LE CHANCRE SIMPLE NE BÉCIDITE PAS APRÈS SA GUÉRISON
période de quinze mois, deux ans et même plus. Rendue à la liberté, elle sera donc un foyer de contamination, sans infection nouvel^. Comme garantie absolue, il faudrait que sa détention durât autant que la période contagieuse de la syphilis. Est-ce possible?
Il en est à peu près de même du catarrhe contagieux des organes sexuels de la femme. Combien qu'on croyait guéris récidivent au b(»ut de quelques jours sous la forme innocente de flueurs blanches onlinaires ! Si la blennorrhagie est difficile à tarir chez Thomme, elle Vv^' plus encore chez la femme. On ne peut pourtant pas détenir les malad^^ jusqu'à ce que toutes les sécrétions des glandes vulvo-uréthrales, d-. vagin, du col ou du corps de l'utérus, aient atteint le type parfaite l'état normal...
Une fois appréhendé, le chancre mou ne peut nous échapper \\\ dans le présent^ ni dans Yavenir. Aussi, la situation du médecin d^s dispensaires est-elle très nette vis-à-vis de cette espèce morbide, et il peut procéder sans hésitation et vigoureusement à son extinction dans tous les cas.
Il sera, au contraire, souvent embarrassé devant un léger calarrh ! uréthro-vaginal, ou une simple rougeur presque insignifiante <iH grandes ou des petites lèvres. Faut-il incarcérer pour un ricOy pour lui mal éphémère, qui peut-être disparaîtra du jour au lendemain ?
Et pourtant, ce catarrhe, malgré sa bénignité apparente, ne contieut-i! pas un principe virulent, qui deviendra la source d*uD nombre ind fini d'infections blennorrhagiques? Et ces rougeurs, douées d'alun quité, et que vous retrouverez partout, aux organes génitaux, à 1^ bouche, au gosier, au nez, au mamelon, etc., ne sont-elles donc pas ii prélude d*une éruption de plaques muqueuses qui communiqueront li syphilis à ceux qui auront la mauvaise fortune d'être en contact av« elles, dans l'intimité des rapports sexuels ou autrement?
Le chancre mou, au contraire, dès son début, se grave dan> I' tissus en caractères assez profonds pour qu'on ne le puisse pas niê< • ii naître. Sans doute, il y a les éruptions herpétiques, qui fort sou\mi simulent l'ulcère contagieux dans ses premières phases. Mais le du gnostic ne reste pas longtemps dans l'incertitude. Et puis quel in« lai vénient y aurait-il à procéder avec les herpès confluents des partial sexuelles de la femme, comme avec les espèces vénériennes rou: \ gieusos?
Dr CHAXCEB aiMPLK A PARIS PENDANT LES DEUX SIÈGES. 167
•r* fir«l$ QZl FRODriSIftlKT LA FKÉOLIXCI PBODICIKUSE DU CHANCEI SIMPLE PENDANT LIS DEUT ^-L.K\ BE PAEIS.
ji..^v-iation des chaocr*»» mous dans la ville de Paris par les troupes qui y affluèrent en 1870.
l - < r «Tiore mou est plus fréquent en province qu'à Paris.
' • «1 1 .1 faut entendre par éfâdémiê quand il s'agit de maladies vénériennes.
\ !'. - riu^es d#» la fréquence du chancre simple à Paris pendant les deux sièges : Incurie; —
/> .v^rulté: — Indiscipline; — Relâchement de la turveHiance êanitaire. } ir lUtjrtn progressive de la syphilis, contrastant pendant la période de 1869 à 1875, avec la
' • t»* du chancre mou.
l -l'il-on syphilitique est iix fois et demie plus considérable par le fait de la prostitution clandes-
* s-' qii** par le fait de la prostitution inscrite. iti<- i.titution in>rrite fournit un contingent de chancres simples plus considérable que celui des
-■n'T*»"* syphilitique».
Ca'j.«>H fie ce fait : — La femme en maison devient la proie des catégories sociales où pullule le
f jQire Mm pie.
Kt maintenant, que je vous ai fait connaître quelles étaient les iviuses qui avaient amené la rareté actuelle du chancre mou, rareté qui serait encore plus grande si les mesures de surveillance et le> moyens de répression étaient appliqués aux hommes aussi bien qu'aux femmes, il me reste à vous dire pourquoi cette espèce vénélenue prit tout à coup une extension si prodigieuse pendant les deux
Eh bien. Je crois que les chancres qui se multiplièrent dès la fin 1^ 1870 avec tant de rapidité, n'étaient pas tous originaires de Paris. Uà troupes qui entrèrent dans la ville en importèrent de la province DD*- quantité considérable. Certes, il serait impossible de savoir, même ipproximativement, quelle fut alors la proportion relative des chancres wniorhtones ou jparisiens et des chancres provinciaux. Mais je suppo- >^r.ii^ volontiers que ces derniers furent très nombreux.
Je crois, en effet, que dans les grandes ou les petites villes de nos il^-pditements, où la police sanitaire est moins active, moins vigilante f{i) !« i, oùThygiène des organes génitaux est encore à l'état rudimen- *»ïir»*, le chancre mou trouve un terrain favorable et qu'il y pullule plus liir^-riieDt qu'à Paris.
^1 loi qu^il en soit, j'ai la conviction que tous ces gens de la banlieue, q^i»- toutes ces troupes de mobiles et de soldats qui affluèrent dans t ^iiivinte des fortifications, apportèrent avec eux un fort contingent de
î.ao« Tes mous.
168 CE qu'il faut entendbe par épidémies vénériennes.
Voilà une des premières causes derépidémie chancreuse que je vous ai décrite plus haut.
Et, à propos de ce mot épidémie^ permettez-moi, de vous faire remarquer que je l'emploie ici pour la facilité du discours, mais que j»* sens parfaitement ce qu'il a d'impropre, appliqué aux afifections dont j*^ vous parle. Dans son acception ordinaire et vraiment médicale, fépidémie n'implique pas seulement un mal qui sévit sur un grand nombre d'individus en même temps, mais aussi l'existence d'un principe mysWrieux, plus ou moins inévitable, planant au-dessus de tous, frappant les uns, respectant les autres, sans qu'on sache au juste pourquoi. aveugle en ses colères et ne reconnaissant ni innocents ni coupables...
Ici les victimes sont moins à plaindre. Elles deviennent malades parce qu'elles le veulent bien. Elles pourraient rester saines si elles avaient assez d'empire sur elles-mêmes pour observer la continence. Le principe contagieux ne va pas les chercher. Ce sont elles qui, par un aciide libre arbitre, vont s'exposer à ses atteintes.
Il n'en est pas tout à fait ainsi relativement à la syphilis. Aus^i V mot d'épidémie lui convient-il jusqu'à un certain point, surtout quan'i elle prend des proportions insolites, et qu'elle atteint presque tout If monde, même sans l'intervention des rapports sexuels. C'est ce qui: eut lieu sur toute la surface de l'Europe à la fin du quinzième siècle, tt c'est ce qu'on observe quelquefois encore de nos jours, mais sous umi forme moins grave et dans des circonscriptions limitées.
Les véritables épidémies vénérietines sont donc syphilitiques. Peutêtre y en a-t-il eu de blennorrhagiques. Quant aux épidémies de chancnn mous, je tenais à vous dire ce que j'en pense, et à faire mes restrictions sur le mot dévié du sens qu'on lui donne habituellement.
Une seconde cause de propagation active du chancre simple pendant les deux sièges, ce furent l'incurie, la promiscuité» le relàcbenieDl forcé de la surveillance sanitaire, l'indiscipline qui se glissa partout, l'absence de soins hygiéniques locaux, l'insouciance du lendemain quand on exposait sa vie tous les jours, l'impossibilité de se fainj soigner dès le début, les interruptions inévitables du traitement, qu<3 sais-je encore?...
Toutes les conditions les plus aptes à favoriser la multiplication de cette espèce morbide se trouvèrent réunies dans un court espace de temps. Ajoutez qu'aucun de ces chancres ne put sortir de la villt*. Si le mouvement d'importation avait été actif, celui d'exportation fui arrêté par l'investissement.
FRÉQUKKCE DU CHAXOBE SIMPLE PENDANT LES 2 SlèOES (CAUSES). 169
les médecins spécialistes ou autres firent tout ce qu'ils purent pour arrêter le mal. Mais ils avaient tant de blessés, tant de maladies générales graves à soigner, que les chancres mous, ainsi que les autres maladies vénériennes, malgré les nombreux services qu'on leur avait affectés, ne pouvaient et ne devaient venir qu'en seconde ou troisième ligne.
11 me paratt inutile d'entrer dans des détails minutieux au sujet de ihacune des circonstances étiologiques que je viens de vous énumérer. D'ailleurs, pour vous donner une idée de la prostitution à Paris pendaut la guerre, je ne puis mieux faire que d'emprunter à l'exceUent livre de M. Lecour les passages suivants :
... Le résultat du renvoi des bouches inutiles avait été anaulé, et de beau- "lip. par Tarrivée des habitants des départements envahis, fuyant devant les ^u?ïieDs, et notamment des gens des communes suburb^ncs. qui vinrent se vfusrier à Paris, où étaient rentrés d'ailleurs, comme vagabonds sans «"Sources, beaucoup des individus expulsés.
Ajoutez à cette population civile, jetée en dehors de ses habitudes, éprouvée *r 'k> privations et surexcitée par mille causes, les militaires de toutes armes, r-upes de ligne, gendarmes, fusiliers-marins, douaniers, forestiers, gardes l'iik?, corps en formation, qui ont toujours représenté un chiffre d*au moins W'jHhj hommes; tenez compte»de la quasi-permanence du service des gardes Aliooaux, soldés ou non (400,000 hommes environ), appelés fréquemment à ivre au dehors, dans des conditions anormales; faites la part de l'animation 1 lies désordres créés par les circonstances et qui se produisent toujours dans ïs reuuions d'hommes armés, et vous entreverrez une foule turbulente et sou- «•af avinée, dans laquelle il y avait à opérer celte répression de la prostiiti'^Q clandestine, déjà si difficile et si délicate à accomplir dans les temps rdJDaîres. D faut noter aussi les cas nombreux où il s'agissait d'atteindre des ro<)tituées insoumises qui relançaient, dans les cafés et sur les boulevards, ifr jeuoes officiers de la garde mobile, et se rappeler l'aspect de Paris pendant ïUmbardement : les boutiques fermées, les rues obscures, la circulation des oitures presque supprimée, Paris plus sombre à cinq heures du soir qu'il ne fUit jadis à aucune heure de la nuit.
« Cétait surtout autour des campements de la garde mobile et des lieux de UtiOQoemeot de la troupe et de la garde nationale qu'affluaient des femmes ^ débauche. Les maisons de tolérance étaient envahies. 11 me faut indiquer ici IB «l'-tail caractéristique : sur certains points, on donnait un numéro d'ordre ^'irl entrée dans ces maisons. Plusieurs d'entre elles furent prises d'assaut ^' U ToJdalesque qui s'y installa et saccagea tout. Une autre fut démolie par •« Bïarins, qui croyaient qu'on voulait leur en fermer l'accès. Dix-neuf de ces ^'?" iN placées dans la zone militaire ou dans le voisinage des fortifications, ierra^tre évacuées ou furent détruites. Plusieurs furent fermées d'office par •^muoicipaliiés provisoires inexpérimentées, qui croyaient ainsi supprimer Mr:'*UlutioD, et qui ne faisaient qu'aggraver tout à la fois les désordres de la
-publique et les périls sanitaires
170 TABLEAir DE LA PROSTITUTION PARISIENNE
« ... L'arrestation faite, il fallait, après informatioa administrative et \]-\*médicale, prendre un parti à Tégard de la prostituée, et c'était le comm*:Qcernent d'une série de difficultés. Si la femme arrêtée était reconnue YénérienG'. elle devait être dirigée sur un asile de traitement. Or Tinfirmerie de Saint- Lazare était encombrée d'insoumises et de filles publiques malades, qu»" n'avait pu comprendre dans les évacuations sur la province. Il y avait. U plus, à réserver une marge pour les cas d'admission d'une urgence absolue. <>> ne pouvait se rejeter sur les hôpitaux, qui regorgeaient de malad^'s et v blessés. Il fallait pourvoir par voie d'expédients
c ... Pendant les quinze premiers jours qui suivirent la révolution 1û 4 septembre, l'entrée du Dispensaire de salubrité, qui se trouvait enclavé dïi.« les bâtiments de la Préfecture de police, avait été fermée aux filles ÎDscri*'^ dites isolées, et il en avait été de même de l'accès du bureau administratif p< i tout le personnel de la prostitution. Plus tard, la seule présence à la port^^ 'ii Dispensaire de quelques gardes nationaux, factionnaires ou hommes de trarv qui interpellaient, dans une forme presque toujours blessante ou grivois*", i^ filles publiques ou les maîtresses demaisons de tolérance, exerça une inflofc*! nuisible sur les opérations du contrôle sanitaire
«... Ces difficultés une fois connues du personnel de la débauche \u<^-r\eurent pour résultat de l'éloigner et de le déshabituer très rapidement d** ï soumission aux exigences sanitaires. Le nombre des filles dites isolées, qui i présentaient au Dispensaire, alla toujours en ^décroissant. Beaucoup dVi.'i elles se croyaient désormais affranchies de l'obligation d'y paraître et refuM '■i de tenir compte des injonctions qui leur étaient adressées à ce point de mi-.
«... Les dangers que présentait pour la santé publique l'aggl orné ratio'] Paris, pendant le siège, de troupes armées qui recherchaient les proslilm^M les protégeaient contre la répression, s'accrurent encore après Tarmistio' 4 28 janvier. Au lieu de soldats en armes, échappés pour un instant aux ob &: tions disciplinaires, ce furent dos bandes de gardes mobiles et des s*:.. désarmés qui se répandirent dans Paris, errant sur la voie publique et • mêlant au personnel de la débauche. Vinrent ensuite les désordres de la rj et, sous le couvert d'apparentes manifestations patriotiques, des désorii bientôt suivis de persécutions et de violences dirigées contre tous les ^sn appartenant à un titre quelconque à des services de Paris
«... Les gardes nationaux fédérés allaient commander en maîtres d.iD< li maisons de tolérance, où sans bourse délier, ils se faisaient servir à b^^tin-t' livraient à des orgies. D'autres assiégeaient le Dispensaire. Us pénétraient <: i les bureaux, ceux-ci à la recherche de quelque spectacle obscène, ceux-là. '' ' étaient nombreux, pour retirer et détruire les traces d'inscription (!•' !i' publiques, leurs maîtresses. Les amateurs de scandale, de révélations à e\y\ • \ plus tard par le chantage, s'introduisaient sous mille prétextes dans ces arct. < jusqu'alors si scrupuleusement fermées, et ils en fouillaient les dossier^, i était bien loin de ces traditions de respect pour l'honneur des famîlle>. •? faisaient que Tadministration régulière refusait absolument à des exii^'': privées, même respectables, des renseignements que l'intérêt public sou i* fait réunir. Les raffinés «officiers supérieurs»» do frilrivs étaient en qu*'- i