‹ Lecons sur les maladies vénériennesChapitre 391 sur 441 · DE LA DISPOSITION AU PHAGÉDÊNISME. B · texte numérisé non relu

DE LA DISPOSITION AU PHAGÉDÊNISME. B

puisque la source où il la puisée est déjà souillée de phagédéaisme. Vous, si vous êtes prudent, vous garderez le silence, même sur les éventualités les plus prochaines, ou bien vous répondrez le fameux je ne sais auquel nous sommes si souvent condamnés quand uous voulons être sincères et ne pas donner à nos malades de faux espoirs ou des consolations éphémères. Et pourtant dans le cas que je suppose, et qui n'est pas une vaine hypothèse, puisqu'il se présentera fréquemment à vous dans la pratique, votre doute aurait autant de raison d'être rassurant que d'être alarmant, si dans toutes les choses de la vie il ne fallait pas faire une plus grande part aux mauvaises qu'aux bonnes chances. — Oui, il est fort possible que votre client, s'il a été contaminé par ce chancre phagédénique, n'ait qu'un chancre inrectaDt, petit, papuleux, à peine érosif. Je vais plus loin et je dis même que c'est probable, vu la rareté relative de la déviation phagédénique dans l'accident primitif. Le phagcdénisme syphilitique pas plus que le phagédénisme chancrelleux ne se communique d'un individu à un autre. Il n'est pas transmissible. — Vous énoncez cette propo* sition à votre malade, et en cela vous .contrariez agréablement un préjugé qu'il partage avec beaucoup d'autres. Mais vous n'êtes pas au bout de ses questions, car si vous avez ajouté : le phagédénisme est produit par l'individu, il ne manquera pas de vous demander : suis-je ou non susceptible d'être phagédénisé? Et la réponse, il se la fera d'avance à lui-même, et soyez sur qu'il la basera sur les conditions actuelles ou antérieures de sa santé. N'est-ce pas rationnel? Sans doute, et cependant ne faites aucun fond là-dessus; en ce qui concerne la question qui nous occupe. Voici pourquoi. C'est que, indépendamment de ce que nous pouvons voir et apprécier dans la manière d'être apparente et physiologique ou morbide des individus, il existe une modalité plastique qui nous échappe, qui ne se traduit par aucun signe extérieur, qui se cache souvent sous les floraisons les plus brillantes et les plus vivaces de la santé, et qui n'en élabore pas moins, dans le mystère, au sein de toute l'économie, ou seulement ici ou là, en tous temps, ou temporairement, ce vice organique et fonctionnel, cette aberration latente de la nutrition, ce je ne sais quoi auquel il faut encore revenir, et qui produit seul et indépendamment de toute autre cause appréciable, le processus phagédénique. — Vous voyez à combien peu de notions positives nous en somnies réduits sur cette question si importante de l'étiologie. Ne vous en tenez donc pas aux énumérations banales dont la kyrielle est inévitable en pareille occurence : faiblesse de la constitution, mauvais état de la santé actuelle ou anté-

010 CAU8BS ADJUVANTES DU PHAOKDÉHISMK.

rieure, tempérament lymphatique ou scrofuleui, débilité originelle on diminution acquise de la résistance vitale, toutes les détérioratioD^ qu'entraîne une mauvaise hygiène comprenant les privations, h misère, les excès, les veilles, Tencombrement, Talimentation insul:sante, les habitations malsaines, le froid, Thumidité, etc. Certes, il n»viendra à l'idée de personne de dénier toute influence à ces caih « séparées ou réunies. J'accorderai volontiers que chez quelques roalad-^ elles sont peut-être susceptibles à elles seules de produire le phagni nisme; mais c'est là Texception. La plupart du temps elles ne jou^... vis-à-vis de lui, que le rôle d'une cause occasionnelle ou aggravaii: . Et la preuve ne la trouvons-nous pas dans ce grand nombre de mala^it^ qui échappent à cette complication, quoique soumis à la plupart <iconditions morbigènes qui minent leur constitution et ruinent If / santé? Par contre, — et c'est là une preuve encore plus forte que I précédente, — n'observe-t-on pas fréquemment, dans la pratiq:' syphilitique, des sujets à qui leur vigoureuse constitution, leur tempérament, l'excellence de leur santé, l'absence apparente de tout si" constitutionnel, semblaient devoir conférer une immunité abs^L^ contre le phagédénisme, et qui cependant sont attaqués. $an« aucune raison plausible, de ses manifestations les plus dao: reuses ?

Parmi les causes adjuvantes qui sont les plus propres à exciter .: disposition phagédénique, à la mettre en œuvre et à en aggraver h effets, je mets en première ligne les pertîtrbatiotis morales^ les ch.grins, les angpisses, la tristesse et tout ce qui, dans cette sphère ^* vaste de la pathogénie morbide, peut ébranler violemment ou dé|>n mer d'une manière continue le système nerveux central. J'en ai ^^ plusieurs exemples.

De toutes les maladies antérieures, il n'en est aucune qui soit o*^parable comme valeur éliologique à une ou plusieurs attaques de jK gédénisme, alors même qu*elles remonteraient dans un passé très I» t tain et qu'elles n'auraient pas eu pour cause et pour substratnm u lésion syphilitique. Ainsi, je crois qu'uq malade, qui aurait été att^* de phagédénisme chancrelleux, aurait la mauvaise chance, s*il • tractait ultérieurement la syphilis, de voir cette maladie prendre ou tard une mauvaise tournure dans ses déterminations cutanco muqueuses.

Il y a des influences étiologiques qtii, pour être d'un ordre conu»et général, n'en sont pas moins fort efficaces, et dont il importe, \^' conséquent, de tenir grand compte dans l'appréciation des prohd.

CAUSKS MORALES, ALCOOLISME, VIEILLESSE, ETC. Ull

lités qui nous occupent. Au premier rang, placez Yalcoolisme. Lorsqu'il est chronique, invétéré, nul doute qu'il n'exerce une puissante action sur le processus phagédénique, quelle que soit la nature de la lésion qui va devenir maligne. Pour les chancres, et surtout pour la cbancrelle, le fait est hors de doute, et M. Ricord fut bien inspiré quand il désigna le chancre des ivrognes sous le nom de chancre œnopbagédénique. Le phagédénisme syphilitique primitif et tertiaire se soustrait plus que celui de la chancrelle à cette cause si puissante de déchéance organique et morale. Dans un grand nombre de cas, où les manifestations de la syphilis devenaient malignes, je n'ai pu constater aucun antécédent alcoolique. L'intoxication alcoolique fait souvent déraut, comme je vous l'ai dit, dans la syphilis maligne précoce.

L'âge avancé prédispose singulièrement aux formes graves de la syphilis et parmi elles au phagédénisme. Notez aussi la grossesse, la glycosurie, Tintoxication palustre, etc. Mais à quoi bon poursuivre plus loin cette étiologie si obscure, si insaisissable. Retournez le problème dâos tous les sens, cherchez sa solution par tous les moyens possibles, vous arriverez toujours à ce résultat, c'est que le phagédénisme syphilitique dépend essentiellement d'une disposition interne, d'une modalité plastique, essentielle, souveraine et si exclusive qu'elle ne révèle son existence que par ce seul processus, et qu'elle est indéfiniment compatible avec toutes les apparences et même toute la réalité d*une santé parfaite.

Cette disposition, cette diathèse phagédénique est-elle innée ou acquise, permanente ou transitoire? S'affaiblit-elle, s'éteint-elle? Estelle continue, intermittente, rémittente? Où commence-t-elle, où finitelle? Est-elle générale ou locale, et à quel degré etc.? Je pourrais multiplier tous ces points d'interrogation ; ce serait plus facile que d'y répondre. Que nous disent les faits. Leur langage est souvent contradictoire, mais peut-être par cela même fort instructif. Dans une grande catégorie de cas, il règne une concordance, une harmonie, une ijdenlité de processus dans toutes les manifestations, depuis le début de la syphilis jusqu à son terme, si elle en a un. L'accident primitif donne lu mesure de ce que seront les accidents consécutifs : s'il est phagédé- Dîque, tous les autres le seront jusqu'à l'épuisement de Taction diaiiésique. L'hygiène et le traitement spécifique auront grand peine à triompher de ce phagédénisme en permanence. — En pareil cas, il est bien évident que la disposition phagédénique préexistait probablement, >uisqu'elle a marqué de son empreinte la première lésion syphilitique. Prenez le contraire, que vous rencontrerez fréquemment : ua malade

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