‹ Lecons sur les maladies vénériennesChapitre 408 sur 441 · NÉCESSITÉ DE CONNAITEE L'ÉVOLUTION SPONTANÉE D'UNB MALADIE · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DE CONNAITEE L'ÉVOLUTION SPONTANÉE D'UNB MALADIE

décourageant ; elle a plutôt pour but de vous prémunir contre des méthodes exclusives formulées mathématiquement, qui promelleni beaucoup plus qu'elles ne tiennent et qui exposent ceux qui croient naïvement en elles à de nombreuses déceptions. Du reste, il m'a toujûi:r> semblé qu'un scepticisme sage, modéré, rationnel, non pas inertt'.i passif, mais toujours sur le qui-vive, était une excellente condiii'U intellectuelle pour juger la valeur des médicaments et l'efficacité rai,des méthodes thérapeutiques. Un enthousiasme irréfléchi, une fui aveugle, obscurcissent le jugement, émoussent ou éteignent le ben:» critique et conduisent aux plus monstrueuses aberrations. N'est-ce |>dî à eux qu'il faut attribuer ces grandes hérésies, devenues légendaires tant elles ont vieilli vite, à partir de l'heure qui signala leur cbuU.' Qu'est devenue, par exemple, la méthode des saignées coup surcou(» dans la pneumonie? Avec quelle ardeur n'était-elle pas soutenue! E: l'administration du tartre stibié à hautes doses dans la même maladie! Hors de là point de salut!... Et pourtant, le jour où on a étudié sérieusement la marche naturelle de la fluxion de poitrine vraie, ou a cou>taté qu'elle guérissait seule, sans le secours de ces médicatious i grand fracas qui avaient la prétention de la juguler.

Il importe donc, avant tout, de connaître, sous tous ses modes cliniques, la marche d'une maladie pour apprécier et pour mesurer le? moyens thérapeutiques qu'on doit diriger contre elle. Cette voie d'investigation, qui semble si naturelle, n'est cependant pas celle que l'on suit d'ordinaire. C'est par là qu'on devrait commencer, c'est par là qut l'on finit, et encore pas toujours. L'histoire du traitement de la syphilis nous en fournit une preuve. C'est assurément une des maladies contre lesquelles s'est le plus escrimée la thérapeutique. Elle a mis en ligue ti fait donner à diverses époques toutes les armes même les plus Touillées et les plus hors d'usage de son arsenal. Tout ce que le moyen â," avait entassé de drogues bizarres et fantastiques dans ses obscures ei poudreuses officines fut exhumé et mis en œuvre au seizième siècle On était afl'olé et il y avait de quoi ? Était-ce dans un pareil moment di trouble, de surprise, qu'on pouvait étudier avec calme et sang-froid k processus spontané de la terrible endo-épidémie ? Les médication^ furent poussées à l'extrême pour être à la hauteur du danger; ^*i alla si loin que bientôt le traitement devint aussi funeste que la maia die. La tradition, plus encore que l'histoire, a conservé et perpétué it souvenir de ces cures abominables qu'infligèrent aux sypbilitiqu..v pendant les seizième, dix-septième et même dix-huitième siècles, n* iseulement les charlatans, mais même les plus grands médecinsde ceit^

POUR APPRÉCIER I/aCTION DBS MÉDICAMENTS SUR ELLE. 9Sl

époque. Boerhaave, par exemple, n'enseîgnait-il pas qu'une guérison ne pouvait iHre complète, que quand toutes les humeurs avaient été expulsées du corps et qu'il fallait pour cela administrer le mercure jusqu'à salivation, et pousser la salivation jusqu'à ses dernières limites, jusqu'à ce que le malade eût été complètement émacié et fût devenu pAle comme un mort. Ne gorgeait-il pas ses malades de gaîac au point de les rendre hydropiques? Tous agissaient ainsi. Le mercure faisait les frais de leur thérapeutique à outrance. De là cette sinistre renomnaée qui trouve encore quelque écho à nos jours. Peu à peu ces excès diminuèrent. La cure psLTextinctiou préconisée par l'école de Montpellier fit sortir le traitement de son ornière dangereuse. Mais la réaction fut longue à se faire et surtout à se maintenir dans des limites raisonna* blés. A certains moments, il est vrai, elle fut radicale. Broussais, qui ne voyait dans la syphiHs qu'une phlegmasie ordinaire, proscrivit le mercure, et ses élèves, allant plus loin que lui, cherchèrent à prouver que ce métal était Tunique cause des accidents secondaires. Hermann, de Vienne, fut le second chef de ce qu'on a nommé les antimercurialistes. Je ne veux point vous faire l'histoire de ces sectes, quoiqu'elle soit fort curieuse. Vous la trouverez très bien exposée dans un excellent travail de mon collègue et ami M. le D' Hallopeau sur le mercure*.

Une époque fort importante dans la réaction contre les abus et même contre l'usage du mercure, ce fut celle de la campagne dos armées anglaises dans le Portugal. L'étonnement des médecins de cette armée fut grand quand ils virent que la syphilis était traitée avec beaucoup de succès, dans ce pays, simplement par une bonne hygiène et une diète légère. Ferguson et d'autres recueilUrent de nombreux documents sur ce sujet. Leurs travaux frappèrent beaucoup d'observateurs sur le continent. On commença à comprendre que la syphilis abandonnée à sa marche naturelle n'aboutissait pas fatalement à des conséquences extrêmes et que, hors du mercure, il y avait encore quelque espoir de salut.

Plus tard un des syphihographes français les plus éminents, M. le D' Diday (de Lyon), dirigea ses recherches dans ce sens, et il le fît avec cette précision de méthode, ce dédain de la routine, et cette observation, fine, ingénieuse, pénétrante qui sont un des côtés les plus

1. Dm mernir*' : A''tion phf^inhffique et thérapeutique^ par I»» «looteur Halloneau. J.-B. Baillière. 1878.

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FONDÉE SUU l'histoire NATURELLE DE LA SYPHILIS. \^Hl\

De ce que viens de vous dire dans ces préliminaires, conclurez*vous que, moi aussi, je suis un antimercurialiste et que non seulement je ulàme l'abus de ce remède, mais que j'en proscris l'usage ? J'ose espérer •{ue non. J'ai tenu à vous exprimer très franchement ce que les faits m'ont démontré et l'impression qu'ils ont laissée dans mon esprit. J'ai tenu aussi à réagir contre ceux qui prétendent détruire à coups de spécifiques la diathèse en dehors de ses manifestations et quand elle a'existe qu'à l'état latent, parce que je crois que dans une pareille

jambes. Les l^'sious afTectent plusieurs systt'mes organiques; elles durent en moyenne vingt mois. Pour en triompher, il faut recourir au traitement spécifique. —4" 8ypAj7<« gaIopnnte{ 1 sur 90 ) : Ses caractères sont: la brièveté de l'incubation ; l'apparition de certaines espèces de lésions sur des régions et à une période où on ne les observe pas ordinairement; la coexistence d'accidents secondaires et d'accidents tertiaires; enQn, l'impuissance relative, même à fortes doses, des spécifiques. — 5* Syphilis tertiaire : Les lésiims vont enau$çmentant de gravité et tendent à se perpétuer; elles apparaissent sans aucune régularité ; elles sont destructives, viscérales, etc., etc. D*après les statistiques de M. Didty. un malade sur six deviendrait tertiaire dans nos climats.

Il serait fort important de savoir d'une manière sinon très exacte, du moins approximative, combien de syphilitiques sont atteints d'accidents tertiaires. Je crois que la pnv portion de un sur six est beaucoup trop forte. En prenant tous les tertiaires qui sont truit«'s. ^<ni dans les licSpitaux ordinaires, soit dans les hôpitaux spéciaux de Saint-bjuis, de Lourcine et du Midi, on trouverait, je crois, qu'ils ne représentent pas le sixième des malades qui contractent la syphilis et la font soigner dans les mêmes hôpitaux. Je ne connais aucun moyen précis de résoudre cette question, et je me borne à dire qu'en me r-'cdant sur ce que j'observe depuis quatorze ans dans la clientèle hospitalière et dans la 'lu'ntèle privée, il n'y a pas un malade sur six qui passe de la phase virulente à la phase •iiathésique ou constitutionnelle: mais j'avoue qu'il me serait impossible d'établir une moyenne.

Voici maintenant les circonstances qui, dès la première éclosion des accidents, doivent faire prévoir la gravité d'une syphilis : l'induration forte et persistante du chancre; une 'lurée de la deuxième incubation au-dessous de quarante jours; des prodromes débilitants, malgré la bonne constitution du sujet; une éruption papulo-squameuse ou piistu- Ifu^ très confluente et généralisée; l'apparition précoce do phupies muqueuses ulcérées; le<? mauvaises conditions constitutionnelles ou hygiéniques du sujet, etc. Les manifestations qui jr^i/eri/ le tertiarismesont, d'après M. Diday, les sternalgies, les tibialgies, un léger (l^i?ré d'anamnésie, d'impuissance, d'insomnie ; un peu de rhinite, une sensibilité hpéciale ^^ la pulpe de8 doigts. On les observe dans la période prodromique, mais ils ont une ^i^Miification bien plus bérieuse quand ils apparaissent ou réapparaissent plus tard, par exemple, après dix ou douze mois de syphilis secondaire prnjjressive.

Les catégories de M. Diday, fondées sur le degré de gravité des cas, peuvent être 'idaiises d'une manière générale. Mais il importe d'y faire celte restriction sérieuse, que •a bénignité d'une syphilis pendant ses deux ou trois premières années ne met pas absolument à l'abri des déterminations viscérales, et entre autres des syphiloses du névraxe. C'est un point que j'ai établi depuis longtemps. Et au surplus, parce qu'il y a des cas légers et qui guérissent d'eux-mêmes, s'ensuit-il forcément qu'on ne doit pas leur donner les ^P'Tifiques qui sont indiqués dans les cas graves ou malins? La bénignité ne peut pas 'onstituer une contre-indication; elle implique seulement la nécessité de prescrire un traitement faible et moins longtemps continué.

984 RÈGLKS A SUIVBE DAN6 LE TRAITEMEHT INTERNE DE LA SITHIUS.

façon, d'agir la médication supposée préveDUve, est ÎDQiîle et peut-être

daugereuse.

En résumé :

La syphilis possède deux spécifiques, le mercure et l'iodare At potassium.

Chacun d'eux est doué d'une action curative qui ne fait que bien rarement défaut dans l'ordre des manifestations que chacun d>ui f>\ plus spécialement apte à combattre.

Leur action préventive est très inférieure à leur action curative. m tant est qu*elle existe, ce qui est probable, mais difficile à démontrer d'une manière positive. Toujours est-il qu'elle est fort incomplète, puisque les poussées successives de la maladie s'effectuent à peu pr^s fatalement de la même façon chez ceux qui sont traités ou chez ceui qui ne le sont pas.

Il ne faut donc pas diriger la médication spécifique contre la dia* thèse indépendamment de ses manifestations, car, sans cela, on serait condamné à traiter les syphilitiques pendant toute la durée de leur existence. On doit attaquer les accidents par Tun ou l'autre spécifique ou par les deux suivant la durée et la mesure qu'exigent leur intensité, leur généraHsation, leur nature, leur date et leurs localisations.

Dans l'intervalle des poussées, quand l'organisme est revenu à suu état normal et qu'il n'existe plus aucun vestige de l'attaque qui vient de finir, ni aucun prodrome si faible qu'il soit de l'attaque future, il est indiqué de suspendre jusqu*à nouvel ordre la médication spécifique.

En un mot, la source des indications se trouve, non pas dans l'idée fonvment hypothétique qu'on se fait de la diathèse à l'état virtuel, mais bien dans les effets matériels de cette diathèse dès qu'elle commence à passer du repos à Taction. Quand elle est absolument à l'état de latence, cV>t le moment qu'il faut choisir pour ne pas troubler l'organisme par uc^ médication qui s'émousse à la longue, qui attaque vainement unecho^f invisible et insaisissable.

Traitement mebcuriel. — Ce fut quelques années seulement aprè> l'apparition de la grande endo-épidémie syphilitique du seizième sièi If aue les propriétés spécifiques du mercure contre la syphilis fureol

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