DESTRUCTION DE LA VERGE PAR UN OHANCRB SYPHILITIQUE
Dans le fait suivant, la syphilis était beaucoup plus grave que chez le premier malade. C'est encore un érysipèle qui est survenu, mais un érysipèle d'une autre nature, bien plus long, plus compliqué, accompagué d*un cortège tumultueux de phénomènes morbides qui m'ont inspiré pendant quelques Jours de sérieuses inquiétudes. Eh bien, sa vertu curative a été plus puissante encore que dans le premier cas.
L*histoire syphilitique de cet homme est trop intéressante pour que je ne la raconte pas avec quelques détails.
Obs. II. ^ M. G... (Jean), âgé de 28 ans, est entré plusieurs fois dans mon service, en 1872 et 1873, pour se faire soigner d'une syphilis contractée le 5 ou le 6 juillet 1872. Le chancre infectant qui était survenu sur le prépuce, après une incubation incertaine, fut compliqué de paraphimo»is et prit un caractère gangreneux et phagédénique. Au bout d'un mois, il avait presque détruit la moitié de la peau du fourreau.
Une circonstance très curieuse et digne d'être notée, parce qu'elle n'est pas commune, c'est la courte incubation des accidents consécutifs. Vers le quinzième jour du chancre, en effet, apparurent des croûtes dans les cheveux, des papules sur le front et une éruption érythémato-papuleusc sur tout le corps.
Lorsque le malade entra pour la première fois dans mes salles, à ThApital du Midi, le
13 septembre ISli, il était au soixante-sixième jour du chancre infectant et présentait l'état suivant : face pâle et jaunâtre, anémie profonde, grande prostration des forces mouvement fébrile très prononcé; adénopathies inguinales et cervicales, croûtes dans les cheveux, syphilide papulo-squameuse sur la face et le tronc, pustules d'ecthyroa sur diverses parties du corps.
Les corps caverneux étaient dénudés dans une étendue de 0"',07 ou 0«,08, et la peau, à la base de la verge, était ratatinée et revenue sur elle-même. Le gland présentait plusieurs points de sphacèle. L'urine sortait par une ulcération du canal située à 0<>*,02 ou 0",0J au-dessous du méat.
Arthrite aiguë avec douleur, gonflement et rougeur de Tarticulation métacarpo-phalangiennede l'annulaire gauche; douleurs vagues dans le coude droit.
lusommie, subdelirium la nuit et le jour. (Traitement : vin de quinquina, sirop d'iodure de fer, 2 grammes d'iodure de potassium, et pansements phéniqués.)
Au bout de deux jours, le malade revint peu à peu à lui et dormit. Le gland et une partie du corps caverneux présentaient, dans une étendue de 0",U2 ou On,OJ, des plaques noires de sphacèle d'un mauvais augure pour la conservation de ces parties, privées déjà du prépuce et de la peau du fourreau.
Les jours suivants , le mieux s'accentua de plus en plus, surtout du côté de l'état général. La flèvre diminua et disparut; les forces revinrent. Le moral, qui paraissait si affaissé, se releva, et le malade reprit sa gaieté liabituelle, qui contrastait singulièrement avec les affreux désordres qu'avait déjà causés une maladie si grave. Le gland et une partie des corps caverneux étaient en efl'et mortifiés, et leur élimination était accomplii* le 27 septembre. 11 ne restait plus qu'un moi^^non de la verge, en grande partie recouvert par les débris du fourreau. Les arthrites déjà signalées et quelques autres de mémo nature survenues dans les articulations des poignets et d»*s phalanges étaient à peu prèi> gpuéries dans les premiois jours d'octobre (troisième mois de îa maladie). Il en était de même de toutes les autres manifestations syphilitiques. Le malade sortit de l'hôpital le
14 octobre (quatre-vingt-sixième jour du chancre).
Il est difficile de savoir quel a été le processus des lésions qui ont détruit le
1U38 GRAVITÉ DES AOOIDBNTS SYPHILITIQUB8 OOirBÊCTTIFS.
tiers ou la moitié de la verge. Elles sont probablement sunreoaes à titre de complication pendant le cours du chancre syphilitique. N*onl-e] les pas été occasionnées par le paraphimosis? Je n'ai pas été témoin du début de la maJa'Jif et, par conséquent, je ne puis rien affirmer; mais j'ai vu des cas anatof^ sinon des cas aussi graves, dans lesquels le sphacèle se produisait à la y.ite d'un étranglement des parties atteintes qui étaient alors envahies dao? uu^ sphère plus ou moins étendue par une réaction iuflammaioire trop Tioleote.
Ces chancres, devenus gangreneux brusquement et sur une vaste surfa^v, diffèrent beaucoup des vrais chancres phagédéniques. Les premiers oe sont destructeurs que par accident et par le fait d'un concours de circoo^taoces indépendantes, jusqu'à un certain point, de leur nature; les seconds, au contraire, sont ou deviennent rongeurs, parce que le virus ne trouve pas, dans ie^ tissus qui entourent son foyer d'élaboration, une résistaoce vitale suffisanment réparatrice ou éliminatrice. Il faut quelquefois une action morbide éotrgique et convergente, comme un érysipèle, pour obtenir une gaérison àtca chancres, que tous les traitements locaux, toutes les médications internes o'oat pu procurer : c'est là une question pleine d'intérêt sur laquelle je reviendra.
Si je m'occupe ici de la variété du chancre infectant de ce malade, c'eM qu'>^D a cherché à établir une corrélation entre la gravité de l'accident primitif et celle des accidents consécutifs. A une époque où la mode était de légiférera propos de tout en matière de syphiiiographie, on avait même établi comme une loi que le chancre infectant vraiment phagédénique était suivi d'une syphilis grave ulcéreuse à manifestations, répétées et multiples, etc., tandis que le contraire avait lieu à la suite des chancres syphilitiques ordinaires à teudanre promptement résolutive. Cette manière de voir est certainement beaucoup trop absolue ; mais il est juste de reconnaître qu'elle repose sur une base de coïncidences phénoménales assez large pour qu'il en faille tenir compte dans le pronostic général de la syphilis. Seulement, qu'on se garde de confondre lechaorn infectant gangreneux et le chancre infectant phagédénique; leur significatioo pronostique est loin d'être la même au point de vue de la forme, de révolatioOt de la durée, de la curabilité, du traitement des phénomènes ultérieurs. Le pbagédénisme de l'accident initial implique, en général, une gravité beauoHH* plus grande que sa gangrène, encore que les désordres locaux et la réactiuQ qu'ils provoquent soient quelquefois beaucoup moins sérieux. Chez mon malade, le chancre devint gangreneux et détruisit en peu de temps un tiers oo la moitié de la verge. Peut-être aussi était-il primitivement ulcéreux et pbagédéoiqQe. Quoi qu'il en soit, au bout de quinze jours, ce chancre était suivi d'accideot? consécutifs menaçants, et l'état général était fortement compromis. On va voir que la suite a tenu ce que promettait le commencement.
Huit ou dix jours ca effet après sa sortie de Thôpital, le malade y revînt. Il avait al'^^ la figure bouffie, œdématiée, déformée par une éruption papulo-squameuse qui precx: un caractère pustuiant dans la barbe, les sourcils, aux ailes du nez, dans les oreilles, etr — Nouvelle poussée, mais discrète, de papules sur la peau du tronc et des membres.— La bouffissure de la face faisait craindre une néphrite albumineuse, mais les unoesicontenaient pas d'albumine. — Douleurs vagues dans les articulations des poignets *> des doigts. Traitement tonique; trois cuillerées à bouche de sirop de biiodare iodun-
Le 5 décembre (quatre mois et demi après le début du chancre), le malade sortit, «^r sa demande, à peu près guéri de la deuxième poussée des accidents consécutifs. La ver^
LEUR SUBINTRANCB. — LARyNGOPATHIE ULCÉREUSE. 1039
diminuée à peu près de moitié, n*aTait plus de gland, mais elfe était plus longue qu'où aurait pu le supposer lorsqu'elle avait été envahie par la gangrène. Le malade s'en était servi et se déclarait satisfait du résultat. Du rest^, sa gaieté, sa bonne humeur étaient Inaltérables, et je ne pense pas qu'il soit possible de voir une incarnation plus complète et plus saisissante du fameux type de Pangloss.
Le 9 janvier 187 J (cinq mois et demi après le début du chancre), il rentra dans mon service, salle 8, n* 5. Depuis un mois environ, sa voix était moins nette que d'habitude, et peu à peu elle était devenue enrouée, éraiUée, presque éteinte. Ainsi le 9 janvier (vingtcinquième jour de la laryngopathie), on l'entendait à peine; il était obligé de faire de grands efforts pour parler, et il ne pouvait émettre ni les sons aigus ni même les sons bas. Le processus de l'affection laryngée avait toujours été indolent : pas de sensibilité à la pression au niveau du larynx ; pas de douleur en parlant ni en avalant.
La fa:;e interne des joues, surtout à droite, était couverte de plaques muqueuses ulcérées extrêmement douloureuses, avec congestion et tuméfaction périphériques ; plaques opalines sur les piliers; lèvres épaissies, triplées de volume; ulcérations aux commiss>ures: papules plates en voie d'ulcération sur la lèvre supérieure et au pourtour des ailes du nez.
Les deux conduits auditifs externes étaient remplis de plaques muqueuses confluentrs ulcérées et de pustules d'impétigo qui suppuraient abondamment.
Sur la peau du tronc et des membres, on voyait quelques tubercules discrets et des cicatrices nombreuses, circulaires et blanches, circonscrivant un point central d'un rouge sombre, et entourées d'une zone également rouge, mais moins sombre.
OueU|ues pustules d'ecthyma. Ulcération large comme une pièce de 1 franc sur la cuisse droite. Santé générale bonne Aucun phénomène de fièvre hectique. (Traitement, 0,06 centigrammes de protoiodure d*hydrargyre, 6 grammes d'iodure de potassium. (Cautérisation des plaques muqueuses; injections détersives dans les oreilles; bains.)
Ainsi, malgré le traitement qui avait été régulièrement suivi depuis le deuxième mois de la syphilis, les poussées se succédaient sans temps do repos, et étaient pour ainsi dire subintrantcs. C*élait, sur la peau, un mélange d^érupiions sèches résolutives et de formes pustuleuses et ulcérantes. Du côté des muqueuses, il y avait confluence des plaques syphilitiques inflammatoires et alcératives, accompagnées, comme dans le premier cas, d'œdème dur, bypertrophique et hyperplasique des parties adjacentes; c'est à cet œdème secondaire qu'étaient dus Tépaississemeut énorme des lèvres, la tuméfaction du nez, des oreilles, etc. Malgré la gravité et la généralisation de ces accidents, Tétat général était assez satisfaisant, et il y avait apyrexie complète.
La laryngopathie de ce malade est intéressante à plusieurs points de vue, et je ne crois pas inutile de la décrire avec quelques délails. Voici quel était Tétat du larynx le 12 janvier (six mois après le début du chancre, vingt-huitième jour de la laryngopathie). L'examen laryngoscopique a été fait par mon confrère et ami M. le docteur Krishaber. La corde vocale droite était normale dans son tiers antérieur, mais dans les autres points, sur sou bord libre, elle était recouverte de dctix ou trois plaques muqueuses très caraclérisces, confluentes, et qui se confondaient sur une portion plus ou moins considérable de leur pourtour; la postérieure, qui était la plus accusée, présentait à son centre une profonde ulcération; les autres n'étaient que superficiellement érodées. Sur le bord libre de la corde vocale gauche il n y avait qu'une plaque muqueuse, qui était également exulccrée à son centre et blanchâtre à sa circonférence. Toute la muqueuse laryngée était le siège d'une injection difTuse d*un rouge sombre.
1040 OTORBHBS — ÉBY8IPELK DB LA FACB BT DU CTIB CHEVELU.
Pour quiconque a no peu Thabitode d'observer la plaque muqueuse, celle lésion si caractéristique de la syphilis, il était impossible d'en méconoallre l'existence sur les cordes vocales. Et cependant n*a4-on pas, dans ces deroi>r< temps, contesté que ces organes en fussent le siège? Nous les avons vues Uu( de fois et d'une façon si nette, M. Krisbaber et moi, que la question esljustt par nous. Mais revenons à notre malade.
Sous t'intluence du repos à Tliôpital et du traitement que je lui fis saivre, sa 5d.v s'améliora rapidement. Malheureusement ce mieux ne se soutint pas. L oreille (rucbt devint le siège d'une suppuration abondante et de douleurs très vives irradiant dans t*>ut le côté correspondant de la tête. Il y avait de Tinsomnie avec céphalée nocUirae, da malaise (général, de l'inappétence et, symptôme d une signification plus grave, eu é^ard à l'optimisme exceptionnel du malade, de la tristesse, de rabattement, une déteste do ressort physique et moral.
C'est dans les huit ou dix derniers jours de janvier que cet état de choses se roaoifr^^i et s'établit. Le 30, l'examen laryngoscopique, pratiqué par !e docteur Krisbaber, tît c cstater sur les deux cordes vocales inférieures, lexistence de plaques muqueuses, les ui ^ érodées, les autres ulcérées, d'autres un peu végétantes, mais toutes très caract(fn>tiques, accompagnées d'un épaississement opalin périphérique de Tépithélium etdtf boursouflement de tout le bord libre de cet organe, etc.
La voix était complètement éteinte depuis deux jours, sans qu'il fût survenu au<-n:> accident aigu du côté du larynx. Les lésions des conduits auditirs externes jetaient au abondante suppuration. 11 existait des douleurs de plus en plus vives dans la tête. le> plaques muqueuses des lèvres, de la muqueuse buccale, de l'isthme du gosier, éii)n\ en pleine activité, et la face était plus défigurée que jamais par la bouffissure œdemiteuse et. dure du nez, des joues et surtout des lèvres. Les syphilides sèches etul€éreu$e« de la peau restaient dans un état stationnaire.
Il était évident que ce malade se trouvait dans un état d*imminence morbide, et qu'un événement pathologique grave, couvé et préparé depuis plusieurs jours, était à la veille de faire explosion. Eh bien, c'est ce qui eut lieu, et cet événement pathologique* grave en lui-même, fut d'un effet curatif merveilleux sur les accidents syphilitiques.
Pour apprécier l'importance de la révolution qui allait s accomplir, il a faîlu raconter le passé du malade, déterminer la nature de sa syphilis, décrire »oo processus à poussées subintrantes et envahissantes, etc.; il a fallu suivre pas*: pas révolution des différents phénomènes, démêler leurs complications, iosister sur leurs tendances à la récidive, sur leurs résolutions incomplètes, Hir refflcacité peu soutenue de la médication spécifique, qui, administrée am vigueur et persévérance pendant cinq mois, n'avait pas empêché les cbo^^ d'en venir au point où nous les trouvons à la veille de l'événement pathologique en question, le !*■' février 1873 (six mois et demi après le début de li syphilis, quarante-huitième jour de la laryngopathie).
Cet événement pathologique fut un érysipcie de la face excessivement \ioleot. 1 ^ déclara le 4 février, après quatre jours de prodromes caractérisés par une fièvre vive >]j commençait vers neuf heures du soir et finissait à six heures du matin, par du nuluv général, de 1 anxiété, de la prostration des forces, une céphalalgie continue, une éWutioR notable de la température.
Toute la face devint tuméfiée, douloureuse et d'un rouge pâle. Il y eut dès It^tl*-!'' de l'agilalion et de Tinsomnic. Cet érysipèle, du reste, suivit une marche régulièiv !• envahit quelques portions du cuir chevelu et présenta, dès lors, comme caractère p^^
GUERISOK TUÈ8 liAPIDK DE TOUS I.K8 ACCIDENTS. 1041
culier, une prédominence des phénomènes cérébraux. Ainsi, vers le deuxième ou troisième jour, Tagitation se transforma en un délire qui ne quitta plus le malade. Au début, ce délire paraissait en rapport avec le mouvement fluxionnaire de ta faro et du crâne, et avec l'intensité de la réaction fébrile ; mais, plus tard, il persista et devint même plus violent, quoique tous les autres phénomènes locaux et généraux se fussent atténués. Ain^i, vers le 7 février, la défervescence s'était produite ou était en train de se produire, le pouls était tombé, la chaleur était moins vive, la turgescence érysipélateuse moins considérable, et pourtant le délire ne discontinuait pas, surtout pendant la nuit.
U 8, quoique le pouls fût descendu de 110 à 92 et la température de 11* à 36*. le délire devint furieux. Il était impossible de maintenir le malade dans son lit. Il se levait incessamment et se livrait à des actes d'une telle violence qu'il fallut l'évacuer dans un service de médecine. On le reçut à la Pitié, où il resta jusqu'au 13.
1^ U, il revint nous voir à la consultation, et nous fûmes étonnés du changement profond qui s'était opéré dans son état. Toutes les manifestations syphilitiques si vivaces qui avaient été surprises par l'érysipèle en pleine période d'activité étaient complètement guéries.
Les conduits auditifs, obstrués par les plaques muqueuses et l'impétigo, et qui suintaient si abondamment, avaient maintenant leur calibre normal et ne contenaient plus <iue quelques squames sèches. Los lèvres, le nez, les joues, si monstrueusement déformés, avant l'érysipèle, par Tœdème dur et les suflfusions plastiques du tissu cellulaire souscutané, avaient recouvré leur aspect à peu près normal. Les plaques muqueuses des lèvres, de la bouche et de l'isthme du gosier s'étaient évanouies sans laisser de traces.
La voix, qui était éteinte le 1*' février, était devenue nette et facile. Les quelques pustules d'ecthyma, disséminées sur le corps, étaient cicatrisées.
Deux jours après, le changement de physionomie du tpalade était encore plus accusé. La tuméfaction des lèvres, du nez, des joues, des oreilles, avait complètement disparu, LVxamen laryngoscopique fit constater Tabsence de toute plaque muqueuse sur les cordes vfxales; elles ne présentaient qu'un peu de rougeur. Quant à l'état général, il ne laissait rien à désirer, et le malade se sentait si bien qu'il ne voulut plus rentrer à l'hôpital. Il est inutile d'ajouter que le retour de sa gaieté et de sa bonne humeur laissait facilement voir qu'il trouvait encore et de plus en plus, tout pour le mieux dans le meilleur des inondes.
Selèverait-il quelque objection contre Tinfluence curative de Térysipële? Mais elle a été si prompte, si décisive, qu'elle ne peut laisser même Tombre d'un doute dans Tesprit. Et n'est-ce pas là ce qui donne à ce fait une haute valeur, indépendamment des déductions qu*on en peut tirer au point de vue de la pathologie générale?
Si on le compare au premier, on est frappé de T identité du résultat, c'està-dire de la guérison presque instantanée des manifestations syphilitiques, stationnaires ou en voie d'accroissement, malgré la médication spécifique. Ici, toutefois, le conflit a été plus vif, il a bouleversé plus profondément Téconomie. Il a mis en jeu des éléments morbides de même nature, sans doute, mais imprégnés d'une spéciflcité plus accentuée et plus grave; et, néanmoins, la terminaison a été aussi favorable et bien plus surprenante. Qu'on songe, en efl'et, à toutes les souffrances qu'avait endurées ce malade depuis le début de sa syphi* Jis! Sa santé générale avait été sérieusement compromise, les accidents se multipliaient et, après avoir disparu, se reproduisaient presque aussitôt sous une forme plus sévère et avec une plus grande tendance à la généralisation. Presque tous avaient le caractère ulcéreux et résistaient de plus en plus à TactioD curative des médicaments spécifiques et des reconstituants.
MAURIAC. — MALADIES VÉNÉR. ^^
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Eh bien, c'est au milieu de ces mauvaises couditions générales et locales, alors que le travail morbide était en pleine activité et ne donnait aucun signe de ralentissement, qu'est survenu Térysipèle. Ce n*était pas, comme dans le premier cas, une maladie accidentelle, provoquée et surgissant du jour au lendemain; il semble que Térysipèle avait des racines plus profondes dans l'organisme, qu'il émanait de germes dont l'éclosion n'attendait qu'un coqcouk k circonstances favorables; qu'il ne provenait pas, en un mot, d'une simple irritation locale, mais d'une aptitude générale à concevoir raction érysipélatease.
Et n'est-ce pas là ce qui explique pourquoi la maladie a eu sa période diocubation et de prodromes? Depuis plusieurs jours, en effet, il devenait visible qu'une nouvelle maladie était en voie d'élaboration, quoiqu'elle ne s'anoonrâl par aucun phénomène morbide assez significatif pour en déceler la nature; puis vinrent les prodromes, c'est-à-dire déjà la maladie, moins sa détermination locale apparente; enfin , au bout de quatre jours, tous les éléments morbides étaient en plein développement, et ils parcoururent leurs périodes successives avec la rapidité et la régularité d'une fièvre éruptive de bonne nature. Un seul fit exception par sa violence et sa durée, ce fut le délire. Il prit même un caractère alarmant, et sa signification pronostique eût été très grave, si li chute de la fièvre et les autres phénomènes de la défervescence n'avaient clairement démontré que l'excitation cérébrale était, pour ainsi dire, en dehors dla maladie générale et se rattachait à q^uelque circonstance particulière indépendante d'elle. Cette circonstance, j'ai tout lieu de le croire, n'était aum chose qu'un certain degré d''alcoo]isme : de toutes c'est la plus commune.
Le mode d'invasion de cet érysipèle, sa marche, sa durée, sa modalité phénoménale, etc., me portèrent à croire qu'il appartenait aux érysipèles d origioe infectieuse. Ce qui me confirma surtout dans cette manière de voir, c'est qu' plusieurs cas de la même maladie se développèrent ultérieurement. Cette petitr épidémie frappa très peu de malades et resta bénigne ; cependant uo homme âgé et syphilitique qui en fut atteint, succomba à l'hôpital Cochin, où je Tavai* envoyé à cause de la gravité de sa maladie.
Si j'insiste sur certains côtés de cet érysipèle, c'est pour faire ressortir par l^détail tout ce qu'a de frappant une guérison, que nous n'avons vue jusqu'ici qu'en gros et dans son ensemble. Ainsi, n'est-il pas remarquable qu'un or^> nisme profondément atteint par la maladie constitutionnelle sorte plus vigi^u* reux et plus en pleine possession de ses forces saines, après que les désordres d'une maladie aiguë sont venus s'ajouter à ceux de la syphilis ? Au point de wa de la santé générale, l'amélioration a été immense, et le malade s'est relext* d'une façon tout à fait inespérée et avec une surprenante rapidité des serons^ d'une maladie aiguë, dont peut-être un organisme parfaitement sain aurait vi^ plus éprouvé. Il semble que la réaction violente suscitée par la cause érysip^ U* teuse ait rompu les habitudes morbides, retrempé les énergies vitales affaissées, rétabli l'équilibre organique^ expulsé les matériaux morbides et donné ud< nouvelle vie à toutes les molécules vivantes.
Ce résultat a été surtout frappant dans les points où s'est eOectoée la dêter* mination de l'érysipèle, c'est-à-dire la fluxion qui est propre à cette maladie On se souvient que la face tout entière, mais principalement le dm, les iem* les paupières, étaient depuis longtemps le siège d'un gonflement byperp-isique, d'une sorte d'œdèmedur^ fixe et sans tendance résolutive. La tuméfarii'L
DK LA aUÉEISON PBODUITK PAR LBRTmFÈLE. 1043
aiguë propre à Térysipèleest venue s'ajouter à l'œdème syphilitique chronique; loin de l'aggraver, elle Ta dissipé en quelques jours, et toutes les parties déformées par cet éléphantiasis sont revenues rapidement à leur volume normal.
Que s'est- il passé au sein des tissus? Par quel mécanisme la nutrition des éléments organiques, déviée de son mode naturel par l'action syphilitique, estelle revenue aux conditions de l'état sain? Trouverons-nous l'explication de ce résultat dans les données que nous avons sur le processus anatomo-pathologique de Térysipèle? Quoique ce processus soit encore obscur, quelques travaux modernes, et entre autres celui de MM. Volkman et Steudener*, ont grandement contribué à le faire connaître et comprendre. L'hyperhémie érysipélateuse a pour elTet immédiat de produire dans les parties superficielles de la peau, mais surtout dans les parties profondes et dans le tissu cellulaire souscutané, une inflUralion excessivement abondante, diffuse et rapide de leucocytes. Les corpuscules blancs qui se groupent quelquefois autour des vaisseaux sanguins et lymphatiques dilatés et plus ou moins remplis des mêmes corpuscules, se transforment en granulations très fines avec une excessive rapidité, si bien que, quand la peau commence à pâlir, vers le deuxième ou le troisième jour de la maladie, en quelques heures l'infiltration leucocytique est convertie CD un détritus finement granuleux. Ce détritus, provenant des corpuscules blancs extravasés, est très vite repris par les vaisseaux veineux et lymphatiques, el la même rapidité qui a caractérisé l'infiltration des leucocytes et leur régression, caractérise aussi leur absorption.
Opposez cette vivacité du processus anatomo-pathologique de l'érysipêle à la lenteur de l'hyperplasie syphilitique. N'est-il pas probable que les produits accumulés peu à peu par celle-ci et par elle élaborés à loisir dans le calme d'une action morbide chronique, se trouvant tout à coup noyés au milieu des Ilots de cette inondation leucocytique, perdent toute individualité, toute force de résistance et s'absorbent dans la vie plus intense, mais aussi plus éphémère des nouveaux éléments? N'est-il pas probable qu*ils sont emportés dans le même tourbillon et, qu'avec une prodigieuse vitesse, ils descendent la pente de la régression qui les dissocie, qui les fragmente à l'infini et les rend aptes à subir l'absorption et l'élimination, phases ultimes de leur existence organique?
ijeiie puissance dissolvante do l'action érysipélateuse se manifeste encore à un plus haut degré dans la plaque muqueuse. N'est-ce pas là, en effet, un produit bien autrement compliqué et spécifique de la maladie constitutionnelle? Et pourtant, il se fond à vue d'oeil et bientôt il ne reste rien de ce petit foyer morbide, dont la virulence ne le cède qu'à celle de l'accident primitif. Obtien* drait-on un pareil résultat avec les cautérisations? Non ; et néanmoins il faut reconnaître qu'elles sont, dans quelques cas, d'une efficacité remarquable par leur promptitude.
L'action morbide érysipélateuse agit-elle sur les plaques muqueuses à la
I. Centrulbiatt f&r die medicinùchen WiiMmehaften, 1H68» o«36, p«ge 3<1. — Voy. aussi Im recherche* de MM. MaluMZ et Truitier tur le nombre det globules bUoce du sang dans rérysipèlc {So€. aitat. . «eaoce du 31 février 18T3).