PSEUDO-GOMME IXFLAMHATOIBE DU SEIN
N'est-il pas curieux de voir de pareilles lésions d^une nature si franchement tertiaire, nattre et évoluer au 3e mois 1/2 de la syphilis, juste au moment où Taccident initial finit de se cicatriser et où la première poussée érythématop^puJeuse commence à disparaître?
Ce cas ressemble un peu à ceux de la première catégorie, non seulement à cause de l'analogie des plaques avec Térythème noueux, mais encore à cause des troubles fonctionnels qui ont précédé l'apparition des néoplasies. Remarquez en effet qu'ici, comme dans les érythèmes aigus, quoique les lésions fussent loin d'être inflammatoires, il s'est produit des douleurs qui semblaient en être le prodrome. Ces douleurs ont persisté pendant plusieurs jours et ont acquis assez d'intensité pour entraîner de la claudication. Puis elles ont cessé après la naissance des tumeurs qui leur ont servi de crise.
Je ne doute pas que le traitement n*ait été promptement suivi de succès. Mais que sera devenue cette syphilis gommeuse si précoce? Il est peu probable qu'elle s'en tienne à ces premières manifestations.
II n'est pas toujours possible dédire si une tumeur sous-cutanée qui est survenue dans les premiers mois de la syphilis, en même temps que d'autres manifestations spécifiques, est ou n'est pas de même nature qu'elles.
Le fait suivant en est une preuve :
Ob*». 18. A In suite de chancres infectants cicatriciels de quatre mois et demi de durée ^ Mjphilides à tendances ulcéreuses et arthropathies. Récidives. A la troisième poussée,, en m^me temps qu'une syphilide polymotphe extdcéreuse, ulcération tertiaire et tumeur p<eudo-^ommeuse du sein.
C... ébéniste, 26 ans, entré le S mai IS^G, salle 8, lit 2i, avait eu, en février 1875, (leiu chancres cicatriciels du fourreau qui avaient duré quatre mois et demi et avaient t^te suivis d'une syphilide papulo-ulcéreuse et d*une arthropathie spécifique; en outre, il ^ i^Liit produit des lésions sérieuses du côté du pharynx et du larynx. Je Tavais traité à df ux reprises différentes dans mon service.
Au 15* mois de sa maladie, il y revint pour une syphilide qui était le type du polyri^rphisme, car elle se composait de papules plates psoriasiformes, isolées, de papules tuberculeuses groupées en cercle autour d'une large plaque cutanée; de pustules «1 et tbyma peu profondes recouvertes d'une croûte noire et mince; enfin d'une ulcération '-fi croissant, rongeante sur son bord convexe taillé à pic, tandis qu'elle se cicatrisait du «'>té Je sa concavité. C'était une véritable ulcération tertiaire située sur le côté gauche •it* la poitrine.
Mais la lésion intéressante à notre point de vue siégeait dans le sein droit, au-dessous du mamelon. Elle existait depuis sept ou huit jours et consistait en une tumeur dure, un peu douloureuse au toucher, diffuse, grosse comme une noisette, sans changement de couleur à la peau, qui ne lui adhérait pas.
Après être restée quatre ou cinq jours stationnaire, cette petite tumeur du sein droit augmenta de volume, devint plus sensible, adhéra à la peau, mais sans la faire changer de ruuleur.
Au iô* jour de sa durée, elle avait triplé de volume; la peau était rouge et tendue; on ^entait de la fluctuation au-dessous du mamelon. La lésion, depuis quatre ou cinq jours, ivait pris la physionomie et les allures d*un abcès aigu, si bien que je l'incisai,* quoique jt^me sois fait une règle de ne porter que le plus rarement possible l'instrument tranchant -'ir les rollectioiis d'origine syphilitique. Cet abcès se guérit rapidement ainsi que l'ulcér.ition tertiaire des parois thoraciques. Le malade était soumis à uu traitement mixte «"lergique; c^était le troisième qui était institué et suivi depuis le début de la maladie >ans ^rand résultat préventif.
8S4 GOMMES CONFLUEKTES ET A MABCHE RAPIDE
Je suis loin d'accorder à ce fait la même valeur qu*aux autres. Quoique la lumeur ait été dans sa première phrase, subaiguë, sous-cutaoée et sans codnexîon avec la peau, comme les nodosités néoplasiques, je ne crois pas qu'i) faille la ranger dans la même catégorie que ces dernières. La terminaison, eD effet, a été celle d*un abcès aigu.
Elle ne contenait que du pus et pas de tissu cellulaire bourbillonneux;eDtio, elle s'est cicatrisée sans montrer la moindre tendance à l'ulcération. Néanmoins, comme elle s^est produite, sans aucune cause provocatrice, en mémf lemps qu*une poussée d'accidents cutanés dont quelques-uns étaient franchement ulcéreux, peut-être ne serait-il pas impossible qu'elle eût que)qJ^ attaches spécifiques. C'était une sorte d'abcès à marche équivoque, comme J'en ai rencontré plusieurs fois dans le cours de la syphilis, une espèce d^ pseudo-gomme aiguë à processus rapide et à tendance franchement adhesiw aussitôt après Tévacuation de son contenu.
C'est aux extrémités inférieures et principalement sur les jambes que ie> tumeurs gommeuses ont le plus de tendance à se produire. C'est là aussi qu'ot les voit parcourir rapidement toutes les phases de leur évolution. OUe influence régionale est incontestable. Elle se manifeste non seulement p<>ar les productions gommeuses sous-cutanées, mais aussi pour toutes les atTeitions cutanées spécifiques qui sont ou qui deviennent là beaucoup plus qo ailleurs, en peu de temps, ulcéreuses et même serpigineuses. Je pourrais ci<er plusieurs faits à l'appui de cette proposition, je me bornerai au suivant q'ii est typique.
Obs* 19. Chancres infectants compliqués de bubons suppures guérig sponianémeaL - Syphilide populeuse. — Au septième jour de l'accident primitif, éruption de tuiftf't ' gommeuses eonfluentes sur les deux jambes. Elles s'ulcèrent très vite.'-'DiffieuUé de /'fc guérison. — Leur persistance au bout de trois mois de traitement. — Peu d'in/fu^ • des accidents syphilitiques sur la santé générale.
M. Paul H..., 22 ans, brasseur, entré le 15 avril 1869 dans mon service, k rhôpiii ^ Midi, salle 6, n* 13, grand, blond, d'apparence strumeuse, bavarois d'origine, ^>t ' toujours très bien porté et ne présentait dans ses antécédents aucun vice constitotirt - ' lorsqu'il lui survint un chancre infectant, le 15 janvier 1869, après trois semaine> <i cubation. — Au bout de quinze jours, bubons suppures qui guérirent spontanémeii ' une semaine. Puis syphilide papuleuse.
Vers le 22 mars (71* jour du chancre), les jambes se couvrirent de grosses tumeurs :■ ne tardèrent pas à se ramollir et à s'ulcérer.
Lorsque le malade entra dans mon service, il était en pleine poussée d accidents s^ daires papuleux sur la peau et sur les muqueuses. Mais ce qu'il y avait de plas ren •'quable dans son fait, c'était l'existence de nombreuses gommes sur les faces interc ' externe des deux jambes. Ces tumeurs étaient d'un rouge livide, arrondies et élever-- - 1 à 3 centimètres au-dessus des parties voisines. Quelques-unes étaient dures, d*iu'^~ ramollies et fluctuantes, d'autres enfin plus ou moins largement ouvertes et cnr^ d'ulcères profonds, à bords déchiquetés, taillés à pic, 'à fond bourgeonnant couvert «i •■ suppuration sanieuse. Immobiles et ne glissant pas sur les parties sous-jacente^. c semblaient avoir des racines jusque dans le périoste et les tissus aponévrotiques. 0*>' dant les tibias n'étaient pas atteints. Le tissu sous-cutané, dans leur in tenalle. ' sclérosé. Elles ne causaient aucune douleur.
Le traitement mixte que j'instituai immédiatement et à hautes doses, fut loin de :' duire l'effet que j'en attendais. La guérison fut très lente. Les topiques nombreoi a. quels j'eus recours ne parurent pas la hâter. Bref, deux mois et demi après l'entTvt
DKS EXTRÉMITÉS INFKltlEURER. 885
malade à lliôpital, il restait encore sur chaque jambe trois ou quatre ulcérations profondes ayant deux centimètres de diamètre dans tous les sens. Vers le milieu du mois •l'août (5* mois des tumeurs) les ulcérations n'étaient pas toutes fermées , mais les tumeurs sur lesquelles elles reposaient s'étaient affaissées . La peau des jambes était moins livide et le tissu cellulaire moins empâté. Santé générale toujours excellente.
Il est rare que les tumeurs gommeuses précoces s'ulcèrent aussi promptement et surtout se moutrent aussi réfractaires à la médicatioD spécifique coQvenablemeot dosée. Le cas que j'ai publié en 1874 était bien autremeot grave et siguificatif que celui-ci, puisque des gommes se développèreal pendant deux ans sur tous les points du corps sans être influencées en quoi que ce soit par de fortes doses d'iodure de potassium. Ici, du moi nsj 'affection gommeuse était très circonscrite. Les jambes étaient le seul terrain sur lequel elles parussent avoir quelque aptitude à germer. Et, à ce propos, je ferai une remarque qui m'a été suggérée, maintes fois, par les accidents syphilitiques, quelle que soit leur nature, qui se circonscrivent et se reproduisent sur un même point du corps. Cette espèce d'affinité topographique joue surtout un rôle capital dans la manière d'être de certaines lésions : elle leur imprime une sorte <ie vie locale qui les soustrait, pour ainsi dire, à la diathëse et aux moyens qu'on emploie pour la combattre. J'ai vu des plaques muqueuses confluentes se reproduire pendant 2 ou 3 ans consécutifs et à de très courts intervalles, soit dans la gorge, soit sur les organes génitaux ou l'anus, sans que la médicalion interne exerçât sur elles la moindre action préventive ou curative. Souvent aussi elles résistaient au traitement topique qui, pourtant les fait, en général, disparaître avec promptitude.
Quoi qu'il en soit, il faut s'attendre à rencontrer d'étranges contrastes, au point de vue thérapeutique, entre les individus placés à peu près dans les mêmes conditions et victimes de lésions identiques, à la même phase de la syphilis. Que l'on compare, pour s'en convaincre, le malade actuel avec celui de l'observation 16.
La gène de la circulation causée par des varices, l'état œdémateux ou les i^uffusions plastiques diffuses dans le tissu cellulaire sous-cutané, l'épaisissement scléreux du derme, etc., sont autant de circonstances qui m'ont toujours semblé perpétuer la durée des ulcérations syphilitiques survenues d'emblée ou consécutives au ramollissement des tumeurs gommeuses. Cet état de choses existait sur les deux jambes du malade et c'est pourquoi, sans doute, nous avons eu tant de peine à le guérir.
Heureusement que toutes les gommes des extrémités inférieures ne présentent pas le même degré de résistance à l'action des remèdes, en voici un exemple :
Obs. 20. Chancre infectant ^ ulcéreux et cicatriciel. Première poussée superficielle. Deuxième poussée^ au A* mois du chancre^ composée de syphilides populeuses érosives^ de pustules d*ecthyma et de tumeurs gommeuses sur les extrémités inférieures. — Guérison rapide de tout les accidents.
M. B... (Auguste), 29 ans, scieur, entré le 27 juin 1876, salle 8, n« 30, blond, d une bonne constitution, n'ayant jamais été malade, eut, vers le milieu de janvier 1876, un rhancre ulcéreux péno-scrotal qui laissa une cicatrice. Roséole, plaques muqueuses pour lesquelles il fut traité pendant deux mois et demi dans mon servira.