ÉTAT GÉNÉRAL DANS LE PHAGÉDÉNISHE
tent des cicatrices froncées, profondes, anfractueuses de la peau, sont de peu d'importance, même quand elles défigurent le visage. Les plus sérieux, au point de vue fonctionnel, sont les brises inodulaîres qui infléchissent le segment d'un membre sur l'autre, gênent, limitent et même abolissent complètement les mouvements d'extension et de flexion. Quant aux mutilations, leur gravité dépend des régions on elles siègent. Le pbagédénisme qui ampute plusieurs doigts de la main, qui fait disparaître une partie du pied, par exemple, est incomparablement plus à craindre que celui qui ronge la moitié ou les trois quarts d'une fesse.
Il est rare que le pbagédénisme tertiaire produise par lui-même f-i indépendamment des troubles fonctionnels qu'il suscite du c6té d^> fonctions digestives, respiratoires ou génilo-urinaires, une perlurbaticii sérieuse et durable dans la santé générale. Bien souvent l'organisin»' assiste impassible et comme indifférent aux lésions phagédéniques qut le dévorent. Il ne montre aucune velléité de réaction générale ou locale. La santé reste impertubablemenl bonne et c'est à peine si quelqaefui^ la sensibilité est excitée douloureusement sur les points envahis. Plus fréquemment, surtout dans les cas de pbagédénisme profond et étendu, les fonctions organiques descendent au-dessous de leurnive^aj normal et se détériorent d'une façon lente, continue, progressive, sar.> qu'il y ait rien de spécial dans l'épuisement qui mine peu à peu la santé.
C'est là un commencement de cachexie chronique. Plusieurs cauï^^ contribuent à la produire, et parmi elles, en première ligne, Tèut moral, l'anxiété, le découragement, les idées uoires, la surexcitation ou l'affaissement nerveux qui en résultent, puis les douleurs quelque^ U excessivement vives, l'insomnie, l'abondance de la suppuration, ^to. Il est rare que le pbagédénisme s'accompagne d'accidents généram plus prononcés et jette l'économie dans le marasme et la cachexie, hchoses n'en viennent à cette extrémité que si des fonctions aussi cafàtales que la respiration et la digestion sont sérieusement compromisi^^ et si le foie, la rate ou les reins sont envahis par la syphilis, comm^ cela est fréquent, aux périodes reculées de la maladie constitutionnel!' . L'état aigu étant exceptionnel dans le pbagédénisme tertiaire, bi*'i. que ses phénomènes se déroulent parfois avec une grande rapidité, on n'} rencontre que rarement la fièvre continue ou rémittente, l'état saburrhal, la prostration des forces, la stupeur, l'ataxo-adynamie, le subdelirium, etc., qui donnent aux phagédénismes \ioIents, êtendij>. accélérés, gangreniformes de la chancrelle et exceptionnellemeol ik
COMPLICATIONS DU PHAGÉDENISME. i)U<
chancre infectaDt, la physionomie et les allures d'une fièvre typhoïde subaiguë \
Complications. — Cette tendance constante du phagédénisme tertiaire à rvoluer lentement sous un mode aphlegmasique qui amortit ou éteint la n'*action vitale des parties saines poriph«'»riques, le pr(»serve des complications inflammatoires si communes, au contraire, dans le phagédrnisme du chancre simple. Le phagédénisme de Taccident primitif en est moins indemne ; il est rare, toutefois, qu'elles atteignent une grande intensité.
L'exagération du phénomène essentiel de l'action phagédénisante, c'est-à-dire de la destruction moléculaire des tissus, peut conduire à une complication de même nature; seulement, le processus, au lieu de s'attaquer à chacune des cellules ou des fibres organiques et de les tuer une à une, en englobe une étendue plus ou moins considérable simultanément, et les escharifie en bloc et avec une grande rapidité. On >oit alors se former çà et là, sur la surface de l'ulcération phagédénique, des plaques de sphacèle, qui se reconnaissent facilement à leur couleur d'un brun foncé, verdâtre, ou même tout à fait noire. Ces plaques, plus ou moins étendues et rapprochées, sont éliminées là comme sur les parties saines par un fossé qui se creuse autour d'elles et les détache peu à peu. Il en résulte un redoublement dans l'action destructive du phagédénisme, dont l'allure devient plus accélérée, et elle Test d'autant plus que de nouvelles plaques se forment ordinairement sur la place même des premières ou à côté d'elles : c'est ce qu'on appelle le phagédénisme gangreneux. Dans celte grave complication, il y a des degrés qui dépendent de l'étendue et du nombre des points Nphacélés. Son expression la plus haute, c'est l'envahissement de toute la surface de l'ulcère phagédénique par le processus gangreneux. Ici, ne vous attendez pas à retirer quelque bénéfice de la destruction en masse des parties ulcérées; il ne s'agit point, en eiïet, d'un virus local 'omme celui du chancre simple, dont l'action reste circonscrite et ne lépasse pas la zone des parties saines qui entourent immédiatement la lésion. Ko pareil cas, on comprend que la gangrène en masse soit d'une 3f6cacité souveraine, et c'est ce qui a lieu ; elle éteint radicalement la iirulence et arrête court laphagédénisation chancrelleuse. — Mais dans a syphilis tertiaire, l'imprégnation morbide est plus générale et plus
I. Vne circonstance curieuse à noter, c'est que, dans le pliai^édénisme syphilitique prinitiret trrtiaire, tes ganglions lymphatiques de la région envahie ne subissent, en gêné- •il, aucune atteinte, qu'ils ne s'engorgent et ne s'endolorissent mi^me pas.
920 INFLAMMATION, GAKGBéNE, ÉBYSIPÂLB, ETC.
profonde ; aussi la destruction moléculaire est-eUe plutAt aclÎTée r[j ralentie et, à plus forte raison, qu'étouffée par l'escbariGcation tarJ de la surface ulcéreuse. La mortification gangreneuse ne se fait f^?. du reste, ordinairement en bloc et avec brutalité ; elle a lieu prr^;> régulièrement et à la sourdine, tantôt sur un point, tantôt suruoâi^. dans le fond ou sur les bords, et même quelquefois elle procède >y^> matiquement, dans les cas, par exempleVoù la zone périphéri<]ih 4l'ulcération est seule atteinte par cette dégénérescence. Le prov>f.ï gangreneux est alors centrifuge et, comme le processus phar^k que, il détruit les tissus par cercles concentriques, dont ksnyj s'allongent de plus en plus. De pareilles complications sous ce c systématique sont extrêmement rares; on les rencontre quelqj'':' dans les syphilides malignes précoces, et vous savez que Tuned i-* désignée sous le nom de tuberculo-gangreneuse, les présente f^vf-toute sa durée.
La complication pultacée, diphthéroîde, semblable à la poorrirr' d'hôpital est encore plus exceptionnelle que la précédente dansi^ii^v gédénisme tertiaire; on ne voit guère la surface des ulcères se cuu\r.* de productions pulpeuses et putrilagineuses ou de fausses m'^::'brancs adhérentes d'un blanc lardacé ou grisâtre. J*en ai (kty quelques cas dans le phagédénisme primitif.
La douleur devient parfois excessivement intense dans les ul ^> tions phagédéniques tertiaires ; elle constitue alors, comme dac* chancre infectant, une complication sérieuse, qui tient probablfii' • à ce que l'action destructive s'attaque plus particulièrement au r ments nerveux de la partie atteinte.
Dans le phagédénisme du chancre simple et même parfois daos^ * de l'accident primitif, il survient des épiphénomènes qui oo' siège dans les tissus sains, encore indemnes, et qui ne relèveot ;. directement de l'action phagédénisante : tels sont les cedèmes i. les inflammations phlegmoneuses, les fusées purulentes inter^ti' et les décollements qui en sont la suite, les lymphangites, Ttry^ les adénopathies, etc. Rien de pareil dans le phagédénisme i^r: ^ Parmi ces complications, la seule qu'il suscite c'est rérysipèle. T observé un grand nombre de cas dans le phagédénisme des muqj'* et de la peau, surtout dans celui qui envahit la face et le cuir cl" J'en ai vu aussi dans le phagédénisme des extrémités infrn- '' C'est toujours une complication sérieuse, puisqu'elle peut ^drapidement la mort, comme le ferait une pneumonie maligne'-' ' dans certaines limites et eu égard au phagédénisme lui-méiDe.ti' >
: PROCESSUS DU PHAOÉDÉNISME. 921
généralement salutaire ; elle Test même quelquefois d'une façon très remarquable, car elle arrête brusquement l'action phagédénisante, ou a ralentit et la paralyse assez pour permettre au travail de réaction ;aiDe jusqu'alors subjugué par elle, d'accomplir en peu de temps son euvre de réparation. Cette influence bienfaisante est loin d'être absoae, et malheureusement elle n'est que temporaire dans le phagédélisme tertiaire, parce qu'elle ne s'attaque point à la diathèse, qui -evient à la charge après avoir été momentanément mise en déroute. 1 faut ajouter aussi que l'influence de l'érysipèle, loin d'être salutaire, !$t quelquefois nulle et même nuisible ^
Processus. — Dans un langage qui vous paraîtra peut-être un peu rop imaginé, M. Hutchinson a exprimé une grande vérité, connue lu reste avant lui, mais formulée d'une façon moins originale : (Lorsque, dit-il, la sorcière syphilis a fait appel au démon phagédélisme, elle a évoqué un pouvoir au-dessus de tout contrôle. Aucune oi de cessation spontanée ou de guérison ne sera maintenant respecée, et les spéciGques contre la maladie mère ne seront que d'un aible secours contre son enfant. Une fois suscité , le phagédénisme aiste par lui-môme et se répand par la contagion de son propre pus. ^our arrêter sa propagation, il est nécessaire de détruire sa sécréion ^. 9 Peut-être l'autonomie du phagédénisme tertiaire, son indéjendance à Tôgard de la diathèse sont-elles moins absolues que ne le suppose M. Hutchiuson. En outre, les spécifiques, et en particulier l'iodure de potassium, nous permettent quelquefois et même très souvent de nous en rendre maîtres. 11 n'en est pas moins vrai que le pro- :essus sans cesse envahissant de cette redoutable manifestation, que $a durée indéfinie, son issue toujours aléatoire, ses récidives interminables, ses recrudescences inattendues, ses fluctuations, ses bizarreries, ses caprices, en font un démon, un enfant terrible, qui ne ressemble guère aux éruptions bénignes et généralisées de la première période.
J ai étudié, à propos des symptômes, ses différentes modalités ulcé-
1. Voir au sujet de Taction curative de Térysipèle. l'appendice de la SO* leçon.
'J. When the wizard syphilis has once called upoa the démon Phageda*na, it bas 'voked that it is powerless to control. No law of spontaneous cessation nnd recovery vill iiow be observed : nor ^ill the spéciflcs for the parent malady avail much as e^anJs the ofTsprin^. Phapedœna once started, exists on its own behalf, and spreads »y tbe coniagion of its own pus. To arrests its spread, it is nécessary to destroy its •.'creiion. (Archives of Dermatology. New-York, april 1870. p. 234).
922 MARCHE DU PUAGÉDÊNISMK.
reu^es. Etudions maintenant ses allures, sa marche, sa durée, ses terminaisons, etc. Le phagédénisme primitif est quelquefois aigu et inflammatoire, c'est-à-dire qu'il est susceptible de susciter autour de lai un» réaction locale plus ou moins vive. Il n'en est pas ainsi du phaged*'nisme tertiaire, qui évolue presque toujours sourdement et à froid. Il semble qu'avant de les attaquer il ait sidéré les tissus qu'il va env.ii.* et réduit à néant leur réaction vitale. Je vous disais plus haut qn' éclatait quelquefois brusquement, cela n'implique point qu'il soit a!u> aigu et inflammatoire; si ses ravages sont rapides, presque instantan-^f. c'est qu'il avait miné préalablement les parties qu'il va détruire, en les inondant d'une néoplasie surabondante qui, tout à coup n^gre--'-. se liquéfie et entraine dans sa débâcle, peau, tissu conjonctif. rauq»i»ijses, muscles, etc. On voit fréquemment ce processus désastreux >» produire à l'isthme du gosier, dans le nez, dans le pharynx, sur Korganes génitaux , etc. Sur la peau où l'évolution se fait au irnnrf jour, on est moins exposé à de pareilles surprises ; néanmoins, il fa'i: toujours compter avec elles en fait de phagédénisme tertiaire. Si, dans ses formes les moins sévères et les plus superficielles il reste froid *'î lent, s'il suit une marche systématiquement régulière et susceptil'!»* par conséquent d'être prévue et calculée jusqu'à un certain point, il !':i arrive aussi parfois de se livrer à des écarts fantasques, que rien nViplique et ne justifie. Ainsi, par exemple, il s'arrête subitement, se limiK prend un bon aspect et laisse entrevoir une guérison prochaine : |Hii> tout à coup, après cette pause rassurante, le voilà qui se ranime elreconh mence avec plus d'ardeur son œuvre destructive. Alors même qu'il s»* répare et se cicatrise complètement, ne comptez pas trop en être quiM^ avec lui. S'il s'agissait d'un phagédénisme chancrelleux, vous poarri''2 affirmer que tout danger a disparu avec la dernière goutte de pus virulent, mais, avec le phagédénisme tertiaire, il ne faut s'attendre à rifù de définitif, car il lui arrive fréquemment de ressusciter alors qu'on 1" croyait mort, de revenir à la charge sur le théâtre même de son aoïkn première et de s'emparer de nouveau des points d'où l'avait délogé la » »catrisation. Si ce n'est pas là qu'il se développe, ce sera à côté, plus I iet même très loin de là, comme pour bien démontrer que ce n'est p.* seulement telle ou telle région, mais tout l'organisme qui est son tnbutaire. 11 y a, du reste, à cet égard, de grandes variétés ; chez certaiD^ individus le phagédénisme tertiaire est fixe et casanier; il se conlim en un point, ne le quitte pas ou y revient toujours; chez dautrts. il est d'humeur voyageuse et se transporte d'un point à un autre : o •>*. un phagédénisme nomade^ qui ne rampe point comme le serpigin^n.
DUIIKE DV i'UAGÉDÉNISME. 923
"t qui ne laisse des traces cicatricielles que là où il a planté sa tente ;)our un temps plus ou moins long.
La durée du phagédénisme syphilitique n'a rien de fixe, sauf cependant celle du phagédénisme primitif, qui est limitée et ne persiste pas au delà de deux ou trois mois. Le phagédénisme qui survient pendant la période virulente de la maladie est moins chronique que celui du |)hagédénisme vraiment tertiaire et constitutionnel; celui-ci se prolonge au delà de plusieurs semestres et même de plusieurs années si on ne le traite pas.
Ce qui contribue à le rendre interminable, c'est qu'il est extrêmement sujet aux récidives, et que la durée d'une première attaque s'allonge de la durée des attaques qui la suivent sans discontinuité ou après des intermittences plus ou moins longues.
(Juant à la terminaison, elle est favorable dans la majorité des cas. Les ulcérations [)liagédéniques, prises à temps et convenablement traitées, guérissent en général. Il y en a même qui se réparent avec une rapidité merveilleuse sous l'action des spécifiques; ce sont principalemont celles de la période primitive et celles de la période secondaire. I)*aulres cèdent difficilement et sont même tout à fait réfractaires ; il y en a fort peu qui montrent une tendance décidée à la guérison sponlanée. Le phagédénisme tenant au terrain organique doit présenter nécessairement de grandes différences suivant les individus. Chez ceux dont la disposition est toujours active, invariable et ne se modifie ni avec le temps ni avec les circonstances, le phagédénisme peut présenter une chronicité indéfinie. 11 se termine quelquefois par la mort lors- ({u'il produit des délabrements trop considérables dans les cavités pbaryngo-laryngées. 11 ne cause jamais d'infection purulente; quand il est très étendu, il peut faire périr par l'épuisement général qu'entraîne une suppuration prolongée. Je vous en ai cité un cas. Le danger du phagédénisme qui survient dans les syphilides malignes précoces, dépend moins de la profondeur que de l'étendue des pertes de substance. C'est généralement le contraire dans la syphilis tertiaire.
Quel est le processus organo-pathologique du phagédénisme? L'his- * tologie do ses ulcérations ne diffère pas de celles des ulcérations ecthymatheuses , tuberculeuses ou gommeuses. Jusqu'ici, on n'a découvert aucun élément microscopique particulier auquel on put imputer la nature si obstinément destructive de la lésion. Il est probable que ce processus organo-pathologique ressemble à beaucoup d'autres qui n'ont rien de spécifique. Je vous répète ici que ce n'est pas la structure intime des lésions qui peut nous édifier sur leurs carac-
930 DE l'inoculation comme moyen de diagnostic.
lésions inguiDo-génilales étaient donc survenues dans des conditions telles, qu'on aurait pu les prendre, si on n*y eût pas prêté quelque attention, pour des ulcérations virulentes symptomatiques d'un chancre simple larve. La première surtout avait, comme mode d'origine et comme processus, !es apparenc^< d'un bubon d'emblée, puisqu'elle avait débuté sans chancre pn^alable et apK> plusieurs coïts suspects, par une tumeur inflammatoire de Taine, rnpidpment purulente et suivie d'une vaste nlcrration phag«>dénique. Et pins tard. Tat^rè^ scrotal, devenu, lui aussi, ulcéreux et pliag dénique, ne re^semblaii-il p;i> > certains abcès chancreux de la même région. — Mais les inoculations furM;' toujours négatives, et Thypothèse de la syphilis pour expliquer ces ulctrat'ni " génitales, quoique les antécédents fussent muets à son égard, se trouva justifiée d'abord par l'impossibilité de trouver une autre cause, et surtout par !r^ résultats du traitement spécillque et l'apparition de quelques sypbiiîdes circinées autour des lésions principales.
Il résulte de ce qui précède, que dans certains cas, exceptionnels il est vrai, Tinorulation est le seul moyen de déterminer la nature du phagédénisme. Comme celui du chancre simple possède seul le siirir pathognomonique de Tauto-inoculabilité, dès que ce signe se produira fortuitement, ou sera provoqué par l'expérimentation, il n'y aura plu> aucun doute à avoir sur le caractère chancrelleux de rulcéralion. D'un autre côté si Tauto-inoculation pratiquée suivant les règles est négatif ^. on en conclura catégoriquement que la lésion n'a rien à démêler a\e le chancre simple. Mais il ne faut pas que la certitude fournie par «^^ signe vous le fasse demander, sans des raisons sérieuses, à une pratique dont on a abusé autrefois et qui e^t loin d'être exempte dedai)^er>. surtout quand il sagit de phagédénisme chancrelleux. Une cliaurrerit' d'inoculation provenant d'un chancre phagédénique peut, en effet, de^e• nir phagédéniijue non pas quand il s'agit d'un autre individu, mais sur le malade lui-même. Vous ne vous déciderez donc à l'auto-inoculati^u que s'il y a une nécessité absolue, un intérêt pratique et majeur, b^ reste on peut, dans la grande majorité des cas, arriver au diagnost: par la clinique seule, ce qui est infiniment préférable. Ainsi, outre q*. le phagédénisme chancrelleux a son point de départ et son siè^'epre>que exclusifs sur les organes génitaux et la région inguinale, il >dislingue par les caractères suivants : ses bords sont décbiquet'-. tailles à pic, décollés, retroussés, épaissis et enflammés ; son fond t» vermoulu, mamelonné, anfractueiix; sa coloration est d'un jaune sa.r. un peu clair ; sa base est œdémato-phlegmoneuse et sans îodurai'< : circonscrite, etc. Sans doute il y a bien des cas où» à première vue, ' phagédénisme syphilitique, soit primitif, soit tertiaire se présente a^ la même physionomie ; mais chacun de ses traits est moins accun
DIAGNOSTIC DU PHADÉaÉKISME. 92S
Je n'en vois pas la possibilité. Et, en somme, qu'avons-nous constaté? Presque rien. Les agents de la destruction moléculaire n'offrent rien de spécial ; ce sont des instruments vulgaires qui agissent sous nos yeux d'une certaine façon et qui arrivent, par des procédés très simplesy à produire des effets extraordinaires et éminemment spécifiques. C'est la force qui les met en œuvre qu'il faudrait voir, l'impulsion mystérieuse à laquelle ils obéissent aveuglément; car il n'est pas probable que ce soit en eux seuls que réside l'initiative ; tout au plus sont-ils des collaborateurs. Où donc réside cette force dirigeante qui produit des effets si étranges et si dissemblables, qui creuse ici des fossés ulcéreux circulaires d'une régularité géométrique, là, des tranchées serpentines, ou bien des excavations profondes, déchiquetées, sans aucune configuration systématique? Nous l'ignorons, et nous sommes en plein dans l'inconnu, car il n'existe aucune notion de physiologie expérimentale qui soit de nature à nous donner une idée, même approximative, de cette force. Réside-t-elle dans les nerfs ou dans les vaisseaux? Quelle est la nature du conflit qui se produit entre eux ? A ce dernier confin de la vie moléculaire, en deçà duquel s'arrêtent nos investigations, au delà duquel notre pensée s'égare en s'enfonçant dans une obscurité de plus en plus épaisse, aucune hypothèse, si ingénieuse qu'elle fût, ne pourrait aujourd'hui dissiper ces ténèbres. Contentons-nous d'en constater l'impénétrabilité et n'allons pas au delà.
Diagnostic — La plupart du temps le diagnostic du phagédénisme ne présente aucune difficulté. 11 saute aux yeux et se montre avec une telle évidence, qu'il faudrait être bien peu expérimenté pour commettre une erreur. Ce n'est pas à dire que la lésion offre alors des caractères si frappants qu'on ne la pourrait méconnaître ; mais elle aurait beau se montrer avec une physionomie équivoque et s'éloigner même du type ordinaire des lésions syphilitiques frappées de phagédénisme, l'affirmation s'impose. Comment n'en serait-il pas ainsi quand le malade a, dans son passé, toute une série d'affections cutanées ou muqueuses émanant de la même source diathésique? Ne sont-elles pas comme les anneaux d'une chaîne morbide reliant la lésion actuelle à un accident primitif, dont le souvenir ne s'est point effacé et qui, probablement, a laissé sur les organes génitaux ou ailleurs une cicatrice indélébile, car ce chancre était sans doute ulcéreux, puisqu'il existe une sorte de solidarité entre la nature de la néoplasie initiale et les manifestations ultérieures. Et puis, ce phagédénisme n'est pas isolé. En même temps que lui se sont montrées d'autres lésions, peut-être
D'26 DIFFICULTÉS QUE PBKSENT£ LE DIAGNOSTIC DU PHAOéDÉKISXE
plus accentuées, telles que des gommes , des périostoses, des exostoses, etc. D'autres plus jeunes, naissent sous nos yeux, perlant tous les signes palhognomoniques de leur origine constitutionnellH. Nous sommes entourés de moyens d'informations, et nous n'avoiiqu'à regarder et à interroger pour retrouver partout les manifestations de la syphilis et la reconstruire dans son ensemble et son unit'*. Voilà comment les choses se présentent dans la pratique courante. Ne vous y fiez pas trop, cependant ; maintes fois on se hearte à de> difficultés presque insurmontables. Le fait suivant vous en donnera une idée :
Uq jeune homme d'une treotaioe d'années, vint me consulter deux ou trvmois avant son mariage, pour une lésion qui lui rongeait le méat et qui daU'' de quinze jours ou trois semaines environ. U arrivait de Trouville et suppof i.. que c'était un chancre mou qu'il avait contracté un soir, sur la plage, avec au femme plus que suspecte. Je fus frappé de la régularité de rulcératioo. Ll< formait un véritable entonnoir à parois finement grenues, mais non déchiqi^tées, ni labourées d'anfractuosités. Sa sécrétion était séro-purulente et tricopieuse; intégrité parfaite des ganglions inguinaux. La perte de suLtance, s'agrandissant tous les jours, était bien phagédénique. Restait i savoir quelle en était la nature. La physionomie ne ressemblait pas à cv d*un chancre simple. Je le fis remarquer au malade, et je lui dema dai s'il n'avait pas eu autrefois la syphilis. Il me répondit qu'il en av.-i > été atteint dix ans auparavant, mais qu'elle avait été fort légère et D*avait dur qu'une vingtaine de mois, et que, depuis lors, aucune manifestation n'était -^ar venuo. J'étais dans un grand embarras. Une inoculation m'en aurait tiré, rn-iije n'osai pas la faire parce que j*en craignais les suites. J'agis alors suivant ir> inspiration, c'est-à-dire dans l'hypothèse que l'afTection était un phagéd«.'Di«7 tertiaire plutôt que chancrelleux , et j'instituai un traitement sp^i^ru:'mixte; en même temps, je fis des cautérisations au crayon tous les dt>u\ :. trois jours et des pansements avec une solution d'hydrate de chloraL — l:: amélioration très notable ne tarda pas à se déclarer et, an bout de quioz*: ^ vingt jours, la guérison était complète. La perte de substance ne fut pas c"Lsidérable; après la cicatrisation, elle se réduisit à une cavité pouvant Iost^k gros pois, creusée régulièrement au pourtour de Torifice urétbral qui s'otn-A ' dans le fond. Les deux lèvres du méat avaient été complètement détruit»^- — Santé parfaite. Aucune manifestation syphilitique et rien depuis. Le mar .r ne fut point différé, et il a été fort heureux. Mon malade ne pense plus à o- plage de Trouville qu'il maudissait tant de fois pendant que je le soignais. I a trois enfants d'une santé magnifique.
Voilà un cas de phagédénisme bénin, quoique assez mal placé. >nrtout à la veille d'un mariage. Eh bien, étes-vous plus avancés que m sur la nature de la lésion? Etait-ce un chancre mou? Etait-ce une aces lésions syphilitiques tardives des organes génito-urioaires, q^^