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DIX-NEUVIÈME LEÇON

PHAGÉDÉNISME SYPHILITIQUE

PuAGÉDÉNisME VÉNÉRIEN : il est Syphilitique ou chancrelleux. — Phagédénisnie •

vénérien : scrofulettx, cancéreux, épithéliomateux, cachectique, tropical. Pbagédénisue syphilitique. Chronologie : phagédénisme primitif, phagédénism^ tf

tiaire. — Cette complication est rare dans la période virulente. Ètiologie, Causes générales : dépression morale, phagédénisme antérieur, alcooii>ra- ,

vieillesse, cachexie, dyscrasie, etc. — Disposition au phagédénisme : rien oe la rt^n-

que le phagédénisme lui-même. Elle est originelle ou acquise. Ses vicissitudes. Symptômes. Phagédénisme en surface et par nappes arrondies; phagédénisme exfoliaUri-

ou épidermo-papillaire; phagédénisme centrifuge avec cicatrisation centrale ; phoi:^

dénisme serpigineux; phagédénisme térébrant. — Topographie du phagédénifm

Ses symptômes généraux.

Complications. Gangrène partielle, superficielle, centrifuge; concrétions paltacée&.4 i'

leurs , inflammation , érysipèle.

Processus. Marche, durée, terminaison; processus organo-pathologique du pha^'^^^-

nisme.

Diagnostic. Difficultés que présente parfois, sur les organes génitaux et dans la rc; • j

inguinale, le diagnostic du phagédénisme tertiaire et du phagédénisme cbancreli'^ui

Diagnostic de l'esthiomène scrofuleux et du phagédénisme syphilitique des orga'r-

génitaux.

Pronostic. Pronostic de la disposition phagédénique. — Les dispositions phagédéoi)' -

de diverses espèces sont-elles solidaires ? — Processus d*après la forme et le siêv'^ '

phagédénisme.

Traitement. Spécificité de Tiodure de potassium contre le phagédénisme 6yphiiiti<4Uf

Messiëciis,

C'est le phagédénisme syphilitique qui fera le sujet de cette le^oii. Vous connaissez déjà la plupart des désordres graves qu'il est susof tible de produire. J'ai eu l'occasion de vous en entretenir plusieurs foiv quand je vous ai décrit les complications du chancre infectant, et >u: tout, plus récemment, lorsque nous nous sommes occupés des sy[^loses de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané. — On l'observe aui deux périodes extrêmes de la maladie, mais il est loin d'y avoir » même fréquence et la même portée. Dans la syphilis primitive, il *^ exceptionnel et relativement peu dangereux. II est rare, en effet, q : ne s'arrête pas de lui-même ou qu'il ne cède pas très vite à racliou ' traitement. Dans la syphilis tertiaire, au contraire, il règne en souvt rain. C'est là son véritable domaine. Une fois qu'il s'en est emjMuv. .

DES DIFFÉUENTES ESPÈCES DE PHAGEDÉ^USME. 905

ne le quitte plus. On ne peut ni prévoir, ni calculer avec certitude les dommages qu'il causera. Nos moyens pour le combattre, tout puissants et rapides qu'ils soient, ne suffisent pas toujours pour l'arrêter ou pour prévenir et paralyser ses attaques. Les notions que je vous en ai données, se trouvant dispersées çà et là, perdent un peu de leur importance. Elles gagneront à être réunies et concentrées. Pour le phagédénisme primitif, je vous renvoie à mes leçons sur le chancre. Aujourdhui, j'aurai surtout en vue le phagédénisme tertiaire, et, par <a description détaillée, je compléterai Thistoire des dermatopatbies ulcéro-tuberculeuses et des gommes de l'hypoderme.

Est-il besoin de vous donner une définition du mot phagédénisme? Son étymologie est significative : elle veut dire ulcération qui ronge, qui dévore. Remarquez qu'elle n'implique nullement la nécessité d'une cause vénérienne ou syphilitique, comme on est trop porté à le croire. Cette disposition étrange et fatale de certaines plaies à franchir en étendue et en durée les limites ordinaires de leur action morbide, à détruire les tissus sans cesse, en tous sens, pour un temps illimité, et trop souvent en dépit de nos agents thérapeutiques, cette malignité locale, qui est le propre du phagédénisme, s'observe dans un grand nombre d'affections étrangères aux maladies vénériennes. C'est donc une complication d'ordre commun et non spécifique, un symptôme irrégulier, anormal, une déviation et une modalité vicieuse, que peuvent présenter tous les états morbides dont l'ulcération est un des phénomènes essentiels ou accessoires, habituels ou* accidentels. Si 1 on a coutume de lui attribuer, dans le langage ordinaire» une origine et une cause suspectes, c'est qu'il est plus fréquent dans les maladies vénériennes que dans les autres.

Quoique ce ne soit pas le lieu de faire la pathologie générale de cet accident, je crois qu'il ne sera pas inutile de vous énumérer les principales circonstances dans lesquelles il peut se manifester, en dehors de la syphilis. D'abord, dans le cadre des maladies qui nous occupent, nous trouvons le phagédénisipe chancrelleux, celui qui s'empare quelquefois de la chancrelle ou chancre simple, chancre mou et du bubon de même nature. C'est un des phagédénismes les plus curieux, les plus redoutables et les plus typiques. 11 est empreint d'une spécificité particulière qu'on ne retrouve sous le même mode dans aucun autre, et qui dépend, non pas de lui, mais de la lésion dont il s'est emparé. Cette spécificité consiste dans le caractère contagieux, inoculable et autoinoculable de la chancrelle, qui lui reste inhérent et persiste sans s'atténuer ni s'aggraver à travers toutes les péripéties de la complication

9U6 PHAGÉDÉITISME SYPHILITIQUE, SCROFULBUX, CHAXCUKhLELX, ETC.

pbagédéoique. Je vous prouverai par la suite que nous sommf's quelquefois forcés de recourir à une de ces propriétés, rauto-inoculabilit/ . pour distinguer l'un de l'autre le pbagédénisme tertiaire et le pha::^'dénisme chancrelleux, quand leurs affinités topographiques ou itur^ analogies de symptômes et de processus deviennent trop étroite> ^\ trop marquées.

Parmi les maladies constitutionnelles qui se rapprochent le pluN dr la syphilis, il faut mettre la scrofule en première ligne. Le pha^niinisme est un de leurs traits d'union. C'est même un lien de panrLir qui expose à la confusion. Les dermatopathies scrofuleuses se coiih pliquent de cet accident au moins aussi souvent que les sypbilodrrmies. Les différentes variétés du lupus, Vexedens^ le vorax^ le /r/brantj le malins constituent, par leur processus impitoyablem*^L* envahissant, destructeur, réfractaire et d'une durée désespérante, uik des expressions les plus complètes et les plus sérieuses du pbairt^l-nisme. Or, entre ce pbagédénisme et celui de la syphilis tertiaire. ;« ressemblance est souvent telle quUl faut faire appel à toutes les iv^sources du diagnostic, en dehors de la lésion elle-même, pour en d^-îrrminer la provenance et la nature.

Dans les maladies précédentes, le pbagédénisme n'est pas une implication inéluctable. 11 dépend plutôt d'une prédisposition individu* asque de l'état morbide lui-même. Mais il en est d*autres où il u^ manque jamais. Â un degré quelconque il se manifeste couâtamm^n:. Ce n'est plus un accident, c'est une façon d'être fatale qui fait prii' intégrante de la lésion. Il en résulte que ces affections sont, par ei< 4 lence, des affections malignes. Vous avez deviné qu'il s'agit du can.'r et de l'épithélioma. Ils rongent, ils dévorent les chairs avec une voni^ 1' plus grande encore que la syphilis et la scrofule, mais sous un m <i qui les classe à part. Aussi leur processus phagédénique présente -.. en général une physionomie tranchée qui ne permet pas de |o ,.l foudre avec les trois précédents.

Certaines dermatoses habituellement résolutives peuvent se rouv. quer de pbagédénisme lorsque les sujets qui les portent devieiin* cachectiques sous l'influence de l'âge et des mauvaises conditi hygiéniques. On trouve des exemples de cette tendance phai^vo nique aux deux extrêmes de la vie, surtout chez les vieillards qui fréquemment atteints d'ecthyma et d'ulcères variqueux de mau\unature. La misère physique et morale, les privations de toute naïur les excès, les intoxications et parmi elles l'alcoolisme, sont suscep^r blés d'imprimer uno déviation phagédénique dangereuse â di> u!« -

CHRONOLOGIK DU PHÂGËDENIâME. 9(l7

étions qui sont Daturellement et qui seraient restées inoffensives. Le climat occupe aussi une grande place dans les causes du phagédé- Disme, comme en font foi les ulcères pliagédéniques de Cochinchine, de Mozambique, de la Nouvelle-Calédonie, etc., dont la place nosologique est difficile à fixer, et qu'un médecin de la marine, M. le docteur Aude, propose de désigner sous le nom commun d'ulcères phagédéniques de la zone tropicale.

Ces préliminaires vous montrent suffisamment que la syphilis, si importante que soit sa place dans Tétiologie du pbagédénisme, s'y trouve en compagnie nombreuse. Ils vous donnent en même temps la preuve que le processus ulcéro-phagédénique est loin d'être exclusif; {\d\\ est même banal, puisqu'il se développe dans un grand nombre (l'affections différentes ; qu'il ne constitue point, par conséquent, une maladie, mais une modalité symptomatique dont les traits varient >uivant la lésion fondamentale qui lui sert de substratum et de prétexte.

Étudions maintenant des particularités que présente le phagédénisme de la syphilis.

Chronoloqie. — Dans la durée indéfinie de la syphilis, à quel Qioraent le pbagédénisme se déclare-t-il? A cet égard, comme à tant d'autres, il y a des variétés sans nombre, suivant les individus. Toutefois i! est de règle que cette complication est beaucoup plus rare dans la phase secondaire que dans les deux premiers mois et surtout que passé la première et la deuxième année ; ce qui revient à dire qu'elle est une exception pendant la période virulente, qu'elle n'est pas commune pendant la période primitive, tandis qu'on l'observe fréquemment pendant la période constitutionnelle. C'est un processus qui appartient même essentiellement au tertiarisme, car il existe, à un degré très faible il est vrai, et sous ses formes les plus bénignes, dans presque toutes les manifestations cutanées, muqueuses ou hypodermiques de cette période. S'il est imperceptible alors et ne sort pas les limites de l'ulcération normale, circonscrite et qui parcourt réguièrement ses périodes, il est ou il devient parfois de plus en plus aimioent, à mesure que les accidents se multiplient, récidivent et >rennent une teinte de plus en plus constitutionnelle. N'allez pas Toire toutefois qu'il soit possible de lui assigner des dates fixes, qu'il âsse défaut ou qu'il survienne aux époques précises que nous avions alculées. Si dans son évolution générale la syphilis montre une réguarité plus grande que les autres maladies diathésiques, elle échappe,

9Ui^ £ÏIOLOGI£ DU PHAGÉDKNISME.

par beaucoup de détails, à ces évaluations mathématiques qu'une école féconde en erreurs de toutes sortes prétendait lui imposer. Le pha^'^dénisme en est une preuve. Combien de fois ne le voit-on pas sur^nr tout à coup quand rien ne le faisait prévoir, ni les conditions de sant" antérieures ou actuelles du malade, ni les allures de sa syphilis. .V prévisions se trouvent donc fort souvent déjouées, et nous sommn exposés à bien des surprises, surtout à une époque éloignée de i':v toxication, lorsque les premiers phénomènes s'évanouissent et se perdent dans un passé lointain, où il est difficile de deviner leur natur*' et de suivre leur filiation.

La chronologie du phagédénisme primitif n'est pas embarrassant a établir, puisque l'événement, s'il se produit, ne dépasse pas les liioi -« de deux ou trois mois, au plus. Eh bien, là encore, notre jugemti est exposé à des déceptions. Ou rencontre par exemple, des chancn^ syphilitiques qui paraissaient superficiels et bénins dans les premi»'^ jours, et qui se creusent, s'étendent, se phagédéniseot tout à ce; spontanément au bout de quelques semaines. J'en ai observé qui isubissaient cette déviation que vers le quarantième ou le cinquaDlit^Ljour, au moment précis où se montraient les premiers accidents généralisés de l'intoxication. Par contre, il y en a qui, depuis leur dék. jusqu'à leur terminaison, possèdent plus ou moins les caractères du: ' ulcération phagédénique.

Étiolooie. — Supposez qu'un de vos clients de vieille date, d^o vous connaissez le tempérament, la constitution, les habitudes, i antécédents personnels ou de famille, tout ce qui permet, en un dj ■-. de porter un jugement sur la santé, vint vous dire : tel jour ti telle heure, j'ai eu des rapports avec une femme atteinte de syphi> que va-t-il m'arriver? Vous lui répondriez que la contaminaliuo probable, mais qu'elle n'est pas certaine, et vous lui demanderiez i * détails sur la source de la contagion. Admettons que vous sachiez quoi vojas en tenir à cet égard. La femme, par exemple, pour me".*' les choses au pis, avait un ulcère primitif et phagédénique des p&^^tgénitales. Qu'en concluriez- vous? D'abord, que les conditions ét^ très favorables pour que la contagion eût Ueu et que votre client ^^r-exceptionnellement heureux s'il y avait échappé. Mais après, iriex-^ * plus loin dans ces prévisions que le futur malade vous presse de f ' muler, en vous faisant remarquer que vous possédez tous les élém^:''* pour résoudre le problème, soit de son côté, soit du côté de la femff Lui. se figurera à coup sur qu'il va être atteint d'une syphilis eSroyii -

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