DE LA PROSTITUTION CLANDESTINE
I' :ir eut communiqué la syphilis, la blennorrhagie ou les chancres >iiDples. Sous le nom de coureuses^ j'ai compris les femmes non inst rites, rencontrées sur la voie publique et n'exerçant aucune profession suivie ; sous la désignation de varta^ j'ai rangé toutes les femmes exer- :ant une profession ou mariées, etc. Enfin j'ai laissé à la dénomination ik filles en carie et de fUles de maison leur acception ordinaire, que je li ai pas besoin de vous expliquer.
Parmi ces quatre sources de contagion, les deux premières échappent au contrôle de la police et forment la classe des insoumises ; les dt-ui dernières sont placées sous la surveillance d'agents spéciaux et «instituent la classe des filles soumises.
Eh bien, sur mes 5,008 malades, 4,012 ont été contaminés, par des àil^s insoumises, et 733 seulement par les filles soumises. La contagion par les premières est donc cinq fois et demie plus considérable que par les secondes.
Parmi les filles insoumises, les coureuses donnent le plus grand nombre de maladies vénériennes, car elles ont infecté 2,364 individus, tandis que les femmes comprises sous la dénomination de varia n'en ont infecté que 4648.
Parmi les filles soumises, celles qui sont en carte fournissent la plus forte somme de contagion. Elle est de 430. Enfin les filles en maison De figurent sur mon tableau que pour le chiffre de 303.
En résumé, sur 5,008 malades qui ont contracté la blennorrhagie, h syphilis ou les chancres mous :
2,364 ont été contaminés par des coureuses non soumises.
1648 par diverses espèces de femmes non soumises.
430 par des filles en cartes soumises.
303 par des filles en maison.
Les filles en carte subissent l'inspection médicale tous les quinze jours el le$ filles en maison tous les huit jours.
Que nous enseignent ces chiffres, messieurs? Les dangers de la prostitution clandestine. Quels moyens pourrait-on prendre pour les aïooindrir? Il ne m'appartient pas de le dire. C'est là une des questions l^^plus délicates de l'hygiène publique. Mais n'est-il pas évident que n Ton parvenait à réduire le nombre des filles insoumises, on atté- Doerait les chances de la contagion vénérienne ? Puisque la prostitution ' ^i an mal nécessaire, n'est-on pas autorisé à l'assainir et à la régletotnter, tout en respectant, autant qu'il est possible de le faire en pareille circonstancei les droits de la liberté individuelle ?
110 RÉGIME DE LA PBOSTITUTION DAK8 LA VILLE DE PABIS.
Je VOUS ai dit quelle était la situation au moment de la guerre. Qu'advint-il à la veille de l'investissement de Paris? Un des écrivains les plus compétents en matière de police sanitaire, H. Lecour, nous l'apprend, dans un remarquable ouvrage sur la Prostitution à Paris et à Londres de 1789 à 1871 '. La deuxième édition publiée en 1872, contient ud chapitre extrêmement intéressant sur la prostitution pendant le siège. Je lui emprunte les passages suivants :
«... Aussitôt que Paris fut menacé, on devait voir apparaître et Ton vit se produire, aussi bien dans le gouvernement militaire et Tadministration civile que dans Topinion publique, la préoccupation d*écarter de l'enceinte parisieDoe les repris de justice, les vagabonds et les filles de débauche.
c Ces exigences étaient d'autant plus fondées que, dans la prévision des difficultés, des privations et des périls d'un siège, on avait déjà cherché, en encourageant et en conseillant le départ des personnes que rien ne retenait à Paris, à diminuer, comme Ion disait alors, le nombre des bouches inutiles,
« Effectuées par voie d'invitation ou d'action comminatoire, avec assistance ou au moyen de réquisitions de chemins de fer, ces renvois de Paris furent à ce point considérables, qu*ils contribuèrent à créer pendant un certain temps un encombrement des gares de chemins de fer. Les convois ne pouvaient contenir tous les voyageurs qui se présentaient pour y prendre place, et, ceux-ci. craignant de manquer le départ du lendemain, passaient les nuits dans les salles d'attente.
» On peut apprécier l'importance du déplacement de la population qui s^opt*rait alors, en jetant les yeux sur les chiffres suivants et en tenant compte de ce fait, qu'ils ne sont applicables qu'aux individus logés en garni.
« Le !•' juillet 1870, le nombre des personnes appartenant à cette catégorie: s'élevait à :
Français 160,126
Étrangers 35,650
ToUl 195,776
• Le 2 septembre, il n'était plus que de 164,959, dont : 135,857 Français et 29,102 étrangers.
« Au !•■' octobre, c'est-à-dire treize joursaprèsque l'investissement était devenu complet, les hôtels meublés ne renfermaient plus que 93,996 Français et '8,365 étrangers, soit, en totalité, 102,231, et, comme différence en moins, depui? le 15 juillet, 93,415.
« Les réquisitions de transports par chemins de fer délivrées jusqu'au jour de l'investissement, s'élevèrent à plus de 10,000. On évacuait en même temp« sur les prisons et les dépôts de mendicité de province une notable partie de la population des prisons de la Seine (3,000 détenus environ)i
1. ÎM Prostitution à Paris et à Londres, 1879-1871, par C.-J. Lecour, chef de la premit^n> division à la préfecture de police, S* édition, 187S, p. 293 et Suivantes.
PBfoOMINAKCE BE LA PB08TITUTI0N CLANDESTINE.
c Dan s ce chiffre figuraient 250 fiJles publiques inscrites ou prostituées insou- .X y?5, qu'on dirigea savoir :
• Les filles inscrites sur la maison centrale de Rennes;
« Les insoumises, sur la maison de détention de Rouen.
• Des filles de débauche, au nombre d*un millier au moins, furent comprises daos la masse des départs qui s'effectuèrent alors, comme il est expliqué plus ^*iuU par Toie de réquisition ou autrement, et qui avaient en quelque sorte le caractère de départs forcés... »
La surveillance de la prostitution, malgré les difficultés sans nombre i{ue créaient les événements, fut active et efficace pendant le siège. Et ce qui le prouve, c'est le nombre des arrestations.
■ U importe de remarquer, dit M. Lecour, que le nombre des filles publiques UT^tées en 1870 s*est élevé à 3^970, et qu'il n'avait été que de 2,349 en 1869.
I U même augmentation s'est produite en ce qui touche les arrestations dmsoumises. U en avait été fait, en 1869, 1,999. On en a arrêté 2,641 en 1870.
'• Dans ces différents chiffres d'arrestations de 1870, les quatre derniers mois Igorent ponr 945 filles publiques, et i,i02 insoumises. »
Sans entrer dans de plus longs détails sur ce sujet, je vais vous lonner, un tableau des filles inscrites à la préfecture de police chaque innée depuis 1867, et des filles insoumises arrêtées pendant la même umée.
Pilles imcriles.
iSlî 3,359
Filles insoumises arrêtées '
2,935 (Dejoin 1871 au
i- Otte sutûtique est empruntée à une brochure de M. Lecour sur Tétat actuel de la ^'«titntioD parisienne. Il la fait suivre des réflexions suivantes qu'on lira sans nul VUf avec intérêt :
' V'je ress'irt^il de ces chiffres?
u fait que, dans les conditions les plus difficiles et alors qu'elle se trouvait aux
{nw^ avec les embarras et les épreuves de toutes sortes qu'ont entraînés pour elle les
*rTyi4n événements de ces dernières années, la préfecture de police a fait preuve^ sur
' >fTuo de la surreillance et de la répression de la prostitution, d'activité et d'énergie.
• En 1H68, les arrestations de filles inscrites et d'insoumises s'élèvent à 6,870. Sous i fyi^ace des événements qui se préparaient, et par suite de l'affaiblissement dti P^:p< d'autorité résultant du régime des réunions publiques, le nombre de ces «T>siutii)ns descend à 5,986. l\ remonte à 6,611, ea 1870, malgré les entraves de tout ^'-iTt qv'apportent à l'action do service des mœurs les agitations des premiers mois de
1 12 UESUBE8 PBISESPOUB DIMINUER LA PROSTITUTION CLANDESTINE.
Ainsi, vous le voyez, d'année en année, depuis 1867, le personnel de la prostitution inscrite s'est accru, et celui de la prostitution clandestine a été diminué ou assaini par des arrestations de plus en plus multipliées.
Eh bien, messieurs, je ne doute pas que cette active surveillant' n'ait exercé l'influence la plus salutaire sur le décroissement des maladies vénériennes. La prostitution clandestine étant la plus dangereuse au point de vue de la contagion vénérienne, toutes les mesure> qui en arrêteront le développement, auront pour conséquence une amélioration correspondante dans l'état sanitaire qui nous occupe.
Je crois donc qu'il est permis, en se fondant sur les chiffres que y viens de vous donner, de mettre la répression, la diminution et Tassai^ nissement de la prostitution clandestine au nombre des causes les plu^
cette année, la révolution du 4 éeptembre, Finvestissement et le siège. Au lendenu.i de la Commune, dans moins de sept mois, en 1871, du 3 juin au 1*' janvier, le n<>mt>n des arresUtions s'élève à 6,007. Il est, pour 1872, de 11,353, et de 12,395 pour 1873.
« Dans une période de dix ans, de 1859 à 1869, le nombre des inscriptions sur 1^:1 contrôles de la prostitution publique a été, en moyenne, de 364. Il y a eu 517 inscripti"M en 1870, 513 en 1871 (sept mois environ, du 3 juin au 31 décembre), 1,014 en 16Ti, i» \ en 1873.
(i En 1855, il y avait à Paris et dans sa banlieue 201 maisons de tolérance ; il n'y *'\ avait plus que 172 en 1865 et 152 en 1869. On en comptait encore 142 au 1" janvier Iv'i II n'y en a plus que 136 aujourd'hui. De 1855 à 1869, le nombre de filles publiques, di*-i de maisons de tolérance, est descendu de 1,852 à 1,206. Il était de 1,092 en 1872 e t de 1.*' I en 1873.
« Quant aux filles isolées, elles étaient 2,407 en 1855, 2,525 en 1869, 2,583 en iKTi 3,116 en 1873. En présence de ces chiffres si concluants et de Taugmentation progre>$ >i et considérable de la prostitution clandestine, je persiste dans l'opinion que j*ai értr.n en 1670. «Je disais alors et je redis aujourd'hui : cet état de choses révèle rexi>tt>i *: d'une maladie sociale que des mesures de police ne peuvent seules atteindre i détruire.
« Le monde de la prostitution, établissements et personnel, se transforme duj manière notable. Le nombre des maisons de tolérance diminue; il ira toujours 'i décroissant. Au point de vue de la spéculation, ces maisons n'ofi'rcnt plus guère d'av m tages, et elles disparaîtraient si elles n'avaient leur clientèle de voyageurs, de s M.l et de journaliers.
« Ce serait une grave erreur de croire qu'il y a lieu, pour la morale publique. d«> i réjouir de ce fait, car il ne tient qu'à un simple changement de forme.
« Dans l'état actuel des choses, les inscriptions volontaires deviennent plus rares, « ce qui est grave, il se produit contre l'enregistrement des résistances opiniâtres, qui 4 se voyaient pas autrefois. Les filles renvoyées des maisons de tolérance après fennetur ou qui sont sorties volontairement de ces maisons, se rejettent dans la catégorie d< filles isolées, lesquelles s'ingénient à leur tour pour trouver les moyens de se soustraîi à l'action de la police et d'aller grossir la foule des insoumises, n
(De Vétat actuel de la prostitution parisienne^ par C-J. Lecour, chef de la prémuni division à la préfecture de la Seine. — Paris, 1874, pages 16 et suivantes.)
iUGXENTATION BU NOMBBB DES MABIAGES APBÈS LA GUERBE. 113
.itives qui ont contribué à faire décroître depuis la guerre le chiffre 'les maladies vénériennes dans la ville de Paris.
Mais ce n'est pas aux seules mesures de rigueur qu'est dû l'arrêt dans le développement de la prostitution clandestine. Il faut faire entrer aussi en ligne de compte la force des circonstances, qui a obligé beaucoup de filles insoumises à quitter un métier plus précaire et moins lucratif qu'avant la guerre, et qui ne leur permettrait peut-être plus de trouver dans la débauche des ressources suffisantes pour rivre.
j: >:■!*:■£ cause : Au^rmenUtioD du nombre des mariages dans la ville de Paris après la guerre
'>^t.>Lqtte des mariages de 186.'i à 1874.
x: leno<> entre la diminution de la population et l'augmentation des mariages après la guerre. .* ù,i efti un des premiers facteurs, dans la résultante générale de la salubrité, au point de vue des
ui'j'ji^s veDérieones.
Il - '--uiion des mariages dans la ville de Paris suivant les arrondissements, de 1865 à 1814,
Il me reste à vous entretenir d'une autre cause de diminution des maladies vénériennes, dont le rôle a été fort important au double point i'^ vue de la morale et de l'hygiène. Je veux parler de la fréquence des unions légitimes, qui a pris un accroissement remarquable depuis la juorre.
Voici, en effet, quel a été le nombre des mariages, par chaque Année, depuis 4865 :
En 1865 16,540
Eq 1 866 17,20i
En 1867 n,730
Ea 1868 18,596
En «869 18,9*8
En i870 i4,657
En «871 12,298
En 1872 : 21 ,373
Liirïsant de côté les années 1870 et 1871, pendant lesquelles, pour ' t^ raisons faciles à comprendre, le chiffre des mariages est tombé Uiu au-dessous de la moyenne ordinaire, comparons les trois û'àué»'» qui ont précédé la guerre et les trois années qui l'ont suivie.
Durant les années 1867, 1868, 1869, il y a eu 55,274 mariages, ce iui dunne la moyenne de 18,424 par année.
XAUULAC. — MALADIES VBNSR. 8
11 î .^TATI<TigUE DES MARIAGES A PABIS DE 1865 A 1874.
Durant Ie> années 1872, 4873, 1874, il y a eu 59,720 mariagts, xni 4,4 iO de plus que les trois années qui ont précédé la guerre. 0 «•hiilre donne pour la nrioy(»nne 49,906 par année.
tlelle moyenne est donc supérieure de 4,482 à celle d'avant la iruprre.
Ainsi, depuis le 1" janvier 1872, il y a eu chaque année à Pari> 4,i82mariagesde plus que pendant les trois années 1867, 4868,1869.
Vous trouvez peut-être que cela est peu. Mais veuillez bien vous rappeler que la dépopulation de la ville, produite par la guerre, a^u} de 250,000 ou 300,000 habitants au moins. N'est ce pas là une cin (instance f|ui grandit le nombre 1 ,482 et lui donne une valeur reIaU\t' infiniment plus grande que sa valeur intrinsèque?
La coïncidence de ces deux faits qui semblaient au premier abt»rd devoir s'exclure : d'une part, la diminution de la population ; d'autr* part, Taugmentation des mariages; celte coïncidence, messieurs, n»pensez-vous pas, comme moi, qu'il en faut faire un des premiers fa»teurs dans la résultante générale de la salubrité au point de vue d« maladies vénériennes ?
Songez à tous les maux de cette espèce que peut empêcher un mariage, principalement dans les classes où se recrute le personnel notre hôpital. Tel individu, par exemple, que je soigne à ma consultation ou dans mes salles, a peut-être infecté cinq ou six femmes dqmi* qu'il est malade. Telle femme qui est à Lourcinc a peut-être info* :• quinze ou vingt hommes. Si ces deux individus avaient été mariés a\ ai!leur maladie ou même depuis, la contagion vénérienne, dont ils ••ni été des agents plus ou moins actifs, aurait été neutralisée ou du moii.^ fort circonscrite, et, dans tous les cas, il y a cent à parier contre un (prelle eut été réduite à son minimum de nocuité.
Je n'ai pas besoin de m'étendre plus longuement sur ce sujf l. J\'u ai dit assez pour vous faire comprendre l'importance que j'ajoul»- au chiffre de 4 ,482 et répondre aux objections que pourrait faire naîln» m faiblesse, plus apparente que réelle. Nul doute que le mariage, nièiiiquand les devoirs de fidélité réciproque qu'il impose ne sont pas ri.::oiireusement observés, ne contre-balance, de la façon la plus eflicaoe. !•*dangers de la prostitution*.
(iOmparez 1866 et 4872, les années des deux derniers recensemeut-: comparez-les au point de vue du nombre des mariages : vous trou-
1. H y a <N|MMiil.int ili-s coniivo^ où la syphilis a st'vi sur des populations qui vi>.U' " dans la rfiasi.t»* du niariap". CVst que, quand elle est imporlt'e dans un mili«ni « u i ne >i'U d.Ii.' pas, (piand on méconnaît la nature de ses accidents, qui si»nl o^nla.':- -^
V'ÎJ.
KOHBBE DES MARIAOES A PABIB DE 1865 A 1874. HÉ
verezune prédonÛDance de 4,172 en faveur de la seconde. La population pourtant ne s'était accrue que de 26,418 habitants. Il est vrai que la guerre avait empêché ou retardé beaucoup d'unions légitimes qui furent contractées après la paix, et c'est sans doute ce qui explique pourquoi le nombre des mariages a atteint le chiffre de 21,370, qui est resté le chiffre maximum d'une longue suite d'années. Mais, en l><69, il n'y en a eu que 18,948, et pourtant jamais Paris n'avait contenu dans son enceinte une aussi nombreuse population.
La fréquence des mariages s'est répartie parmi toutes les classes de la société, mais pas tout à fait dans les mêmes proportions. Ainsi, quoique la population de neuf arrondissements du centre fût inférieure, en 1872, de 46,000, eu égard à ce qu'elle était en 1866, il y a ♦»u cependant cette année-là 9,S02 mariages, tandis qu'on n'en comptait que 7,858 en 1866, pour ces mêmes neuf arrondissements; soit une différence de 1,644.
Pour les onze arrondissements de la périphérie dont la population» «m 1872, comparée à celle de 1866, accusait une augmentation de 72,000 habitants, le nombre' des mariages, en 1872, a été de 11,872. En 1866, il avait été de 8,942 ; soit une différence de 2,928.
La proportion des mariages a donc été plus faible dans les arrondissements de la périphérie que dans ceux du centre, c'est-à-dire dans la classe ouvrière que dans la classe aisée ou riche.
Cette inégalité dans la répartition des mariages, suivant les arrondis^'ements, diminue un peu l'importance que j'attache au mariage • omrae cause du décroissement des maladies vénériennes, puisque ce ^•^►nt les arrondissements de la périphérie qui fournissent le principal > utingent des malades traités à l'hôpital du Midi.
Mais les maladies vénériennes sévissent aussi dans les classes riches ^u aisées. Nous ne les soignons pas à l'hôpital, et nous ne possédons r'i-. f»ar conséquent, les éléments numériques qui permettent d'api'r»:. ier, à Taide de la statistique, la fluctuation de leur fréquence dans i* > couches moyennes ou élevées de la société. La clientèle privée se divisant à rinfini ne peut pas être soumise au calcul comme la clientèle h ^{>italière. Pourtant je ne crois pas me tromper en vous disant que, M v.ms interrogiez les spécialistes de Paris, ils vous répondraient tous.
'r':\n\ plusieurs années, quel que soit leur siège, on peut la contracter de mille façons ' ' rv-nte§, et, pour ainsi dire, innocemment.
' ï.-n est pas de même de la blennorrhagic, et encore moins du chancre simple; aussi - -i- n.'f* syphiliographes les plus éminents, M. Rollet, a-t-il dit avec grande raison que
^ iroi dernières maladies étaient inflniment plus vénériennes que la syphilis.
116 ISFLrENCE DE L*AU6M£KTATI0K DES MAEIAOBS
comme moi, que les maladies véDérieimes ont considérablement diminué depuis la guerre dans toutes les classes de la société, et peut-être plus encore dans les classes moyennes et élevées que dans les classes pauvres. Aussi tout ce que je vous ai dit dans cette leçon me semble-t-il devoir s'appliquer à l'ensemble des habitants de Paris, quelle que soit la condition sociale de chacun d'eux pris individuellement.
Je pourrais pénétrer plus loin dans ce travail de statistique et cornparer non seulement les années, mais les arrondissements pendant chaque année, sous le rapport de la fréquence des mariages et de son influence sur la diminution des maladies vénériennes. C'est un travail qui m'entraînerait trop loin. J'ai déjà fatigué votre attention par tro[» de chiffres ; il est temps de m'arrèter. Mais, si vous étiez désireux de vous livrer à des investigations de cette nature, voici un tableau qui vous en donnera le moyen; c'est celui des mariages par arrondissement depuis 1863. Une seule année manque, celle de 1871, l'année de la guerre et de la Commune.
Avant d'aborder la seconde partie de ces études statistiques sur le^^ maladies vénériennes, c'est-à-dire la question de la rareté actuelle du chancre simple que je vous ai annoncée en commençant, je résumerai ce que je viens de vous dire dans les conclusions suivantes :
A. Le nombre des maladies vénériennes dans la ville de Paris a considérablement diminué depuis 1870-71. Après avoir atteint sou minimum en 1871, il s'est relevé en 1872, pour suivre depuis celle époque une progression toujours décroissante.
B. Parmi les causes qui ont le plus puissamment contribué à produire cette diminution dans le nombre des maladies vénériennes* il faut citer, indépendamment de l'impression morale produite par l^s événements :
1^ La dépopulation imm^^diate de la ville à la suite de la guerre et l'arrêt dans le développement numérique de ses habitants.
2"" L'abaissement de la fortune individuelle qui s'est produit dau^ toute les classes de la société et qui a été aggravé par l'augmentatitu) des charges.
S"" La surveillance plus rigoureuse de la prostitution en général, el. en particulier, de la prostitution clandestine.
4*" L'augmentation dans le nombre des mariages dejf^uis la guern\ supérieur, malgré la diminution des habitants de Paris, à ce qu'il «Hait avant 1871.
Sl-B T*i DDCINUTIOK DES MALADIES VÉNÉBIENNES DE 1867 A 1875. 117
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118 ATTÉNUATION DES ACCIDENTS DES U&LADIES TÉNéRIBNNKS.
Maladies vénériennes dans la ville de Paris, envisagées au point de vue de l'atténaation d''> a • •
dents qui leur sont propres.
1* Syphilis : Bénignité très commune des premières poussées. — Prédominance des roaaire»tj'< .*
sèches et superficielles.
Réserves au point de vue du pronostic. — L'éventualité du syphilisme gommeux vi»c«»ral •*xî-,». •
moins à craindre avec les syphilis faibles qu'avec les syphilis fortes? Depuis plusieurs années la syphilis, à Paris, semble diminuer d'intensité et augmenter de frequ»>ih^ 2* BUnnorrhagie : Elle subit peu de changements. — Ell^ est beaucoup plus identique à ell»>iii<^rj-
dans tous les temps et dans tous les lieux, que la syphilis. 3* Chancre simple : Son atténuation au point de vue du phagédénisme. — Rareté actuelle de cet!-
complication dans la ville de Paris. — Sa rareté, même pendant le siège. Nombre approximatif des syphilis qui se contractent chaque année dans 1\ ville de I*aris. Des causes qui ont fait augmenter le nombre des maladies vénériennes pendant l'anne** \^'.i. -
Licence dans les mœurs qui suit les grandes catastrophes.
Je ne vous ai parlé jusqu'ici de la diminution des maladies vénériennes qu'au point de vue de leur nombre. Mais, parallèlement à ce fait, ne s'en esl-il pas produit un analogue dans l'ensemble de leurs manifestations ? Ne serail-il pas intéressant de savoir si elles ont subi dans leurs symptômes, dans leurs complications, dans leur marche, dans leur durée, dans leur facilité à guérir spontanément ou sous l'influence des remèdes et de l'hygiène, enfin dans toute leur manière d'être, des changements favorables qui les rendent moins graves, plucourtes qu'autrefois, et atténuent d'autant leur puissance de diffusion contagieuse?
Je ne vous dirai pas : Rappelez-vous ce qu'on voyait autrefois dans les salles de cet hôpital, il y a six ou sept ans, par exemple, parce que la plupart d'entre vous étaient encore sur les bancs du collège. Mai* interrogez ceux des générations qui vous ont précédés, et ils vou? feront un tableau plus effrayant que la réalité dont vous êtes aujourd'hui les témoins.
Quant à moi, je puis vous affirmer qu'à une époque encore pou éloignée de nous, on observait quelquefois des syphilis graves, tt même des syphilides maHgnes, des accidents profonds, du côté du système osseux et des principaux viscères, des chancres gangreneux, des chancres phagédéniques, etc. ; et que la pathologie vénérienne, sans présenter la richesse exubérante du seizième siècle, laissait voir de temps en temps, au miheu de sa décadence, quelques traces de sou ancienne grandeur.
Ici, à côté, dans la salle 8, j'ai soigné pendant plusieurs moi>.
riMIXUTION DES FORMES MALIGNES ET ULCÉREUSES DE LA SYPHILIS. 1 19
en 1869 et 1870, un malade qui, peu de temps après rapparition d'un • iiancre infectant, a eu la peau littéralement rongée et détruite dans pf'Sijue toute son étendue par la syphilide la plus maligne que j'aie vue. Son corps ne faisait qu'une plaie qui suppurait et saignait inces- -.iniuient. Ce malheureux, malgré tous nos efforts pour le guérir, a fini [►.ir succomber après des souffrances atroces, par le seul fait de sa ^\(.liilis. J'ai eu l'occasion d'observer plusieurs fois à celte époque d'auir^s syphilides malignes moins graves, il est vrai, et qui ne se sont \»Ani terminées par la mort, du moins dans mon service, mais dont la -ijtTJson a toujours été très longue, précaire et suivie de récidives. Je vnvais aussi un assez grand nombre de syphilis à manifestations ulcéri'US('s communes, c'est-à-dire circonscrites, peu profondes, à tendances n'paratrices, ou rapidement modifiées par le traitement spécifique itit»'nie et externe, en un mot sans les caractères qui constituent la malignité. Mais elles n'en étaient pas moins toujours fort sérieuses, et accu- Mienl une gravité moyenne qu'on ne retrouve môme plus aujourd'hui.
Uue voyons-nous en effet, soit à la consultation, soit dans nos salles? <> que nous voyons, ce sont les formes sèches, les plus atténuées et ïi s plus superficielles des manifestations de la syphilis, soit sur la [iHriu, soit sur les muqueuses. Sans doute cette bénignité des premières {xiussées n'est pas une garantie absolue que les accidents ultérieurs ^eronl tous de la même nature ; le pronostic actuel n'implique pas for.ément le pronostic de l'avenir. Il est possible que plusieurs malades lie rette génération que la syphilis maltraite si peu pour le moment -•'it'iil atteints plus lard de syphiloses viscérales ou tombent dans les .1' • idents toujours redoutables de la syphilis tertiaire ; mais cette évenlualité n'est-elle pas moins à craindre avec les syphilis faibles qu'avec \*< syphilis fortes ?
Oui, elle est moins à craindre en ce qui concerne la possibiHté du ^^[^hilisme gommeuxou tertiaire; mais il serait téméraire d'être affir- [iiatif sur la question de la syphilose viscérale. J'ai vu en effet souvent 1 •" déterminations syphilitiques les plus graves se produire chez des r:..ilades qui n'avaient eu qu'une érosion chancreuse presque insignii. tule, et des accidents cutanés et muqueux très superficiels.
Ainsi donc, on ne saurait être trop réservé sur le pronostic de toutes !'•^ syphilis, quelque faibles que soient leurs premières manifestations. Mii!» les conséquences extrêmes de la maladie sont heureusement des tvvpijons assez rares, et, s'il ne faut jamais les perdre de vue dans iv^ prévisions que suggère l'état de chaque individu, il est peut-être jiermis de s'en préoccuper un peu moins quand on envisage dans son