EFFETS DE L INANITION
riences, celles de Panum et de Worm Müller en particulier, j’ai fait reprendre cette question par plusieurs des élèves qui fréquentent le laboratoire.
Je mets sous vos yeux une courbe très démonstrative qui représente les modifications quantitatives des éléments du sang chez un cochon d’Inde inanitié. On y voit le nombre des globules rouges s’élever jusqu’à la mort, probablement par épaississement du sang. D’ailleurs le même fait résulte des chiffres fournis par Worm Müller lui-méme, puisque dans l’expérience rapportée plus haut sous la forme d’un tableau on constate que les globules rouges s’élèvent en 48 heures de 5 922 400 à 6 726 500.
Voici une expérience faite avec grand soin et mettant en évidence toutes les particularités qui peuvent s’observer, à cet égard, dans le sang pendant l’inanition (1).
Exp. XLIII. Chienne griffonne pesant 5 kilog. 400, soumise à l’inanition à partir du 22 septembre 1881 , morte le 25e jour.
La lettre R représente la richesse globulaire exprimée en globules sains, la lettre P le poids du corps.
TABLEAU
(1) Cette expérience a été faite dans noire laboratoire par M. Reyne, postérieurement à cette leçon. Nous la publions de préférence parce qu’il s’agit d’interpréter ici des faits observés sur le chien et non sur le cochon d’Inde.
382 TRANSFUSION DU SANG
DATES
septembre
l°r octobre
Les résultats de cette expérience sont représentés sous une forme graphique ( fig . 36).
Ce tableau et ces courbes montrent que le nombre des globules rouges s’élève progressivement jusqu’à la mort; on remarque cependant que, du 14e au 18e jour de l’inanition, il varie peu.
Les hématoblastes vont au contraire en diminuant jusqu’à la mort; mais, pendant une assez longue période, du 9e au 19e jour, ils restent presque stationnaires.
Les globules blancs subissent des fluctuations semblables à celles qu’on observe à l’état normal.
Enfin la valeur individuelle des globules n’est influencée
EFFETS DE l’iNANITIOW.
d’une manière sensible que pendant les derniers jours, du 19e au 25e. Quant à la richesse globulaire, elle varie à.peine durant les six premiers jours: puis, après avoir augmenté progressivement jusqu’au 16e jour, elle diminue de nouveau, tout en restant encore, à la veille de la mort, plus élevée qu’au début de l’expérience.
Ces .recherches sur la numération des hématies dans l’inanition montrent évidemment que Worm Müller,
TRANSFUSION DU SANG
n’ayant pas tenu compte cle l’augmentation des globules rouges, produite par l’absence d’alimentation, n’a pu donner que des résultats approximatifs.
Poursuivons l’analyse des expériences de cet auteur.
Que devient le sang injecté? A cet égard, elles paraissent assez probantes.
Worm Müller a successivement étudié à ce point de vue le plasma et les globules.
En ce qui concerne le plasma , il admet que les matières albumineuses du sérum résorbé sont décomposées et transformées en urée, en se fondant sur l’augmentation de l’excrétion azotée par les urines, après la transfusion.(Voir par exemple les chiffres du tableau delà p. 275.) Cette hypothèse est très admissible; il serait d’ailleurs facile de la vérifier en injectant dans le sang du sérum, et en recherchant ce que devient l’urée dans ces conditions. Je regrette que le temps m’ait manqué pour me livrer à cette étude qui serait très démonstrative.
Quant aux <j lobules rouges , il résulte des recherches de Worm Müller qu’ils paraissent rester inaltérés pendant 2 à 4 jours après la transfusion, malgré l’inanition. Mais cette survie aurait une durée limitée; au début les globules augmentent de nombre, pendant que la masse sanguine revient à la normale ; puis la numération donne des chiffres moins élevés, alors que la production d’urée dépasse encore le taux physiologique.
Il importe, pour la pratique de la transfusion, de faire remarquer que, dans les expériences de Worm Müller, quand le sang a été conservé par le froid, la destruction globulaire parait plus prompte.
Enfin, ces recherches ne nous donnent pas de renseignements précis sur le sort de la matière colorante du sang. D’après deux expériences, dans lesquelles les animaux rendirent des urines très colorées, l’auteur est porté à croire qu’une certaine partie de l’hémoglobine
SANG DÉFIBRINÉ.
est éliminée par les urines. Jamais cependant, on ne voit survenir d’ictère, jamais les urines ne renferment de pigment biliaire.
En résumé, bien que ces expériences n’aient pas une valeur absolue, bien qu’on puisse émettre des doutes sur l’exactitude de certaines numérations, sur le bien fondé de plusieurs hypothèses invoquées par l’auteur, bien qu’on doive regretter l’absence de certains renseignements, le travail de Worm Müller ne nous en a pas moins fourni des données intéressantes. Il nous a fait connaître une fois de plus que la prétendue pléthore aqueuse n’entraîne aucune conséquence fâcheuse, et il a démontré que les globules rouges, transplantés dans un autre organisme, peuvent y vivre probablement quelque temps en tant qu’éléments anatomiques.
Ce dernier fait serait surtout intéressant, si, comme Worm Müller l’admet, l’inanition était une condition défavorable à la survie des hématies, si, comme il le pense, la destruction globulaire était plus lente chez les individus qui se nourrissent. Or, cette hypothèse n’est évidemment pas exacte, puisque nos expériences prouvent que l’inanition fait augmenter le nombre des globules, par épaississement du sang, jusqu'à la mort des animaux.
Quelle est donc la véritable portée des expériences de Worm Müller? Que faut-il en conclure au point de vue de la question qui nous occupe, c’est-à-dire celle de la vitalité des éléments du sang défibriné? Elles ont démontré que les globules, surajoutés à la masse sanguine d’un animal, au moyen d’un sang défibriné, ne se détruisent pas immédiatement ; mais enfin ils se détruisent. Mais comme il est impossible d’admettre qu’on puisse produire une pléthore globulaire définitive, comme les globules injectés dans les conditions choisies par l’auteur sont évidemment voués à une mort certaine, ces expériences,
HAYEM
SANG
TRANSFUSION DU SANG
quelque intéressantes qu’elles soient à certains égards, ne peuvent fournir sur ce point une réponse valable.
Avant d’indiquer comment nous avons cherché à résoudre cette question, nous terminerons dans notre prochaine leçon l’exposé des données sur les effets généraux de la transfusion avec du sang défibriné.
Sommaire : Phénomènes généraux consécutifs à la transfusion du sang défibriné. — Expériences personnelles sur les résultats de cette opération.
Messieurs,
Nous abordons aujourd’hui l’étude des phénomènes généraux consécutifs à la transfusion de sang défibriné. Ils n’ont pas, disons-le immédiatement, été étudiés en détail jusqu’à ce jour. On ne connaît pas, en effet, les modifications que cette opération amène dans la circulation , dans le nombre et la force des pulsations , dans la vitesse du courant sanguin , enfin dans le rythme de la respiration.
Le fait le plus frappant est le retour des forces qui est très accusé chez les animaux préalablement saignés. Quand le sang transfusé est ajouté à la masse sanguine normale, surtout quand celle-ci est augmentée dans des proportions considérables, de 80 à 100 pour cent, on observe habituellement quelques troubles peu intenses et passagers tels que de la faiblesse ou de l’abattement, un peu d’oppression, de l’inappétence. Ce sont les seules manifestations morbides qu’aient signalées les auteurs, comme Panum, Lesser, Worm Millier.
Lesser a mis en lumière un fait intéressant. Chez les animaux ainsi rendus pléthoriques, les saignées sont plus rapidement fatales que chez ceux dont la masse sanguine est restée à son taux normal; leur résistance aux hémorragies est à ce point amoindrie que les animaux peuvent succomber au moment où les vaisseaux renferment encore plus de sang qu’à l’état physiologique. Voici une des expé-
TRANSFUSION DU SANG
riences de Lesser. On fait à un chien une injection de 120cc de sang défibriné. La tension artérielle s’accroît d’abord, puis reste stationnaire, bien qu’on transfuse jusqu’à concurrence de 350cc. On ouvre alors la veine et on soustrait 100cc sans que la pression s’abaisse ; puis tout à coup l’animal tombe, et présente les signes de la mort imminente alors que les vaisseaux contiennent encore 110cc de plus qu’avant l’expérience. L’auteur explique ce résultat par l’abaissement subit de la pression artérielle incompatible avec la vie.
Les recherches sur les modifications produites dans les échanges nutritifs par la transfusion de sang défibriné ont également été peu nombreuses; elles ont donné des résultats analogues à ceux qu’avait constatés Worm Müller et dont je vous ai déjà entretenus.
Panum a vu qu’en remplaçant chez un chien inanitié le sang d’une saignée par une transfusion de sang défibriné , on n’amène aucun changement sensible dans l’excrétion d’urée et d’urine, ni dans la perspiration insensible. Ces résultats demanderaient peut-être à être vérifiés. D’autre part , la même opération ne paraît pas enrayer la croissance du corps ; car, faisant subir à un jeune chien 4 transfusions successives après autant de saignées déplétives, Panum put s’assurer que son développement n’en était en aucune façon retardé.
Pour l’excrétion urinaire, pour l’élimination azotée, Tschiriew1 , Forsler2 et Landois, en faisant desexpériences analogues à celles de Worm Müller ont obtenu le même résultat et constaté comme lui que la transfusion est suivie d’une augmentation dans l’excrétion d’urée.
Enfin, relativement à la température , les données fournies par les auteurs sont bien peu concordantes. Je n’ai à vous signaler, sur ce sujet, qu’un travail récent de Liebrecht3 (de Liège), et encore s’agit-il de sang complet.
* cxcviii. — 2 cxcix. — 5 cc.
SANG DÉFIBRINÉ.
En faisant passer sur le même animal le sang d’un vaisseau dans l’autre, par exemple de l’artère dans la veine crurale ou de la carotide dans la jugulaire , il a observé 4 fois sur 9 une élévation notable de la température ; dans un cas elle atteignit 42°, 3. Ce fait mérite d’étre rapproché de ce que l’on constate chez l’homme qui, à la suite de la transfusion, est atteint le plus souvent d’un mouvement fébrile.
De notre côté, dans nos transfusions de sang défibriné, nous avons observé tout au contraire un abaissement assez marqué et assez persistant de la température.
Vous voyez combien nous sommes pauvres en renseignements précis sur ce point de l’histoire de la transfusion; il y a encore là une lacune à combler.
Après ceL exposé succinct des données que nous possédons aujourd’hui il me reste à vous entretenir des recherches faites dans notre laboratoire. S’il nous a été possible, comme vous allez le voir, de mettre en lumière certains faits intéressants, nous n’avons pu aborder tous les problèmes que soulève cette étude.
Vous savez , Messieurs , que le sang défibriné ne renferme plus d’hématoblastes. 11 y avait lieu, selon moi, d’examiner tout d’abord les conséquences de ce fait, resté méconnu jusqu’à ce jour.
Pour étudier cette question, il m’a semblé qu’on n’obtiendrait pas de résultats nets en injectant chez 'un animal sain, inanitié ou nourri , le sang défibriné d’un autre animal de même espèce. En effet, dans ce cas, l’animal conserve les hématoblastes de son propre sang, et s’il se fait une destruction globulaire , les hématies détruites peuvent être remplacées par un développement rapide de ces hématoblastes , et nous verrons plus loin que cette hypothèse s’est trouvée vérifiée expérimentalement. On est en droit même de supposer, toujours dans ce cas, que
TRANSFUSION DU SANG
l’hémoglobine, résultant de la fonte globulaire , mise en liberté dans le plasma, n’est pas éliminée et peut servir à la formation des globules nouveaux.
Si, comme nous le pensons, c’est à l’évolution successive des hématoblastes qu’est due la rénovation du sang, pour bien étudier les effets physiologiques de la défibrination, c’est-à-dire, je le répète , d’une opération qui enlève à ce liquide ses hématoblastes, il fallait se mettre dans de telles conditions qu’une partie du sang fût privée de ces éléments spéciaux.
Mais alors, si les globules rouges introduits par la transfusion ne survivent que pendant un certain laps de temps, une semblable opération n’équivaudrait-elle pas à une émission sanguine ? D’autre part, vu la production et l’évolution rapide des hématoblastes, n’assisterait-on pas, comme à la suite des émissions sanguines, à une poussée d’hématoblastes et de globules jeunes, qui viendraient prendre la place des globules détruits ? Autant de questions auxquelles l’expérimentation seulepouvaitrépondre. Bien que de nos deux expériences, l’une ait été troublée par une complication fâcheuse, une hémorragie secondaire, la première est assez nette pour qu’on en puisse tirer un certain nombre de conclusions.
Je vais entrer dans quelques détails sur cette expérience dont les résultats ont été transcrits sur un graphique que je mets sous vos yeux ( fig . 37).
Exp. XLIV. Chien vigoureux, épagneul. Poids, 15 kilogrammes. Nombre des globules rouges 6 400 000.
Le 8 février 1881 on lui retire 540cc de sang par la fémorale droite; ce qui représente environ le ^ du poids du corps ; on défibriné ce sang, on le filtre ; il reste 460cc, que l’on injecte par la saphène gauche. La différence est de 80cc. Mais il n’y a pas perle équivalente de globules: car le sang, battu et filtré à l’air, s’était épaissi
SANG DÉFIBRINÉ.
et était devenu plus riche en globules. Température avant 39ü7, après l’expérience 38°8.
Le lendemain survient une augmentation notable dans le nombre des hématies (7 300 000). Le 10, retour au chiffre antérieur ou a peu près.
Puis il se produit un abaissement progressif et assez régulier jusqu’au 19 février, onze jours après le début de l’expérience ; à ce moment le chiffre des globules n’est plus que de 3 615 000.
A partir du 19, le sang se répare et le nombre des globules s’élève d’une manière assez régulière, comme à la suite des émissions sanguines. Le 4 mars il est de 5 882 000. Le chien paraît bien portant.
Tableau représentant l’état anatomique du sang.
DATES
8 février
2 mars
•aux 'dm
TRANSFUSION DU SANG
SANG DÉFIBRINÉ.
Tels sont les chiffres bruts ; il s’agit de les interpréter, et, comme vous allez le voir, ils nous fournissent des données précises sur la valeur physiologique de la transfusion faite avec du sang défibriné. ■
Si, en effet, vous jetez un coup d’œil sur la courbe des globules rouges, vous voyez que l’opération a produit les mêmes effets qu’une saignée abondante, ou plutôt que des saignées moyennes répétées à de courts intervalles ; cette courbe est, pour ainsi dire, identique à celles que nous vous avons mises sous les yeux dans notre étude des émissions sanguines à propos de saignées multiples (exp. XXXVI).
Mais le minimum des globules rouges n’a été atteint qu’au bout de onze jours, c’est-à-dire un peu plus tard que dans une saignée équivalente. Il y a donc eu survie de ces éléments, mais survie temporaire.
Comme la fonte globulaire s’est montrée particulièrement intense deux et trois jours après l’opération, il faut admettre que cette survie des globules n’est pas longue. Quant à l’élévation assez sensible du chiffre des globules rouges, le lendemain de l'opération, elle s’explique très probablement à la fois par l’épaississement du sang, résultat déjà défibrination, et par le jeûne, le chien n’ayant pas mangé le jour de l’opération.
Les modifications des hématoblastes ne sont pas moins intéressantes; elles ressortent clairement de la courbe des hématoblastes et de celle qui représente le rapport
g des hématies aux hématoblastes. Le premier effet de
l’opération a été tout naturellement, puisque la défibrination entraine ces organites, une diminution considérable dans leur nombre, de sorte que le rapport R’ de
est tombé brusquement à Mais, immédiatement après, la production des hématoblastes est activée, il se fait une poussée hématoblastique. Au fur et à mesure que
TRANSFUSION DU SANG
les globules rouges se détruisent, les hématoblastes augmentent, si bien que, tandis que la courbe des hématoblastes s’élève progressivement, celle du rapport des hématies aux hématoblastes suit pendant toute cette période descendante des globules rouges une marche parallèle à celle des hématies. Ainsi, tout en se détruisant, le sang prépare la rénovation qui va commencer.
Car nous voyons se produire alors cette remarquable période de reconstitution que nous avons étudiée à propos des émissions sanguines. Le nombre des hématies augmente rapidement; celui des hématoblastes reste encore élevé, mais fléchit légèrement au moment où il se fait une production intense de globules rouges.
Sans vouloir tirer d’une seule expérience, quelque probante qu’elle paraisse être, des conclusions délinitives, j’estime qu’on peut considérer comme démontrée la proposition suivante : La transfusion de sang défibriné chez un animal, l’opération étant faite avec son propre sang, équivaut à une saignée en quelque sorte à longue échéance.
D’ailleurs celte proposition s’est trouvée vérifiée dans notre seconde expérience que, malheureusement, nous n’avons pu suivre au delà du 8e jour. Pendant ces 8 jours, la marche des phénomènes a été identique à celle que nous venons de décrire. Voici du reste les faits essentiels de cette expérience.
Exp. XLV. Chien bouledogue mâtiné, pesant environ lOkilog. 500, vigoureux, ayant le jour de la transfusion (28 janvier) 5 231 000 globules rouges.
Saignée de 400r'' par la fémorale droite, soitd’environ^ du
poids du corps; le sang défibriné est réinjecté par la saphène externe gauche. Température avant la saignée 38°, 6, après la transfusion 37°, 0.
Le lendemain le nombre des globules rouges n’a pas
SANG DÉFIBRINÉ.
varié ; le surlendemain il esl de 5 559 000; à partir de ce moment, diminution progressive, surtout prononcée les 7“ et 8® jours. Le 8e jour il n’y a plus que 3 4G3 000 globules.
Le 6 février, l’animal est pris d’une hémorragie secondaire dont l’importance n’a pu être appréciée ; cette complication nous a empêché de suivre plus longtemps les effets de la transfusion.
Vous voyez que les résultats obtenus jusqu’au jour de l’hémorragie ont été les mêmes que chez le premier chien. Il n’y a qu’une différence à signaler; c’est qu’on ne trouve pas, ici, le lendemain de la transfusion cette augmentation des hématies notée dans l’autre expérience. Çleia peut tenir à ce que notre second animal ayant continue à manger le jour de l’opération le sang ne s’est pas sensiblement épaissi. D’ailleurs la prise de sang a été ici très inférieure, au lieu de 4-.
Quant aux hématoblastes, nous voyons que leur nombre n’a pas diminué malgré l’introduction de sang défibriné. Au premier abord, ce fait est difficile à expliquer. Toutefois peut-être aurait-on trouvé un chiffre moins élevé d’hématoblastes, si l’on avait examiné le sang immédiatement après la transfusion ; en ne faisant cette numération que plus tard, on a laissé à ces éléments le temps de repulluler. Il est du reste probable que chez ce chien la régénération des hématoblastes était très facile ;car, aulendemain d’une saignée qu’on lui fit subir le 22 février, alors qu’il était encore très anémié, on trouva une augmentation très sensible dans leur nombre.
TABLEAU
TRANSFUSION DU SANG
Tableau représentant l'état anatomique du saïuj.
DATES
lî.
28 janvier
1er février
Exp. XL Y.
Janvier. Février.
Fig. 3».
Cette expérience est également représentée sous la forme d’un graphique (fig. 38).
Ces deux expériences mettent en évidence un fait de la plus haute importance physiologique; pour la première fois elles montrent qu’en modifiant le moins possible la masse du sang par la transfusion de sang défibriné, c’est-à-dire
SANG DÉFIBRINÉ.
en remplaçant simplement une partie du sang d’un animal parce même sang n’ayant subi que l’action de la défibrination, on fait une opération équivalant à une saignée de valeur correspondante.
Il n’y a qu’une très légère différence entre les résultats de cette opération et ceux d’une saignée, c’est que l’anémie post-hémorragique atteint son maximum un peu plus rapidement. Mais quoique plus tardive, l’anémie est tout aussi prononcée après la réinjection de sang défibriné qu’après la saignée. Elle parait dépendre, dans l’un et l’autre cas, de la quantité de sang impliquée dans l’opération.
Nos prévisions étaient donc absolument fondées et déjà nous pouvons dire que le sang défibriné est voué à une mort certaine. Le sang d’un animal ne peut être impunément tiré hors de l’organisme et mis en contact avec des corps étrangers avant d’être réintroduit. Il est tué, ou pour parler d’une manière plus exacte, il est frappé à mort, et tous les arguments tirés des considérations anatomiques doivent céder le pas devant le fait physiologique mis ici en évidence, et qu’il serait impossible de déduire des expériences de Worm Müller.
Ainsi dores et déjà il est établi que le sang d’un animal, lorsqu’il a été défibriné, fût-ce dans les meilleures conditions, ne peut plus être greffé, non pas à un animal de la même espèce , mais à l’individu même qui l’a fourni.
L’opération qui consiste à réinjecter une partie du sang d’un animal après défibrination ne ressemble pas à la saignée uniquementpar l’anémie qu’elle produit. Elle metégalement en activité ou plutôt elle suscite comme cette dernière une suractivité de la puissance rénovatrice du sang.
La manière dont nous comprenonsl’étude anatomique du sang a cela de particulièrement intéressant qu’elle nous
TRANSFUSION DU SANG
oblige constamment à compter avec les phénomènes d’évolution de ce liquide. Ici encore la physiologie revendique tous ses droits, et, en fixant sur ce point notre attention, nous constatons que ces faits physiologiques sont toujours soumis aux mômes lois.
Toute atteinte portée à l’état normal du sang est suivie d’un môme effort de réparation. Aussi la rénovation à la suite de l’opération que nous avons pratiquée s’est-elle faite dans des conditions analogues à ce que l’on observe à la suite de la saignée.
Il est certain que si on eût laissé la réparation du sang s’effectuer, dans notre expérience XLIV, sans intervenir, on eût vu les hématoblastes et les globules rouges revenir peu à peu à leur chiffre normal.
Mais il nous a paru plus intéressant, cherchant à acquérir en peu de temps le plus grand nombre de résultats possibles, de rechercher ce qui adviendrait en interrompant cette réparation par une nouvelle opération semblable à la première.
Le 4 mars on fait une seconde transfusion, dans les mêmes conditions que la première fois, avec une quantité de sang équivalant environ à ~ du poids du corps. Le lendemain on constate un épaississement peu considérable du sang, 5 822 000 globules au lieu de 5 922 000. Puis les jours suivants, le nombre des hématies s’abaisse d’une manière plus ou moins régulière. Six jours après l’opération, le 10 mars, on ne trouve que 4 254 000 globules. Il est fâcheux que l’examen n’ait pu être fait le Tl mars, mais déjà le 12 mars on entre dans la période de réparation qui marche très rapidement. Les hématoblastes, après avoir légèrement diminué le lendemain de l’opération ont réaugmenté avec une grande activité, et atteint des chiffres supérieurs à tous ceux qui avaient été notés jusqu’alors.
Celte expérience est fort instructive. Au premier abord
SANG DÉFIBRINÉ.
le résultat en paraît paradoxal. On pouvait s’attendre, chez un animal encore anémié, non revenu de la première épreuve, à produire, en répétant une opération relativement si grave, un effet au moins aussi prononcé que la première fois. Et cependant on a enrayé pour quelques jours seulement le processus réparateur, et déterminé une anémie beaucoup moins accentuée qu’à la suite de la première épreuve.
Nous serions dans l’impossibilité d’interpréter un semblable résultat, si nous ne faisions appel aux phénomènes de rénovation.
Il est difficile d’admettre qu’à ce moment, alors que le sang était plus altéré qu’au début de l’expérience, les globules rouges aient eu plus de résistance, se soient détruits en moins grand nombre qu’après la première transfusion. Si donc leur destruction a été aussi active, cette atténuation de l’appauvrissement du sang en globules ne peut être attribuée qu’à une suractivité du processus de rénovation. Il semble que la fonte globulaire, s’étant produite au moment où le sang est en voie de réparation, ait été plus facilement compensée, et que le processus de reconstitution ait pu prendre plus facilement le dessus sur celui de destruction.
Au fait que nous énoncions tout à l’heure relativement à l’équivalence entre la réinjection de sang défibriné et la saignée vient donc s’en ajouter un autre, à savoir, que, lorsque l’opération est effectuée dans le cours du processus de rénovation, elle est suivie d’une anémie relativement moins considérable, atteignant plus rapidement un maximum moins prononcé, et que la réparation sanguine en est encore suractivée.
La conséquence importante de ces premières recherches c’est que, dans l’étude des effets de la transfusion de sang défibriné, il faut tenir compte des conditions dans lesquelles l’opération intervient, et ne jamais perdre
TllAiNSFUSIO.V DU SANG.
de vue, ici, comme pour les émissions sanguines, les phénomènes d’évolution du sang.
Un vaste champ s’ouvre donc à l’expérimentation. Car, si, poursuivant ces recherches on voulait étudier toutes les modifications que la transfusion amène dans l’évolution sanguine, dans celles de ces conditions qui sont réalisables par la méthode expérimentale, longue et ardue serait cette tâche, et nombreuses les recherches auxquelles elle pourrait entraîner.
Le temps nous ayant fait défaut pour entreprendre toutes les expériences que cette élude comporterait, il a fallu nous borner à l’examen de quelques points principaux.
Prévenu de l’importance des conditions expérimentales, nous avons tenu tout d’abord à répéter l’expérience de Worm Müller sur les effets de l’injection du sang défibriné sans saignée préalable, mais en laissant l’animal manger à son appétit, et en étudiant les modifications évolutives du sang.
Cette expérience, bien qu’elle n’ait pas été poursuivie assez longtemps, n’en est pas moins fort instructive.
Exp. XLYI. Chienne de terre-neuve pesant 22 kilogrammes. Le 22 janvier, nombre des globules rouges,
4 734 000. Injection par la saphène droite de 240cc de sang défibriné emprunté à un autre chien vigoureux. Le sang avait été recueilli la veille au soir et contenait un très petit nombre de globules rouges, mûriformes, ou d’apparence mycrocytique.
Une demi-heure après la transfusion, les globules rouges tombent à 4 258 000. Les jours suivants, augmentation à peu près régulière jusqu’à un maximum de
5 878 000, atteint le 28, soit 6 jours après la transfusion. Le nombre des hématies reste très élevé, et 5 jours après, soit 11 jours après l’opération, il est encore de 5 585 000, dépassant de 851,000 le chiffre initial. Quant aux héma-
SANG DÉFIBRINÉ.
toblastes, ils diminuent immédiatement après l’opération dans des proportions très notables (215 000, au lieu de 346 000) ; puis leur nombre augmente, dépasse le chiffre initial pour atteindre, 3 jours après l’opération, 438 500, et baisse de nouveau pour s’élever jusqu’à 454 000 le 9e jour.
Tableau concernant l'état anatomique du sang.
DATES
. lavant....
22 janvier .
(apres....
1er février
Le fait le plus saillant de cette expérience est l’augmentation des globules rouges. A quoi l’attribuer ? A un épaississement du sang, la masse sanguine revenant rapidement à son point de départ ? Cette supposition est peu vraisemblable ; car vu le poids relativement faible de sang injecté, la masse sanguine a dû être peu influencée, et, d’un autre côté, les expériences de Worm Müller et d’autres expérimentateurs nous ont appris qu’alors même qu’elle est augmentée dans de plus fortes proportions, elle revient beaucoup plus rapidement à la normale. Ce n’est donc pas à une résorption lente du sérum sanguin qu’on peut rattacher uniquement cette augmentation dans la richesse globulaire. D’ailleurs l’augmentation des globules rouges s’est accentuée tout à coup après une période de cinq jours, alors que la masse du sang, faiblement augmentée, était revenue à son état primitif.
HAYEM. — SANG
TRANSFUSION DU SANG
Les données générales que je vous ai fournies sur l’évolution du sang sont seules capables d’expliquer ce résultat. Suivez en effet les fluctuations des hématoblastes et de la valeur individuelle des globules, G, et vous verrez que l’opération a immédiatement déterminé une suractivité dans la production des hématoblastes. On peut admettre que ceux-ci ont passé rapidement par toutes leurs phases évolutives ; d’où une poussée intense d’hématies nouvelles qui d’ailleurs ont peut-être pu trouver dans l’hémoglobine apportée par le sang transfusé les matériaux nécessaires à leur nutrition.
Exp. XLVI.
Janvier. Février.
l'ig.[39.
En effet, comme, malgré la dissolution des globules démontrée par les expériences de Worm Müller et les nôtres, on ne voit survenir ni hémoglobinurie ni albuminurie, nous sommes conduit à admettre soit que l’hémoglobine est brûlée rapidement dans l'économie, soit plu-
SANG DÉFIBRINÉ.
tôt qu’elle sert directement ou indirectement à la formation des globules nouveaux qui apparaissent en grand nombre au moment même où se fait cette dissolution.
Il est regrettable, ai-je dit, que ce chien n’ait pas été suivi plus longtemps. Il aurait été intéressant de voir au bout de combien de jours il serait revenu à son état antérieur.
Quoi qu’il en soit, voici déjà un résultat opposé à celui de nos premières expériences, et qui met en évidence une différence essentielle entre la réinjection du sang après défibrination, ou, ce qui revient au même, entre l’injection de sang défibriné après une saignée préalable, et l’injection de sang défibriné sans saignée, le sang nouveau se surajoutant à l’ancien resté intact et possédant toutes ses propriétés physiologiques.
Nous nous serions donc trompé en portant un jugement sur les effets de la transfusion de sang défibriné d’après les premières expériences seules. En poursuivant notre élude nous voyons de plus en plus nettement que ces effets sont nécessairement variables suivant les conditions dans lesquelles intervient la transfusion.
Faire pénétrer du sang défibriné dans un sang d’ailleurs sain, est une opération qui, loin d’équivaloir à une saignée, a pour résultat d’exciter le sang primitif à former des globules nouveaux. Ainsi, sur le terrain où nous nous sommes placé, nous arrivons à une conclusion tout à fait différente de celle de Worm Müller. Comme lui, nous croyons, sur la foi de nos expériences, que la survie des globules réinjectés est temporaire ; mais ce qu’il n’a pas vu, et ce qui nous parait évident, c’est que l’introduction de ce sang nouveau détermine la formation de nouveaux éléments.
Remarquez d’ailleurs que le fait fondamental reste toujours le même ; nous le retrouvons à chaque atteinte que nous portons au sang. Ici tous les globules anciens
TRANSFUSION DU SANG
sont probablement conservés et les globules nouveaux s’ajoutent à eux ; d’où pléthore globulaire temporaire, tandis que dans les premières expériences les globules du propre sang de l’animal sont détruits avant que les nouveaux aient eu le temps de prendre leur place.
La différence dans les résultats, comme dans tout phénomène physiologique, n’est donc en rapport qu’avec les variations dans les conditions expérimentales, la loi physiologique restant toujours simple et invariable.
Ces nouveaux faits, s’ils sont bien interprétés, vont encore trouver leur confirmation dans des expériences ultérieures.
23e LEÇON
Sommaire : Expériences personnelles. (Suite.) — Injection de sang défibriné emprunté à un autre animal, après saignées préalables. — Conclusions générales sur la valeur do la transfusion do sang défibriné.
Transfusion île sang complet. — Objections adressées par les physiologistes à cette opération. — Expériences anciennes. — Phénomènes généraux produits par ce mode do transfusion.
Messieurs,
Après avoir constaté que, lorsque l’on n’a pas fait de saignée préalable, la transfusion de sang défibriné pro- * duit immédiatement, chez un animal du reste sain, une pléthore globulaire et une rénovation plus active du sang, j’ai voulu voir si l’on pouvait tirer le même bénéfice de cette opération pratiquée chez des animaux profondément anémiés. Je me plaçais ainsi dans des conditions très voisines de celles dans lesquelles se fait le plus souvent la transfusion chez l’homme. Aussi importait-il de savoir si, dans ces circonstances, la transfusion de sang défibriné peut avoir quelque utilité , et surtout faciliter la réparation du sang, ce qui doit arriver si l’hypothèse que nous avons émise est exacte.
L’expérience que j’ai faite dans ce but a été traversée, ainsi qu’on va le voir, par une fâcheuse complication ; elle n’en est pas moins très probante.
Aussi dois-je vous en donner les résultats avec quelques détails.
Exp. XLVII. Chienne griffonne ayant subi le 26 mai une saignée moyennement forte du poids du corps)
TRANSFUSION DU SANG
et revenue le 13 juin à très peu près à son état anté-
rieur.
Le 26 mai, poids llk,400
Nombre des globules rouges 5 789 400
— des hématoblastes 349 500
— des globules blancs 8 700
Valeur globulaire .... 0,67
Le 13 juin, poids 11k, 300
Nombre des globules, 5 630 000. (Voir le tableau cijoint.) On lui fait quatre saignées successives.
Le 13 juin de 350cc
A la suite de ces abondantes émissions sanguines, le nombre des globules rouges est tombé, le 22 juin, à 2 200 000. On injecte alors par la saphène 450cc de sang défibriné frais, pris à un chien de chasse vigoureux, contenant environ 8 000 000 de globules. Comme vous le voyez, je me suis placé dans les conditions les plus favorables à un relèvement rapide des forces, en injectant une quantité considérable d’un sang très riche en globules, et, je dois l’ajouter, en hémoglobine ; la valeur globulaire de ce sang était, en effet, de 0,79.
L’opération ne fut suivie que de symptômes peu accusés, un léger frisson, un peu d’oppression (54 respirations). L’appétit fut conservé.
Le lendemain , par malheur , une complication se produit. La chienne avorte, et met bas deux petits à peu près à terme, pesant ensemble près de 500 grammes. Ce jour, elle mange peu. L’avortement ne donne lieu à aucun phénomène ultérieur ; il n’y a pas d’hémorragie ; dès le lendemain, l’appétit revient ; depuis ce jour, elle s’est toujours bien portée. Cependant son poids était tombé, le 27, à 9 kil. 800.
SANG DÉFIBRINÉ.
Quoi qu’il en soit, cet incident a compliqué d’une manière fâcheuse l’expérience. Cependant, étant donnée l’absence d’hémorragie et la netteté des résultats expérimentaux, il n’enlève pas aux faits constatés leur valeur démonstrative.
Tableau des chiffres concernant l'état anatomique du sang.
DATES