‹ Lecons sur les maladies vénériennesChapitre 432 sur 441 · ACTION CURATIVE A DISTANCE PRODUITE PAR L'ÊRYSIPÈLE · texte numérisé non relu

ACTION CURATIVE A DISTANCE PRODUITE PAR L'ÊRYSIPÈLE

manière des inflammations substitutives que nous provoquons avec des substances irritantes et caustiques? Si cette action restait limitée et ne dépassait pas la sphère des déterminations locales de l'érysipèle, on pourrait le croire. Il existe, en effet, une grande analogie entre les processus irritatifs provoqués et les processus irritatifs spontanés. Mais combien ces derniers, quand ils ont leur origine dans une réaction salutaire de Torganisme, sont plus profoDd>, plus comprébensifs, plus convergents vers le même but et inspirés, si oa peut se servir d'une pareille expression, par un sentiment plus vir et plus net de h situation! Avec nos caustiques, nous restons souvent en deçà, ou noas alloo.« inutilement au delà de la distance spécifique du produit morbide ; nous faisons trop ou pas assez. Ne craignez pas qu'il en soit ainsi avec les irritations spoDtanément curatives que conçoit et qu'exécute l'organisme.

On aurait tort cependant de ne voir dans l'érysipèle, au point de vue qui nous occupe, qu'une sorte d'inflammation purement substitutive. 11 y a certainement autre chose; et la preuve, c'est que son influence curative s'exerce à distance sur des lésions syphilitiques que leur siège soustrait à l'action direcle du processus anatomo-pathologique de la phlogose locale. Ainsi , on a vu éàû* Tobservation précédente que les plaques muqueuses de la gorge et celles du larynx ont été guéries en même temps que celles des lèvres et de la muqueuse buccale, si bien que tous les troubles de la déglutition et surtout ceux de la phonation, qui étaient si prononcés^ ont complètement dispara, dès que la codvalescence de la maladie accidentelle a commencé. C'est aussi ce qui a eu lieu pour les plaques syphilitiques et les pustules d'impétigo qui avaient envahi le conduit auditif externe des deux côtés.

On m objectera peut-être que la gorge, le larynx, les oreilles, les paupières, en un mot toutes les parties constituantes de la tête et du cou, sont bieo voisines de Taction morbide dans l'érysipèle de la face, et qu'elles en doivent forcément ressentir plus ou moins l'influence : je ne le nie pas, et peut-être fautil tenir compte des efi'ets de cette proximité.

Mais je crois aussi que l'état général fébrile, l'efl'ort du mouvement réacliconel, la secousse qu'éprouve l'organisme, la nouvelle direction imprimée à se" forces vives par l'imminence d'un danger immédiat, etc. ; qu'enfin l'ensemble des conditions vitales et organiques de la maladie aiguë sont de nature à fain' cesser un travail morbide local, né au milieu de circonstauces pathogéoique^ tout à fait différentes. Je ne soutiens pas que les choses doivent toujours se passer de la sorte ; je dis que, dans les cas qui servent de base à ce travail et, en particulier, dans le précédent, l'érysipèle a guéri des manifestations syphilitiques cutanées très éloignées du foyer érysipélateux, et que, par conséqueuL il n'a pu les atteindre qu'indirectement, par l'état pyrétiqueet toutes lesopen tions organiques qui l'accompagnent, et non point par un processas anatomopathologique substitutif.

Quoi qu'il en soit de cette manière de voir, il reste établi que, che2 ui malade gravement atteint d'une syphilis en pleine activité, un érysipèle iofi^tieux, loin d'aggraver la situation, l'a singulièrement améliorée à tous égard> puisque : 1<^ Tétat général, sérieusement compromis par la maladie constitationnelle, a été plus satisfaisant après qu'avant la maladie aiguë; S* toutes kmanifestations syphilitiques situées, soit au centre même du foyer érTsip<'J' teux, soit à une petite distance^ soit tout à fait en dehors de lui et à une gmudc

HANIFESTATIONB BOBOFULSUBBB SUflOITÉBS PAB LA SYPHILIS. 1045

distance, ont été guéries avec une promptitude qu'on ne pourrait jamais obtenir a?ec le traitement spécial et les médications locales.

Chez les individus qui contractent la syphilis, Torganisme peut avoir été ou être encore sous l'influence d'une maladie constitutionnelle, telle que la scrofule, la dartre, Tfirthritis. De la coexistence ou de la combinaison de ces états morbides généraux résultent des effets multiples, sur lesquels nous avons plus d'hypothèses que de notions précises. Je ne veux poini m'en occuper ici, et je n'en parlerai qu'incidemment à propos d'un fait de scrofulo-syphilis, où Tinfluence curative d'un érysipèle intercurrent s'est manifestée sous un nouvel aspect.

Obs. III. — D... (Georges], âgé de trente ans, maçon, quoique vigoureusement constitué et d'une bonne santé habituelle, eut, à Tàge de dix ans, un abcès ossifluent vers la partie moyenne du bras gauche et une arthrite scrofuleuse du coude correspondant, suivie d*ankylose, d'atrophie musculaire, etc. A quinze ans, d'autres accidents de même nature se localisèrent sur les yeux et la glande sous-maxillaire. Il reste encore des traces significatives de toutes ces lésions. Mais, depuis, le malade s'est toujours bien porté et n*a pas eu d'autre attaque de la maladie constitutionnelle.

Le 14 juillet 187S, après une continence de dix-huit mois, il eut commerce avec une coureuse, et, deux jours après, il apparut un chancre sur le c^té gauche du sillon. Huit jours plus tard, un nouveau chancre se déclara sur le gland, au voisinage du méat. Au bout de trois semaines, ces deux chancres se compliquèrent d'un hubon inflammatoire dans chaque aine. Les bubons suppurèrent et furent guéris en trois semaines. Ils ont laissé deux cicatrices de 0",0e ou 0",07 de longueur. Aucun traitement spécifique ne fut institué.

Vers le 10 septembre 1872, c'est-à-^ire deux mois environ après Tapparition des chancres, ie prépuce se tuméfia, devint rouge, douloureux, et se couvrit, ainsi que le fourreau, de plaques muqueuses confluentcs. Presque en même temps, mal de gorge très léger et gonflement considérahle des glandes cervico-maxillaires.

Cette adénopathie, provoquée par la syphilis, devint rapidement scrofuleuse, c'està-dire qu'elle se convertit en abcès froids qui, après être restés longtemps stationnaires, finirent par s'ouvrir au bout de deux mois et suppurèrent abondamment.

Les glandes ulcérées ont laissé des cicatrices profondes, irrégulières, larges ou linéaires, dont une est située à la partie postérieure du cou, dans la région occipito-cervicale. Quelques-unes de ces glandes suppurent encore.

Quant à la syphilis, elle s'accentua de plus en plus chez ce malade, vers le troisième mois du chancre, par des douleurs dans tous les membres, par des plaques muqueuses génito-périnéales, et plus tard par une éruption continente de petites papules sèches.

Avant d'aller plus loin, il importe de faire remarquer que la syphilis a débuté dans ce cas d'une façon tout à fait insolite par deux chancres mous compliqués de bubons suppures. L'incubation de l'accident primitif n'a été que de deux Jours. Eh bien, malgré l'ensemble de circonstances si favorables au pronostic, l'intoxication syphilitique a eu lieu. Ce fait rentre dans la catégorie de ceux quo mon ami et collègue, M. E. VidaP, a communiqués dernièrement à la Société médicale, et qu'il a fait suivre de commentaires d'un haut intérêt pratique. Les lois qui semblent le plus solidement établies en matière de syphilis sont sujettes à bien des exceptions. Il Jie faut pas prendre ce mot loi dans son sens rigoureux,

1. E. Vidal, Cantribution â Fétudede la syphitù eonstituHonnelU ayant pour accident mitial ht e/uincre mou. Parii, 1813.

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mais lui donner au contraire beaucoup d'élasticité pour le rendre acceptable. Que dire de ceux qui Je renforcent des épithètes d'absolu, d*irréfragable, d'invoqué, etc.?

La syphilis, dans le cas qui nous occupe, a eu pour premier effet, après s'être manifestée par quelques-uns de ses accidents les plus précoces, de réveiller la diathèse scrofuleuse qui n'avait donné aucun signe de vie depuis quioif^ ans. Ce fait n'est pas rare. Il a été observé depuis longtemps. L'excitation à reparaître qu'une maladie constitutionnelle en activité exerce sur une autre qui eM à l'état latent ou en repos, n'avait pas échappé au génie si profondément observateur de Hunter. Il l'attribue à la syphilis par rapport à la scrofule. Mais il envisage aussi dans son ensemble la question du conflit de toutes les maladie^ entre elles, qu'elles soient aiguës ou chroniques, générales ou locales, spontanées ou provoquées, accidentelles ou constitutionnelles, transitoires ou permanentes. « Je crois, dit-il, avoir observé des cas ou la disposition syphilitique, formée antérieurement, a été transformée en action par une affection fébrile. De même que la plupart des autres maladies pour lesquelles il existe une susceptibilité ou une disposition, la syphilis constitutionnelle peut être développée par un trouble quelconque de la constitution. La scrofule, la goutte et le rhumatisme sont souvent mis en action de cette manière'. » Parlant à un point de vue plus général, il dit ailleurs : « Une disposition d'une certaioe espèce peut exister dans une partie ou dans la totalité du corps vivant en même temps qu'une action d'une autre espèce s'accomplit, et quand cette action ce^&e, la disposition qui dormait, qu'on me passe l'expression, se transforme à son tour en action*. » On voit, par l'observation précédente, que cette manière de voir de Hunter n'est pas rigoureusement exacte, ou du moins qu'elle oe s*applique pas à tous les cas. Ainsi, chez notre malade, la disposition scrofuleuse qui dormait depuis quinze ans s'est manifestée, non pas quand la syphilis qui a été sa cause excitante a cessé, mais au contraire dans le moment qu elle s'est traduite par ses premières déterminations locales, c'est-à-dire, non pas à la fui, mais au début de son évolution.

Lorsque ce malade entra dans mon service, salle 6, n. 13, le 12 novembre 1973, au quatrième mois du chancre, il était en pleine syphilis constitutionnelle : il avait dt^ plaques muqueuses sur les parties génitales et entre tous les orteils, et la peaa était couverte d'une syphilide papulo-vésiculeuse confluente. Ce dévelopiiement syphilitique. loin de contrarier la disposition scrofuleuse, Tavait mise en action. Autour du r^u, '-ieffet, il y avait un collier de glandes volumineuses dont quelques-unes étaient déjà irar*formées en foyer purulent. Ces glandes ne tardèrent pas à s'ouvrir et se changèreni < r ulcères écrouelleux caractéristiques. Un traitement spécifique fut institué: il a été «^ui^pendant plusieurs mois consécutifs. Néanmoins de nouvelles poussées syphilitiques^ ^Uf* cédèrent aux premières. Dans les premiers jours de janvier, les deux narines deviimi.t le siège de plaques muqueuses confluentes et d'ulcérations impétigineuses doot !•-« croûtes empêchaient le passage de Pair. A cette époque, la physionomie du malade etir profondément modifiée par les lésions dont le cou et la face étaient devenus le sièc» . Tous les traits du visage étaient grossis par un œdème chronique, par une sorte d'rrphantiasis qui navait fait qu'augmenter depuis que les narines avaient été envahies i^ir rimpétigo et les plaques muqueuses.

1. Hanter, CEoTret complèlet, traduction de Riebebt, Sjfphilû eomtihUioimeUe^ t. Il, p. M* '2. Hunter. Lêçom nir Ifsprineipet de ta chirurgie, p. 3SS, t. I«r.

suit LKS ACCIDENTS BYPHILITICO-SCHOPULBUX. 1047

Cette déformation de la face datait de deux mois et allait tous les jours en augmentant, lorsque survint, le 15 janvier 1873 (sixième mois révolu de la maladie), un érysipèle de la face. Il y eut peu de fièvre et de malaise général; la fluxion érysipélateuse fut pâle, un peu froide ; en un mot la maladie présenta un caractère d^indolence très marqué depuis son début jusqu*à sa terminaison. La résolution fut lente et incomplète.

Malgré ces circonstances, qui paraissaient peu favorables à Tinfluence curative dé rérysipèle sur les lésions syphilitiques, cette influence fut réelle et d'une promptitude remarquable en ce qui concerne les plaques et Timpétigo des narines. Ainsi, deux ou trois jours après Tinvasionde Térysipèle, les croûtes s'étaient détachées, Tair pouvait circuler librement dans le nés, et les ulcérations étaient, les unes déjà guéries^ les autres en voie de guérison. Avant que la fluxion érysipélateuse fût terminée, Taffection syphilitique des narines avait entièrement disparu.

Le nez, les joues, la lèvre supérieure et les autres parties de la face diminuèrent aussi peu à peu, à mesure que Térysipèle marcha vers la résolution définitive ; mais cette résolution fut longue à venir, à cause de l'allure chronique de la maladie. Toutefois, au bout de deux ou trois semaines, la tuméfaction de la face, qui était si considérable avant l'invasion de rérysipèle, était tellement réduite, qu'un changement complet en était résulté pour la physionomie.

Quant aux ulcérations strumeuses cervico-maxillaires qui n'étaient pas encore cicatrisées, rérysipèle ne parut exercer sur elles aucune action ni en bien, ni en mal.

On ne peut pas dire que Tinfluence curative de rérysipèle ait été aussi éclatante dans ce cas que dans le précédent. — Mais qu'on veuille remarquer combien les conditions étaient différentes. Le terrain pathologique était à la fois scrofuleux et syphilitique, et ce sont sans doute les accidents propres à ces deux maladies qui ont suscité l'érysipèle. II n'est pas entré violemment dausTorganisme comme une maladie infectieuse; il n'a produit aucune perturbatiou sérieuse dans les grandes fonctions ; il n'a présenté en un mot aucun des caractères propres aux maladies accidentelles, pyrétiques et générales. Très lent dans sa marche, très circonscrit, et d'une modalité phénoménale fort peu véhémente, il a toujours eu les allures d'une réaction pseudo-inflammatoire purement locale, qui ne trouvait ni dans l'état général de l'économie, ni dans la disposition organique et vitale des tissus affectés, les éléments de ces pblogoses franches depuis lear début jusqu'à leur terminaison.

Et néanmoins, si indolent qu'il fût, il a rempli sa tâche d'irritation substitutive et résolutive : 4» en guérissant au bout de deux jours les plaques muqueuses et les ulcérations impétigineuses des narines ;2<' en dissipant l'œdème éléphaotiasique scrofulo-syphilitique qui déformait le visage depuis plusieurs semaines. C'était, au moment où il s'est développé, les seules manifestations coustitutioonelles, avec les ulcères strumeux, sur lesquels 11 n'a exercé aucune action.

Cette maladie accidentelle avait été, comme je l'ai dit,si peu générale et d'un si faible retentissement sur l'organisme, qu'elle ne devait point troubler le pro* cessus syphilitique d'une manière profonde et durable. Son influence curative, en effet, a été très superficielle. Le malade est encore dans mon service depuis le mois de novembre, et j*ai pu suivre les phases successives par lesquelles a passé sa syphilis. Le traitement spécifique continué avec persévérance et porté à des doses élevées, n'a que fort peu modifié les manifestations existantes et n'a pu prévenir le retour de nouvelles poussées.

L'érysipèle n'a pas été plus heureux que les médicaments. Si l'on ne peut nier sa supériorité comme curatîon rapide de certaines manifestations, il faut

|t4^ .ÉCTIOS CUKAXITm DE LEKYsinLX

LÎ5 lai d'yz2^r aa coatnire fc«?aiKi:ap é tiMsti<iht 9cvr ie RSi»r-e accepti: -. •>:* dire de ceti\ qrsi le mif'^mat ë<$ eplti-*»* dLr<«:««. «'cr^i'raxi- -,

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L:rç.riie « suivie ««Lm ii::* in»a *?rT=*:e, <a-Ie 4. a Ih i» li art-c-n» K'i. x. riAtrjriSjf .Ti'-ts -îi chaJLorv. J. .*ii-î «Ki pi'*r';e ?77c 15 .r:<K:tr:-.»'c:::»^«» : •- 1.'*^' ;— ;-a:ie* ai M itf«xs<s «or i*-* s.irt;e* £^nz±.t*< •« 'ctr»:»!* •»< .tu»- *^ *t ^ >•&■ -'

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SUU LKS ACCIDENTS SYPHILITICO-SCBOFULKUX. 1047

Cette déformation de la face datait de deux mois et allait tous les jours en augmentant, lorsque survint, le 15 janvier X873 (sixième mois révolu de la maladie), un érysipèle de la face. Il y eut peu de fièvre et de malaise général; la fluxion érysipéiateuse fut pâle, un peu froide ; en un mot la maladie présenta un caractère d'indolence très marqué depuis son début jusqu'à sa terminaison. La résolution fut lente et incomplète.

Malgré ces circonstances, qui paraissaient peu favorables à Tinfluence curative dé i'érysipèle sur les lésions syphilitiques, cette influence fut réelle et d'une promptitude remarquable en ce qui concerne les plaques et Tlmpétigo des narines. Ainsi, deux ou trois jours après l'invasion de Térysipèle, les croûtes s'étaient détachées, lair pouvait circuler librement dans le nés, et les ulcérations étaient, les unes déjà guéries, les autres en voie de guérison. Avant que la fluxion érysipéiateuse fût terminée, l'affection syphilitique des narines avait entièrement disparu.

Le nez, les joues, la lèvre supérieure et les autres parties de la face diminuèrent aussi peu à peu, à mesure que l'érysipèle marcha vers la résolution définitive : mais cette résolution fut longue à venir, à cause de l'allure chronique de la maladie. Toutefois, au bout (le deux ou trois semaines, la tuméfaction de la face, qui était si considérable avant l'invasion de rérysipèle, était tellement réduite, qu'un changement complet en était résulté pour la physionomie.

Quant aux ulcérations strumeuses cervico-maxillaires qui n'étaient pas encore cicatrisées, l'érysipèle ne parut exercer sur elles aucune action ni en bien, iii en mal.

On ne peut pas dire que rinfluence curative de l'érysipèle ait été aussi éclatante dans ce cas que dans le précédent. — Mais qu'on veuille remarquer combien les conditions étaient difTérentes. Le terrain pathologique était à la fois scrofuleux et syphilitique, et ce sont sans doute les accidents propres à ces deux maladies qui ont suscité l'érysipèle. II n'est pas entré violemment dans l'organisme comme une maladie infectieuse; il n'a produit aucune perturbation sérieuse dans les grandes fonctions ; il n'a présenté en un mot aucun des caractères propres aux maladies accidentelles, pyrétiqnes et générales. Très lent dans sa marche, très circonscrit, et d'une modalité phénoménale fort peu véhémente, il a toujours eu les allures d'une réaction pseudo-inflammatoire purement locale, qui ne trouvait ni dans l'état général de l'économie, ni dans la disposition organique et vitale des tissus affectés, les éléments de ces pblogoses franches depuis leur début jusqu'à leur terminaison.

Et néanmoins, si indolent qu'il fût, il a rempli sa tâche d'irritation substitutive et résolutive : i» en guérissant au bout de deux jours les plaques muqueuses elles ulcérations impétigineuses des narines ;2<> en dissipant l'œdème éléphantiasique scrofulo-syphilitique qui déformait le visage depuis plusieurs semaines. C'était, au moment où il s'est développé, les seules manifestations constitutionnelles, avec les ulcères strumeux, sur lesquels il n'a exercé aucune action.

Cette maladie accidentelle avait été, comme je l'ai dit,si peu générale et d'un si faible retentissement sur l'organisme, qu'elle ne devait point troubler le pro* cessus syphilitique d'une manière profonde et durable. Son influence curative, en effet, a été très superficielle. Le malade est encore dans mon service depuis le mois de novembre, et j'ai pu suivre les phases successives par lesquelles a passé sa syphilis. Le traitement spécifique continué avec persévérance et porté à des doses élevées, n'a que fort peu modifié les manifestations existantes et n'a pu prévenir le retour de nouvelles poussées.

L'érysipèle n'a pas été plus heureux que les médicaments. Si l'on ne peut nier sa .supériorité comme curation rapide de certaines manifestations, il faut

1048 IXSUFFISAKCE PRBVBKTITB DB L*ÉBT8IPéLB.

bien reconnaître que son insaffisance préTeafWe a été tont aussi grande. £d effet, au bout d'un mois, les plaques muqueuses se sont reproduites dias les narines, et vers les premiers jours de mars, il survenait sur la peau uoe noo* velleéruption papuleuse, beaucoup moins confluente, il est vrai, que lapremièrt.

L'insuffisance préventive de Térysipèle n'est pas dans un rapport direct avec son action curative. Ainsi, parce qu'il y aura guérison rapide et complète de certaines manifestations syphilitiques par une fièvre ou une phlogose érysipelateuse, on aurait tort de croire que la disposition générale de Torganisme à concevoir de nouveau la même action morbide ou d'autres de même nature % été détruite. Le fait précédent prouve le contraire. En voici ud autre, qui ne peut laisser aucun doute à cet égard.

Obs. IV. — R.,. (Charles), âgé de dix-neuf ans, maçon, entré le 22 octobre 187i à l'bCr pital du Midi, dans mon service, salle 8, n* 17, se portait habituellement bien et n avait eu aucune maladie vénérienne, lorsque, après une continence d'un mois, il eut commerce, vers le 3 août 1873, avec une coureuse de Boulogne-sur-Seine. Quinze jours x^rt*, apparitioa d'un chancre infectant balano-prépuUal compliqué de phimosis.

Deux mois après le début du chancre, vers le 20 octobre, accidents consécutif» : masx de tête, étourdissements, courbature, fièvre et roséole papuleuse. Ce malade fot soumb au traitement spécifique dès son entrée.

Vers le 5 novembre (deux mois après le début du chancre), plaques muqueuses coiifluentes sur les bourses et à la partie interne des cuisses ; quelques-unes de ces plaqucrs muqueuses formant une tumeur par leur conglomération, se convertirent en une v.i5t' ulcération : sécrétion infecte, opiniâtreté de ces lésions, qui résistèrent pendant longtemps à un traitement local énergique.

Les autres accidents consécutifs, sauf ces plaques muqueuses, avaient complèlemoiit disparu depuis plusieurs jours, lorsque, vers la fin de décembre 1872 (quatrième m<)is de la syphili^j, la muqueuse labiale se couvrit de plaques muqueuses. En mèmif temps ^r vint un enrouement qui allait presque par moments jusqu'à l'extinction de voix : douleur légère au^niveau du larynx ; difficulté très grande dans la déglutition. Le trait<?mrrt général spécifique n'avait pas été interrompu un seul instant.

État du malade le 9 janvier 1873 (cinquième mois du chancre, dixième ou quinuèuH^ jour de la laryogopathie). —Un peu d'amélioration du côté du larynx, moins de doulrur en parlant et en mangeant. Rien sur la peau. Balano-posthite et plaques moqueuses glando-préputiales. <

Le périnée est couvert de plaques muqueuses confluentes, qui sécrètent abondamment. C'est une nouvelle poussée aussi forte que la première qui, du reste, n*a jamais été entirrement guérie. Il n'existe aucune circonstance locale de nature i expliquer la persi^lance si singulière de ces papules périnéo-fémorales. Aucun trouble de la santé générale.

Plaques muqueuses opalines, saillantes, confluentes sur les deux lèvres. Qoelquesmo^r^ sont ulcérées. Plaques muqueuses sur les deux piliers antérieurs et sur le bord libre du voile du palais.

Les plaques muqueuses des lèvres, de la gorge et du périnée furent cautérisées plasieurs fois avec énergie. Cependant elles ne cédèrent point à cette médication locale combinée avec le traitement général, les soins de propreté, etc. Je n*ai jamais vn ces lésions, qui se guérissent en général très facilement, présenter une pareille opintAtreté. Sons «^ rapport-là, ce fait est tout à fait exceptionnel.

Le 21 janvier (trentième jour de la laryngopathie), l'examen laryngoscopique pratiqccf par M. Krishaber, donna les résultats suivants : les deux cordes vocales inférieures pr^ sentent une coloration marbrée et sont épaissies. Vert e bord libre de la corde vocair

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