VARIETES DES FORMULES SYXFTOMATIQUES
(quatrième année révolue de la syphilis), il ne présentait alors aocane l«sk>n f^ph..: tique en voie «inactivité, mais on trouvait sur son corps de nombreuse^ cicatrices.
La dernière en date, et la plus profonde, occupait le bord interne dn tendon rotule: du côté gauche. Elle était étendue et profonde. D'autres, également profondes. iii.« moins vastes, siégeaient dans la même région et adhéraient aux tissas sous-jaur.tv L'extrémité supérieure du tibia gauche était élargie dans tous les sens. Il n*eii>*ir aucune exostose sur sa crête ni sur d'autres points du système osseux.
Quant aux autres cicatrices, je les ai déjà décrites. Elles avaient pour carac:-':: principal de produire un enfoncement profond et de présenter à leur surface un çrarJ nombre de petits godets et de brides entre-croisés.
Quoique la santé de M.X... fût très bonne, il se sentait un peu moins fort qu'autrrf > et suait facilement. Mais en somme, il avait bonne mine et ne paraissait pa3â\>jrr trop cruellement éprouvé par cette grave syphilis.
Les principales circonstaDces de cette observation justifient le tiire qut.* lui ai donné. Ne s'agil-il pas en effet d'une sifphitis gomtneuse ? Remarquez qjje ne dis pas syphiUde, parce que chez mon malade, les productions gommeu^ depuisja première jusqu'à la dernière, ont occupé d*abord,sous une forme difuse ou circonscrite, le tissu conjonctîf sous cutané, et ce n'est qn'ultérieuremej; qu'elles ont envahi la peau. Elles ont présenté pendant toute la durée de leur 'V* lution le caractère typique de ce que tous les auteurs ont décrit sous le nom :. gomme. Enfin, si l'on en excepte la petite roséole qui a suivi de près l'accid: .: primitif, elles ont constitué à elles seules, pendant trois ans et demi, la îtci* manifestation de la maladie. La syphilis s'est donc traduite dès le début rt peu près exclusivement sous une de ses formes les plus caractéristique^ ii forme gommeuse, qu'elle a gardée jusqu'à son extinction.
Un autre caractère bien étonnant de cette syphilis, c'est sa résistance à to'i>les médications, dont l'infaillibilité en pareil cas est presque consacrée. Vcertes, chez notre malade, l'organisme paraissait assez riche en éiémenlf sa-u^ assez largement pourvu de forces réactives pour qu*il fût permis d'espérer qc" les agents thérapeutiques y développeraient, dans toute sa plénitude, i'* influence curative. 11 n'en a rien été. L'iodure de potassium, ce spécifique fi excellence des manifestations vraiment diathésiques de la syphilis, n'a pi prévenir ni guérir ces tumeurs gommeuses. biles ont surgi de tous lescùtt» * évolué malgré lui ; sauf une ou deux, toutes ont subi la dégénérescence rer^sive qui les a conduites fatalement à la liquéfaction ulcérative, etc.
Un fait aussi exceptionnel mérite donc à tous égards d*être étudié et u' mente.
Hypotfiése de la yluralUé des virus syphilitiques. Elle est inadmissibie H nV^**< • pas les formes exceptionnelles de la maladie coTistituttonnelle. — Variéle à» ^* mules symptomaiiques chez les individus infectés par un même virus. — te w^' téres de la syphilis chez le svjei infecté ne dépendent poitit d'une mamère aby^lM • caractères de la syphilis chez le sujet infectant.
Or, la première chose qu'il faut rechercher en pareil cas, c'est reoseir' des conditions étiologiques qui ont imprimé à la syphilis la physionooir particulière qu'elle a présentée pendant toute sa durée.
CHEZ LB8 nmiVIDUS INFiSOTKS PAR LE MÊME VIRUS. 897
Il serait curieux de savoir quels accideuts syphilitiques a éprouvés la femme qui a infecté notre malade. Malheureusement, la confrontation n'a pas été possible. Quand on se trouve en face de ces formes exceptionnelles et irrégulières •le la syphilis, on est tenté d'admettre que le virus qui les produit possède des qualités spéciales. Carmicliaël croyait à la pluralité des virus, et il supposait que chacun d'eux ne devait donner lieu qu'à une série de phénomènes toujours identiques à eux-mêmes, indépendamment des conditions de temps, de lieu et de terrains organiques, etc., etc. Une pareille hypothèse ne peut se soutenir que si Ton envisage la syphilis dans ses formes et ses manifestations les plus communes et les plus vulgaires. Dans la plupart des cas, en effet, on trouve uoe grande analogie entre la syphilis du sujet infectant et celle du sujet infecté. Ce sont toujours, dans les premières phases, quelques éruptions cutanées diffuses, superficielles et légères, des plaques muqueuses, des douleurs vagues, une perturbation peu profonde et fugace des principales fonctions organiques, etc., etc.
Mais cette répétition monotone de la même formule symptomatique ne s'ob- ^erve pas toujours. Ainsi, deux individus puisant la syphilis à la même source, éprouveront quelquefois des accidents très dissemblables comme forme, comme évolution, durée, gravité^ résistance aux agents thérapeutiques, etc., etc. On voit des syphilis se transformer en passant d'un organisme dans un autre; de légères, devenir graves et réciproquement, ou se traduire par des manifestations si différentes, qu'on serait tenté, au premier abord, de contester le lien de parenté si étroit qui les unit. Ces faits, qui n'ont peut-être pas été recherchés et étudiés avec assez de soin, détruisent toutes les théories qu'on voudrait élever sur les transmissions parallèles des mêmes séries d'accidents et, sur leur genèse, au moyen de virus empreints chacun d'une assez puissante individualité pour la conserver intacte en traversant tant d'organismes.
S'il est permis de raisonner d'après des probabilités, il y a donc tout lieu de croire que la syphilis de la femme qui a infecté notre malade n'a pas eu le caractère insolite de gommes apparaissant vers le troisième mois de la maladie constitutionnelle; le virus était sans doute un virus syphilitique ordinaire, qui ne portait point en lui les germes spéciaux de tel ou tel ordre de manifestations, mais qui était apte à les toutes faire éclore, suivant la nature du terrain «lui le recevait.
Difficulté de déterminer les conditions physio-pathologiques de Vorganisme, ^ut impriment à la syphilis telle ou telle manière d'être.--' Cachexie du début de la syphi^ lis. Son influence sur Vappariiion des formes graves de la maladie.— Contraste dans un grand nombre de cm, entre la gravité de Vétat général et la béfiignité des manift stations locales.
Si rbypothèse d'une certaine spécificité du virus syphilitique est inadmissible pour expliquer la syphilis gommeuse précoce, il en faut chercher les causes dans les conditions physio-pathologiques de Torganisme qui Ta conçue. Mais, pour être ainsi restreinte, la question pathogénique n'eu est pas plus facile à résoudre; on y répond par le mot idiosyncrasie, et tout est dit. C'est bien en effet par la vertu d'une disposition toute spéciale de l'économie que la syphilis a revêtu cette forme.
Eq quoi consiste cette disposition? Quelques traces la révélaient-elles avant Mauriac.—halauiks VBNÉR. ')7
8y8 INFLUENCE DE LA CACHEXIE INITIALE SUR LE8 AOClDSNTâ ULTÊRIEUE>.
l'infectioQ? Sur quels signes auraît-OD ]iu se fonder pour la prédire? Chaqu» fonction, en particulier, s'exécutait régulièrement; par leur bariDODie, elles cou stîtuaieot un état de santé à peu près irréprochable. Les organes étaient intact> il n'existait aucun vestige de maladie constitutionnelle héréditaire ou acquit tous les éléments morbides étaient latents, et seraient restés telsindéGoimeol, ^ le virus syphilitique, après sa diffusion, ne les avait suscités et mis h. œuvre.
Et remarquez qu1l n'a pas été besoin pour cela d'one longue incubation. A peine l'organisme était-il imprégné de la cause morbifique, qne les productioQ^ gommeuses, si tardives d'habitude, ont poussé dé tous les cAlés, avec les mém^^ caractères que celles qui surviennent dix, vingt, trente ans après laccid'r:' primitif dans les syphilis les plus invétérées.
Cette disposition occulte avait-elle besoin, pour produire des effets si ino^ilret si précoces, d'une perturbation générale des fonctions organiques, d'ooâorte d*état cachectique semblable à celui qu'on observe dans les syphilis magnes ou pendant la période vraiment constitutionnelle de la maladie? Je n^ pense pas, et voici pourquoi. Dans beaucoup de cas, surfont chez les femoit^ la santé générale est profondément troublée par l'éclosion des premiers acr dents; ces sortes de syphilis, sans altérer les organes essentiels à la vie, andonner lieu immédiatement à des lésions graves, etc., modifient les condiiioD^ normales de la vie plastique au point de jeter les malades dans une cachex prématurée. Il semble que chaque molécule organique se nourrit et fooctiooo' suivant un mode pathologique qui met toute l'économie dans les conditiori? d'opportunité les plus favorables au développement des morbi formations spérfiquesles plus profondes et les plus graves. Rh bien, qu'arrive-t-il la plupart di. temps? C'est que les manifestations matérielles de la maladie constitutionne ' sur les tissus se bornent à des syphilides légères et superficielles et à dfplaques muqueuses qui, par leur bénignité, contrastent d'une manière frappante avec la gravité de l'état général.
Aussi, pour en revenir à notre malade, je dirai que la cachexie qui a §ni^ l'apparition des premiers accidents n'a joué qu'un rôle à peu près nul, ou du moins très accessoire dans la pathogénie des tumeurs gommeuses ; elle n'a Ui' que traduire l'impression morbide ressentie par l'organisme pendant que sop«rait rapidement dans son sein la première prolifération du virus syphiliti<7r<. Par son invasion hâtive, ses allures de maladie subaiguë, ses périodes tî au;ment, d'état et de décroissance, elle appartenait bien plus à la phase vinH' • ' qu'à la phase constitutionnelle de la syphilis. Il faut la considérer comm*^ or effet plutôt que comme une cause. Et ce qui prouve bien qu'il en est ainsi, i^^ que les premières tumeurs gommeuses, survenues au moment où tous les pu.nomènes de la cachexie avaient atteint leur plus haut degré d'intensité, ont ' suivies de nouvelles poussées pendant la convalescence de la cachexie, ims'^ diatement après sa guérison, et plus tard, lorsque le malade fut re^enn, nuh"^ les manifestations incessantes de la syphilis à des conditions de santé à j^ près normales. Les gommes m'ont toujours paru très peu influencées par kvariations de l'état général; elles avaient l'air de vivre d'une vie propre, au;-nomique, qui se suffisait à elle-même et n'avait rien à gagner ou i perd*au mauvais ou au bon fonctionnement de la machine organique.
N'est-ce pas un phénomène curieux que la Tigneur, l'épaDouissemeot. *
PRÉCOCITÉ ET TENDANCE ULCEKEUâE DE8 G0MME8. 891^
l»ro$périté inaltérable de certaibes manifesUlioDs syphilitiques, quel que soit, du reste, le niveau de la santé au moment où elles se développent?
De même que la plasticité générale peut être profondément viciée et desrendre au plus bas degré de Tactivitê organique sous Tinfluence du virus syphilitique, sans qu1l existe aucune lésion visible ; de même, au milieu des désordres locaux les plus graves on voit quelquefois les actes vitaux conserver toute Ifur énergie et sortir intacts des poussées syphilitiques les plus menaçantes.
Ces considérations pathogéniques exigeraient de plus amples développements. Je me borne à les énoncer, parce qu^elles s'appliquent rigoureusement au cas dont j*ai relaté l'histoire; malheureusement, elles sont négatives plutôt que positives, puisqu'elles ne peuvent nous démontrer pourquoi, chez ce malade, la syphilis a revêtu d'emblée la forme gommeuse au lieu de se traduire par cette série de manifestations cutanées et muqueuses qui constituent la première phase de la maladie constitutiounelle dans la grande majorité des cas.
Du p/'ocessii.t gHiéral de cette syphilis gfmimeusn; briévHé extrême de la phase rintitnte cofisé''utive à V accident primitif; localis€Uion exclusive de ses manifestatiofts sur le tégument externe.
Précocité imotitfi des gommes survenues trois mois après le début du chancre; leur Vw'tfuiee fatale à l'ul'ifration.
Il est vrai que cette première phase a existé, mais elle a été très courte et incomplète, et ce n'est pas là uue des anomalies les moins remarquables. Au lieu d'avoir une durée moyenne, comme c'est le cas ordinaire, de deux ou trois ans, elle a disparu au bout de deux ou trois mois, pour ne plus revenir. Au lien d'attaquer simultanément la peau et les muqueuses, elle s'est conflnéc ^ur le tégument externe sous la forme d'une roséole papuleuse discrète. Il n'y a eu ni plaques muqueuses labiales, ni angine spécifique. Or, comme ces dernières lésions constituent de petits foyers morbides, dont la virulence est d'autant plus grande qu'elles surviennent à une époque plus rapprochée du début de la maladie, il est probable que notre malade eût été incapable de transmettre la syphilis par contagion, même pendant cette période qui a suivi de si près le chancre infectant.
A partir du moment où les productions gommeuses se sont montrées, toute trace de syphilide cutanée a disparu^ et il n'est survenu, depuis, aucune autre manifestation de cette nature. Un pareil fait donnerait raison aux syphiliographes, qui ont établi comme une loi que la syphilis ne remontait pas son cours, c'est-à-dire qu'une série d'accidents d'une certaine date, ayant fait place à une série d'accidents d*une date plus avancée, était presque toujours éteinte et ne pouvait pas se reproduire. Cette loi, ou mieux cette règle, dont je ne conteste pas la valeur, n'est cependant pas absolue ; j'ai vu plusieurs cas dans lesquels des syphilides superficielles et jeunes se sont montrées chez des individus atteints, 'depuis plusieurs mois, de syphilis viscérale. Je dois dire aussi que dans ces faits la détermination de la syphilis sur les viscères splanchniqae< avait été prématurée.
Depuis dix mois, le chancre syphilitique avait débuté chez notre malade lorsque la première tumeur gommeuse fit son apparition; un deuxième survint peu de temps après ; le malade ét^it encore sous l'influence de la cachexie initiale. Ces deux tumeurs suppurèrent et devinrent ulcéreuses ; il y eut alors un
900 CABACTÉBES DE L'ABTHBOPATHIË COMPLEXE DU GENOU.
lenips de repos, pendant lequel Torganisme) si forteménl éprouvé, reprit (lt> forces et revînt à un état de santé presque parfait.
À partir du huitième mois de la syphilis, de nouvelles poussées de tumeur? gommeuses eurent lieu sans interruption pendant trois ans et demi. Tel a ei., dans son ensemble, le processus de cette troisième phase.
Sa précocité est vraiment extraordinaire. La plupart des auteurs disent *". effet que les gommes n'apparaissent qu'exceptionnellement au bout d'un m, deux ans, et qu'elles constituent presque toujours un des symptômes les p!'> tardifs de la syphilis, puisqu'elles sont le type des accidents tertiaires. £b b\n ici, c'est au troisième mois qu'elles se montrèrent; or, malgré leur précocité elles ont eu une tendance fatale à l'ulcération dès le début, et, sauf deui "i trois, aucune n'a présenté cette disposition résolutive des sufTusions plastiqu:^ qui se déterminent quelquefois sur le périoste ou dans le tissu conjonctif pca* dant la période secondaire de la syphilis. N'est-ce pas là une preuve que h maladie était bien devenue d'emblée dîalhésique, constitutionnelle, et aîii' déflnitivement quitté son caractère de maladie toxique et virulente? On ^mrrait m'objecter que si les produits morbides, sécrétés par ces tumeurs, avaiec* été inoculés à un individu non syphilitique, ils auraient peut-être donné liea . un chancre infectant, etc. L'expérimientation n'ayant pas été faite, il m*impossible de répondre catégoriquement par la négative. Toutefois, les teoij* tives de cette nature sur les tumeurs gommeuses, moins rapprochées de 1 act. dent primitif, il est vrai, mais de contexture identique, n'ayant produit auru: résultat, il est probable qu'il en eût été de même dans le cas qui nous occu}^
Tumeurs gommeuses circomcrites et tumeurs gommeuses diffuses. Identité de Itnnature. -- Productions gommeuses périostiques. — Caractères de Varthrapathie ( i plexe du genou gauche. Tumeur blanche syphilitique. — La cachexie initiale fpas été suivie ultérieurement d'un état morbide analogw.
Si l'on envisage ces productions gommeuses au point de vue de leur conformation extérieure, on verra que les unes étaient circonscrites et les lutrfdiffuses. Les premières seules mériteraient, à la rigueur, le nom de gomme«: mais les autres sont évidemment de la même famille et consistent en nne byperplasie non limitée, non condensée de la substance conjonctive. Leur évolutif lente et chronique, leur tendance ulcérative, leur siège, la date de leur appi* rition, etc., confirment, du reste, leur identité de nature avec la gomme proprement dite.
Quelques-unes de ces productions gommeuses diffuses siégeaient au ni^e.' des articulations, et, comme elles semblaient avoir des racines très profood/v il est probable qu'elles avaient pris naissance dans le périoste. Il n'a pas exi^i . cependant, de lésion osseuse bien manifeste ; à peine a-t-on trouvé queiqjfois un peu d'augmentation de volume dans les extrémités des os sous-jaceo'.^
Les gommes ont donc été exclusivement limitées au tissu conjooctif »«*':cutané, et peut-être à quelques points du périoste. Elles n'ont envahi ni muscles, ni les viscères. Quant à l'affection du genou, qui est survenue a fin de la maladie, si l'on ne peut l'attribuer exclusivement aux productKi* gommeuses, il faut reconnaître qu'elles n'y ont pas été étrangères, ie n'ai %uc< la première phase de cette arthropathie compliquée; il m'a semblé que la tonfaction subaigue, située au-dessous de la rotule, dépendait d'une infiltrar - -
INEFFIOAOITé DE L'IODURB DB POTASSIUM. 901
plastique des masses.du tissu coDJoncUrde cette région. Cette producliou morbide a suppuré, puis s'est ulcérée de ia même façon que les tumeurs gomnicuses. L extrémité supérieure du tibia a été ua peu touchée et est devenue plus volumineuse. Les cicatrices péri -articulaires lui adhéraient, etc. En un mot, autant que j*en puis juger, n'ayant pas suivi le malade pendant la longue durée de cette artbropathie, il s'était produit là une sorte de tumeur blanche syphilitique.
Les désordres résultant de la fonte et de l'ulcération des gommes n'ont pas t-té considérables. L'arthropathie du genou a constitué l'accident le plus sérieux de cette syphilis. J'avais craint un instant que la fistule du canal de Sténon, consécutive à la gomme de la joue, fût difficile à guérir; mais on a vu avec quelle facilité elle s'était fermée après une seule cautérisation, bien qu'elle traversât un tissu cicatriciel de nouvelle formation, qui paraissait doué de peu de vitalité.
A partir du moment où le malade a définitivement triomphé de la cachexie initiale qui l'avait si fortement éprouvé, il n'est plus retombé, ou, s'il a éprouvé des alternatives de mieux et de plus mal, elles ont oscillé dans des limites as«ez étroites, pour qu'on n'en doive pas tenir compte dans une vue d'ensemble sur révolution de cette syphilis. En somme il n'y a pas eu d'incompatibilité entre ces nombreuses gommes ulcérées et un état de santé relativement très t>on. Ajoutez à cela que le malade a supporté, sans en souffrir, des doses énormes d'iodure de potassium.
Cette syphilis gommeuse a été réfraclaire à Viodure de potassium. Effets préventifs du médicament: ils sont à peu près nuls. — Ses effets curalifs. — Cas dans lesquels il éclujUKy etc.
Mais pourquoi cet agent thérapeutique si puissant, si efficace dans les manifestations diathésiques de la syphilis, n'a-t-il produit ici aucun de ces résultats curatifs infaillibles qu'un s'accorde à lui attribuer? J'avoue que ma déception eût été grande, si je n y avais ét^ préparé par des insuccès «intérieurs. Avezvous remarqué combien souvent les merveilles de certains médicaments qu*on exalte dans les traités de thérapeutique, s'évanouissent lorsqu'on en vient à l'application? Je ne veux pas dire qu'il en soit ainsi pour l'iodure de potassium ; toutefois on se ferait d'étranges illusions si l'on supposait qu'il suffit de l'adoiinistrer, même à uue forte dose, pour guérir toutes les manifestations de la syphilis tertiaire.
Daos son action, comme dans celle du mercure^ il faut considérer l'efTet préventif et refl*et curatif.
Or, en me renfermant, bien entendu, daus le cas qui nous occupe, TelTet préventif de l'iodure de potassium a été absolument nul. J'ai eu beau l'administrer à la dose de f< grammes pendant plusieurs mois consécutifs, seul ou combiné avec Thydrargyre, je n'ai empêché aucune gomme de se manifester; et celles qui sont survenues pendant que l'organisme était sous l'inOuence du médicaaient ont parcouru toutes leurs périodes de la même façon que si l'on n'avait soumis le malade à aucun traitement spécifique. On me dira peut-être : Mais si vous n'aviez pas administré l'iodure de potassium à ces doses et avec cette continuité, au lieu de dix ou douze tumeurs gommeuses, votre malade en aurait eu le double ou le triple ; au lieu d'une syphilis gommeuse externe
902 CONSIDÉRATIONS SUR LACTIOX CURATIVK
limitée au tissu coQJooclif sous-cutaoé, tout Torganisme, muscler, uerf, o^. cerveau, viscères de l'abdomeQ et de la poitrine, eût été farci de ces productions morbides ! — Avec de pareilles hypothèses, il serait impossible de raisonner en thérapeutique. Le médecin qui a l'habitude d'une maladie, qui sait comment elle se comporte à ses diverses périodes; qui a souvent calculé sa marche, supputé sa durée, étudié longtemps, à plusieurs reprises et sous tou^ ses aspects, la physionomie de ses manifestations; qui a manié dans une înGnitt* de cas les médicaments ou les médications qui lui conviennent, etc., a ilr grandes chances de ne pas se tromper dans son appréciation sur les eflt- 1^ curatifs des agents qu'il emploie. L'expérience acquise est d'un poids plu> grand en pareil cas, que des objections irréfutables. Au surplus ne pourrait-<.o pas répondre que Tiodure de potassium n'ayant pu empêcher les tumeurs goojmeuses de pousser dans le tissu cellulaire sous-cutané, quand il leur en ^ pris fantaisie, il est peu probable qu'il eût été plus heureux si elles avaient e i la velléité de choisir une autre région et d'autres organes, etc. 11 me semb • donc qu'il est ratioanel d'assimiler, sous le rapport de l'action prévenli^i riodure de potassium au mercure, et qu'on peut dire, sans être taxé d'un scepticisme exagéré, que si cette action préventive n'est pas nulle, elle est du moins extrêmement faible.
Quant à son action curative, ce serait une véritable hérésie thérapeutique d^ la uier. Seulement on s'exposerait à de nombreux mécomptes si Ton avait eo elle une foi absolue, et si l'on admettait que, dans tous les cas elle se développa avec toute sa plénitude et fait disparaître comme par enchantement les manifestations graves de la syphilis tertiaire.
Je ne crains pas d'avancer qu'ici, par exemple, pour je ne sais quelle raison, cette action curative a été déplorablement faible, si toutefois elle s'est exerc^v. J'ai suivi ce malade avec la plus grande attention et pendant longtemps ; j'aun.iété heureux de voir se résoudre ces tumeurs qui pullulaient malgré tous meefforts. Ëh bien, à aucun moment je n'ai pu saisir une de ces amélioratit^brapides qui contrarient les allures habituelles de la lésion, sont, pour ainsi din*. en dehors de ses mœurs, et font dire à coup sûr : Voici que le médicameLt agit ; sans lui vous auriez eu telle marche, telle durée, telle terminaison ; i^ processus morbide est enrayé, l'involution thérapeutique commence et vu promptement aboutir à la guérison, etc.
Combien d'affections viscérales de nature syphilitique sont réfractairc?. comme uotre syphilis gommeuse, à l'action de l'iodure de potassium! \Lu général, presque toutes celles qui siègent dans le parenchyme des or^aoe5 r'' guérissent pas et résistent au médicament. Il a beaucoup plus d'efficacité dan^ les affections osseuses des parois splanchniques qui intéressent secoodairv ment les viscères.
Mais s'il échoue quelquefois, il y a un très grand nombre de cas où il prodj* des effets curalifs vraiment merveilleux En voici un exemple ; je le cite parque la dame, âgée de soixante-quatorze ans, n'était pas, par le fait de son aj^. dans des conditions d'activité plastique bien aptes à mettre en œuvre la >ertk d*un médicament et à lui Taire produire tout son effet curatif. C'est pourtaiit <. qui eut lieu« La patiente avait sur la face interne du tibia gauche une lumt:.r gommeuse suppurée et, un peu plus haut une autre non suppurée. Il e\i>:j.. en outre, chez elle, une périostose volumineus.e de l'extrémité inférieure *i :
KT ttUK l'action PRÉVENTIVli DE LIODUKE DE POTASSIUM. WA
radius droit. 4e la fis entrer en juin i865 à Tinfirmerie de l'hospice des Ménages, dont j'étais alors médecin, et je lui fis administrer immédiatement de Tiodun^ de potassium, en débutant par la dose d'un gramme. Je me rappelle que je fus stupéfait du résultat. Presque instantément et à vue d'œil, une grande amélioration se produisit dans ces tumeurs. Pour en donner une idée, voici ce que je trouve dans mes notes : Le traitement fut commencé le i^*^ juin ; je mesurai ces tumeurs, et le 6 juillet, c'est-à-dire huit jours après, je constatai qu'elles avaient diminué de plus de moitié.
Eh bien, pourquoi n'en a-t-il pas été ainsi chez notre malade, Il était pourtant jeune, vigoureux, d'une santé robuste, d'une constitution exempte de toute autre diathèse que la syphilis et bien autrement doué physiquement que cette pauvre vieille femme arrivée à l'âge de la décrépitude I Réponde qui pourra à celte question. Quant à moi, j'aime mieux ne rien dire que de me perdre en des suppositions sans fondement.
Est-ce un procès que j'intente à l'iodure de potassium? Non. J'ai voulu dire seulement que son cas aurait besoin d'être étudié, revisé et discuté comme celui du mercure.
En résumé :
t* Le chancre infectant le plus simple peut donner lieu à une syphilis irn*salière ;
t^ Parmi les anomalies de la syphilis, il en est une qui consiste dans la brio- >eté et la bénignité des accidents cutanés et muqueux, et l'apparition précoce des productions gommeuses;
')• L'observation qui précède prouve que les productions gommeuses surviennent quelquefois trois mois après le début du chancre ;
4* Ces gommes précoces évoluent comme la gomme des syphilis anciennes. Il est possible qu'elles n'aient aucune tendance à la résolution et qu'elles soient absolument réfractaires à l'iodure dp potassium qui ne peut ni les prévenir ni l**s cuérir.