CAS DE SYPHILIS GOMMO-ULCÉKËUSE PRÉCOCE
Pea de jours après, il se produisit à la partie externe du sein gauche une vaste ulcération courbe, et, vers le 1*' avril, des tumeurs gommeuses apparurent sur diverses pariies du tronc.
Le malade rentra alors dans mes salles, salle 8, n* 32. Le 17 avril, je constatai chez iui letat suivant (7» mois révolu de la syphilis) : il existait sur le tronc, principalement dans le dos, 10 ou IS tumeurs gommeuses à divers degrés d'évolution , bien qu'elles eussent débuté à peu près en môme temps, vers la fin de mars ou le commencement d'avril . L*une d'elles était largement ouverte et convertie en une profonde excavation à bords stratifiés ; elle était ovalaire et mesurait 3 centimètres 1/3 de longueur sur i de largeur; trois autres^ moins volumineuses, s'étaient complètement ramollies et avaient évacué leur contenu à Textérieur par une ouverture fistulo- ulcéreuse étroite, à travers laquelle on pénétrait dans une cavité arrondie, à parois dures et hyperplasiées, sauf la supérieure constituée par la peau amincie et flasque ; 5 ou 6 tumeurs gommeuses, grosses comme une noix, étaient également ramollies, mais non ouvertes et manifestement fluctuantes; la peau qui les recouvrait était rougie, amincie et sur le point de s'ulcérer.
Sur la paupière supérieure gauche il existait aussi une petite tumeur gommeuse ramollie, mais non ouverte, qui ressemblait un peu à un orgeolet chronique et indolent; sur la paupière inférieure droite, persistance de l'échancrure consécutive à l'ulcération de la première poussée.
Le cuir chevelu était labouré par 3 ou 4 ulcérations taillées à pic qui suppuraient abondamment. Les gommes du dos évacuaient aussi de leur intérieur une assez grande quantité de pus et de sérosité sanieuse; seule, l'ulcération du sein présentait un fond bourgeonnant de bonne nature et paraissait en voie de cicatrisation, quoiqu'elle repos&t sur une vaste infiltration gommeuse sous-jacente.
Chose remarquable, malgré toutes ces lésions suppurantes, la santé générale du patient n'était en rien dérangée ni affaiblie.
Je prescrivis d'emblée 5 grammes d'iodure de potassium et une cuillerée à bouche de sirop de biiodure ioduré. — Bains. — Pansements avec du cérat ordinaire*
Au bout de 10 jours (27 avril), un mieux extraordinaire s'était produit : la gomme ulcérée du sein était à peu près cicatrisée et réduite à quelques bourgeons charnus de Umne nature ; il en était ainsi de celle du dos. Quant aux gommes ramollies et s'ouvrant a l'extérieur par un petit pertuis, leur cavité était en partie comblée, et la peau adhé* rait au fond. Enfin, les gommes ramollies, mais non ouvertes, avaient diminué des deux tiers et ne présentaient, à leur centre, qu'un peu de fluctuation, et la peau qui les recouvrait était à peine rosée. La gomme des paupières avait disparu. — Santé générale toujours très bonne. Les ulcérations serpigineuses de la jambe étaient en partie cicatrisées.
Le U' mai, toutes les gommes du tronc, ulcérées, fistuleuses ou non ouvertes, étaient complètement guéries. Vers le lA, la cicatrisation des ulcérations était achevée. Le malade continua son traitement encore quelques jours dans mon service. Il sortit très bien guéri le 8 juin 1878.
Cette observation est si précise et si claire, et elle rentre tellement dans mon sujet, qu'on peut la considérer comme typique. Les particularités intéres-. sautes qu'elle présente sont nombreuses et méritent d'être étudiées. Voilà d'abord une syphilis qui devient gommeuse au 6« mois; et ce ne sont pas là des nodosités ou des sufiTusions érythémateuses et résolutives qui se produisent avec abondance dans le tissu cellulaire sous-cutané, ce sont de véritables gommes qui paraissent rapidement sur divers points du tronc. A peine nées, elles passent, pour ainsi dire, sans transition de la phase formative à la phase de régression, et toutes en 15 jours ou 3 semaines, arrivent au ramollissement. Quelques-unes s'ulcèrent d'emblée ; d*autres se ramollissent et sWvrent, et enfin un bon nombre restent à Tétat de cavités closes, fluctuantes. En voyant