérations de la rainure étaient cicatrisées et iriJurêt.'s ; les trois autres le furent au bout de douze jours. Pas d'adénopaihie jusqu'au ^:ii::tième jour des chancres; et, au trentième, induration des lèvres du méat et de tout k ^l.ind, sans aucune érosion préalable, etc., etc.

Le quarante-troisième jour, céphalalgie erratique et papules discrètes sur le tronc |ui ^^voluèrent régulièrement et disparurent au bout de trois semaines en laissant de [rtites macules brunes.

Vers le 8 février (68* jour des chancres), le malade s'aperçut par hasard qu'il existait au sommet du triangle de Scarpa, du côté droit, une tumeur qui avait déjà les dimen- »ivns d'un œof de pigeon; elle était située sous la peau, et un peu douloureuse à la pression.

11 vint me trouver le 13 du môme mois, et je constatai l'état suivant : au-dessous de l<i peau qui glisse au-dessus d'elle et ne présente aucune altération à son niveau, tumeur ïré^utant les dimensions sus-indiquées, régulièrement arrondie, facile à saisir dans ;oo$ les sens, mobile, libre de toute adhérence avec Ips parties profondes, homogène, lure. sans fluctuation, presque indolente à la pression et située à 5 ou 6 travers de doigt lu-dessous du pli de l'aine. Cette tumeur était un peu étalée dans le tissu cellulaire et tplatie d'avant en arrière, et cette configuration lenticulaire permettait de la distinguer l'un ganglion syphilitique spécifiquement hypertrophié. Il n'existait dans la région lacuo engorgement adénopatbique ni lymphatique. Pas de lésion sur le membre inféiear correspondant.

Au bout de 14 jours, la tumeur avait diminué de moitié, et au bout d'un mois elle LTait complètement disparu. La durée d'une adénopathie spécifique est habituellement >eaucoup plus longue.

A la fin de juillet (8e mois révolu de la syphilis), une deuxième tumeur se développa hes ce malade, mais cette fois sur la partie latérale gauche du cou; elle était dure, 'î;I' algue, aplatie d'un cdté à l'autre et faisait corps avec le muscle sterno-mastoldien,

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dont elle occupait la partie moyenne et gênait la contraction, etc. Aucune noaveïle (xr.'^ sée sur la peau ni les muqueuses. — Guérison rapide.

Cette observation peut se passer de commentaire, et je terminerai par e!:-la deuxième catégorie des tumeurs néoplasiques sous-cutanées, discnftcïft résolutives. Les cas que j*en ai rapportés sont assez nombreux et assez vari'*pour mettre hors de doute leur existence et leur caractère spécifique. Uidiagnostic est facile, leur pronostic ne présente aucune gravité et le traitne&i mixte en Tait promptement justice. Je crois mèmequ*ellesse résoudraient ify': vite spontanément.

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