APPRECIATION DE CETTE PREMIÈRE CAUSE
lation, en (862, a donc été supérieur de 72,000 au chiffre de la population en 1866.
Ces 72,000 habitants en plus n'appartiennent sans doute pas tous à la classe ouvrière. Il est évident, en effet, que bien des gens dont la fortune a été plus ou moins gravement atteinte par la guerre, ont dû quitter les quartiers du centre, à cause de la cherté des loyers, etémigrer dans les quartiers de la périphérie où Ton peut vivre à meilleur marché. Néanmoins, en tenant compte de ce fait, et en lui accordaat même une large part dans le double résultat de la diminution des habitants au centre de la ville et de leur augmentation à la circonférence, il reste établi sur des bases positives que la population ouvrière a décru dans des proportions beaucoup moins considérables que la population delà classe aisée ou riche.
En somme, Paris contient depuis la guerre beaucoup moins dVmvriers qu'auparavant. Toutefois, si désastreux qu'aient été les événements, ils n'ont pas empêché cette partie de la population de prendn^ un accroissement qui s'élève au chiffre approximatif de 74,000. Jugez de ce qu'il eût été sans l'interruption de ce mouvement ascendant dont les années antérieures à la guerre peuvent nous donner une idée!
Que faut-il conclure, messieurs, de tout ce que je viens de vous dire ? Devons-nous attribuer exclusivement à la dépopulation de Paris la décroissance si remarquable dans le nombre des maladies vénériennes? En est-elle la cause essentielle? Occupe-t-elle le premier rang, ou bien marche-t-elle de pair avec d'autres que vous pouvez deviner, et dont il me reste à vous parler maintenant ? Vous en jugerez tout à l'heure. Dans des questions générales aussi complexes que celles que nous traitons, il est permis d'hésiter. C'est que, malgn* l'intervention incessante des chiffres, on ne les résout pas comme de^ problèmes de mathématiques. Tous les facteurs n'ont pas une valeur absolue, et l'appréciation des éléments de toute nature, dont l'intervention est nécessaire, peut varier dans de larges limites sans qu*on puisse la taxer d'être erronée.
Il me semble qu'on resterait dans une juste mesure en disant que la dépopulation de Paris a joué un rôle considérable dans la diminution des maladies vénériennes; mais que ce rôle est moins conside^ rable qu'il ne le parait au premier coup d'œil^ attendu que deux phénomènes en sens inverse, qui se produisent ou se continuent depuis 1872, tendent de jour en jour à en diminuer l'importance.
Le premier de ces phénomènes, c'est la décroissance toujours plu:»
DEUXIÈME CAUSE : DIMIKUTION DES BESSOUBOBS PRIVÉES. 107
accusée des maladies vénériennes ; le second, c'est raugmentation progressive de la population ouvrière, qui se fait d'une manière réelle, quoique sur une échelle certainement moins grande qu'autrefois. Des personnes très compétentes de l'administration municipale m'ont afCrmé en effet, que depuis 1874 les arrondissements de la périphérie se repeuplaient et que le nombre des ouvriers y était aujourd'hui très supérieur à celai qu*y avait fait constater le dernier recensement. Et cependant le Dombre des maladies vénériennes descend peu à peu depuis cette époque, si bien que le premier semestre de 187S donne un chiffre inférieur de près d'un quart à celui du premier semestre de i 872.
Parmi les autres causes, il en est une dont l'appréciation rigoureuse est encore plus difficile que celle de la dépopulation. Ici, messieurs, je ne fatiguerai pas votre attention en la tenant sans cesse fixée sur Jtrs chiffres. Cela me serait impossible, et je le regrette, car vous y lardez un élément de certitude. Il faudrait être un économiste pour traiter ce sujet avec autorité. Je me contenterai donc de l'effleurer, rous laissant le soin de l'approfondir si vous en avez le goût et les novens.
Je veux parler, de l'appauvrissement relatif qui a été la conséquence le Qos désastres.
Après une longue interruption de travail, nous avons subi des charges écrasantes. Il a fallu les payer. La fortune publique et les fortunes privées ont été gravement obérées. Avec des gains médiocres toujours précaires, il a fallu faire face à des dépenses excessives, vivre n jour le jour, pourvoir au lendemain, refaire l'épargne dévorée pendant la guerre, se contenter du strict nécessaire et ne plus songer à ce superflu qui ne se montre, dans les classes pauvres et parmi les ouvriers, que pendant les années de paix et prospérité.
On a donc vécu depuis la guerre dans des conditions matérielles tout autres qu'auparavant, et force a bien été pour beaucoup de se priver des plaisirs qu'on ne peut en général se procurer qu'avec de l'argent.
Quelque impérieuses que soient les passions, celles dont lesmaladies vtQériennes sont les conséquences ont dû subir le joug de la nécessité. DWs ont trouvé un frein dans Tappauvrissement.
Qu'elles l'aient secoué bien des fois, vous n'en doutez pas ; mais vous De doutez pas non plus, qu'il eût été impossible au commerce ^luel de grever le budget individuel comme il le faisait avant nos Bulheurs. 11 a perdu de son activité et de son expansion. Il a subi, lui
108 TB0I8IÂME CAUSE : 8UBVEILLAKGE ET ASSAIKISSEMISHT
aussi, une crise dont il n'est pas prêt à se relever. Que ce fait résulte plutôt de la pression des circonstances que d'un acte libre de la conscience devenue plus soucieuse de ses devoirs et plus éclairée, c'est ce qu'affirmeront peut-être les pessimistes et ceux qui n'ont qu'une foi médiocre dans l'amendement momentané de la perversité humaine et la moralisation des masses. Quant à nous, tout en regrettant qu'ils eussent raison, nous devons nous féliciter de Tinfluence salutaire qu'un pareil état de choses a exercé sur l'hygiène privée et sur l'hygiènt» publique.
TtoisifcMi CAUSE : Du régime de h pratitution dans la ville de Paris.
Deux c«té|i^orie8 de prostitaées : catégorie des coureuses ou filles insoumises; catégorie d«*s /. *i
soumises ou inscrites, comprenant les ftUes en carte et les filles en maison. LsL contagion vénérienne par les filles de la première catégorie est cinq fois et demie ploii ccn« ' -
rable que par les filles de la seconde. Dangers de la prostitution clandestine et sa surveillance de 1867 k IS74. Changements qui se sont opérés à Paris, dans le régime de la prostitution. — Décroissance fr*-
duelle de la prostitution inscrite ; augmentation parallèle de la prostitution clandestiae. SurveiUanee et assainiuement de la prostitution clandestine. — Quelles en ont été les condéqut^DO"» i
point de vue de la diminution des maladies vénériennes.
Parmi les causes qui influent puissamment sur le nombre des maladies vénériennes d'une ville ou d'un pays, il en est une qui a été, depuis des siècles, scrutée, étudiée sous toutes ses faces et réglementée par h:i moralistes et les législateurs. Je veux parler de la prostitution. Is'est-c<^ pas d'elle que dérivent directement et d'une façon à peu près exclu^iv*: tous les maux dont nous nous occupons? Il importe donc au plu^ haut degré de nous rendre un compte aussi exact que possible de^ phases qu'elle a traversées depuis la guerre. C'est une question ardue scabreuse, hérissée de difficultés, du moins pour ceux qui n'en ontpa? fait une étude spéciale, mais il est indispensable de l'aborder sous pein< d'être incomplet.
Dans les statistiques des malades qui sont venus à ma consultation d< l'Hôpital du Midi, pendant l'année 1869 et le premier semestre de 187 o j'ai noté, chaque fois que je l'ai pu, les principales circonstances n^la tives à la femme. Or les résultats auxquels je suis arrivé, iq'oi: démontré de la manière la plus évidente que la source incomparablemen la plus féconde en contagion vénérienne, c'est la prostitution clandes line. En voulez-vous la preuve ? La voici.
Les malades qui m'ont consulté pendant ces dix-huit mois ont tl\ "^u nombre de 5,008. J'ai divisé en quatre catégories les femmes qu