‹ Lecons sur les maladies vénériennesChapitre 407 sur 441 · DJ2 LA SPÉCIFICITÉ THÉRAPEUTIQUE. 'J · texte numérisé non relu

DJ2 LA SPÉCIFICITÉ THÉRAPEUTIQUE. 'J

Spécifique et spécificité thérapeutique. Un agent, quel qu'il soit, — ot malheureusement il n'en existe pas beaucoup, — qui, introduit à certaines doses dans Téconomie, attaque directement et sans l'intermédiaire d'aucune opération physiologique, tel ou tel désordre fonctionnel, telle ou telle lésion organique et en fait plus ou moins promptement justice, est un spécifique. Comment et pourquoi agit-il de la sorte? En général, nous n'en savons rien. La spécificité thérapeutique a toujours été et reste encore un mystère, que la science moderne n'est point parvenue à pénétrer. Qu'un mal de tète congestif soit dissipé, par un bain de pied sinapisé, rien de plus naturel et de plus facile à comprendre : c'est un fait de dérivation ; de même que le bien-être et la guérison obtenus dans une hyperhémie par une application de sangsues et de ventouses sont le résultat d'une déplétion. Le traitement est rationnel, et ses résultats sont d'une explication facile. Mais comment se rendre compte de la promptitude et de la facilité avec lesquelles l'ingestion de quelques grammes de sulfate de quinine et d'iodure de potassium dissipe, par exemple, les céphalées atroces produites par certaines fièvres larvées pernicieuses,* et par la syphilis à ses diverses périodes? Voilà une véritable action spécifique. Son caractère essentiel est d'être rapidement et surtout directement curative, d'aller au mal et de le subjuguer sans aucun autre secours qu'elle-même et le consen* lement de l'organisme.

Kh bien, le mercure et l'iodure de potassium, de même que le sulfate de quinine, sont des agents thérapeutiques éminemment spécifiques. Ils guérissent mieux et plus vite que n'importe quelle autre médication les accidents syphilitiques, contre lesquels une longue expérience a démontré que chacun d'eux devait être plus particulièrement dirigé. Dans l'immense majorité des cas, leur action curative est de la dernière évidence, à la condition cependant qu'on ne leur demande pas plus qu'ils ne peuvent donner et qu'on les administre en temps opportun, c*esl-à-dire avant que les lésions, aient complètement détruit les tissus et produit des désordres irrémédiables. 11 est clair qu'on ne peut pas attendre d'eux qu'ils refassent la peau, les muqueuses, les os ou les portions de viscères qui n'existent plus.

X'est-il pas étrange, au premier abord, que le traitement d'une maladie telle que la syphilis, qui a pour base solide et en apparence iné' branlable deux spécifiques aussi puissants que le mercure et l'iodure de potassium, ait donné lieu à tant de controverses? On ferait une bibliothèque considérable avec tout ce qui a été écrit sur ce sujet. En vérité, on perdrait bien son temps, car dans la vaste collection des

UAURUC. — MALADIES VK.NÊR. i\'l

978 ACTION CURATIVB DU MEBCUBE ET DE L'IODUBE DE POTASâlUX.

inepties médicales et thérapeutiques, toutes celles qu'on a débitées sur le traitement de la syphilis ont droit à la première place. Ce qui fait qu'on discute à Tinfini et qu'on discutera encore longtemps, c'est que dans nos deux spécifiques il y a à considérer, outre V action curaiive qui est indéniable, Vaciion préventive qui Test beaucoup moins. Porter un jugement sur cette dernière est d'une difficulté plus grande qu'on ne se l'imagine. Malgré tous les efforts qui ont été tentés dans ce sens, il faut bien avouer que nous ne savons point encore d'une façon précise à quoi nous en tenir, ni sur l'existence, ni sur la véritable portée de cette action préventive. Le mercure et Fiodure de potassium qui font justice des accidents produits par la diathèse, par la disposition constitutionnelle, attaquent- ils aussi et détruisent-ils le mal dans sa source? Modifient-ils assez profondément Torganisme pour paralyser momentanément ou détruire à jamais les germes de l'intoxication dont il est imprégné? Sans eux, ces germes pulluleraientils à l'infini? Les manifestations de la maladie iraient-elles toujours en se multipliant et en s'aggravant, de manière à atteindre les limitt*^ extrêmes de l'action toxique?

11 y a un grand nombre de syphiliographes qui pensent que les spécifiques ne peuvent pas détruire les accidents sans entamer aussi la diathèse. Quelques-uns vont plus loin. L'action préventive du mercure et df riodure de potassium leur inspire une confiance si absolue qu'ils sool disposés à faire retomber sur le manque ou l'insuffisance du traitement toutes les conséquences désastreuses de la syphilis, lorsqu>ilt* passe à Tétat tertiaire. C'est là une exagération de croyance qui touche au fanatisme, une foi qui obscurcit le jugement et empêche de voir, dans leur triste réalité, les faits qui éclatent en pleine lumière et confondent si souvent nos prétentions, non seulement à guérir, mais à prévenir les manifestations de la syphilis. Il saute aux yeux que, si U mercure et l'iodure de potassium possédaient une action préventive radicale ou tout au moins aussi efficace que leur action curative, hi^n peu de personnes seraient longtemps victimes de la maladie. Une première, une seule cure sauvegarderait l'avenir. On ne verrait jamais ces récidives, ces poussées successives qui font partie intégrante de 1 vérole traitée ou non traitée. Or, comme aujourd'hui tout le noonde ^ soumet à une médication spécifique bien dirigée, en général, et poursuivie pendant de longues années, le tertiarisme deviendrait ud rareté, et la syphilis ne parcourrait le cycle entier de son évolutif que chez ceux qui seraient assez mal inspirés pour ne pas se soigner Or, est-ce ainsi que les choses se passent? Évidemment non, k^»:.

CK qu'il kaut penser de leur action préventive. î»7y

dune part, on voit, et j'en ai été témoin maintes fois, les accidents les plus graves survenir en plein traitement, alors qu'on faisait tout ce qa*il était spécifiquement possible de faire pour les prévenir ; tandis que, d'autre part, on voit la syphilis rester bénigne, superficielle et s'arr^^ter court chez des individus insouciants qui ne se sont pas donné la peine d'absorber un centigramme de mercure ou un gramme d'iodure de potassium. L'ensemble des faits fournit donc, à première vue, un argument péremptoire contre l'action préventive absolue. On se retranche alors dans les cas particuliers, et on dit : tel malade, fâcheusement prédisposé a passé par de rudes épreuves, malgré le traitement spécifique ; mais son sort eût été bien plus funeste s'il ne s'était pas traité du tout... Sans doute cela est vrai dans une certaine mesure, et je l'accorde volontiers, quoiqu'on en soit forcément réduit, en pareil cas, à une supposition. Mais par contre, ne peut-on pas dire aussi : voici un malade heureusement prédisposé, qui n'a eu que des accidents hi'*nins et éphémères, et qui a fait prompte justice lui-même de sa syphilis, quoiqu'il n'ait pris aucun remède; que serait-il arrivé de mieux s'il s'était gorgé de mercure et d'iodure de potassium?... Ne faut-il pas conclure de ce qui précède que si l'action préventive existe, elle est incomplète et qu'elle n'empêche pas, la plupart du temps, les accidents de se produire à brève échéance, quand ils sontcondamnés à survenir par le processus naturel de la maladie. Or, si cette action est ÎDcomplèle et, de plus, très courte, puisque presque toujours ces manifestations se reproduisent cinq ou six fois sous une forme ou sous une autre, pendant les deux ou trois années que dure la période virulente» comment cette action aurait-elle une longue portée, une puissance assez profonde et assez permanente pour dominer la situation morbide vingt ou trente ans après l'administration des spécifiques, alors qu'elle leur échappait en pleine période active du traitement? Et dans la période tertiaire, est-ce que les récidives ne sont pas la règle aujourd'hui comme autrefois, avant qu'on eût découvert les ap[)lications de riodure de potassium? Malgré les propriétés merveilleuses de ce médicament, ne voyons-nous pas tous les jours les malades qui en absorbent des quantités considérables retomber sans cesse dans le même ordre d'accidents? Certes, il y a tout lieu de croire que ces accidents de récidive auraient été plus graves sans une médication lodurée antérieure; mais enfin, celte médication ne les a pas empêchés de se produire à leur heure et de déjouer notre trop grande confiance dans la spécificité thérapeutique préventive.

Mon intention n'est point de faire pénétrer dans vos esprits un doute

Page 1